Eruption du Kilauea (Hawaii): Gaz volcaniques et composition de la lave // Volcanic gases and lava composition

Alors que deux coulées de lave ont pénétré dans l’océan à l’écart de la Highway 137, près de MacKenzie State Park, le HVO et la Protection Civile mettent en garde les habitants de Lower Puna contre les risques liés aux gaz volcaniques. En effet, les alizés poussent de volumineux panaches de SO2 dans les zones situées sous le vent, notamment à Kamaili, Seaview et Malama Ki, où les résidents doivent limiter ou éviter toute exposition à ce gaz toxique. Comme je l’ai écrit dans ma note précédente, le panache de brume volcanique pourrait atteindre plus de 20 kilomètres sous le vent, dans une direction parallèle à la côte, tout en se dirigeant légèrement vers le large. Son extension dépend de la vigueur de l’entrée de lave dans l’océan et des alizéss
Le HVO rappelle à la population que la « laze » ou brume de lave, est formée par la réaction de la lave très chaude au contact de l’eau de mer froide, ce qui génère un panache blanc très dense constitué de vapeur d’eau, d’acide chlorhydrique et de particules de verre. L’acide chlorhydrique est créé par la réaction chimique entre la lave et l’eau de mer, tandis que les particules de verre se forment lorsque la lave touche l’eau de mer et se brise, comme le fait un bol de verre qui se brise en mille morceaux en heurtant le sol. Les toxines dans le panache ont des propriétés corrosives semblables à l’acide d’une batterie. Le panache doit être évité car il peut irriter la peau et les yeux et provoquer des difficultés respiratoires. Alors qu’un masque acheté en magasin peut bloquer les particules de verre, il ne filtre pas l’acide chlorhydrique. Seuls des masques spécifiques peuvent convenir.
En raison de l’entrée de lave dans l’océan, la Protection Civile indique que les mesures suivantes sont en vigueur: L’accès à la zone est interdit en raison du risque de brume volcanique. Les gens doivent éiter de se trouver à proximité des panaches de gaz le long de la côte. La garde côtière américaine surveille activement la zone. Seuls les bateaux d’excursion autorisés peuvent pénétrer dans la zone, ce qui semble en totale contradiction avec les mises en garde énoncées précédemment, mais aux Etats-Unis, business is business!
Mis à part le danger provoqué par les gaz, l’approche des fractures éruptives doit être évitée. Le 19 mai a vu la première blessure liée à l’éruption. Un propriétaire sur Noni Farms Road se trouvait sur le balcon de sa maison quand il a été frappé au tibia par des projections de lave et il a dû être conduit à l’hôpital.

En ce qui concerne l’éruption proprement dite, un volcanologue du HVO a précisé que des échantillons de lave provenant de la Fracture 17 contiennent de l’andésite, une roche que l’on ne rencontre généralement pas dans les éruptions hawaiiennes. La présence d’andésite signifie que la lave qui s’est formée au niveau de la Fracture 17 pourrait provenir d’un magma stocké dans un réservoir avant l’éruption de 1955, ou celle de 1924,  voire une éruption survenue en 1840. Les scientifiques ont rematqué que la lave émise dans les premiers jours de l’éruption dans la Lower East Rift Zone avançait lentement et provenait probablement d’un réservoir magmatique présent sous terre depuis l’éruption de 1955. Aujourd’hui, les coulées de lave qui ont atteint l’océan ont un signal chimique correspondant à un magma plus chaud en provenance du cratère du Pu’u O’o et du sommet du Kilauea et qui produit des coulées de lave plus rapides et plus abondantes.

Le HVO indique par ailleurs qu’une nouvelle séquence explosive a été observée au sommet du Kilauea à 00:05 (heure locale). Le nuage de cendre peut occasionner des retombées sur les environs. Le vent est susceptible d’envoyer la cendre vers le sud-ouest (région de Wood Valley, Pahala, Naalehu et Waiohinu).
Source: HVO et Protection Civile.

