Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : ça gronde sur le volcan !

La présence d’une équipe de TF1 dans l’Enclos du Piton de la Fournaise ces derniers jours pour le tournage d’un téléfilm en partie financé par la Région Réunion, alors que l’éruption n’était pas terminée, a de nouveau fait réagir les accompagnateurs en moyenne montagne qui ne comprennent pas le traitement de faveur accordé à la chaîne de télévision. Selon eux, si des gens non spécialisés ont accès à l’Enclos lors des éruptions du Piton de la Fournaise, alors pourquoi pas eux, alors qu’ils connaissent parfaitement le terrain ?

Il y a presque dix ans, on pensait que la situation allait se déverrouiller sur le volcan et des accompagnateurs en moyenne montagne avaient suivi une formation spécifique sur les risques volcaniques. L’objectif était de permettre au public de profiter des éruptions dans un cadre sécurisé. Cette formation payante avait été faite en partenariat avec les scientifiques de l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF), l’Université de La Réunion, un médecin urgentiste et le Peloton de Gendarmerie de Haute-Montagne (PGHM). Mais les espoirs se sont envolés avec le changement de préfet.

Les accompagnateurs formés insistent sur le fait qu’ils possèdent un diplôme d’État. Ils ont investi dans du matériel comme des radios avec traceurs GPS et même un téléphone satellitaire pour pouvoir communiquer dans la zone du volcan où le réseau est quasi-inexistant.

Le Piton de la Fournaise est inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. C’est le premier site touristique de La Réunion avec quelque 400 000 visiteurs par an. Cela fait pas mal de temps que le Syndicat National des Accompagnateurs en Montagne (SNAM) propose à l’État (autrement dit au préfet de la Réunion) un Plan d’Anticipation et de Sécurité Active (P.A.S.A) avec le déploiement d’accompagnateurs en moyenne montagne dès le déclenchement de l’alerte. Ces accompagnateurs rappellent régulièrement l’exemple de l’Islande et d’Hawaï qui font du tourisme volcanique une filière d’excellence. À noter toutefois qu’à Hawaï des interdictions sont mises en place dès que la zone éruptive présente un danger et aucun touriste n’a pu assister à l’éruption de 2018 ! En Islande, même si elles n’interdisent pas formellement, les autorités déconseillent fortement l’accès à un site éruptif si des risques existent.

Crédit photo: presse islandaise

Les accompagnateurs réunionnais pensent qu’on pourrait leur donner les moyens d’encadrer les gens autour des éruptions. 4 000 personnes en moyenne par soir étaient présentes près de la RN2 au plus fort de l’éruption pour admirer les coulées de lave. Leur encadrement aurait été possible avec une vingtaine de guides. Ils demandent donc au préfet de la Réunion « d’actionner un levier pour mettre tout le monde autour de la table pour trouver des solutions d’encadrement. »

Les accompagnateurs font remarquer que certains Réunionnais se sont mis en danger en allant observer les coulées de lave près de la RN2 car ils n’étaient pas toujours bien équipés. Ils regrettent aussi de ne pas pouvoir faire visiter les tunnels de lave et de ne pas pouvoir, non plus, encadrer les gens près de l’éruption pour les informer et assurer leur sécurité. Ils souhaitent proposer des itinéraires encadrés aux gens dans les Grandes Pentes. S’agissant de la partie haute de l’Enclos, celle accessible par le portail du Pas de Bellecombe, fermé dès l’annonce d’une éruption, les accompagnateurs en moyenne montagne savent que les éruptions ne sont pas toujours faciles d’accès mais ils proposent d’encadrer le public en fonction de l’accessibilité et du niveau des randonneurs.

Source : Réunion la 1ère.

Photo: C. Grandpey

L’article, paru sur le site Réunion la 1ère le 16 avril 2026, a été écrit par la journaliste Cynthia Véron que j’avais fortement critiquée le 24 mars 2026 au moment où la lave avait traversé la RN2 et atteint le littoral. Elle avait déclaré que pour atteindre le site de l’éruption il fallait d’abord « braver les interdictions ». Je lui avais fait aimablement remarquer que les interdictions étaient faites pour être respectées et que son rôle de journaliste n’était sûrement pas de tenir de tels propos qui vont à l’encontre des alertes lancées régulièrement sur mon blog et qui s’ajoutent à celles diffusées par l’Observatoire. Les Réunionnais sont déjà suffisamment irrespectueux des lois ; il n’est pas nécessaire d’encourager les touristes à faire de même.

