Grindavik : un casse-tête pour le gouvernement islandais // Grindavik : a headache for the Icelandic government

Grindavik a été évacuée le 10 novembre 2023. En raison de la sismicité, des fissures et de l’éruption du 14 janvier qui a détruit trois maisons, le petit port de pêche est devenu trop dangereux. L’état d’incertitude sur la péninsule de Reykjanes pourrait encore durer plusieurs années.
Les volcanologues préviennent qu’Hafnarfjörður est un autre secteur susceptible d’être menacé par des éruptions qui pourraient aussi survenir dans la région de Hengill, avec une sérieuse menace pour Hveragerði. Ce serait un problème plus grave que la situation actuelle sur la péninsule de Reykjanes, car les centrales électriques de Hellisheiði et de Nesjavellir se trouveraient dans la zone sensible. Cela pourrait affecter l’arrivée d’eau chaude et donc le chauffage dans la région de Reykjavik. C’est la raison pour laquelle il a été conseillé au gouvernement islandais de commencer à planifier des mesures au cas où une éruption se produirait dans ces régions.

Canalisation à Hellisheiði (Photo: C. Grandpey)

En ce qui concerne Grindavík, l’avenir à long terme de la ville reste incertain. C’est pourquoi certains habitants ont choisi de vivre ailleurs en Islande. Beaucoup vivent chez des proches, dans des résidences d’été ou même dans des caravanes en plein hiver. Le gouvernement islandais envisage de racheter les habitations à leurs propriétaires afin qu’ils disposent des fonds nécessaires pour acheter un logement ailleurs.
La situation à Grindavík est une situation inédite pour les autorités islandaises. En termes de menace volcanique pour les habitations, la dernière catastrophe de ce type fut l’éruption de l’Eldfell en janvier 1973, sur l’île d’Heimaey. A cette époque, la lave et les cendres ont détruit quelque 400 maisons et déplacé 5 300 personnes. Pour rappel, Grindavík héberge quelque 3 700 habitants. Les opérations d’arrosage de la lave visant à l’empêcher d’atteindre le port d’Heimaey ont duré des mois, et les opérations de déblaiement des scories ont duré longtemps après. Les opérations de refroidissement de la lave ont pris fin en juillet 1973 et, à la fin de 1975, la population d’Heimaey représentait 85 % de ce qu’elle était avant l’éruption de l’Eldfell. Aujourd’hui, on compte 4 500 habitants.

Source: Wikipedia

La population de Grindavik, quant à elle, représente 1 % de la population islandaise. Il est à craindre que le projet du gouvernement de racheter les habitations ou les prêts immobiliers ne déclenche une vague d’augmentation des prix. Après l’éruption dans les îles Westman en 1973, l’inflation est devenue incontrôlable. S’agissant de la situation de Grindavik, la Première ministre a déclaré : «Notre objectif est de résoudre ce problème d’une manière qui ne menace pas la stabilité des prix.»
L’inflation en Islande est actuellement de 7,7 %, soit plus de trois fois l’objectif de la banque centrale. Le marché immobilier est tendu ; la banque centrale a relevé ses taux à 9,25 % et on craint que les prochains accords salariaux ne déclenchent une spirale salaires-prix. L’immobilier résidentiel souffre toujours d’un manque d’investissement suite à la crise financière qu’a connue l’Islande il y a 15 ans. Les problèmes sont désormais exacerbés par le tourisme qui est une source clé de devises étrangères pour le pays. De nombreux appartements ont été transformés en résidences Airbnb, ce qui contribue à la hausse des prix de l’immobilier. L’augmentation annuelle d’environ 2 % des prix de l’immobilier peut être attribuée au nombre croissant appartements Airbnb au cours des trois dernières années, ce qui représente 15 % de la hausse des prix des logements résidentiels au cours de cette période.
Source  : médias d’information islandais.

Grindavik reste sous la menace d’une éruption (Crédit photo: Iceland Review)

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Grindavik was evacuated on November 10th, 2023. Because of the seismicity, the fissures and the 14 January eruption that destroyed three houses, the small fishing port has become very unsafe. The state of uncertainty in the Reykjanes Peninsula may still last several years.

