La chaleur de l’océan Austral fait fondre la banquise antarctique // Heat of the Southern Ocean is melting Antarctic sea ice

Concentrations de CO2 : 431,86 ppm (27 mai 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,43 ppb (janvier 2026)

Pendant des décennies, l’Antarctique a semblé défier le réchauffement climatique. La croissance et le retrait saisonniers de la banquise montraient une remarquable résilience. On la décrivait souvent comme le « cœur battant de la planète ». Contrairement à l’Arctique, où la banquise a rapidement diminué avec le réchauffement climatique, la banquise antarctique est restée relativement stable. Elle s’est même étendue entre 2007 et 2015. Mais cette résilience est terminée.
L’Antarctique a longtemps été considérée comme une composante du système climatique montrant une évolution lente. La rapidité du récent recul de la banquise a donc surpris le monde scientifique. Depuis 2015, la banquise antarctique a fortement diminué et en 2023, son étendue hivernale a atteint des niveaux records. La situation se poursuit aujourd’hui.

Certes, les scientifiques s’attendaient à ce que la banquise antarctique se réduise avec le réchauffement climatique, mais pas aussi rapidement. Le déclin observé au cours de la dernière décennie n’avait pas été prévu par les modèles climatiques utilisés pour comprendre la réaction du continent au réchauffement de la planète. Ce recul récent est donc particulièrement préoccupant. Il montre que la situation peut évoluer plus rapidement, ou différemment que prévu, une chose que nos modèles ne sont pas capables de pleinement appréhender. Ceci est important car la banquise réfléchit la lumière du soleil vers l’espace et contribue à la formation de courants océaniques qui emprisonnent la chaleur et le carbone dans les profondeurs. Son recul aura des conséquences sur le climat et sur les écosystèmes uniques de l’Antarctique qui en dépendent.
Une nouvelle étude menée par des scientifiques de l’Université de Southampton, publiée dans Science Advances, montre que l’océan Austral autour de l’Antarctique a subi une transformation fondamentale : la chaleur, auparavant piégée en profondeur, remonte désormais à la surface et peut faire fondre la banquise.
La chaîne d’événements à l’origine de ce changement a débuté il y a plusieurs décennies. Autour de l’Antarctique, les vents se sont intensifiés en raison du trou dans la couche d’ozone et des émissions de gaz à effet de serre. Ces vents plus puissants ont agi comme une pompe; ils ont attiré progressivement les eaux profondes, chaudes et salées, vers la surface.
Pendant des années, l’océan Austral autour de l’Antarctique est resté bien stratifié, avec les eaux froides et douces qui reposaient sur les eaux plus chaudes et plus salées en dessous. Cette stratification empêchait la chaleur d’atteindre la surface. Mais cette barrière a fini par s’affaiblir. En 2015, les eaux profondes et chaudes étaient suffisamment remontées à la surface pour que les tempêtes et les vents violents les brassent. Les eaux autour de l’Antarctique sont depuis lors prises au piège d’un cercle vicieux facile à comprendre : La remontée des eaux profondes amène chaleur et sel à la surface. La chaleur fait fondre la banquise, tandis que l’excès de sel rend les eaux de surface plus denses et facilite leur mélange avec les eaux plus chaudes des profondeurs. Cela permet à encore plus de chaleur de remonter, rendant la formation de nouvelle banquise plus difficile, et ainsi de suite.

Résumé des processus à l’origine de la fonte de la banquise antarctique (Image extraite de l’étude parue dans Science Advances)

Les conséquences de ce phénomène ne sont pas seulement physiques. La banquise antarctique abrite un écosystème unique au monde. Des algues se développent sur et sous la glace, nourrissant le krill, qui à son tour nourrit les manchots, les phoques, les baleines et les oiseaux marins. La réduction de la banquise a déjà provoqué la noyade d’un grand nombre de poussins de manchots empereurs, mettant en péril l’espèce entière (voir ma note du 30 avril 2024). Une diminution durable de la banquise modifierait donc non seulement le climat, mais aussi l’écosystème vivant de l’océan Austral.
La réduction de la banquise antarctique n’est pas un simple problème régional. Cette banquise agit comme un miroir; elle réfléchit la lumière du soleil et contribue à maintenir la planète à une température acceptable. À mesure que cette glace de mer diminue, l’océan absorbe davantage de chaleur. Dans le même temps, les modifications de la circulation océanique australe risquent de réduire la capacité de l’océan à stocker la chaleur et le carbone. Par le passé, l’Antarctique contribuait à atténuer les effets du réchauffement climatique. Les résultats de cette nouvelle étude montrent que son rôle pourrait désormais s’inverser.
On ignore encore si ce changement est permanent. Toutefois, si la banquise reste à un niveau faible, l’océan Austral pourrait accélérer le réchauffement climatique au lieu de le limiter.
Source : Université de Southampton.