Crédit photo: OVPF

Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : le volcan interdit

L’île de la Réunion était en manque d’éruption. Rien à se mettre sous la chaussure depuis le 2 juillet 2023 ! Il n’est donc guère surprenant que le réveil du Piton de la Fournaise le 18 janvier 2023 ait attiré des foules de curieux qui mouraient d’envie de voir la lave jaillir et s’écouler dans l’Enclos Fouqué. Quelque 3500 véhicules ont été comptabilisés sur les routes sur et autour du volcan

Comme d’habitude l’Enclos a été fermé au public dès l’annonce du début de l’éruption.

Jusqu’à présent, quelques passionnés et des journalistes étaient tolérés à s’introduire dans la caldeira – à leurs risques – et les gendarmes ne disaient trop rien.

Depuis quelque temps, la surveillance du site depuis le Pas de Bellecombe s’est intensifiée avec l’installation d’un poste de gendarmerie. Résultat des courses : ceux qui pensaient pouvoir aller voir l’éruption comme autrefois ont été priés de rebrousser chemin et certains ont même été verbalisés. Sacrilège ! Aujourd’hui, ça remue sacrément dans les brancards sur l’île ! Journalistes, passionnés et experts du volcan, comme Alain Bertil, s’insurgent contre cette interdiction totale d’accès décrétée par la préfecture ; ils la jugent abusive. Alain Bertil se dit prêt à aller «jusqu’au tribunal» pour plaider la cause des amoureux du volcan.

Le Quotidien de la Réunion et de l’Océan Indien a fait une très bonne analyse de la situation dans un article publié le 20 janvier 2026. Voici quelques extraits de l’article consacré à ce que l’on peut désormais appeler « le volcan interdit ».
Le Quotidien donne l’exemple d’un ancien enseignant et vidéaste de 69 ans, auteur d’une dizaine de documentaires de référence sur le volcan. Arrivé dimanche soir au Pas de Bellecombe, il a franchi le portail pour descendre dans l’Enclos, malgré sa fermeture notifiée dimanche par arrêté préfectoral. Sur le terrain, il a retrouvé des amis, des scientifiques, «toute la communauté habituelle des passionnés, professionnels ou non».

Au moment de remonter vers 3 heures du matin, il est tombé sur des gendarmes «qui alignaient tout le monde, dans une ambiance tendue. L’un d’eux m’a dit de sortir pour relever mon identité. Comme j’ai fait demi-tour, un autre a sauté le portail et a couru derrière moi pour me dire de remonter. On aurait dit qu’on jouait aux gendarmes et aux voleurs». Après avoir décliné son identité, il s’expose à une contravention. «Si c’est le cas, je ne la paierai pas et je demanderai à être jugé devant le tribunal pour qu’on mette à nouveau les problématiques d’accès au volcan sur le tapis. »

Cette dernière déclaration résume bien le problème d’accès aux éruptions du Piton de la Fournaise, un problème qui existe depuis de nombreuses années. Alain Bertil demande qu’on réfléchisse à un système qui puisse fonctionner, comme en Islande, par exemple.
La question de l’accès au volcan est particulièrement sensible pour la presse locale. Pour la profession, l’interdiction de se rendre dans l’Enclos constitue «une atteinte à la liberté d’informer.» C’est l’opinion de François Martel-Asselin, journaliste spécialiste du volcan au Journal de l’Ile entre 1981 et son départ à la retraite en 2014, qui continue à suivre les éruptions en «freelance».

François fait remarquer que «pendant longtemps, les journalistes ont eu librement accès aux éruptions, en prenant leurs précautions et leurs responsabilités. Mais depuis juillet 2017, en raison d’une décision de la préfecture non écrite et prise sans explications, sans concertation préalable, les médias ne peuvent plus accéder à l’Enclos. De ce fait, ils en sont réduits à proposer des informations de seconde main, limitées à des considérations d’ordre scientifique, livrées par l’OVPF, ou aux enjeux de sécurité civile, émanant des services de l’État». Or, pour lui, «les attentes du public dépassent ces simples dimensions». Au nom du lien profond entre la population et son volcan, il demande l’ouverture d’une véritable concertation.

Source : Le Quotidien de la Réunion et de l’Océan Indien.

Photo de l’éruption prise depuis les airs – donc en toute légalité – par l’ami Thierry Sluys.

