Les coraux en urgence absolue // Corals in absolute emergency

Cela fait plusieurs années que j’alerte sur ce blog (voir, entre autres, mes notes du 4 juillet 2018, 23 décembre 2025, 3 mars 2024) sur la situation catastrophique des récifs coralliens dans le monde, et leur blanchissement sous l’effet du réchauffement climatique. Une note rédigée le 12 mars 2024 attirait l’attention sur La Grande Barrière de Corail, au large de la côte du Queensland au nord-est de l’Australie. Long de 2 300 kilomètres, c’ est le plus grand écosystème sur Terre, visible depuis l’espace. Il abrite une biodiversité extraordinaire, mais est sous la menace de la hausse de la température de l’océan.

 La Grande Barrière de Corail vue depuis l’espace (Source : NASA)

Il y a quelques semaines, l’agence européenne COPERNICUS a indiqué que la température moyenne de la surface des océans en février 2024 atteignait 21,06 °C, battant le précédent record de 20,98 °C établi en août 2023.

Dans une publication en date du 15 avril 2024, la NOAA alerte sur un épisode massif de blanchissement des coraux dans le monde en raison de ces températures record. Ce phénomène de dépérissement des coraux menace la survie même des récifs. Le blanchissement actuel des coraux à l’échelle planétaire est le quatrième enregistré par la NOAA depuis 1985, le troisième en quinze ans après 2010 et 2016.

La souffrance des coraux dans un tel environnement est facile à comprendre. En raison du stress thermique provoqué par la chaleur, les colonies de corail éjectent les algues symbiotiques qu’elles abritent et qui leur procurent des nutriments. Sans ces algues colorées, les coraux deviennent transparents et ne montrent plus que la blancheur de leur squelette de calcaire.

Crédit photo : NOAA

Les scientifiques font toutefois remarquer que lphénomène n’est pas irréversible. Les coraux touchés peuvent survivre si les températures baissent et si d’autres facteurs de stress (surpêche, pollution, activités humaines) se réduisent. Mais cela fait beaucoup de ‘si’ et la tendance n’est pas bonne.

Dans un rapport publié en 2018, le GIEC prédisait la disparition de 70 à 90% des coraux si la hausse de la température moyenne atteignait 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, et 99% à + 2°C. Même si des travaux sont réalisés pour déplacer des coraux vers des eaux plus profondes, où la température est plus fraîche, ou en replanter, comme cela se fait au large de la Floride (voir ma note du 3 mars 2024), le meilleur moyen de préserver les coraux passe par une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les conséquences du blanchissement des récifs coralliens sont multiples. Ce phénomène bouleverse la vie sous-marine et les écosystèmes, car de nombreuses espèces se réfugient dans les coraux pour se nourrir et se reproduire. Selon une publication de l’IRD, ils « hébergent la plus grande diversité en poissons marins alors qu’ils ne couvrent que 0,1 % de la surface des océans ». À côté de cela, le CNRS rappelle que plus de 500 millions de personnes dépendent de ces écosystèmes à travers le monde, pour leur alimentation avec la pêche, leur emploi avec le tourisme ou pour leur sécurité, les récifs coralliens agissant comme une protection contre les risques de submersion, notamment en cassant la houle.

Source : France Info, presse nationale et internationale.

Coraux sur l’île de la Réunion (Photo : C. Grandpey)

