Éruption phréatique du Bulusan (Philippines) // Phreatic eruption at Bulusan volcano (Philippines)

Le PHIVOLCS indique qu’une éruption phréatique d’environ 24 minutes a débuté sur le Bulusan à 4 h 36, heure locale, le 28 avril 2025. L’événement a généré un panache de cendres atteignant 4,5 km d’altitude. Des retombées de cendres ont été signalées dans plusieurs localités voisines. Outre ces retombées, une coulée pyroclastique a parcouru environ 3 km le long du versant sud-ouest du volcan.
Le PHIVOLCS a relevé le niveau d’alerte de 0 à 1, ce qui indique le risque de nouvelles éruptions phréatiques.
Source : PHIVOLCS.

Cendre du Bulusan (Source: Réseaux sociaux)

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PHIVOLCS indicates that a phreatic eruption lasting approximately 24 minutes started at Bulusan volcano at 04:36 local time on April 28 2025. The event generated a voluminous ash plume reaching an altitude of 4.5 km. Ashfall was reported in several nearby municipalities. In addition to ashfall, a pyroclastic flow traveled approximately 3 km down the southwestern slope of the volcano.

In response, PHIVOLCS raised the alert level from 0 to 1, which indicates the potential for additional phreatic eruptions.

Source : PHIVOLCS.

Un ‘couvercle’ de magma à Yellowstone // A magma ‘cap’ at Yellowstone

Après la découverte d’une double chambre magmatique sous Yellowstone il y a quelques années, des scientifiques nous informent, dans une étude récemment publiée dans la revue Nature, qu’un ‘couvercle’ de magma joue probablement un rôle essentiel pour empêcher une puissante éruption dans l’un des plus grands systèmes volcaniques actifs au monde.
Ce ‘couvercle’ de magma se trouve à environ 3,8 km sous la surface de la Terre où il retient la pression et la chaleur. Il a été découvert quand les scientifiques ont utilisé un camion vibrosismique – ou vibrateur sismique – qui génère de minuscules séismes en envoyant des ondes sismiques dans le sol. Les ondes sont renvoyées par les couches souterraines et ont révélé la profondeur où se trouve le ‘couvercle’ de magma.

Crédit photo : USGS

L’étude indique que la stabilité des systèmes volcaniques actifs est « fortement influencée » par la profondeur de stockage du magma le plus proche de la surface. Le réservoir magmatique de la croûte supérieure sous la caldeira de Yellowstone n’a pas été bien défini. On sait qu’il y a du magma sous Yellowstone, mais la profondeur et la structure exactes de sa limite supérieure restent à déterminer. Les auteurs de l’étude ont constaté que ce réservoir est toujours actif.
Comme je l’ai indiqué plus haut, en 2022, des chercheurs ont découvert que le super volcan de Yellowstone possède un double réservoir magmatique sous la caldeira, bien plus important qu’on ne le pensait. La lave est présente à de faibles profondeurs et a alimenté la dernière éruption.

 Source : USGS

Les chercheurs ont modélisé diverses conditions de roche, de fusion et de volatilité afin de déterminer les matériaux composant le ‘couvercle’ de magma ; les modélisations ont révélé un mélange de silicates fondus et de bulles d’eau supercritique au sein de la roche poreuse. Les bulles se forment lorsque le magma monte et se décompresse, ce qui provoque la séparation d’éléments comme l’eau et le dioxyde de carbone de la masse en fusion. Des éruptions peuvent se produire lorsque les bulles s’accumulent et augmentent leur flottabilité, provoquant une explosion. Cependant, contrairement à ce qu’affirment certains médias, les chercheurs pensent qu’une éruption à Yellowstone n’est probablement pas imminente.
Les données d’imagerie sismique et de modélisation informatique indiquent que le réservoir magmatique sous Yellowstone libère des gaz, mais reste stable ; les bulles s’élèvent et passent à travers la roche poreuse du ‘couvercle’ magmatique. Cependant, le contenu des bulles et de la masse en fusion est inférieur à ce qui précède généralement une éruption imminente. Il semble plutôt que le système volcanique sous Yellowstone évacue le gaz par des fissures et des canaux entre les cristaux des minéraux.
La géologie complexe de Yellowstone est un environnement difficile à analyser et les chercheurs ont eu beaucoup de mal à obtenir ces données. La diffusion des ondes sismiques a produit des images bruitées, difficiles à interpréter. Cependant, les scientifiques ont réussi à obtenir l’une des premières images « ultra nettes » de la partie sommitale du réservoir magmatique sous la caldeira de Yellowstone grâce à la technique d’imagerie sismique structurelle. Cette découverte pourrait donner des indications sur l’activité future du vaste système volcanique de Yellowstone.
Source : ABC News et autres médias américains.