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While two active lava flows entered the ocean off Highway 137 near MacKenzie State Park, both HVO and Civil Defense are warning Lower Puna residents against the risks of volcanic gases. Indeed, trade winds are pushing elevated levels of SO2 in areas downwind of lava vents, including to Kamaili, Seaview, and Malama Ki, where residents should take action necessary to limit further exposure. As I put it in my previous post, the “laze” plume could reach more than 20 kilometres downwind of the lava’s ocean entry, in a direction parallel to the coastline, heading slightly offshore. Its extension depends on the vigour of the lava entering the ocean and the wind patterns

HVO reminds the population that the laze, short for lava haze, is formed by the reaction of hot lava coming into contact with cold seawater, producing a dense white plume of steam laced with hydrochloric acid and glass particles. The hydrochloric acid is created by the chemical reaction between the lava and the seawater, while the glass particles are formed when lava touches seawater and shatters, similar to a glass bowl scattering glass shards when it hits the ground. Toxins in the plume have corrosive properties akin to battery acid, and the plume should be avoided as it can irritate the skin and eyes and cause breathing difficulties. While a store-bought mask can block the glass particles, it will not filter out hydrochloric acid. Only specific masks can do the job.

Due to the lava entry at the ocean, Civil Defense indicates that  the following policies are in effect: Access to the area is prohibited due to the laze hazard. People should stay away from any ocean plume. The U.S. Coast Guard is actively monitoring the area. Only permitted tour boats are allowed in the area, which seems in contradiction with the warnings about the laze dangers !

Apart from the hazard caused by the gases, the eruptive vents should also be avoided. May 19th saw the first report of an eruption-related injury since the latest event began. A homeowner on Noni Farms Road was on his third-floor balcony when he got hit on the shin with lava spatter, shattering the lower portion of his leg. He had to be taken to hospital.

As far as the eruption itself is concerned, a HVO volcanologist said lava samples from Fissure 17 show it contained andesite, a rock not usually seen in volcanic eruptions in Hawaii. The presence of andesite means the lava that came up in Fissure 17 could have come from magma stored in an underground reservoir dating back to before the 1955 eruption, possibly as early as the 1924 eruption or an eruption in 1840. Scientists said the lava coming up in the Lower East Rift Zone initially was slower moving and possibly coming from magma reservoirs stored underground since the 1955 eruption, but the lava flows reaching the ocean have a chemical signal that matches the hotter magma from Pu’u O’o crater and the summit, resulting in faster-moving and more voluminous lava flows.

HVO also reports that an explosive eruption at Kilauea summit has occurred at 12:55 a.m. on May 21st, 2018. The resulting ash plume may affect the surrounding areas. The wind may carry the ash plume to the southwest toward Wood Valley, Pahala, Naalehu and Waiohinu.

Source: HVO & Civil Defense.

Site d’arrivée de la lave dans l’océan et nuages de gaz (Crédit photo: USGS)

