L’Islande va stocker le CO2 dans le basalte // Iceland is going to store CO2 in basalt

Dans une note rédigée le 17 juin 2016, j’expliquais qu’une équipe dirigée par des chercheurs de l’Université de Southampton avait participé au projet CarbFix, à côté d’une centrale géothermique dans la périphérie de Reykjavik. Cette centrale exploite une source de vapeur produite par le magma à faible profondeur, en sachant que du CO2 et des gaz soufrés d’origine volcanique sont émis en même temps que la vapeur. Le but est de capter le gaz et de le réinjecter dans le sous-sol. Le processus se fait avec un puits d’injection foré dans le soubassement basaltique. Les chercheurs séparent le dioxyde de carbone de la vapeur produite par la centrale et l’envoient vers un puits d’injection. Le dioxyde de carbone est injecté dans un tuyau qui de trouve lui-même logé à l’intérieur d’un autre tuyau rempli d’eau en provenance d’un lac situé à proximité. A plusieurs dizaines de mètres de profondeur, le dioxyde de carbone est libéré dans l’eau où la pression est si élevée qu’il se dissout rapidement. Ce mélange d’eau et de dioxyde de carbone dissous, qui devient très acide, est envoyé plus profondément dans une couche de roche basaltique où il commence à lessiver des minéraux comme le calcium, le magnésium et le fer. Les composants du mélange finissent par se recomposer et se minéraliser en roches carbonatées.

L’idée d’injecter du CO2 dans le substratum basaltique a fait son chemin depuis 2016 et la construction d’une installation de stockage et d’élimination du dioxyde de carbone – la première du genre au monde – est en passe de démarrer à Straumsvík, sur la Péninsule de Reykjanes. La structure, baptisée Coda Terminal, recevra du CO2 de l’Europe du Nord par bateau. Le projet devrait créer 600 emplois directs et indirects.

Le CO2 proviendra d’émetteurs industriels du nord de l’Europe et sera injecté dans le substrat basaltique où il se transformera rapidement en pierre grâce à la technologie Carbfix. En fonctionnement maximal, Coda Terminal pourra stocker chaque année 3 millions de tonnes de CO2.

En recevant du CO2 des pays voisins pour son stockage permanent dans le substrat basaltique, l’Islande joue un rôle de pionnier en Europe. Le CO2 sera acheminé par des navires spécialement conçus. Le transport du CO2 vers l’Islande est rendu possible par les faibles coûts associés au stockage sur la terre ferme. Coda Terminal sera le premier projet de stockage géologique à grande échelle en Europe à être réalisé sur la terre ferme. Dans une note publiée le 12 novembre 2020, j’avais indiqué que la Norvège avait l’intention de stocker le CO2 dans d’anciens gisements de gaz naturel sous la mer du Nord.

La technologie Carbfix sera par la suite utilisée pour transformer de façon permanente et en toute sécurité le CO2 en pierre, au plus profond du substrat rocheux basaltique. Coda Terminal pourra également stocker le CO2 en provenance des industries locales, ainsi que le CO2 capté directement dans l’air. La construction se fera en trois phases. Le forage des premiers puits est prévu pour 2022, avec pour objectif de démarrer l’exploitation en 2025 et d’atteindre la pleine capacité d’ici 2030.

Source: Iceland Monitor.

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In a post written on June 17th, 2016, I explained that a team led by a University of Southampton researcher was involved in the CarbFix project, located next to a geothermal power plant outside Reykjavik. This plant basically taps a source of steam above Iceland’s shallow magma chambers, but some volcanic CO2 and sulfur gas come along with it. The goal is to capture that gas and stick it back underground. That’s done with an injection well drilled down into basalt bedrock. The researchers separate the carbon dioxide from the steam produced by the plant and send it to an injection well. The carbon dioxide gets pumped down a pipe that’s actually inside another pipe filled with water from a nearby lake. Dozens of metres below the ground, the carbon dioxide is released into the water, where the pressure is so high that it quickly dissolves. That mix of water and dissolved carbon dioxide, which becomes very acidic, gets sent deeper into a layer of basaltic rock, where it starts leaching out minerals like calcium, magnesium and iron. The components in the mixture eventually begin to mineralize into carbonate rocks.

The idea to inject CO2 into the basalt bedrock has worked its way since 2016 and preparations are underway for the construction of a carbon dioxide storage and disposal facility – the first of its kind in the world – in Straumsvík, on the Reykjanes peninsula.

The facility, Coda Terminal, will receive CO2 from Northern Europe by ship. It is expected to create 600 jobs, directly and indirectly.