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I have been warning for several years (see, among others, my posts of July 4th, 2018, December 23rd, 2025, March 3rd, 2024) about the disastrous situation of coral reefs in the world, and their bleaching under the effect of global warming. A post written on March 12th, 2024 drew attention to The Great Barrier Reef, off the coast of Queensland in northeastern Australia. At 2,300 kilometers long, it is the largest ecosystem on Earth, visible from space. It is home to extraordinary biodiversity, but is under threat from rising ocean temperatures. A few weeks ago, the European agency COPERNICUS reported that the average ocean surface temperature in February 2024 reached 21.06°C, beating the previous record of 20.98°C set in August 2023.
In a report released on April 15th, 2024, NOAA warns of a massive episode of coral bleaching worldwide due to these record temperatures. This phenomenon threatens the very survival of reefs. The current global coral bleaching is the fourth recorded by NOAA since 1985, and the third in fifteen years after 2010 and 2016.
The suffering of corals in such an environment is easy to understand. Due to thermal stress caused by heat, coral colonies eject the symbiotic algae they harbour and which provide them with nutrients. Without these colored algae, the corals become transparent and only show the whiteness of their limestone skeleton.
Scientists point out, however, that the phenomenon is not irreversible. Affected corals can survive if temperatures drop and other stressors (overfishing, pollution, human activities) are reduced. But that’s a lot of ‘ifs’ and the trend is not good.
In a report published in 2018, the IPCC predicted the disappearance of 70 to 90% of corals if the increase in average temperature reached 1.5°C compared to the pre-industrial era, and 99% at + 2°C. Even if work is carried out to move corals to deeper waters, where the temperature is cooler, or to replant them, as is being done off the coast of Florida (see my note of March 3rd, 2024), the best way to preserving corals requires reducing greenhouse gas emissions.
The consequences of coral reef bleaching are multiple. This phenomenon disrupts underwater life and ecosystems, because many species take refuge in corals to feed and reproduce. According to an IRD publication, they “host the greatest diversity of marine fish even though they cover only 0.1% of the ocean surface”. Besides this, the CNRS recalls that more than 500 million people depend on these ecosystems throughout the world, for their food through fishing, employment through tourism or for their security as coral reefs act as a protection against risks of submersion, particularly when breaking the swell.
Source ; France Info, national and international press.

Le ski dans la tourmente

La saison de compétition de ski chez les professionnels s’est terminée à Saalbach en Autriche, le 24 mars 2024, comme elle avait commencé à Sölden, en octobre 2023, avec des annulations de courses. Cette saison, 16 courses majeures ont été annulées, cinq autres ont été reportées, dans tous les massifs d’Europe mais aussi en Amérique du Nord. Le nombre d’annulations a doublé par rapport à la saison 2022-2023, qui était déjà une saison record en la matière. Comme l’a déclaré le champion français Cyprien Sarrazin : « Ça a été compliqué cette année. Il faudra qu’on s’adapte et qu’on évolue. On ne peut pas continuer comme ça. Je n’ai pas les solutions. »

Pourtant, les stations ont tout essayé : stockage de neige de l’année précédente sous la sciure comme à Bessans ou au Grand Bornand, transport par camion, canons à neige, ou encore injection d’eau dans la piste. Cette situation a de quoi faire réfléchir les diffuseurs et les sponsors qui cautionnent et investissent des millions d’euros dans un sport que le réchauffement climatique met en sursis. La candidature de la France à l’organisation des Jeux d’Hiver de 2030 a de quoi faire réfléchir… Il va être urgent que les Alpes sortent de leur déni du réchauffement climatique.

Stockage de neige à Bessans (Savoie) [Photo: C. Grandpey]

S’agissant du ski de loisir, la situation n’est guère plus brillante, avec un déficit observé depuis le début de la saison, notamment dans les Pyrénées. Les difficultés deviennent de plus en plus fréquentes avec le réchauffement climatique, et un manque d’enneigement inquiétant pour les ressources en eau dans le Sud-Ouest. Toute la Catalogne voisine est en alerte hydrique depuis plusieurs mois.

D’ici 2050, selon certaines estimations, de nombreuses stations de ski situées à moins de 1 200 mètres d’altitude devront s’en remettre entièrement aux enneigeurs si elles ne veulent pas se retrouver en faillite. Depuis les années 1970, les relevés montrent que le manteau neigeux des Alpes diminue globalement de 5,6 % par décennie et l’épaisseur de la couche de neige de plus de 8,4 %. L’enneigement n’est plus la panacée que l’on croyait autrefois.