It is believed that another challenging area in the future might be Hafnarfjörður. Another hypothesis is that eruptions may occur in the Hengill area, which would mean that Hveragerði could be at risk. It would be a bigger problem than it is now on the Reykjanes Peninsula because Hellisheiði Power Station and Nesjavellir Power Station would be in the danger zone. It could affect the heating supply in the capital area. This is the reason why the Icelandic government is advised to start planning measures in case an eruption occurs in these regions.

As far as Grindavík is concerned, the long-term future of the town remains uncertain. As a consequence, some residents have opted to live elsewhere in Iceland. Many are staying with relatives, in summer houses or even in trailers in the middle of winter. The Icelandic government is considering buying out Grindavík homeowners so they would have the funds to purchase housing elsewhere.

The situation in Grindavík is one Icelandic authorities have not seen before. In terms of volcanic threats to human habitations, the last such disaster was the January 1973 eruption of Eldfell, on the island of Heimaey in the Westmann Islands. At that time, lava and ash destroyed some 400 homes, displacing 5,300 people. For context, Grindavík is home to some 3,700 people. Cooling operations to keep the lava from reaching the island’s harbour lasted for months, and digging operations for long after that. Cooling operations ended by July 1973, and by the end of 1975, the population of Heimaey was 85% of what it was before Eldfell erupted. Today, it is home to 4,500 people.

The population of Grindavik makes up 1% of Iceland’s population. It is feared that the government’s plan to buy out homeowners might set off a spout of price increases. After the 1973 Westman Islands eruption, inflation went out of hand. As far as the situation of Grindavik is concerned, the Prime Minister said :“Our goal is that we tackle this in a manner which will not threaten the price stability.”

The current inflation in Iceland is at 7.7%, more than three times the central bank’s target. The housing market is already strained, the central bank has raised rates to 9.25% and there are concerns upcoming pay deals could spark a wage-price spiral. Residential property still suffers from a lack of investment following the country’s financial meltdown 15 years ago. Problems are now exacerbated by tourism, which has since become a key source of foreign currency for the small Nordic country. Many apartments have been turned into Airbnb residences, which contributes to rising real estate prices. About 2% annual increase in real house prices can be attributed to the growth in Airbnb apartments over the past three years which accounts for 15% of the rise in real prices of residential housing during the period.

Source : Icelandic news media.

Grindavik reste sous la menace d’une éruption (Crédit photo: Iceland Review)

Islande : Grindavik, une ville en sursis ? // Iceland : Grindavik, a condemned town ?

Depuis le mois de novembre 2023, les nerfs des habitants de Grindavik, petit port de pêche de 3800 habitants dans le sud-ouest de l’Islande, sont mis à rude épreuve. La sismicité quasi permanente est insupportable. Une intrusion magmatique a ouvert d’impressionnantes fractures à travers la ville et les volcanologues islandais craignent qu’un jour ou l’autre, la lave perce la surface au milieu des maisons.

Grindavik a été évacuée le 11 novembre 2023. Les éruptions du 18 décembre 2023 et surtout du 14 janvier 2024 ont montré la menace qui plane sur la bourgade. Sans une digue de terre érigée à la hâte quelques jours auparavant, elle aurait subi les assauts de la lave. Une fracture éruptive ouverte à la périphérie a détruit trois maisons. Dans un tel contexte, on est en droit de se demander si Grindavik n’est pas condamnée à plus ou moins long terme.

 

Les derniers événements sismiques et éruptifs confirment la réactivation d’une ligne de fractures sur la péninsule de Reykjanes. Cette ligne de fractures fait partie de la tectonique de l’Islande qui est soumise à un phénomène d’accrétion avec l’écartement des plaques tectoniques américaine et eurasienne. Dans un tel contexte, la présence de fractures actives est inévitable. L’éruption du 14 janvier 2024 est le cinquième événement de ce type en moins de trois ans sur la péninsule qui n’avait pas connu d’activité depuis quelque huit siècles. Les volcanologues sont persuadés que la péninsule de Reykjanes est entrée dans une nouvelle période d’activité éruptive qui pourrait dure plusieurs années, voire plusieurs décennies.

Il est intéressant de noter que les éruptions de décembre 2023 et janvier 2024 ont été précédées par peu d’activité sismique, ce qui tend à prouver que le magma mijotait près de la surface, prêt à la percer.

De plus, chacune des dernières éruptions a été suivie d’un nouveau soulèvement du sol dans la zone de Svartsengi qui est probablement la source de l’intrusion magmatique. Il n’est pas impossible que l’on assiste à d’autres épisodes éruptifs de brève durée.