Accélération de la hausse du niveau des océans // Sea level rise is accelerating

Selon une nouvelle étude récemment publiée dans la revue Proceedings (= Comptes-rendus) de l’Académie Nationale des Sciences, la hausse du niveau des océans s’est accélérée au cours des dernières décennies et n’a pas été progressive comme on avait tendance à la croire. L’étude s’est basée sur 25 ans de données fournies par les satellites de la NASA et de l’Agence Spatiale Européenne. Cette accélération, due principalement à la fonte intense du Groenland et de l’Antarctique, pourrait multiplier par deux la hausse totale du niveau de la mer d’ici à 2100.
Au train où vont les choses, le niveau de la mer augmentera de 65 centimètres d’ici à 2100, ce qui sera largement suffisant pour causer des problèmes importants aux villes côtières. L’un des auteurs de l’étude a déclaré: « Il s’agit certainement d’une estimation en dessous de la vérité ; en effet, notre extrapolation suppose que le niveau de la mer continuera à s’élever dans le futur comme il l’a fait au cours des 25 dernières années, ce qui est fort peu probable. »
Les concentrations de plus en plus importantes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère entraînent une augmentation de la température de l’air et de l’eau, avec une hausse du niveau de la mer qui se produit de deux façons. Premièrement, l’eau plus chaude se dilate et cette «expansion thermique» de l’océan a contribué à environ la moitié des 7 centimètres de hausse moyenne du niveau de la mer au cours des 25 dernières années. Deuxièmement, l’eau de fonte de la glace sur Terre se déverse dans l’océan, ce qui contribue également à faire s’élever le niveau de la mer à travers le monde.
Ces hausses du niveau des océans sont évaluées à l’aide de mesures altimétriques satellitaires depuis 1992, notamment par les missions des satellites Topex / Poséidon, Jason-1, Jason-2 et Jason-3, gérées conjointement par plusieurs agences comme la NASA, le CNES, l’EUMETSAT et la NOAA. Le vitesse d’élévation du niveau de la mer depuis l’utilisation de ces satellites est passée d’environ 2,5 millimètres par an dans les années 1990 à environ 3,4 millimètres par an aujourd’hui.
«Les missions d’altimétrie Topex / Poseidon et Jason fournissent en informations l’équivalent d’un réseau mondial de près de 500 000 marégraphes, avec des données précises sur la hauteur de la surface de la mer tous les 10 jours depuis plus de 25 ans. Dans la mesure où l’on possède maintenant près de trois décennies de données, celles concernant la perte de glace terrestre au Groenland et en Antarctique apparaissent désormais dans les estimations mondiales et régionales du niveau moyen de la mer.
Même avec un ensemble de données s’échelonnant sur 25 ans, la détection de l’accélération de la hausse des océans n’est pas chose facile. Des épisodes tels que les éruptions volcaniques peuvent créer une variabilité. Ainsi, l’éruption du Pinatubo en 1991 a entraîné une diminution du niveau moyen de la mer à l’échelle mondiale, juste avant le lancement du satellite Topex / Poséidon. En outre, le niveau global des océans peut fluctuer en raison de phénomènes climatiques tels que El Niño et La Niña, qui influencent la température de l’océan et les régimes de précipitations sur Terre.
Les chercheurs ont utilisé des modèles climatiques pour tenir compte des effets d’éruptions volcaniques, ainsi que d’autres données pour déterminer les effets d’El Niño et La Niña, ce qui leur a permis de découvrir l’accélération de l’élévation du niveau de la mer au cours du dernier quart de siècle. L’équipe scientifique a également utilisé les données fournies par les marégraphes pour corriger les éventuelles erreurs dans les estimations altimétriques.
En plus de sa participation à des missions d’observation directe du niveau de la mer depuis l’espace, la NASA participe à un large éventail de missions et de campagnes sur le terrain et à des recherches qui contribuent à améliorer la compréhension des variations du niveau de la mer. Les campagnes aéroportées permettent d’effectuer des mesures sur les calottes glaciaires et les glaciers, tandis que la modélisation informatique améliore notre compréhension de la réaction de l’Antarctique et du Groenland face au réchauffement climatique.
En 2018, la NASA lancera deux nouvelles missions satellitaires qui seront essentielles pour améliorer les prévisions de variation du niveau de la mer. Un satellite continuera les mesures de la masse des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique, tandis qu’un autre effectuera des observations très précises du niveau des calottes glaciaires et des glaciers.
Source: NASA.

L’étude complète se trouve à cette adresse: http://www.pnas.org/content/early/2018/02/06/1717312115

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According to a new study recently published in the journal Proceedings of the National Academy of Sciences, the global sea level rise has been accelerating in recent decades, rather than increasing steadily. The study is based on 25 years of NASA and European satellite data. This acceleration, driven mainly by increased melting in Greenland and Antarctica, has the potential to double the total sea level rise projected by 2100 when compared to projections that assume a constant rate of sea level rise,

If the rate of ocean rise continues to change at this pace, sea level will rise 65 centimetres by 2100, enough to cause significant problems for coastal cities. One of the researchers said: « This is almost certainly a conservative estimate. Our extrapolation assumes that sea level continues to change in the future as it has over the last 25 years. Given the large changes we are seeing in the ice sheets today, that’s not likely. »

Rising concentrations of greenhouse gases in Earth’s atmosphere increase the temperature of air and water, which causes sea level to rise in two ways. First, warmer water expands, and this « thermal expansion » of the ocean has contributed about half of the 7 centimetres of global mean sea level rise we have seen over the last 25 years. Second, melting land ice flows into the ocean, also increasing sea level across the globe.

These increases were measured using satellite altimeter measurements since 1992, including the Topex/Poseidon, Jason-1, Jason-2 and Jason-3 satellite missions, which have been jointly managed by multiple agencies, including NASA, CNES, EUMETSAT, and NOAA. The rate of sea level rise in the satellite era has risen from about 2.5 millimetres per year in the 1990s to about 3.4 millimetres per year today.

« The Topex/Poseidon/Jason altimetry missions have been essentially providing the equivalent of a global network of nearly half a million accurate tide gauges, providing sea surface height information every 10 days for over 25 years. As this climate data record approaches three decades, the fingerprints of Greenland and Antarctic land-based ice loss are now being revealed in the global and regional mean sea level estimates.