The CO 2 will be sourced from industrial emitters in Northern Europe and will be injected into the basaltic bedrock where it rapidly turns into stone via the Carbfix technology. At full scale, the Coda Terminal will provide an annual storage amounting to three million tonnes of CO2.

By receiving CO2 from neighbouring countries for permanent mineral storage, Iceland takes a pioneering role within Europe. The Coda Terminal will receive CO2 transported by specifically designed ships. The transport of CO2 to Iceland is enabled by the low costs associated with onshore mineral storage. In fact, the Coda Terminal will be the first large scale geological storage project in Europe that is carried out onshore. In a post published on November 12th, 2020, I indicated that Norway intended to store CO2 in former natural gas fields under the North Sea.

The Carbfix technology will then be used to permanently and safely turn CO 2 into stone, deep in within the basaltic bedrock. The Terminal will also be able to store CO2 from local industries, as well as CO2 captured directly from the air.

Construction will be done in three phases. Drilling of the first wells is planned for 2022, with the aim of beginning operation in 2025 and reaching full capacity by 2030.

Source : Iceland Monitor.

Source : Carbfix

“Urgence climatique” remplace “changement climatique » // “Climate emergency” instead of “climate change”

Le très sérieux et populaire magazine américain Scientific American a annoncé le 12 Avril 2021 qu’il cesserait d’utiliser le terme «changement climatique» dans les articles sur le réchauffement climatique d’origine anthropique et qu’il le remplacerait par «urgence climatique».

Selon le rédacteur en chef du magazine, la presse se doit de faire écho à ce que dit la science. Pour faire valoir son point de vue, il insiste sur le nombre croissant de catastrophes météorologiques qui, selon la plupart des scientifiques, sont causées par le changement climatique: un ouragan en Floride; un barrage qui lâche en Californie parce que les inondations l’ont mis à saturation; une vague de froid soudaine avec des températures record qui ont provoqué des coupures de courant dans tout l’État du Texas, et ainsi de suite. Le rédacteur en chef insiste sur le fait que ce sont des urgences qui nécessitent une action immédiate. «Multipliez ces situations à l’échelle de la planète, et vous avez la plus grande urgence environnementale sur Terre depuis des millénaires: le plus profond changement climatique de tous les temps.»

Le Scientific American n’est pas le seul journal ou magazine à avoir décidé de mettre en évidence ce qu’il considère comme une situation d’urgence nécessitant une action immédiate. Il a rejoint la Columbia Journalism Review, The Nation, The Guardian, Noticias Telemundo, Al Jazeera, Asahi Shimbun au Japon et La Repubblica en Italie qui ont déjà abandonné l’expression « changement climatique. »

Début avril, la NOAA a annoncé qu’en dépit de la pandémie de Covid-19, qui a réduit les voyages et l’activité économique, les niveaux de dioxyde de carbone et de méthane dans l’atmosphère terrestre ont continué d’augmenter, atteignant leur plus haut niveau des 3,6 millions d’années écoulées. La dernière fois que le CO2 a atteint un tel niveau, celui des océans était 23 mètres plus haut qu’aujourd’hui et la température moyenne de la planète était supérieure de 4 degrés Celsius à ce qu’elle est aujourd’hui. Les scientifiques ont averti que l’augmentation de la quantité de dioxyde de carbone dans l’atmosphère terrestre causée par les activités humaines a déjà provoqué une hausse de 1,1 degré Celsius de la température mondiale et fait fondre rapidement les calottes glaciaires polaires.

Une étude publiée le 9 avril 2021 dans le magazine Science a révélé que l’immense plateforme glaciaire qui s’étale devant la glacier Thwaites en Antarctique est beaucoup plus instable qu’on ne le pensait jusqu’à présent. Cette instabilité est causée par l’eau plus chaude de l’Océan Austral qui sape la base de la plateforme. A elle seule, la disparition de cette plate-forme glaciaire se traduirait par une élévation globale du niveau de la mer jusqu’à 90 centimètres.

Selon une autre étude menée par des chercheurs de l’Université de Reading (Angleterre), si le réchauffement climatique ne connaît pas un ralentissement digne de ce nom et si la température moyenne de la planète augmente de 4 degrés Celsius, plus d’un tiers de la banquise antarctique risque de disparaître, ce qui se traduira par la submersion de pays et d’États entiers comme la Floride. Le phénomène déclenchera aussi la plus grande migration de l’histoire de l’humanité.