La présence d’une intrusion magmatique dans la zone de failles de la péninsule de Reykjanes pourrait vite se révéler une menace pour Grindavik, mais aussi pour des structures comme la centrale électrique de Svartsengi ou le très populaire Blue lagoon qui se trouve juste à côté. La centrale de Svartsengi fournit l’électricité et l’eau chaude à 30 000 habitants. C’est lorsque les infrastructures sont menacées que la prévision éruptive montre toute son importance et il faut reconnaître que la volcanologie moderne est encore démunie dans ce domaine. Faute de savoir prévoir, on met en place le principe de précaution, ce qui a justifié l’évacuation de Grindavik et les fermetures ponctuelles du Blue Lagoon.

 

Au vu des dernières éruptions, on peut se demander si Grindavik n’est pas une ville en sursis. Les scientifiques islandais ont indiqué que de nouvelles fractures se sont ouvertes dans la ville et que d’autres se sont élargies. C’est le signe que du magma circule dans ces fractures. Les prochaines semaines seront décisives. Une fois de plus, la lave risque de percer la surface sans prévenir…

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Since November 2023, the nerves of the residents of Grindavik (pop. 3,800), a small fishing port in the southwest of Iceland, have been put to the test. The almost permanent seismicity is unbearable. A magma intrusion has opened impressive fissures across the town and Icelandic volcanologists fear that one day lava may break through the surface among the houses. Grindavik was evacuated on November 11th, 2023. The eruptions of December 18th, 2023 and above all January 14th, 2024 showed the threat hovering over the town. Without an earthen dike hastily erected a few days earlier, it would have been invaded by lava. An open eruptive fissure on the outskirts destroyed three houses. In such a context, we may wonder whether Grindavik is not doomed sooner or later.
The latest seismic and eruptive events confirm the reactivation of a fault line on the Reykjanes Peninsula. This line of fractures is part of the tectonics of Iceland which is subject to an accretion phenomenon with the separation of the American and Eurasian tectonic plates. In such a context, the presence of active fissures is inevitable. The eruption of January 14th, 2024 is the fifth event of this type in less than three years on the peninsula which had not seen any activity for eight centuries or so. Volcanologists are convinced that the Reykjanes Peninsula has entered a new period of unrest which could last several years or several decades.
Interestingly, the December 2023 and January 2024 eruptions were preceded by little seismic activity, suggesting that magma was simmering close to the surface, ready to breach it.
Furthermore, each of the latest eruptions was followed by new ground uplift in the Svartsengi area which is probably the source of the magma intrusion. Other short-term eruptive episodes are not unlikely.
The presence of a magma intrusion in the fault zone of the Reykjanes Peninsula could quickly become a threat to Grindavik, but also to structures like the Svartsengi power station or the very popular Blue lagoon which is located next to it. The Svartsengi power station provides electricity and hot water to 30,000 residents. It is when infrastructures are threatened that eruptive prediction shows all its importance and we are forced to admit that modern volcanology is still insufficient in this domain. As we are unable to predict, we resort to the precautionary principle, which justified the evacuation of Grindavik and the occasional closures of the Blue Lagoon.
In view of the latest eruptions, one might wonder if Grindavik is not a city on borrowed time. Icelandic scientists say new fissures have opened inside the town and others have widened. This is a sign that magma is travelling in these fissures. The next few weeks will be decisive. Once again, lava may piercethe surface without warning…

Dernières nouvelles d’Islande // Latest news from Iceland

Le Met Office indique qu’aucune activité n’est observée dans les fissures au nord de Grindavík depuis 01h08 le 16 janvier 2024 et il semble que l’éruption soit terminée.
La fissure sud qui s’est ouverte près de Grindavik a cessé son activité le 15 janvier, après avoir détruit trois maisons.
La lave coulait toujours depuis la fissure nord, mais les digues de terre qui avaient été construites pour détourner la coulée de lave et protéger la ville se sont révélées efficaces. Cette coulée semble s’être définitivement arrêtée.
Les autorités locales sont préoccupées par la situation à Grindavik où se sont ouvertes de nombreuses nouvelles crevasses. Le sol de la ville bouge constamment ; de nouvelles crevasses apparaissent tandis que d’autres s’agrandissent. La ville a subi des dégâts considérables. Les dernières images thermiques obtenues à l’aide d’un drone montrent que les fissures précédemment cartographiées au sud-ouest de Grindavík se sont considérablement élargies.