Even with a 25-year data record, detecting acceleration is challenging. Episodes like volcanic eruptions can create variability: the eruption of Mount Pinatubo in 1991 decreased global mean sea level just before the Topex/Poseidon satellite launch, for example. In addition, global sea level can fluctuate due to climate patterns such as El Niños and La Niñas which influence ocean temperature and global precipitation patterns.

The researchers used climate models to account for the volcanic effects and other datasets to determine the El Niño/La Niña effects, ultimately uncovering the underlying rate and acceleration of sea level rise over the last quarter century. The team also used tide gauge data to assess potential errors in the altimeter estimate.

In addition to NASA’s involvement in missions that make direct sea level observations from space, the agency’s Earth science work includes a wide-ranging portfolio of missions, field campaigns and research that contributes to improved understanding of how global sea level is changing. Airborne campaigns gather measurements of ice sheets and glaciers, while computer modelling research improves our understanding of how Antarctica and Greenland will respond in a warming climate.

In 2018, NASA will launch two new satellite missions that will be critical to improving future sea level projections. One satellite will continue measurements of the mass of the Greenland and Antarctic ice sheets; the other satellite will make highly accurate observations of the elevation of ice sheets and glaciers.

Source: NASA.

The complete study can be found at this address : http://www.pnas.org/content/early/2018/02/06/1717312115

Graphique montrant les dernières prévisions de hausse des océans jusqu’en 2100 (Source : University of Colorado-Boulder)

Des volcans sous-marins au large de l’Australie // Submarine volcanoes off Australia

C’est un fait bien connu: de nombreux volcans actifs se trouvent au fond des océans et n’ont jamais été étudiés. Nous connaissons mieux la surface de Mars que nos propres fonds marins.
Les scientifiques ont découvert 26 volcans sous-marins âgés de 35 millions d’années près de l’Australie, et la carte topographique qu’ils ont publiée ressemble au domaine fictif du Mordor dans le Seigneur des Anneaux. Ces volcans sont situés au sud de l’Australie, au fond de l’océan, dans une zone récemment localisée par des chercheurs australiens et écossais.
Les scientifiques ont utilisé la reconnaissance sismique 3D pour repérer quelque 25 volcans qui se trouvent en moyenne à environ 250 mètres sous les sédiments des fonds marins. Certains de ces volcans sont hauts de 600 mètres et montrent des coulées de lave que les scientifiques n’avaient jamais vues auparavant.
L’étude, qui a été publiée dans la revue Geochemistry, Geophysics, Geosystems, a déterminé que les volcans se sont formés au cours de l’Eocène, il y a entre 50 et 33 millions d’années. L’éruption sous-marine qui a produit les coulées de lave s’est probablement produite il y a environ 35 millions d’années.
L’équipe scientifique, composée de chercheurs de l’Université d’Adélaïde, de l’Université d’Aberdeen et de l’Organisation de Recherche Scientifique et Industrielle du Commonwealth (CSIRO), a utilisé des données de reconnaissance sismique tridimensionnelle  pour cartographier le paysage. Ils ont découvert 26 coulées de lave anciennes enfouies dans les sédiments et qui mesurent jusqu’à 34 km de longueur et 15 km de largeur, ainsi qu’une multitude d’anciens volcans ayant jusqu’à 625 mètres de hauteur. Les coulées se ramifient en plusieurs branches, s’élèvent pour former des plateaux, disparaissent dans des fractures et forment des «îlots» de lave durcie de forme elliptique. Les chercheurs ont comparé ces îlots aux «kipuka» que l’on rencontre sur les volcans terrestres ; ce sont des collines ou des parcelles de terres légèrement élevées qui sont complètement encerclées par la lave après les éruptions [NDLR : On en trouve se superbes spécimens à Hawaii sur le Kilauea]. De telles structures n’ont jamais été décrites auparavant par des données sismiques sous-marines, de sorte que cette nouvelle étude donne aux chercheurs un regard neuf sur le comportement des éruptions sous-marines. Les données pourront être utilisées pour améliorer notre compréhension de l’évolution des volcans lorsqu’ils entrent en éruption sous l’eau.
Sources: BBC, The Guardian, Live Science.