Enneigeur dans la station des Angles (Pyrénées Orientales) [Photo: C. Grandpey]

S’agissant de l’écologie souvent vantée par les stations, il faut savoir que les canons à neige représentent 25 % des émissions de carbone d’une station et ne peuvent pas fonctionner dans certaines conditions climatiques, à partir de 1 °C ou plus ou encore lorsque le temps est humide. Leurs besoins en énergie et en eau sont si importants que des chercheurs de l’université de Bâle, en Suisse, ont averti que l’augmentation potentielle de 79 % de la demande en eau dans les stations situées à moins de 1 800 mètres d’altitude pourrait entraîner des conflits avec les communautés locales.

Les dameuses sont encore plus polluantes que les enneigeurs. Jusqu’à 60 % des émissions de carbone d’une station proviennent des engins de damage des pistes. Pour y remédier, les stations font désormais la course pour convertir ces véhicules à l’huile végétale hydrotraitée (HVO) afin de réduire les émissions.

Avec la hausse des températures dans les montagnes, tous ces équipements et infrastructures de haute technologie sont vulnérables à un plus grand nombre d’avalanches de neige humide et lourde engendrées par les hivers plus chauds, les températures fluctuantes et les vents plus forts.

Adaptabilité et diversification des activités seront essentielles à la survie des stations pendant la saison de ski. Il est donc urgent de trouver de nouvelles stratégies pour l’hiver car des milliers de familles en dépendent et seul le tourisme permet aux gens de vivre de manière stable dans les vallées alpines.

Source: France Info, Sud-Ouest, National Geographic.

Quand la montagne s’effondre … // When the mountain collapses…

Un gros effondrement s’est produit dimanche 14 avril 2024 vers 7 heures dans le massif de la Bernina, près de la frontière avec l’Italie. Selon les premières informations, il n’a pas fait de victime ou de blessé. Il est vrai qu’à cette heure matinale, il n’y avait encore pas grand monde sur la montagne.

L’éboulement a eu lieu au Piz Scerscen qui culmine à 3970 mètres d’altitude. Il a mobilisé un volume de matériaux estimé à plus d’un million de mètres cubes. Ce volume est de l’ordre de grandeur d’un événement semblable qui s’était produit à Bondo. L’effondrement a été détecté par les sismomètres de la région. La roche qui s’est détachée de la montagne a dévalé le Val Roseg où elle s’est accumulée sur une longueur de plus de cinq kilomètres. Des vols ont été effectués pour rechercher d’éventuelles personnes en détresse, mais personne ne manque à l’appel. Les autorités déconseillent de se rendre dans le Val Roseg et dans la zone de l’éboulement.

L’effondrement au Piz Scerscen (Crédit photo : SAC Bernina)

Un effondrement d’une telle ampleur est très rare. Une analyse de la situation est en cours en collaboration avec l’Office cantonal des forêts et des risques naturels qui prendra d’éventuelles mesures. Le risque de formation d’un lac dans la vallée en raison de l’éboulement sera aussi examiné.

La zone à l’origine de ce glissement de terrain avait subi une rupture importante en janvier 2023 et montrait une fragilité, de sorte qu’il était conseillé aux alpinistes d’éviter cette partie de la montagne.
À première vue, il semble que l’effondrement se soit déclenché à partir d’une paroi rocheuse fortement inclinée qui aurait subi une fragmentation au pied de la pente initiale, avec formation d’une longue avalanche de matériaux.
De tels effondrements se produisent en général au printemps et au début de l’été. Cette année, ils sont bien sûr favorisés par les hautes températures qui règnent sur le massif alpin et en Europe en général depuis plusieurs semaines. Elles provoquent aussi le dégel du permafrost de roche qui assure la stabilité des montagnes. Sans ce ciment naturel, les flancs des montagnes s’effondrent de plus en plus souvent.