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For decades, Antarctica seemed to defy global warming. The seasonal growth and retreat of Antarctic sea ice appeared remarkably resilient. It was often described as the « heartbeat of the planet ». Unlike the Arctic, where sea ice declined rapidly as the planet warmed, Antarctic sea ice showed little overall loss. It even expanded between 2007 and 2015. But that resilience has now broken.

Antarctica was long considered a part of the climate system expected to change slowly. The speed of the recent sea ice decline has therefore come as a shock. Since 2015, Antarctic sea ice has declined sharply. In 2023, winter sea ice extent fell to record lows.

Scientists did expect Antarctic sea ice to shrink as the planet warmed, but not this quickly. The downturn over the past decade was not predicted by the climate models used to understand how the continent responds to warming. This makes the recent decline especially concerning. It suggests things may be unfolding faster, or in different ways, than our models can fully capture.

This matters because sea ice reflects sunlight back into space and helps drive ocean currents that lock away heat and carbon deep underwater. Its decline will have consequences for the climate and for Antarctica’s unique ecosystems that rely on it.

A new study by scientists at the University of Southampton, published in Science Advances, shows that the ocean around Antarctica has undergone a fundamental shift. Heat that had been trapped deep below the surface is now rising upwards, where it can melt sea ice.

The chain of events that triggered this change began decades ago. Around Antarctica, winds strengthened as a result of the ozone hole and greenhouse gas emissions. These stronger winds acted like a pump, gradually drawing warm, salty deep water closer to the surface.

For years, the Southern Ocean around Antarctica was strongly layered, with cold fresh water sitting on top of warmer, saltier water below. That layering stopped the heat from reaching the surface. But eventually the barrier weakened. By 2015, warmer deep water had risen close enough to the surface for storms and strong winds to churn it upwards.

The waters around Antarctica have since become trapped in a self-reinforcing cycle. Rising deep water brings heat and salt to the surface. The heat melts sea ice, while the extra salt makes the surface waters denser and easier to mix with warmer waters below. That allows even more heat to rise upwards, making it harder for new sea ice to form, and so on.

The consequences are not only physical. Antarctic sea ice supports one of the world’s most distinctive ecosystems. Algae grow on and under the ice, feeding krill, which in turn sustain penguins, seals, whales and seabirds. Low sea ice has already been linked to mass drowning of emperor penguin chicks, putting the entire species at risk. A long-term shift to lower sea ice cover would therefore reshape not only the climate itself, but also the living Southern Ocean.

This is not just a regional story. Antarctic sea ice acts like a mirror, reflecting sunlight and helping keep the planet cool. As it shrinks, more heat is absorbed by the ocean. At the same time, changes in the Southern Ocean circulation could reduce the ocean’s ability to store heat and carbon. In the past, Antarctica helped buffer global warming. The results of the new studay suggest it may now be shifting in the opposite direction.

Whether this marks a permanent change remains uncertain. But if low sea ice conditions persist, the Southern Ocean could start to accelerate global warming rather than limit it.The Conversation

Source : University of Southampton.

La banquise arctique toujours au plus mal // Arctic sea ice still at its lowest

Concentrations de CO2 : 431,79 ppm

Concentrations de CH4 : 1940,43 ppb

La banquise arctique en hiver est restée à un niveau historiquement bas en mars 2026. Toutes les agences climatiques arrivent à des conclusions similaires.
L’étendue de la banquise est définie comme la superficie de l’océan recouverte d’au moins 15 % de glace. La banquise arctique s’étend généralement durant l’automne et l’hiver, atteint son maximum annuel en mars, puis diminue jusqu’à un minimum en septembre.
Selon la NASA et le NSIDC, la banquise arctique a probablement atteint son maximum hivernal le 15 mars 2026, avec 14,29 millions de km², un chiffre proche du maximum de 2025 (14,31 millions de km²).

