Si l’AMOC s’arrêtait : les conséquences pour l’Islande // If AMOC broke down : the consequences for Iceland

J’ai expliqué à plusieurs reprises (le 8 août 2021 par exemple) que le réchauffement climatique pourrait provoquer un changement de comportement des courants océaniques, notamment du Gulf Stream. La mise à l’arrêt de la circulation méridionale de retournement de l’Atlantique (AMOC) serait désastreuse pour les pays dont le climat est tempéré par les eaux de ce courant.
Il est bon de rappeler que l’AMOC est l’un des principaux systèmes de courants océaniques de notre planète. Il transporte les eaux de surface chaudes des Caraïbes vers l’Atlantique nord, et rapatrie l’eau froide en sens inverse. Ce tapis roulant géant répartit la chaleur reçue du soleil et influence les climats dans de nombreuses régions du monde.
Le problème, c’est qu’avec la fonte des glaces du Groenland et de l’Arctique sous les coups de boutoir du réchauffement climatique, ce système est fortement perturbé au Nord. Les calottes glaciaires apportent de l’eau douce moins dense que l’eau salée, ce qui ralentit le tapis roulant.
Lors d’une conférence donnée en Islande, un professeur d’océanographie de l’Université de Potsdam a confirmé qu’un arrêt des courants océaniques de l’Atlantique Nord pourrait conduire à un changement radical du climat et des conditions météorologiques en Islande dès les années 2030. Le pire scénario verrait les températures moyennes chuter de 10 degrés Celsius en hiver. L’Islande est menacée, mais tous les pays – y compris la France – qui bordent l’océan Atlantique sont concernés eux aussi. Le professeur a ajouté : « Personnellement, je pense que les risques de ces changements océaniques, en particulier pour les Islandais et les habitants des autres pays nordiques, sont si importants que le gouvernement islandais devrait prendre des mesures d’urgence en collaboration avec les autres gouvernements nordiques. »
Le professeur de l’Université de Potsdam a expliqué que l’AMOC, un système de courants océaniques qui transporte les eaux chaudes des couches supérieures de l’Atlantique vers le nord, tout en envoyant de l’eau froide, salée en profondeur vers le sud, risque de s’arrêter en raison du réchauffement climatique. Ce système génère des températures relativement douces en Islande alors que le pays se trouve à des latitudes septentrionales. Même sans une rupture totale de l’AMOC, les modèles montrent une forte probabilité de refroidissement des océans autour de l’Islande. « Cela pourrait se produire dans les années 2030 et je m’attends à ce que cela ait de graves conséquences sur l’Islande. »
Toujours selon le professeur, un arrêt complet de l’AMOC pourrait se produire d’ici quelques décennies, sauf si les émissions de gaz à effet de serre sont considérablement réduites. Ce scénario pourrait entraîner une baisse de la température moyenne en Islande de 2 degrés Celsius, avec une baisse de 10 degrés en hiver. « Je suis sûr que ce changement de température moyenne sur le long terme ne donne qu’une idée très superficielle de ce que cela signifierait, car des différences accrues de température entre les régions voisines qui se réchauffent et celles qui se refroidissent aurait un impact significatif sur les systèmes météorologiques, avec des extrêmes difficiles à imaginer. »
Source : Iceland Review.

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I have warned in several posts (on August 8th, 2021, for instance) that global warming might cause a change in the behaviour of ocean currents, especially the Gulf Stream. A breakdown of the Atlantic meridional overturning circulation (AMOC) would be disastrous for countries whose climate is made mild and temperate by this current’s waters.

It is worth remembering that AMOC is one of the main ocean current systems on our planet. It carries warm surface water from the Caribbean to the North Atlantic, and repatriates cold water in the opposite direction. This giant treadmill distributes the heat received from the sun and influences climates in many parts of the world.
The problem is that with the melting of the ice in Greenland and the Arctic under the blows of global warming, this system is severely disrupted in the North. Ice caps bring fresh water which is less dense than salt water, slowing down the conveyor belt.