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Les restrictions d’accès à un volcan actif sont en train de devenir à la mode. Certes, elles existent depuis longtemps aux États Unis où il n’est pas question d’entrer librement dans le Parc des Volcans, ni ailleurs sur la Grande Île d’Hawaï, pendant une éruption, comme on a pu s’en rendre compte pendant l’éruption de 2018. Tout le site éruptif a été verrouillé et la plate-forme d’observation promise par les autorités a joué l’arlésienne en permanence et n’a jamais existé.

Même punition sur l’Etna (Sicile) ces dernières semaines. Les maires de Milo et Fornazzo ont crû bon de promulguer des ordonnances interdisant l’accès au site éruptif, alors que l’éruption en question était loin d’être majeure et ne présentait donc pas de danger particulier. Là encore, la Guardia di Finanza a verbalisé les personnes qui avaient osé s’approcher de la coulée de lave.J’ai publié les 5, 8 et 9 janvier 2026 plusieurs notes pour expliquer la situation.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2026/01/09/polemique-sur-letna-sicile-quelques-precisions/

En Europe, il n’y a guère que l’Islande qui – comme l’a fait remarquer Alain Bertil – permet un accès libre et souvent bien organisé à un site éruptif. Moins bornés que les autorités siciliennes et réunionnaises, les Islandais ont vite compris le profit touristique et donc économique qu’ils pouvaient tirer d’une éruption. Un exemple à suivre, mais dans combien de temps ?

Voici un petit comparatif des modalités d’accès aux sites éruptifs en Islande, à Hawaï et sur l’Etna :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2026/01/11/islande-hawai-etna-3-approches-de-lactivite-eruptive/

Éruption du Marapi  (Sumatra / Indonésie) : le bilan s’alourdit // Eruption of Marapi (Sumatra / Indonesia): the death toll rises

Selon l’agence Associated Press, les sauveteurs ont trouvé d’autres corps de randonneurs sur le pentes du Marapi où ils ont été surpris par une éruption soudaine du volcan. A l’heure actuelle, le bilan s’élève donc à 23 morts.
Une cinquantaine de randonneurs avaient été secourus après l’éruption du 3 décembre 2023, et 11 autres avaient été déclarés morts. Les derniers corps ont été retrouvés non loin du site de l’éruption. Cinq d’entre eux étaient sans vie, et 18 autres sont présumés morts car ils étaient très proches de l’éruption et des coulées pyroclastiques. Les secouristes vont les conduire à l’hôpital pour être identifiés. Les secours font face aux intempéries et aux contraintes du terrain, avec la chaleur laissée par les éruptions.
Comme je l’ai déjà dit, le Marapi est en niveau d’alerte 3, sur 4, depuis 2011, interdisant aux visiteurs et aux villageois de s’approcher à moins de 3 kilomètres du sommet. Les randonneurs n’étaient autorisés à s’approcher qu’en dessous de la zone de danger et devaient s’inscrire à deux postes de commandement ou en ligne. Cependant, les autorités locales sont forcées de reconnaître que de nombreuses personnes ont pu grimper plus haut que ce qui était autorisé et que des villageois auraient également pu se trouver dans la zone interdite, ce qui rend impossible de confirmer le nombre de personnes victimes de l’éruption.
Le volcan a vomi d’épaisses colonnes de cendres pouvant atteindre 3 000 mètres de hauteur et des coulées pyroclastiques se sont propagées sur plusieurs kilomètres. Les villages voisins ont été recouverts d’une épaisse couche de cendre, et les autorités ont conseillé aux gens de porter si possible des masques et des lunettes pour se protéger des cendres.
Environ 1 400 personnes vivent sur les pentes de Marapi. Les villages les plus proches se trouvent à environ 5 à 6 kilomètres du sommet. Le Marapi est connu pour avoir des éruptions soudaines difficiles à détecter car leur source est peu profonde et proche du sommet.
Source : Associated press.

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According to the Associated Press agency, rescuers searching the slopes of Mount Marapi found more bodies of climbers caught by a surprise eruption of the volcano, raising the number of confirmed and presumed dead to 23.

Around fifty hikers were rescued after the eruption of December 3rd, 2023, and 11 others were declared dead. The last bodies were found not far from the site of the eruption. Five of them were lifeless, and 18 others are presumed dead because they were very close to the eruption and the pyroclastic flows. The rescuers will take them to the hospital to be identified. Emergency services have to face bad weather and the constraints of the terrain, with the heat left by the eruptions.