Par ailleurs, le Scientific American et les autres publications insistent sur le fait que l’élévation du niveau de la mer n’est que l’une des nombreuses menaces auxquelles l’humanité sera confrontée si les températures continuent d’augmenter. Si l’on ne réduit pas la quantité de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, on observera des vagues de chaleur insupportables, des tempêtes, des incendies de forêt, la suite de la fonte des glaces, de sorte qu’une grande partie de la Terre deviendra inhabitable.

Source: Scientific American.

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The serious and popular American magazine Scientific American announced on April 12th, 2021 that it would stop using the term « climate change » in articles about man-made global warming and replace it with « climate emergency. » .

According to the magazine’s editor, journalism should reflect what science says. To make his point, he pointed to the mounting number of weather-related disasters that most scientists agree stem from climate change: a hurricane in Florida; a dam that burst in California because floods had piled water high up behind it; a sudden, record-setting cold snap that cut power to the entire state of Texas, and so on.  The editor insists that these are emergencies that require immediate action. “Multiply these situations worldwide, and you have the biggest environmental emergency to beset the Earth in millennia: climate change.”

The Scientific American is not alone it its decision to highlight what it sees as an emergency requiring immediate action. It joined the Columbia Journalism Review, The Nation, The Guardian, Noticias Telemundo, Al Jazeera, Japan’s Asahi Shimbun and Italy’s La Repubblica in releasing a statement about the change in language.

In early April, NOAA has announced that despite the pandemic, which curtailed travel and economic activity, carbon dioxide and methane levels in the Earth’s atmosphere continued to rise, reaching their highest levels in the past 3.6 million years. The last time CO2 was at its current level, global sea level was 23 metres higher than it is today and the average global temperature was 4 degrees Celsius hotter.

Scientists have been warning that the increased amount of carbon dioxide in the Earth’s atmosphere caused by human activity has already warmed global temperatures by 1.1 degrees Celsius and is fast melting the polar ice caps.

A study published on April 9th, 2021 in Science magazine found that the massive ice shelf stemming from Antarctica’s Thwaites Glacier is even more unstable than previously thought, because of warming water melting the ice that connects it to the land. A collapse of this single ice shelf would translate into a global sea level rise of up to 90 centimetres.

According to another study by researchers at the University of Reading (England), if global warming is not dramatically slowed and global average temperatures do rise by 4 degrees Celsius, over one-third of the entire Antarctic ice shelf will be at risk of collapse, which would lead to the submerging of whole countries and states like Florida, and set off the largest migration in human history.

Moreover, the Scientific American and the other media outlets insist that sea level rise is just one of several threats facing mankind if global temperatures continue to rise. Failure to slash the amount of carbon dioxide in the atmosphere will make the extraordinary heat, storms, wildfires and ice melt of 2020 routine and could render a significant portion of the Earth uninhabitable.

Source: Scientific American.

La Courbe de Keeling montre le très haut niveau de CO2 dans l’atmosphère (Source : NOAA)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : nouvelles de l’éruption // News of the eruption

L’éruption du Piton de la Fournaise qui a débuté le 9 avril 2021 continue. L’intensité du tremor reste relativement stable. Sur le site de l’éruption, on observe maintenant trois bouches éruptives, une principale et deux secondaires en aval.

Le front actif de la coulée de lave principale n’a guère évolué depuis la veille. Le front de coulée se situe toujours dans le haut des Grandes Pentes. A noter qu’une cassure dans le chenal de la coulée principale a fait dévier un bras de lave vers le sud, avec une menace pour l’une des stations sismologiques de l’OVPF

Le débit éruptif moyen est actuellement estimé à 12,5 m3/s..

Le sommet du volcan montre une faible déflation de l’ordre d’un centimètre, en lien logique avec la vidange en cours du réservoir magmatique superficiel située sous le cratère Dolomieu à 1,5-2 km de profondeur.

Les émissions de CO2 dans le sol en champ lointain et en champ proche  sont en augmentation. Ce paramètre sera à surveiller les prochains jours car une telle augmentation pourrait indiquer un nouvel apport de magma.

Source : OVPF.

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The eruption of Piton de la Fournaise that began on April 9th, 2021 continues. The intensity of the tremor remains relatively stable. At the site of the eruption, there are now three eruptive vents, one main and two secondary downslope.

The active front of the main lava flow has hardly changed since the previous day. The flow front is still located in the upper part of the Grandes Pentes. A break in the channel of the main flow has diverted a lava branch towards the south, with a threat to one of OVPF’s seismological stations

The average eruptive ouput is currently estimated at 12.5 m3 / s.

The summit of the volcano shows a weak deflation of about one centimetrr, in logical connection with the drainage in progress of the shallow magma reservoir located under the Dolomieu Crater at a depth of 1.5-2 km.