Source : NSIDC

L’Institut national japonais de recherche polaire (NIPR) et l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise (JAXA) ont enregistré un maximum inférieur, à 13,76 millions de km² le 13 mars 2026 en se référant à des données satellitaires. Leurs données placent 2026 légèrement en dessous de 2025, ce qui représente un nouveau record de faible étendue hivernale.

La NASA a indiqué que la superficie maximale de la banquise arctique en 2026 serait inférieure d’environ 1,3 million de km² à la moyenne de la période 1981-2010, ce qui confirme le déclin sur le long terme observé depuis 1979.

Le NIPR et la JAXA ont constaté une expansion limitée de la glace dans la mer d’Okhotsk ainsi que dans la région de la baie de Baffin et de la mer du Labrador, où des températures supérieures à la moyenne en janvier et en février ont freiné la progression de la glace vers le sud. De plus, dans la mer d’Okhotsk, des vents d’est à sud-est ont prévalu de la mi-février à la mi-mars. Pour couronner le tout, les températures y ont été plus élevées qu’à la même période en 2025. Par conséquent, l’étendue de la banquise dans la mer d’Okhotsk a commencé à diminuer après le 19 février, ce qui a fortement limité l’expansion globale de la banquise arctique.
Les observations du satellite ICESat-2 ont révélé un amincissement de la glace sur une grande partie de l’Arctique en 2026, notamment dans la mer de Barents, au nord-est du Groenland. La réduction de la formation de nouvelle glace ces dernières années a également limité l’accumulation de glace pluriannuelle.

Une analyse indépendante du service Copernicus sur le changement climatique a révélé que l’étendue moyenne de la banquise arctique en mars 2026 était de 14,2 millions de km², soit environ 0,9 million de km² (5,6 %) de moins que la moyenne de la période 1991-2020. Il s’agit de la plus faible étendue jamais enregistrée pour un mois de mars par satellite. Selon Copernicus, depuis novembre 2025, l’étendue de la banquise arctique figure parmi les trois plus faibles jamais enregistrées pour ce mois : c’était déjà la deuxième plus faible en novembre, la plus faible en décembre et la troisième plus faible en janvier et février.

Source : The Watchers.

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Arctic winter sea ice remained at record-low levels in March 2026, All climzte agencies are coming to similar results.

Sea ice extent is defined as the total ocean area with at least 15% ice concentration. Arctic sea ice typically expands through autumn and winter, reaches its annual maximum in March, and declines toward a September minimum.

NASA and NSIDC said Arctic sea ice likely reached its winter maximum on March 15, 2026 at 14.29 million km², close to the 2025 maximum of 14.31 million km².

Japan’s National Institute of Polar Research (NIPR) and the Japan Aerospace Exploration Agency (JAXA) reported a lower maximum of 13.76 million km² on March 13, 2026, based on satellite data. Their dataset places 2026 slightly below 2025, marking a new record low winter extent. NASA reported the 2026 maximum was about 1.3 million km² below the 1981–2010 average, extending the long-term decline observed in Arctic sea ice since 1979.

NIPR and JAXA identified limited ice expansion in the Sea of Okhotsk and the Baffin Bay–Labrador Sea region, where above-average temperatures from January to February restricted southward ice development. Furthermore, in the Sea of Okhotsk, easterly to southeasterly winds prevailed from mid-February to mid-March, and temperatures were higher than those during the same period in 2025. As a result, the sea ice extent in the Sea of Okhotsk began to decrease after February 19, which served as a major factor limiting the overall expansion of Arctic sea ice

Observations from the ICESat-2 satellite showed thinner ice across much of the Arctic in 2026, particularly in the Barents Sea northeast of Greenland. The reduced formation of new ice in recent years has also limited the buildup of multi-year ice.

Independent analysis from the Copernicus Climate Change Service found that average Arctic sea-ice extent in March 2026 was 14.2 million km², about 0.9 million km² or 5.6% below the 1991–2020 average, the lowest March extent in the satellite record. According to Copernicus, since November 2025, Arctic sea ice extent has ranked among the three lowest on record for the corresponding month: second lowest in November, lowest in December, and third lowest in January and February.

Source : The Watchers.

La glace n’est plus une menace pour les pêcheurs islandais // Ice is no longer a threat to Icelandic fishermen

Un article paru dans l’Iceland Monitor nous explique les dangers que peuvent rencontrer les pêcheurs au large de l’Islande à cause de la glace qui s’est détachée de la banquise arctique. Aujourd’hui, les progrès de la technologie apportent une aide précieuse aux professionnels de la mer. C’est ce qu’explique une géographe du département des Sciences de la Terre à l’Université d’Islande.