During a conference delivered in Iceland, a professor of physics of the oceans at Potsdam University has warned that a breakdown of North Atlantic Ocean currents could lead to a drastic change in Iceland’s climate and weather patterns as soon as the 2030s. The worst case scenario could see average temperatures drop by 10 degrees Celsius in winter. Iceland is under threat, but all the countries – including France – that lie along the Atlantic Ocean. The professor added : “Personally, I think the risks of these oceanic changes particularly for the people of Iceland and other Nordic countries are so serious that the Icelandic government should urgently take some steps together with other Nordic governments.”

The University of Postdam professor warned that AMOC, a system of ocean currents bringing warm sea in the Atlantic’s upper layers to the north, while sending cold, salty, deep water to the south, is in danger of breaking down due to global warming. This system leads to higher temperatures in Iceland than should be expected for a country situated so far north. Even without a full breakdown of the AMOC system, models show an increased likelihood of cooling in the oceans around Iceland.  “This could happen in the 2030s and I expect it to have serious impacts on Iceland.”

In his opinion, a full breakdown of AMOC could happen within a few decades, unless greenhouse gas emissions are significantly reduced. This scenario could lead to median temperatures in Iceland dropping by 2 degrees Celsius, with a 10 degree drop in the winters. “I am sure this long-term average temperature change only gives a very superficial idea of what it would mean, since the increase in temperature differences between neighbouring regions that are warming and those that are cooling would have a massive impact on weather systems, leading to extremes that are hard to imagine.”

Source : Iceland Review.

https://www.icelandreview.com/

Rien de nouveau sur le Kanlaon (Philippines) // Nothing new at Kanlaon volcano (Philippines)

Dans sa mise à jour du 10 décembre 2024, le PHIVOLCS décrit l’éruption d’hier mais ne donne pas plus d’informations sur l’activité volcanique du Kanlaon. L’Institut rappelle que l’éruption a produit un panache volumineux qui s’est rapidement élevé jusqu’à 4 000 mètres au-dessus du sommet et que des coulées pyroclastiques sont apparues à la base de la colonne éruptive et ont dévalé le flanc sud-sud-est du volcan. Le gouvernement philippin a déclaré disposer de fonds suffisants pour venir en aide aux familles (environ 87 000 personnes) qui ont été évacuées et qui sont actuellement hébergées loin de la zone dangereuse. Il convient de noter que les évacuations ont commencé APRES le début de l’éruption qui n’avait pas été annoncée, comme c’est souvent le cas pour les volcans explosifs de la Ceinture de Feu du Pacifique. Le PHIVOLCS surveille attentivement le Kanlaon, prêt à relever le niveau d’alerte au maximum si des éruptions plus puissantes devaient se produire.

Crédit photo: PHIVOLCS

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In its update of December 10th, 2024, PHIVOLCS desribes yesterday’s eruption but does not give more information about volcanic activity at Kanlaon. The Institute reminds us that the eruption produced a voluminous plume that rapidly rose to 4,000 meters above the summit and that ptroclastic flows were generated at the base of the eruption column and descended the south-southeastern sides of the volcano. The Philippine government said it has enough funds to support the families (about 87,000 persons) who have been evacuated and who are currently seeking shelter away from the danger zone. It should be noted that the evacuations started AFTER the start of the eruption that had not been predicted, as is often the case with explosive volcanoes along the Pacific Ring of Fire. PHIVOLCS is closely monitoring Kanlaon, ready to raise the alert level to the maximum if more powerful eruptions were to occur.

Îles volcaniques : Antilles, Polynésie, Réunion

On a pu lire le 30 novembre 2024 sur le site Guadeloupe la 1ère un article consacré à la surveillance des volcans des Petites Antilles, de l’archipel de la Société en Polynésie ou de l’île de La Réunion. Au travers de leurs éruptions, ils ont influencé la géographie, l’histoire et l’identité de ces régions. Aujourd’hui, les scientifiques cherchent à anticiper les éventuels aléas déclenchés par ces géants. Nous ne savons pas prévoir mes éruptions, mais les instruments dont sont truffés ces volcans permettent de mieux comprendre, voire d’anticiper, leur comportement.

L’article rappelle que dans l’arc insulaire des Petites Antilles, émergé il y a plusieurs millions d’années grâce à la subduction de la plaque Amérique sous la plaque Caraïbe, tous les sommets sont d’origine volcanique. Près de vingt volcans sont considérés comme actifs dans les Petites Antilles.