En relation avec cet événement, je vous invite à lire une note que j’ai rédigée le 8 juillet 2019 à propos de glissements de terrain similaires en milieu glaciaire en Alaska :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/07/08/nouvel-effondrement-glaciaire-en-alaska-new-glacial-landslide-in-alaska/

Effondrement sur le glacier Lamplugh (Alaska) le 28 juin 2016 (Crédit photo: Paul Swanstrom)

Glissement de terrain sur le volcan Iliamna le 21 juin 2019 (Crédit photo: USGS)

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A major landslide occurred on Sunday April 14th, 2024 around 7 a.m. in the Bernina massif, close to the border with Italy. According to initial information, there were no casualties or injuries. At this early hour, there were not many people on the mountain.
The landslide occurred at Piz Scerscen, which peaks at an altitude of 3,970 meters. it mobilized a volume of materials estimated at more than a million cubic meters. This volume is of the order of magnitude of a similar event which occurred in Bondo. It was detected by seismic networks in the region. The rock that broke away from the mountain accumulated in Val Roseg over a length of more than five kilometers. Search flights were carried out to look for possible people in distress, but no one was missing. The authorities advise against going to Val Roseg and the landslide area.
A landslide of this magnitude is very rare. An analysis of the situation is underway in collaboration with the Cantonal Office of Forests and Natural Hazards which will take possible measures. The risk of possible lake formation in the valley due to the landslide will also be examined.
The area where this landslide originated had suffered a significant rupture in January 2023 and was showing fragility, so climbers were advised to avoid this part of the mountain.
At first glance, it appears that the collapse was triggered by a steeply inclined rock wall which probably suffered fragmentation at the foot of the initial slope, with the formation of a long avalanche of material.
Such collapses usually occur in spring and early summer. They are of course favored by the high temperatures in the Alpine massif and in Europe in general for several weeks. They also cause the thawing of rock permafrost which ensures the stability of the mountains. Without this natural cement, mountain sides collapse more and more often.
In connection with this event, I invite you to read a post I wrote on July 8th , 2019 about similar landslides in glacial environments in Alaska:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/07/08/nouvel-collapse-glaciaire-en-alaska-new-glacial-landslide-in-alaska/

Activité sismique sur la péninsule de Reykjanes (Islande) // Seismic activity on the Reykjanes Peninsula (Iceland)

Un nouveau petit essaim sismique a été enregistrés sous et autour du mont Þorbjörn, sur la péninsule de Reykjanes, dans l’après-midi du 14 avril 2024. Un grand nombre de ces événements étaient alignés sur la fracture éruptive active actuellement. Aucun de ces séismes n’avait une magnitude supérieure à M 2,0, mais c’est la première fois que de petits séismes sont enregistrés sur une période aussi courte depuis le début de l’éruption le 16 mars.
Comme je l’ai écrit précédemment, un essaim sismique avec un événement de M 3,3 a été enregistré le 13 avril dans la région de Krisuvik, avec son épicentre au niveau du lac Kleifarvatn, à une profondeur de 6 km. Le séisme a été ressenti jusque dans la région de Reykjavik et a été suivi de plusieurs répliques.

Source: Met Office

Dans le même temps, dans le secteur de Svartsengi, le soulèvement du sol se poursuit au même rythme qu’au début du mois d’avril. C’est probablement dû au mouvement du magma sous la surface. Cependant, le Met Office indique que cela n’annonce pas forcément une autre éruption.
L’éruption actuelle semble relativement stable.
Source : Met Office, Iceland Review.

Image webcam de l’éruption le 15 avril 2024 au matin

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A new small seismic swarm was recorded under and around Mt Þorbjörn on the Reykjanes peninsula in the afternoon of April 14th, 2024. A great many of these events are aligning with the ongoing eruption fissure. None of these quakes had a magnitude greater than M 2.0, but it is the first time such small quakes have been recorded over such a short period of time since the start of the eruption on March 16th.

As I put it before, a seismic swarm including an event reaching M 3.3 was recorded on April 13th in the Krisuvik area, with the epicenter at Kleifarvatn lake, at a depth of 6 km. The earthquake was felt well in the capital area andwas followed by several aftershocks.

Meanwhile, ground surface rising has been continuing in the Svartsengi area at the same rate as was recorded in the beginning of April. It is probably an indicator of magma movement beneath the surface. However, the Met Office says it does not necessarily mean the arrival of another eruption.

The current eruption does not appear to be increasing in activity.

Source : Met Office, Iceland Review.