Bien que les icebergs soient moins fréquents autour de l’Islande qu’auparavant, principalement en raison du réchauffement climatique dans l’hémisphère nord, ils peuvent encore s’avérer dangereux. Aujourd’hui, ils sont surtout un danger pour les pêcheurs et autres professionnels de la mer. Il est donc primordial de surveiller activement les mouvements de la glace à proximité des zones de pêche, surtout lorsque les conditions météorologiques la poussent dans des directions inattendues où elle peut prendre les navires par surprise.

Des progrès considérables ont été réalisés ces dernières décennies en matière de surveillance de la glace autour de l’Islande. Dans les années 1980, les scientifiques s’appuyaient sur les rapports des navires ; lorsque un navire rencontrait de la glace, le capitaine en informait les services météorologiques. Des alertes étaient alors émises si la glace était jugée trop proche ou présente dans des zones où elle pouvait surprendre les marins.
Au fil des années, de nouvelles données satellitaires sont devenues disponibles, permettant de voir à travers les nuages et même dans l’obscurité. La résolution des cartes s’est également considérablement améliorée.

Vers l’an 2000, ces données étaient extrêmement coûteuses, mais elles sont désormais quasiment gratuites. Les scientifiques peuvent ainsi accéder aux images satellitaires plusieurs fois par semaine et les marins eux-mêmes peuvent y accéder rapidement, quelques minutes après le passage du satellite.

Une autre aide précieuse a été apportée par l’avion TF-SIF des garde-côtes islandais, équipé d’un radar, permettant ainsi aux scientifiques de ne plus se contenter des données satellitaires.

Toutefois, ces dernières années, le changement le plus important a concerné la glace elle-même, en particulier au cours des deux dernières décennies. Le principal changement concerne la diminution drastique de la banquise pluriannuelle dans l’océan Arctique. On appelle banquise pluriannuelle une glace qui a survécu à un ou plusieurs étés. Avec la hausse des températures, la couverture de glace le long du Groenland oriental et dans l’océan Arctique s’est réduite et amincie. Par conséquent, la glace qui atteint l’Islande aujourd’hui n’est généralement constituée que de petits fragments qui ne persistent que quelques jours, principalement près de Hornstrandir.

La glace dans les zones de pêche est problématique, surtout en cas de présence d’icebergs ou de growlers, ou lorsque la visibilité est mauvaise et que la mer est agitée. Mais les pêcheurs islandais connaissent très bien la glace, en particulier ceux qui pêchent au large des fjords de l’Ouest. Aujourd’hui, les pêcheurs sont presque les seuls à rencontrer régulièrement des morceaux de banquise, et cela fait longtemps que d’importantes quantités de glace n’ont pas atteint la côte islandaise. La dernière fois remonte à 1979, même si quelques problèmes ont été constatés depuis cette date.

Source : Iceland Monitor. Photos: C. Grandpey.

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An article in the Iceland Monitor explains the dangers that fishermen off the coast of Iceland face due to ice that has broken off from the Arctic sea ice. Today, technological advancements are providing invaluable assistance to maritime professionals, as explained by a geographer from the Department of Earth Sciences at the University of Iceland.

Although icebergs are now less common around Iceland than in the past, mostly due to warming in the Northern Hemisphere, it can still be dangerous. Today, it is mainly fishermen and other seafarers who encounter sea ice. It therefore remains very important to maintain active monitoring of ice movement when it approaches fishing grounds, especially when weather conditions push it in unexpected directions and catch vessels off guard.

A lot of progress has been made in the past decades for the monitoring of sea ice around Iceland. In the 1980s, scientists relied on ship reports ;when vessels encountered sea ice, they would call it in to the Met Office. Warnings had to be issued if the ice was considered dangerously close or in areas where seafarers wouldn’t expect it.

Gradually, all kinds of new satellite data became available, allowing to see through clouds and even in darkness. Map resolution also improved dramatically.

Around the year 2000, this data was extremely expensive, but now it’s more or less free, so scientists can access such images several times a week and seafarers can now rapidly access the data themselves.

Another innovation was the Icelandic Coast Guard aircraft TF-SIF, which is equipped with radar, so that scientists are no longer dependent on when the next radar satellite happens to pass over.