On se souvient que l’île de Montserrat a été profondément affectée par le réveil du volcan Soufrière Hills en 1995, avec l’évacuation d’une partie de la population. En 1997, plusieurs éruptions ont ravagé l’aéroport. Plymouth, la capitale a été détruite et recouverte de cendres à 80%. Une grande partie de l’île est désormais une zone d’exclusion. En février 2010, une explosion a provoqué des nuées ardentes et un panache de cendres qui a atteint les îles voisines de la Guadeloupe et d’Antigua.

Crédit photo: Wikipedia

Une autre Soufrière domine la Guadeloupe. Le volcan a connu sa dernière activité importante en 1976-1977. En 1976, 70 000 personnes ont été déplacées à tort par ordre préfectoral, sur recommandation de Claude Allègre qui avait profité de l’absence d’Haroun Tazieff, alors en Équateur, pour interpréter faussement les résultats de l’équipe du volcanologue français. 25 000 avaient anticipé une possible catastrophe et trouvé refuge sur Grande-Terre. Beaucoup ne reviendront pas.

Crédit photo: Wikipedia

L’éruption la plus dramatique a été celle de la Montagne Pelée en 1902 à la Martinique. Ce réveil tragique a détruit Saint-Pierre et tué pas moins de 28 000 personnes. C’est l’éruption la plus meurtrière du 20ème siècle. À noter qu’elle a occulté une éruption du Santa Maria qui a eu lieu au même moment au Guatemala et qui a tué quelque 5 000 personnes. L’éruption de la Pelée a été remarquablement narrée par Alfred Lacroix dans son ouvrage Les éruptions de la Montagne Pelée. Il a été le premier à décrire avec précision le déroulement des coulées pyroclastiques. De nos jours, le volcan est surveillé par les scientifiques de l’Observatoire volcanologique et sismologique de la Martinique (OVSM).

Photo: C. Grandpey

La Dominique héberge neuf volcans actifs, dont le Morne aux Diables et le Morne Trois Pitons. L’activité volcanique a créé des sources chaudes. Le Boiling Lake est l’un des rares cratères bouillonnants au monde. Ravagée par d’autres catastrophes naturelles telles que les ouragans, « l’île nature des Caraïbes » se reconstruit. Les habitants acceptent avec fatalisme une prochaine catastrophe inéluctable.

Crédit photo: Geology Science

S’agissant de la Caraïbe, j’ajouterai Kick ’em Jenny, volcan sous-marin actif situé au fond de la mer des Caraïbes, à 8 km au nord de l’île de Grenade. L’édifice s’élève à 1 300 m au-dessus du fond de la mer. La première éruption historique ce volcan date de 1939 avec un nuage de vapeur et de débris et une série de tsunamis d’environ deux mètres de hauteur qui ont frappé les côtes du nord de la Grenade et du sud des Grenadines. Les habitants de la Caraïbe sont intrigués par ce volcan et m’ont posé plusieurs questions à l’issue de ma dernière conférence au CDST de Saint Pierre.

Source: Smithsonian Institution

L’île de La Réunion dans l’océan Indien et les îles de l’archipel de la Société en Polynésie française connaissent un autre contexte géologique. Elles sont situées sur des zones de points chauds où le magma remonte du manteau terrestre et perce la croûte océanique, créant ainsi des volcans qui émergent de l’océan et qui, peu à peu avec l’aide de l’érosion, disparaissent sous la surface de l’océan. Les récifs coralliens qui les entourent forment un anneau de corail créant un atoll.

Le Piton de la Fournaise entre régulièrement en éruption à La Réunion. C’est l’un des volcans les plus actifs de la planète. Les éruptions peuvent s’observer de loin – de trop loin selon beaucoup de gens – et elles attirent des foules de spectateurs fascinés par la beauté des colères de la Terre.