Émissions gazeuses à Yellowstone (Photo: C. Grandpey)

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After the discovery of a dual magma chamber beneath Yellowstone a few years ago, geoscientists are informing us, through a study recently published in the journal Nature, that a magma cap at Yellowstone National Park is likely playing a critical role in preventing a massive eruption in one of the largest active volcanic systems in the world.

The cap made of magma is about 3.8 km below the Earth’s surface and essentially acts as a lid that traps pressure and heat below it.It was found after scientists used a vibroseis truck to generate tiny earthquakes that send seismic waves into the ground. The waves measured reflected off subsurface layers, revealing a sharp boundary at the depth where the magma cap lies.

One can read in the study that the stability of hazardous volcanic systems is « strongly influenced » by the uppermost magma storage depth. In addition, the magma reservoir at the upper crust beneath Yellowstone’s caldera has not been well constrained. We know that there is magma beneath Yellowstone, but the exact depth and structure of its upper boundary is a big question. The authors of the study have found that this reservoir has not shut down and is still dynamic.

As I put it above, in 2022, researchers discovered that Yellowstone’s supervolcano has substantially more magma reservoir under the caldera than previously thought. The lava is also flowing at shallow depths that fueled prior eruption.

The researchers modeled various rock, melt and volatile conditions to determine what materials the magma cap consists of ; it revealed a mixture of silicate melt and supercritical water bubbles within porous rock. The bubbles are formed as the magma rises and decompresses, causing gases like water and carbon dioxide to separate from the melt. Volcanic eruptions can occur as the bubbles accumulate and increase in buoyancy, driving an explosion. However, the researchers say that an eruption at Yellowstone is likely not imminent.

Data from seismic imaging and computer modeling indicates that the magma reservoir is actively releasing gas but remains in a stable state, with the bubbles rising and releasing through the porous rock of the magma cap. However, the bubble and melt contents are below the levels typically associated with imminent eruption. Instead, it seems the system is venting gas through cracks and channels between mineral crystals.

Yellowstone’s complex geology was a challenging environment for the researchers to obtain the data. The scattering seismic waves produced noisy data that was hard to interpret. However, the geoscientists were able to capture one of the first « super clear » images of the top of the magma reservoir beneath the Yellowstone caldera using the structural seismic imaging technique. The discovery could offer clues to future activity amid Yellowstone’s extensive volcanic system.

Source : ABC News and other U.S. News media.

Le Groenland : un pôle économique et géostratégique majeur (2ème partie)

Les géants américains de la Tech entendent bien exploiter la Route du Grand Nord, la plus courte entre l’Asie et l’Europe, pour y faire passer leurs câbles de fibre optique. Les centres de stockage des données dans lesquels se trouvent les serveurs sont climatisés pour refroidir les infrastructures ; aller chercher du froid constitue un élément clé. Certains acteurs de la Silicon Valley ont déjà installé des serveurs en Laponie suédoise ou en Islande.

On nous l’a souvent expliqué : les Américains sont très intéressés par les richesses contenues dans le sous-sol groenlandais : or, cuivre, zinc, nickel, graphite, uranium, etc. On trouve aussi des terres rares comme le néodyme qui entre dans la fabrication des aimants industriels, des systèmes de guidage de fusée, et même des moteurs d’avions. Un certain nombre de métaux, comme l’aluminium, le gallium, le germanium ou certains minerais comme le graphite sont considérés comme stratégiques pour l’industrie de Défense. Or les Américains ne produisent pas ou peu de ces matières premières qu’ils doivent envoyer en Chine pour le raffinage. Le Groenland pourrait donc servir de réserve stratégique aux États Unis, ce qui leur permettrait de moins dépendre de la Chine.

Source : Observatoire de l’Arctique

De son côté, la Chine possède 40 % des réserves des métaux stratégiques et contrôle 70% de leur production. En élargissant son emprise géostratégique sur le Groenland, la Chine pourrait atteindre entre 70% et 75% de la production des métaux rares. Dès 2010-2011, le gouvernement chinois a proposé au gouvernement groenlandais la constitution d’un cartel des producteurs de terres rares sur le même modèle que ce qui existe sur le pétrole ou le gaz naturel.

On se rend compte que la volonté de dominer le Grand Nord, que ce soit pour les Américains, les Russes ou les Chinois est avant tout une affaire de stratégie. La Chine souhaite réduire l’espace stratégique américain ou en tous cas le contester, et en même temps augmenter son propre espace stratégique pour le contrôle des ressources ainsi que son emprise spatiale. Il est amusant de voir qu’au sein du Conseil de l’Arctique où elle a, comme la France, un statut d’observateur, la Chine – qui n’a aucun littoral arctique – se présente comme “a quasi Arctic country [un pays presque arctique] .