In the past years, the biggest change has been in the ice itself, especially over the past two decades.

The main change is that so-called multi-year sea ice in the Arctic Ocean has decreased dramatically. Multi-year ice is ice that has survived one or more summers. The ice cover along both East Greenland and in the Arctic Ocean has been shrinking and thinning. As a consequence, the ice reaching Iceland today is usually just small fragments that remain for only a few days, mostly near the Hornstrandir area. It is inconvenient when sea ice covers fishing grounds, and danger mainly arises if there are icebergs or thick floes mixed in, or if visibility is poor and sea conditions are bad.

But Icelandic fishermen understand the ice very well, especially those fishing off the Westfjords. Today, fishermen are almost the only group regularly encountering sea ice, and it has been a long time since large amounts reached the coast. The last truly severe sea ice year was 1979, though there have been some issues since then.

Source : Iceland Monitor.

Pluie sur l’Antarctique // Rain on Antarctica

Concentrations de CO2 : 431,51 ppm

Concentrations de CH4 : 1945,85 ppb

Avec une moyenne de seulement 16 cm de précipitations par an, le continent antarctique est le plus grand désert du monde. Toutefois, une étude montre qu’avec le réchauffement climatique, l’Antarctique connaîtra davantage de pluie, avec pour conséquence des modifications fondamentales du paysage et de la faune qui peuplent cet environnement unique. L’étude, publiée dans la revue Frontiers in Environmental Science, nous apprend que dans des scénarios de réchauffement plus rapide (2 °C ou plus d’ici la fin du siècle), les chutes de neige et les précipitations pourraient augmenter de plus de 20 %, avec une part croissante de pluie. Cette combinaison de la chaleur et des pluies entraînera un rétrécissement et une accélération du mouvement des glaciers, un affaiblissement des plateformes glaciaires et une augmentation du nombre d’icebergs. Ceci, à son tour, provoquera une diminution des algues et du krill, une réduction des sites de reproduction pour les manchots et les phoques, et favorisera la prolifération d’espèces invasives comme les crabes et les moules.

Les relevés météorologiques montrent qu’il pleut plus souvent qu’avant sur la Péninsule antarctique qui constitue la pointe la plus septentrionale du continent. Cette péninsule constitue la partie la plus chaude de l’Antarctique et se réchauffe plus rapidement que le reste du continent. Elle donne un aperçu de ce que pourrait connaître la fragile calotte glaciaire de l’Antarctique occidental au cours des prochaines décennies.

Les conditions météorologiques extrêmes causent déjà des problèmes. En février 2020, une vague de chaleur avait fait grimper les températures à 18,6 °C dans le nord de la péninsule, avec une fonte record des plateformes glaciaires. En février 2022, une rivière atmosphérique a entraîné une fonte record de glace en surface. Une autre, en juillet 2023, a apporté des précipitations et une hausse des températures de + 2,7 °C à la péninsule en plein cœur de l’hiver, et de tels événements se produisent de plus en plus souvent.

 

(a) Précipitations moyennes attribuées aux rivières atmosphériques (RA) de 1980 à 2020 ; (b) Contribution moyenne des précipitations des RA aux précipitations annuelles totales de 1980 à 2020 ; (c) Série chronologique (1980-2020) des précipitations des RA sur la calotte glaciaire antarctique(Source: AGU)

Dans la péninsule antarctique, la pluie s’accompagne d’une hausse des températures qui fait fondre et lessive la neige, et prive ainsi les glaciers d’apports de neige précieux. L’eau de fonte peut également atteindre le lit du glacier, lubrifiant sa base et accélérant son glissement. Cela augmente la production d’icebergs et la masse de glace qui se perd dans l’océan. Ce phénomène peut déstabiliser ces plateformes. La formation de mares d’eau de fonte a été en partie responsable de l’effondrement des plateformes glaciaires Larsen A et B au début des années 2000.

La glace de mer qui forme la banquise est, elle aussi, vulnérable. La pluie réduit la couverture neigeuse et la réflectivité de la surface, ce qui accélère la fonte de la glace. Il ne faudrait pas oublier que cette glace de mer constitue un tampon naturel qui amortit les vagues et contribue à empêcher les extrémités des glaciers de se détacher et de se transformer en icebergs.