Photo: C. Grandpey

Violente éruption du Kanlaon (Philippines) // Powerful eruption of Kanlaon (Philippines)

Une puissante éruption d’une durée de 7 minutes a eu lieu sur le Kanlaon (Philippines) à 15h03 (heure locale) le 9 décembre 2024, avec un très volumineux panache de cendres qui s’est élevé à environ 6,7 km au-dessus du niveau de la mer, et des coulées pyroclastiques. Le niveau d’alerte a été relevé de 2 à 3. Les autorités philippines ont ordonné l’évacuation d’urgence de 87 000 personnes vivant dans un rayon de 6 km autour du sommet du volcan. La situation est critique à La Castellana, où environ 46 900 personnes résident dans la zone de danger de 4 à 6 km.
Les autorités ont également averti les pilotes de se tenir à l’écart de la zone en raison des dangers posés par la cendre.
Le PHIVOLCS a interdit l’entrée dans la zone de danger permanent de 6 km (PDZ) et continue de surveiller attentivement le volcan. Les autorités se préparent à une éventuelle évolution vers le niveau d’alerte 4 qui indiquerait une violente éruption imminente.
Le Kanlaon (2465 m) est entré en éruption plus de 40 fois depuis 1866, avec principalement des explosions phréatiques et des retombées de cendres sur les environs. Le sommet possède une caldeira de 2 km de diamètre et un cratère actif, le Lugud. Une éruption a coûté la vie à 3 randonneurs en 1996. Le volcan est également connu pour avoir produit la plus grande avalanche de débris enregistrée aux Philippines ; elle a parcouru 33 km vers le sud-ouest.
Source : PHIVOLCS.

Dernière minute : Le PHIVOLCS met en garde contre un risque élevé de lahars suite à l’éruption du Kanlaon. De fortes pluies peuvent déclencher des coulées de boue dans les zones environnantes. Les cendres et les matériaux pyroclastiques éjectés par le Kanlaon peuvent être mobilisés sous forme de lahars lors de fortes pluies, comme cela s’est produit après l’éruption du 3 juin.
Le PHIVOLCS ajoute : « Des pluies très intenses ne sont pas nécessaires ; même de simples fortes pluies peuvent déclencher des lahars, car les cendres nouvellement déposées sont instables, meubles et facilement emportées. Les localités qui ont déjà été touchées par des lahars doivent rester vigilantes, car le risque demeure dans les zones qui ont déjà connu ces phénomènes. »
Selon la carte des risques de coulées de lave du Kanlaon, les zones à risque de lahars comprennent Canlaon City, La Castellana, La Carlota City, Bago City, Moises Padilla, San Carlos City et Murcia, toutes situées dans le Negros Occidental.

Vue de l’éruption du 9 décembre 2024 (Crédit photo: Phivolcs)

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A powerful explosive eruption lasting 7 minutes took place at Kanlaon (Philippines) at 15:03 (local time) on December 9th, 2024, producing a massive ash plume that rose to about 6.7 km above sea level and pyroclastic flows. The Alert Level was raised from 2 to 3. Philippine authorities ordered the urgent evacuation of 87 000 people living in a 6 km radius from the summit of the volcano. The situation is critical in La Castellana, where approximately 46 900 individuals reside within the 4 – 6 km danger zone.

The Civil Aviation Authority also warned pilots to steer clear of the area due to the dangers posed by ash and debris.

PHIVOLCS has prohibited entry into the 6-km Permanent Danger Zone (PDZ) and continues to monitor the volcano closely. Authorities are preparing for a potential escalation to Alert Level 4 which would indicate an imminent hazardous eruption.

Kanlaon volcano (2465 m) has erupted over 40 times since 1866, mostly causing phreatic explosions and ashfall in nearby areas. The summit has a 2 km wide caldera and an active crater called Lugud. An eruption claimed the lives of 3 hikers in 1996. The volcano is also known for producing the largest recorded debris avalanche in the Philippines which traveled 33 km to the southwest.

Source : PHIVOLCS.

Last minute : PHIVOLCS warns of an increased risk of lahars following the eruption of Kanlaon. Heavy rainfall may trigger dangerous mudflows in the surrounding areas. The ash and pyroclastic materials ejected by Kanlaon could be mobilized as lahars during heavy rainfall, similar to what occurred after the June 3rd eruption.

“Intense rainfall is not required; even heavy rain can trigger lahars, as the newly deposited ash and broken rocks remain unconsolidated, loose, and easily washed away. Communities that were previously affected by lahars must stay vigilant, as the risk remains in areas that experienced lahars before.”

Based on the Kanlaon lava flow hazard map, areas at risk of lahars include Canlaon City, La Castellana, La Carlota City, Bago City, Moises Padilla, San Carlos City, and Murcia, all in Negros Occidental.