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It is a well-known fact: Many active volcanoes lie at the bottom of the oceans and have never been studied. We know the surface of Mars better than the ocean sea floor.

Scientists have discovered 26 underwater volcanoes up to 35 million years old near Australia, and the topographical map they have released resembles the fictional realm of Mordor from the Lord of the Rings. These volcanoes are located south of Australia, in a place deep under the sea, where it was recently located by researchers from Australia and Scotland.

The researchers used 3D seismic reflection to spot the more than two dozen volcanoes, which averaged about 250 metres underneath the sediment on the seabed. Some of the volcanoes were up 600 metres in height and had distinct features indicating lava flows that scientists had never seen before.

The study, which was published in the journal Geochemistry, Geophysics, Geosystems, determined that the volcanoes were created during the Eocene epoch between 50 and 33 million years ago. The undersea eruption that created the lava flows on the volcanoes probably happened about 35 million years ago.

The research team, consisting of a team from the University of Adelaide, University of Aberdeen and Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO) used newly acquired 3-D seismic reflection data to map the landscape. They found 26 ancient, buried lava flows that measure up to 34 km in length and 15 km in width, along with a multitude of ancient volcanoes up to 625 metres in height. The flows branch into pathways, rise into plateaus, plunge into trenches and spread into elliptical-shaped « islands » of hardened lava. Researchers compared these islands to land-based lava features known as « kipukas, » isolated hills or plots of slightly elevated land that become completely encircled by lava after eruptions. Features like these have never been described by underwater seismic data before, so this new study gives researchers a fresh look at the behaviour of submarine eruptions. The data is now being used to improve our understanding of how volcanoes evolve when they erupt underwater.

Sources: BBC, The Guardian, Live Science.

Carte des volcans du Mordor (Source: Wikipedia)

Kipuka sur le Kilauea à Hawaii (Crédit photo: Wikipedia)

Histoire de banquettes, deltas et plates-formes à Hawaii // A story of benches, deltas and shelves in Hawaii

L’histoire en question est celle des entrées de lave sur la Grand Ile d’Hawaii, comme celle que l’on pouvait encore observer il y a quelques jours sur le site de Kamokuna. Plusieurs mots ou expressions ont été utilisés pour désigner la formation de cette nouvelle terre.
Il y a quelques années, « banquette » était le terme communément utilisé pour désigner l’accumulation de lave à son entrée dans l’océan. Les géologues ont abandonné ce mot parce que la définition géologique d’une banquette ne correspond pas au processus par lequel de nouvelles terres se forment quand la lave entre dans la mer.
« Delta de lave » est maintenant le terme géologique accepté. Toutefois, comme le mot « banquette » a été utilisé pendant de longues années, il est parfois difficile d’adopter un nom différent pour désigner la nouvelle terre en formation lors de l’entrée de la lave dans l’océan.
Dans un article intitulé Volcano Watch, publié régulièrement sur le site web de l’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO), les scientifiques tentent de mettre fin à la confusion entre les termes désignant l’entrée de la lave dans l’océan. Ils en profitent aussi pour décrire les processus par lesquels les deltas de lave se forment et évoluent.
« Banquette » n’est pas un terme approprié. En effet, pour les géologues, les banquettes sont des éléments d’érosion, alors que les deltas sont des éléments de dépôt, formés par l’accumulation de nouveaux matériaux.
Les banquettes côtières sont des terres presque horizontales formées généralement par l’érosion des vagues sur de longues périodes. Ces structures plates et étroites se forment à la base des falaises près du niveau de marée haute. À Hawaii, Hanauma Bay (l’un de mes spots de snorkelling préférés !) est l’exemple d’une banquette qui a découpé la paroi sud d’un anneau de tuf tout près de Koko Head sur l’île d’Oahu. En outre, le mot banquette est également utilisé pour désigner le niveau de lave dans un tunnel.
«Plate-forme» est un autre terme fréquent, mais erroné, utilisé pour décrire l’entrée de la lave dans l’océan. Une plate-forme est une élévation peu profonde et presque horizontale de la croûte continentale qui s’étend au-dessous du niveau de la mer au large des côtes à partir du continent. On peut observer de telles plates-formes au large des îles d’Hawaii, mais elles sont généralement beaucoup plus vastes que les deltas de lave.
Contrairement à l’origine érosive d’une banquette, un « delta de lave » est un dépôt construit par accumulation de lave près de la base de la falaise littorale, au niveau de l’entrée dans l’océan. Pour comprendre ce processus, il faut imaginer un delta, comme celui du Mississippi.  Il se forme lorsque les alluvions sont transportées le long de la rivière, puis se déposent là où la rivière pénètre dans un plus grand corps d’eau stagnante ou plus lente, comme un océan. La lave qui circule dans un tunnel se comporte comme une rivière; elle circule jusqu’à la côte où elle pénètre dans l’océan.
Lorsque la lave à une température d’environ 1140°C s’écoule dans l’océan, elle se refroidit rapidement, créant une interaction potentiellement explosive. De petites explosions et les assauts des vagues décomposent la lave en petits morceaux de roche et de sable qui se déposent ensuite au fond de la mer au-dessous de l’entrée de la lave dans l’océan. L’accumulation de ces matériaux forme la base instable sur laquelle reposent les deltas de lave.
Au fur et à mesure que le delta de lave continue de croître, son front peut commencer à s’affaisser, car le poids croissant du delta déstabilise ses fondations. Quand un delta de lave devient trop lourd, ou se brise par gravité, il s’effondre, partiellement ou complètement.
Au cours de ce processus, des explosions se produisent fréquemment, avec des projections de matériaux incandescents à la fois vers l’intérieur des terres et vers la mer, avec des risques pour les visiteurs. Ces dangers ont déjà été expliqués à plusieurs reprises.
Source: USGS / HVO.