Un climat plus pluvieux aura de nombreux impacts écologiques en Antarctique. L’eau peut ainsi inonder les sites de nidification des manchots qui ne sont pas adaptés à la pluie. Les plumes duveteuses de leurs poussins ne sont pas imperméables, de sorte que les fortes pluies les trempent, entraînant parfois une hypothermie puis la mort.

Les précipitations modifient également la vie à plus petite échelle. Lorsqu’elles font fondre la couche de neige, elles perturbent les algues des neiges, des plantes microscopiques qui contribuent aux écosystèmes terrestres de l’Antarctique. Ces algues nourrissent des microbes et de minuscules invertébrés et peuvent assombrir la surface de la neige, réduisant l’albédo et accélérant la fonte. Parallèlement, le réchauffement des mers peut faciliter la colonisation de la région par des espèces marines envahissantes, telles que certaines moules ou certains crabes.

Les pluies plus nombreuses pourraient aussi modifier l’aspect humain de l’Antarctique. Avec l’intérêt géopolitique croissant porté à ce continent, il est probable que les infrastructures humaines se développent, avec de nouvelles colonies et bases potentielles pour servir des industries telles que le tourisme ou la pêche au krill. Or, les infrastructures de recherche actuelles ont été conçues pour la neige, et non pour de fortes pluies. La neige fondue et l’eau de fonte peuvent endommager les bâtiments, les instruments et les véhicules. Certains sites de recherche entiers pourraient devoir être déplacés.

Source : The Conversation.

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With an average of only 16 cm of precipitation per year, the Antarctic continent is the world’s largest desert. However, a study shows that with global warming, Antarctica will experience more rain, resulting in fundamental changes to the landscape and wildlife that inhabit this unique environment. The study, published in the journal Frontiers in Environmental Science, reveals that in scenarios of faster warming (2°C or more by the end of the century), snowfall and precipitation could increase by more than 20%, with a growing proportion of rain. This combination of heat and rain will lead to the shrinking and acceleration of glaciers, a weakening of ice shelves, and an increase in the number of icebergs. This, in turn, will cause a decrease in algae and krill, a reduction in breeding sites for penguins and seals, and promote the proliferation of invasive species such as crabs and mussels.
Weather records show that it is raining more often than before on the Antarctic Peninsula, the northernmost tip of the continent. This peninsula is the warmest part of Antarctica and is warming faster than the rest of the continent. It offers a glimpse of what the fragile West Antarctic Ice Sheet could face in the coming decades.

Extreme weather conditions are already causing problems. In February 2020, a heat wave pushed temperatures up to 18.6°C in the northern part of the peninsula, with record melting of the ice shelves. In February 2022, an atmospheric river caused record surface ice melt. Another, in July 2023, brought precipitation and a 2.7°C temperature increase to the peninsula in the middle of winter, and such events are occurring with increasing frequency.
In the Antarctic Peninsula, rain is accompanied by rising temperatures that melt and wash away snow, depriving glaciers of valuable snowfall. Meltwater can also reach the bedrock beneath the glacier lubricating its base and accelerating its progress. This increases iceberg production and the mass of ice lost to the ocean. This phenomenon can destabilize these ice shelves. The formation of meltwater pools was partly responsible for the collapse of the Larsen A and B ice shelves in the early 2000s. Sea ice, which forms the sea ice pack, is also vulnerable. Rain reduces snow cover and surface reflectivity, accelerating ice melt. It should not be forgotten that this sea ice acts as a natural buffer, dampening waves and helping to prevent glacier fronts from breaking off and calving into icebergs.

A wetter climate will have numerous ecological impacts in Antarctica. Water can flood penguin nesting sites, which are not adapted to rain. The downy feathers of their chicks are not waterproof, so heavy rain soaks them, sometimes leading to hypothermia and then death.
Precipitation also alters life on a smaller scale. When it melts the snowpack, it disrupts snow algae, microscopic plants that contribute to Antarctic terrestrial ecosystems. These algae nourish microbes and tiny invertebrates and can darken the snow surface, reducing albedo and accelerating melting. At the same time, warming seas can facilitate the colonization of the region by invasive marine species, such as certain mussels or crabs.
More frequent rainfall could also change the human face of Antarctica. With the growing geopolitical interest in this continent, human infrastructure is likely to expand, with new settlements and potential bases to serve industries such as tourism and krill fishing. However, current research infrastructure was designed for snow, not heavy rain. Meltwater can damage buildings, instruments, and vehicles. Some entire research sites may need to be relocated.
Source:  The Conversation.