As I put it before, Mt Marapi has been at alert level 3, out of 4 levels, since 2011, prohibiting climbers and villagers within 3 kilometers of the summit. Climbers were only allowed below the danger zone, and they had to register at two command posts or online. However, local officials acknowledged many people may have climbed higher than permitted and residents also could have been in the area, making the number of people stranded by the eruption impossible to confirm.

When the eruption occurred, the volcano spewed thick columns of ash as high as 3,000 meters, and pyroclastic flows spread for several kilometers. Nearby villages and towns were blanketed by tons of volcanic debris, and authorities advised people to wear masks and eyeglasses if possible to protect themselves from the ash.

About 1,400 people live on Marapi’s slopes. The nearest villages are about 5 to 6 kilometers from the peak. Marapi is known for having sudden eruptions that are difficult to detect because the source is shallow and near the summit.

Source : Associated Press.

Vue du panache éruptif le 4 décembre 2023 (Source: Jakarta Post)

Ile de la Réunion : le Préfet et l’accès aux éruptions

Le 6 octobre 2023, le préfet de la Réunion, invité du journal télévisé de Réunion La 1ère, a dressé un bilan un an après sa prise de fonction. Il a en particulier abordé la question de l’accès au Piton de la Fournaise en période d’éruption. Voici l’intégralité de sa déclaration :

« Je suis sensible aux remarques des Réunionnais qui disent qu’autrefois on pouvait aller près de l’éruption. C’est un gros travail que le sous-préfet de Saint-Benoît, Michaël Mathaux, est en train de faire en écoutant tous les interlocuteurs et en regardant ce qui se passe ailleurs comme en Islande et à Hawaï. Il peut y avoir une évolution sur la réglementation mais ça ne sera pas la grande révolution. Je pense à l’accès aux tunnels de lave en partie basse qui est aujourd’hui interdit, ou encore à la possibilité d’être accompagné dans certaines parties de l’Enclos lorsque l’éruption est ailleurs. Mais je ne ferai rien qui mette la vie d’une personne en jeu ».

Source : Réunion La 1ère.

La déclaration du Préfet appelle plusieurs remarques. Le problème de l’accès au volcan se pose essentiellement en période d’éruption. Le reste du temps, des sentiers bien balisés permettent de déambuler dans l’Enclos et même d’atteindre la lèvre du célèbre cratère Dolomieu. Par contre, dès que le volcan se manifeste, le portail de l’Enclos est systématiquement fermé. Jusqu’à présent, toutes les solutions d’accompagnement de potentiels visiteurs auprès des coulées de lave ont été refusées par la Préfecture.

Le Préfet actuel fait allusion à l’Islande et à Hawaii qui permettent aux touristes de s’approcher au maximum – lorsque la sécurité le permet – de l’événement éruptif. Il faut reconnaître que la morphologie du Piton de la Fournaise est très différente de celle de la Meradalir ou de la Geldingadalir islandaises qui, comme leur nom l’indique, sont des vallées faciles d’accès, sans difficultés techniques majeures.

A Hawaii, les touristes peuvent admirer l’éruption depuis des belvédères prévus autour du cratère sommital, mais l’autorisation d’approche des coulées de lave est très rare. Par exemple, personne n’a pu les approcher pendant la grande éruption de 2018. L’approche est possible, mais pas trop près, lorsque la lave pénètre dans l’océan mais, là aussi, les autorités assurent au maximum la sécurité des visiteurs. Il faut ajouter que le littoral hawaiien est moins tourmenté et plus facile à parcourir que certains sites éruptifs de la Réunion

A la Réunion, il faut que l’éruption soit visible depuis la lèvre de l’Enclos pour que les gens puissent profiter du spectacle. La seule solution permettant une approche du site éruptif serait l’accompagnement de petits groupes par des guides de montagne accrédités et possédant une formation adéquate, un peu comme cela se faisait avec les guides de l’Etna dans les années 1990-2000, ou même sur le Stromboli, avant que le sacro-saint principe de précaution passe par là et ferme les portes un peu partout.

Il faut comprendre la position du Préfet. S’il donne le feu vert aux visites accompagnées et que tout se passe sans accroc, il n’y aura pas de problème. Par contre si un accident se produit avec la blessure grave, voire la mort, d’un touriste, tout le monde se tournera vers le Préfet et on l’accusera d’avoir autorisé l’accès à l’éruption. C’est bien connu, en France dès que quelque chose ne va pas, on fait la chasse aux responsables !

Le cratère Dolomieu (Photo: C. Grandpey)

De belles coulées, mais interdites d’accès (Photo: C. Holveck)