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The story deals with lava entries on Hawaii Big Island, like one that could be observed at Kamokuna a few days ago. Several words or expressions have been used to refer to this formation of a new land.

A few years ago, “bench” was the term commonly used for the accumulation of lava at an ocean entry. But geologists have moved away from that word, because the geologic definition of a bench does not agree with the process by which new land forms when lava enters the sea.

“Lava delta” is now the accepted geologic characterization. But, because the word “bench” was used for so long, it can be hard to transition to a different name for the new land formed at an ocean entry.

In an article entitled Volcano Watch which is regularly released on their website by the Hawaiian Volcano Observatory (HVO), scientists try to help resolve any confusion about what new land at an active ocean entry should be called, and to describe the processes by which lava deltas form and evolve.

Bench” is considered as a wrong word. Indeed, to geologists, benches are erosional features, whereas deltas are depositional features, formed by the accumulation of new material.

Coastal benches are nearly horizontal terrains commonly formed by wave erosion over long periods of time. These flat and narrow features form at the base of sea cliffs near the high tide mark. In Hawaii, Hanauma Bay is an example of a bench that cut into the southeast wall of a tuff ring next to Koko Head on the Island of Oahu. Besides, the word bench is also used to refer to the level of lava within a tunnel.

Referring to a lava delta as a “shelf” is another common, but misguided, term that is used to describe the ocean entry feature. A shelf is a nearly horizontal, shallow ledge of continental crust that extends below sea level off the coast of a land mass. Island shelves can be found off the coast of the Hawaiian Islands as well, but they are generally much larger than lava deltas.

In contrast to the erosional origin of a bench, a “lava delta” is a depositional feature built by the accumulation of lava near the base of the sea cliff at an ocean entry. To understand this process, one should picture a river delta, like that of the Mississippi. It forms when alluvium is transported down the river and then deposited where the river enters a larger body of standing or slower-moving water, such as an ocean. Molten lava insulated in a tube is like a river. It is transported to the coast, where it enters the ocean.

As the approximately 1140-degree Celsius (2080-degree Fahrenheit) lava flows into the ocean, it quickly cools, creating a potentially explosive interaction. Small explosions and surf action break the lava into smaller pieces of rubbly rock and sand, which are then deposited onto the sea floor beneath the ocean entry. The accumulation of this unconsolidated material produces the unstable foundation on which lava deltas are built.

As a lava delta continues to grow, its front can begin to subside, because the increasing weight of the delta causes its rubbly foundation to shift. When a lava delta becomes too heavy, or is undercut downslope, it collapses, either partially or completely.

When a lava delta collapses, it can trigger explosions that throw blocks of solid rock and fragments of molten lava both inland and seaward, with hazards to the visitors. They have been explained many times before.

Source: USGS / HVO.

Delta de lave sur la Grande Ile d’Hawaii

Hanauma Bay, sur l’île d’Oahu

(Photos: C. Grandpey)