La psychologie ne semble pas être le point fort de la police islandaise. Certains habitants de Grindavik se plaignent du comportement des forces de police qui contrôlent l’accès à la ville. Un couple d’habitants de Grindavik venu récupérer une vingtaine de moutons a été arrêté et sommé de partir immédiatement par une unité des forces spéciales de la police d’État. La discussion a été très violente et le comportement des policiers a été jugé « inacceptable » par le couple. Le mari a déclaré : « Le chef de la police d’État ne devrait pas avoir ces hommes pour entrer en contact avec des personnes en détresse. À quoi pensent-ils en les utilisant avec des personnes traumatisées ? Ils devraient les utiliser avec les trafiquants de drogue, mais ils ne savent tout simplement pas communiquer avec les personnes en détresse. « .
Source  : médias d’information islandais.

Retour apparent  au calme sur la péninsule de Reykjanes (Image webcam)

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The Met Office indicates that no activity has been observed in the fissures north of Grindavík since 1:08 am on January 16th, 2024 and it seems the volcanic eruption has come to an end

The southern fissure that opened up near Grindavik ceased erupting on January 15th, after having claimed three houses in town.

Lava still flowed from the northern fissure, but protective barriers that had been built to divert the lava flow away from the town had proven effective. This flow now appears to have stopped detinitely.

Local authorities are worried by the situation in Grindavik where there are many new crevasses. The ground is constantly shifting in the town, with new crevasses emerging while others grow larger. Considerable damage has been done so far. The latest thermal images from a drone show that fissures previously mapped southwest of Grindavík have significantly enlarged.

Some Grindavik residents complain about the behaviour of the polices forces that are controlling the access to the town. A couple of people who were coming o the town to collect 20 sheep or so were stopped and ordred to leave immediately by the special forces unit of the state police. The confrontation was severe and judged « inacceptable » by the Grindavik residents.“The State’s police chief shouldn’t have these men – to be in contact with people who are distressed. What are they thinking using them with people who are in a shock? They should be fighting with drug dealers, they just don’t know how to communicate with people who are in need.”

Source : Icelandic news media.

Nouvelle évacuation de Grindavik (Islande) // New evacuation of Grindavik (Iceland)

Alors que les recherches pour retrouvé un homme disparu au fond d’une fracture à Grindavik ont été abandonnées pour des raisons de sécurité, la bourgade de 3 800 habitants qui a été évacuée en raison de l’activité sismique en novembre 2023 sera à nouveau évacuée le 15 janvier 2024 dans le soirée. La raison de cette décision est le risque soudain d’ouverture de nouvelles crevasses. Aucune personne non autorisée ne pourra pénétrer dans l’enceinte de la ville pendant trois semaines. La ministre de la Justice a promis une action gouvernementale pour reloger les familles évacuées. Elle a ajouté qu’elle espérait que la ville serait à nouveau sûre et habitable d’ici l’été ou l’automne.
Après l’éruption du 18 décembre 2023, les habitants de Grindavík ont été autorisés à rentrer chez eux pour Noël et les entreprises ont été autorisées à rouvrir. Cependant, le soulèvement du sol se poursuit dans la région voisine de Svartsengi et le Pet Office islandais avertit qu’une nouvelle éruption peut débuter à tout moment.
Source  : Iceland Review.

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While the search of a man who fell in a fissure in Grindavik was called off due to safety reasons, the town of 3,800 people that was evacuated due to seismic activity in November, will be evacuated again on January 15th in the evening. The reason is ongoing danger of crevasses opening up in the area without warning. No unauthorised personnel will be allowed within the town limits for three weeks. The Minister of Justice promised government action to provide evacuated families with housing. She added that she hoped that the town would be safe and habitable again by this summer or autumn.

Following the December 18th, 2023 eruption the residents of Grindavík were permitted to go back to their homes for Christmas and businesses were allowed to reopen. However, crustal uplift continues in the nearby Svartsengi area and the Icelandic Meteorological Office warns that a new eruption could begin at any time.

Source : Iceland Review.

Grindavik reste sous la menace d’une éruption (Crédit photo: Iceland Review)