Far-field and near-field CO2 emissions at the soil are increasing. This parameter should be monitored over the next few days because such an increase could indicate a new influx of magma.

Source: OVPF.

Photo : C. Holveck

Les Salinelle di Paternò et leur relation avec l’activité de l’Etna // The Salinelle di Paternò and their connection with Mt Etna’s activity

Un article récemment publié sur le site Focus Sicilia aborde le comportement des Salinelle di Paternò sur le flanc sud de l’Etna et leur relation avec l’activité éruptive du volcan. C’est un sujet qui a également été abordé avec Boris Behncke et Rosario Faraci lors de la conversation « Mamma mia » sur YouTube samedi.

Il y a quelques années, j’ai effectué des observations sur ce site où l’eau bouillonne et d’où s’échappent des gaz. Mon étude est intitulée « Les émanations gazeuses sur les basses pentes de l’Etna. » Vous pourrez en lire le résumé en cliquant sur ce lien :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/les-emanations-gazeuses-sur-les-basses-pentes-de-letna/

Avant que je m’attarde sur le site – à l’époque très boueux – plusieurs études avaient déjà établi un lien entre le comportement des salinelle et l’activité éruptive sur l’Etna. On avait observé que lorsque les Salinelle di Paternò augmentaient leur bouillonnement, l’activité de l’Etna s’intensifiait généralement quelques semaines ou quelques mois plus tard, avec des éruptions, des explosions et des paroxysmes.

Cette relation entre les salinelle et le volcan a encore été observée ces derniers temps, comme l’a confirmé un géochimiste de l’INGV de Catane, spécialiste de l’étude géochimique des fluides, en particulier sur le site de Paterno. Le scientifique explique que la corrélation entre la Salinelle di Paternò et l’Etna est indirecte. Il explique que «le cratère le plus actif des Salinelle est entré dans une phase très dynamique en novembre 2020. Il montre un bouillonnement résultant principalement du dioxyde de carbone provenant du réservoir magmatique profond situé presque au niveau du manteau terrestre. Actuellement l’eau, très salée, présente en surface une température d’environ 40 degrés Celsius. Elle a même atteint 50°C dans le passé. On estime que la nappe phréatique qui alimente le site de Paterno se trouve à environ un kilomètre de profondeur, avec une température d’environ 120 degrés». Cette eau a un réel potentiel géothermique qui pourrait être exploité pour la production d’énergie. On parle depuis des décennies de l’utilisation de ce site unique au monde, mais ces dernières années, il a été abandonné et envahi par des déchets de toutes sortes. Les Salinelle di Paternò ont enfin été nettoyées et sont désormais protégées. Il existe un projet d’intensification de la surveillance scientifique par l’INGV et, une fois réhabilité, le site pourrait être ouvert au public en 2022.

Source: Focus Sicilia.

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An article recently published on the Focus Sicilia website deals with the behaviour of the Salinelle di Paternò on the southern flank of Mt Etna and their relationship to the eruptive activity of the volcano. A few years ago, I made observations on this site where the water is boiling and where gases are escaping. My study is entitled « Gaseous Emanations on the Low Slopes of M Etna. »You can read the summary by clicking on this link:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/les-emanations-gazeuses-sur-les-basses-pentes-de-letna/

 Before I went to work on the site – at the time very muddy – several studies had already established a link between the behaviour of salt marshes and eruptive activity on Mt Etna. Observations showed that when the Salinelle di Paternò increased their bubbling, activity at Mt Etna usually intensified a few weeks or months later, with eruptions, explosions and paroxysms.

This relationship between the salinelle and the volcano has been observed again recently, as confirmed by a geochemist at the INGV of Catania, a specialist in the geochemical study of fluids, in particular at the Paterno site. The scientist explains that the correlation between the Salinelle di Paternò and Mt Etna is indirect. He explains that “the most active crater of the Salinelle entered a very dynamic phase in November 2020. It shows a bubbling resulting mainly from carbon dioxide coming from the deep magma reservoir located almost at the level of the Earth’s mantle. Currently the water, very salty, has a surface temperature of around 40 degrees Celsius. It even reached 50°C in the past. It is estimated that the water table that feeds the Paterno site is about one kilometre deep, with a temperature of around 120 degrees Celsius”. This water has a real geothermal potential which could be exploited for energy production. There has been talk for decades about the use of this unique site in the world, but in recent years it has been abandoned and invaded by waste of all kinds. The Salinelle di Paternò have finally been cleaned and are now protected. There is a plan to intensify scientific monitoring by INGV and, once rehabilitated, the site could be open to the public in 2022.

Source: Focus Sicilia.

Photos : C. Grandpey