La Chine souhaite ouvrir sa Route de la Soie du Nord (Source : Marine nationale française)

S’agissant de l’uranium, son extraction au Groenland est interdite depuis 2021 (tout comme le pétrole), à la suite de manifestations et du mouvement “Non à l’uranium”, même si la porte n’est pas complètement fermée à son exploitation en deçà d’un certain seuil. L’industriel français Orano (ex-Areva) a suspendu son programme d’exploration sans jamais avoir engagé de travaux sur le terrain. La société, qui est détenue majoritairement par l’État français, reste à disposition des autorités groenlandaises pour apporter son expertise pour une exploration et une exploitation responsable de l’uranium.

Source : Radio France et autres médias d’information internationaux.

Le Groenland : un pôle économique et géostratégique majeur (1ère partie)

Dès son arrivée à la Maison Blanche à l’issue de la dernière élection présidentielle, Donald Trump a fait part de son désir expansionniste : annexer le Canada, le Canal de Panama et le Groenland. Trump n’est pas le seul à être intéressé par la terre nordique qui est aujourd’hui au centre de l’attention mondiale, autant pour des raisons économiques que géostratégiques.

Cette carte montre à quel point la situation du Groenland dans l’Arctique est susceptible d’attiser les convoitises

Lors de son premier passage à la Maison Blanche, Trump avait proposé au Danemark, dont le territoire en dépend, d’acheter le Groenland, mais il s’était vu imposer un refus catégorique par la Première Ministre danoise. Il est bon de rappeler que le Groenland est resté une colonie danoise jusqu’en 1953, avant de recevoir son autonomie en 1979, renforcée en 2009.

Ce n’est pas la première fois, que les États-Unis ont envie de s’approprier le Danemark. En 1867, le président Andrew Johnson espérait racheter le Groenland au Danemark. En vain. Au lieu de cela, les États-Unis ont acheté l’Alaska à la Russie. En 1946, le président Truman a proposé aux Danois d’acheter le Groenland 100 millions de dollars en or, sans plus de succès.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Américains ont installé plusieurs bases militaires au Groenland où ils ont exploité une mine contenant de la cryolite, un minerai utilisé dans la fabrication de l’aluminium. Durant cette période, ils ont également développé des projets nucléaires comme le grand projet Ice Worm qui consistait à creuser des tunnels sous la calotte groenlandaise. Le but était de militariser et de nucléariser le territoire. L’objectif initial était de stocker 600 missiles sous la calotte glacière. Mais le projet a été abandonné en 1967. Il s’articulait autour du Camp Century qui, aujourd’hui avec le réchauffement climatique, est en passe de devenir un désastre écologique. Voir ma note du 9 août 2016 à ce sujet :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/08/09/groenland-les-secrets-de-la-banquise-greenland-the-secrets-of-the-ice/

Tunnels à l’entrée NE de Camp Century au moment de sa construction en 1959. (Source : U.S. Army)

Sur les 17 bases américaines installées au Groenland, il n’en reste aujourd’hui plus qu’une : la base spatiale de Thulé, rebaptisée Pituffik par les Américains en 2023, que le vice-président J.D. Vance est allé visiter en mars 2025. Elle constitue une base de détection d’alerte précoce de lancement de missiles intercontinentaux en provenance de Russie. Pituffik est idéalement située près du pôle pour surveiller l’espace aérien et maritime, sur le versant arctique russe.

Si le Grand Nord représente un espace stratégique majeur pour les Américains, il en va de même pour les Russes. C’est la raison pour laquelle Moscou a construit une nouvelle génération de bateaux brise-glaces à propulsion nucléaire – les Américains sont très en retard dans ce domaine – et a installé six bases aériennes équipées de missiles, dont une se trouve sur un archipel très proche du Groenland.

Suite au désir expansionniste de Trump dans l’Arctique, Vladimir Poutine a prononcé un discours le 27 mars 2025 dans lequel il s’est dit “préoccupé par le fait que les pays de l’OTAN considèrent de plus en plus le Grand Nord comme un tremplin pour d’éventuels conflits.”

Pour Poutine, la voie maritime qui passe au nord de la Sibérie est très importante stratégiquement, car elle n’est pas contrôlable facilement par l’OTAN. Comme je l’explique dans ma conférence « Glaciers en péril », le réchauffement climatique rebat les cartes autour des routes du Nord désormais aussi attractives que les routes du Sud pour les superpuissances. La fonte de la glace va offrir de nouvelles opportunités économiques autour d’une route maritime aujourd’hui sous souveraineté russe.

Le passage du NE (en rouge) offre de nombreux avantages par rapport à la voie de navigation traditionnelle (en bleu)

Source : Radio France et autres médias d’information internationaux.