Effondrement d’un glacier et crue glaciaire au Canada // Glacier collapse and GLOF in Canada

Afin d’illustrer les conséquences du réchauffement climatique sur les glaciers de montagne, le Parc national Jasper dans l’Etat d’Alberta au Canada, rappelle au public un événement survenu en 2012 au niveau du mont Edith Cavell lorsque le Ghost Glacier, un glacier suspendu, s’est effondré et a fini sa course dans le lac glaciaire en contrebas. Heureusement, cette crue glaciaire s’est produite de nuit. Elle aurait pu causer une catastrophe de jour car le site est fréquenté par des milliers de touristes en été.

C’est entre le 9 et le 10 août 2012 que quelque 125 000 mètres cubes de glace ont lâché prise sur la face nord du mont Edith Cavell. La masse de matériaux est tombée dans le lac glaciaire en contrebas. Le lac débordait déjà à cause des récentes pluies et de la fonte de la neige.

Des morceaux de glace de plus de quatre mètres de hauteur, pesant jusqu’à 80 tonnes, ont été projetés hors du lac et transportés en aval en même temps qu’un énorme volume d’eau et de boue. Près du parking, des marques laissées par la boue sur les arbres indiquaient que la vague avait une hauteur d’au moins 1,60 mètre. Le goudron de la route a carrément été arraché par l’eau du déversoir du lac. Une cabine renfermant des toilettes a été emportée et une aire de pique-nique a été recouverte de gravats. Des rochers ont atteint la route menant au parking et des arbres ont été déracinés. A cause de l’érosion produite par la déferlante, la profondeur du lac glaciaire, qui atteignait près de 40 mètres de profondeur avant la crue dévastatrice, a été réduite de 11,80 mètres. On a également découvert des preuves de dégâts causés par le souffle qui a accompagné l’événement. Heureusement, il n’y avait personne sur le site à ce moment-là.

Une crue glaciaire d’une telle ampleur est exceptionnelle au Canada, mais toutes les études montrent qu’à mesure que la fonte des glaciers s’accélère en raison du réchauffement climatique, le risque de crue glaciaire augmente dans le monde entier. Une étude a révélé que 15 millions de personnes sont à risque dans le monde. Le danger le plus élevé se situe au Pakistan, en Chine, en Inde et au Pérou. En effet, c’est là que se trouvent de fortes concentrations de lacs glaciaires avec des concentrations de population en aval et à proximité de ces épées de Damoclès. Le rapport révèle également que des localités canadiennes comme Banff, Squamish, Victoria et la région de Bulkley River courent un certain risque d’être touchées par les crues en raison de la proximité des lacs glaciaires.

(Photos : C. Grandpey)

Le rapport de Parcs Canada sur la crue glaciaire du Ghost Glacier conclut que « le développement futur d’infrastructures bénéficiera des connaissances et des avertissements selon lesquels ce type d’événement pourrait s’accentuer avec le réchauffement climatique ». Depuis le mois d’août 2012, le parking, les sentiers et les installations adjacentes ont été déplacés hors de la zone située directement en aval du lac glaciaire.
Source : Parc national de Jasper.

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In order to illustrate the consequences of global warming on mountain glaciers, the Jasper National Park in Alberta, Canada, reminds the public of an event that occurred in 2012 in the park at Mount Edith Cavell when the hanging Ghost Glacier fell into the glacial lake below. Luckily, in this part of the park thatis often filled with thousands of visitors on an average summer day, this glacial lake outburst flood (GLOF) happened at night.

Sometime between August 9th and 10th, 2012, about 125,000 cubic metres of ice fell from the north face of Mount Edith Cavell. Eventually, the mass of materials tumbled into the glacial lake below that was full to overflowing because of recent rain and snowmelt.

Chunks of ice over four metres high, weighing as much as 80 tonnes, were lifted out of the lake and carried downstream as a massive volume of water was displaced. Close to a parking lot downstream, surge marks on trees indicated the water was at least 1.6 meters deep. Asphalt was lifted from the ground as the water made its way down the drainage channel. An outhouse was swept away by the rush, while a picnic area was left hidden under rock and gravel. Boulders were found on the road leading up to the parking lot and trees were uprooted. Because of the erosion caused by the devastating wave, the depth of the glacial lake, which is believed to have been nearly 40 metres deep before the outburst flood occurred, was reduced by as much as 11.8 metres. Evidence of damage from a wind blast was discovered as well. Fortunately, a search and rescue team was able to determine the next morning that nobody had been affected by the event.

While this historic incident is unique to Canada, research suggests that as rates of glacial melt accelerate due to global warming, the risk of GLOFs is increasing worldwide. One study found 15 million people are at risk around the globe, with the highest danger in Pakistan, China, India, and Peru where there are high concentrations of glacial lakes and population concentrations along drainage channels nearby. The report also found Canadian communities like Banff, Squamish, Victoria, and the Bulkley River region are at some risk of being impacted by GLOFs due to the proximity of nearby glacial lakes.

The Parks Canada report on the Ghost Glacier GLOF concludes that “future infrastructure development will benefit from the knowledge and the warning that this type of event is possible and may be on the increase with predictions of climate change.” Since the event, the parking lot, trails, and adjacent facilities have been relocated out of the runoff zone of the glacial lake.

Source : Jasper National Park.

Islande : nouvelle carte de risques // Iceland : new hazard map

Le Met Office islandais a mis à jour la carte de risques pour la zone autour de Grindavík et de Svartsengi. La nouvelle carte élargit la zone de danger de la carte précédente.
La nouvelle carte s’appuie sur de nouvelles images satellite de Svartsengi et de l’intrusion magmatique, ainsi que sur des données discutées avec la Protection civile, des scientifiques du Met Office et de l’Université d’Islande.
Il existe trois zones de danger, comme le montre la carte ci-dessous :
Orange : Zone de danger A : Danger dû à l’activité sismique.
Rouge : Zone de danger B : Danger dû à une éventuelle éruption.
Violet : Zone de danger C : Risque accru d’éruption comme dans la zone B, avec encore plus de risque d’ouverture soudaine de fractures et de pollution gazeuse. Dans cette zone, les voies d’évacuation doivent être dégagées, des détecteurs de gaz sont nécessaires ainsi que des masques à gaz si l’on pénètredans la zone.
Source : Met Office.

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21 novembre – 7 heures : Alors que la sismicité et le tremor étaient globalement stables ces derniers jours, une secousse de M 3,8 a été enregistrée le 21 novembre à 5h14 dans le secteur de Grindavik avec un hypocentre à 1,1 km de profondeur. Le reste du temps, la sismicité dans cette zone se situe généralement entre 2 et 5 km de profondeur. A surveiller.

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The Icelandic Met Office has updated the hazard assessment map for the area around Grindavík and Svartsengi. The new map expands the hazard area from the previous map.

The map is based on new satellite images of Svartsengi and the magma intrusion, as well as data that was discussed with the Civil Protection, experts from the Icelandic Met Office and the University of Iceland.

There are three danger areas as can be seen on the map below :

Orange: Danger zone A: Danger due to seismic activity.

Red: Danger zone B: Danger due to possible eruption.

Purple: Danger zone C: Increased danger of eruption like in zone B, and even more danger of earth opening suddenly and dangerous gas pollution. In this zone escape routes need to be clear, gas monitors are needed and gasmasks if you go into the area.

Source : Met Office.

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November 21st – 7 a.m.: While seismicity and the tremor were generally stable in recent days, an earthquake with a magnitude M 3.8 was recorded on November 21st at 5:14 a.m. in the Grindavik area with a hypocenter at 1.1 km depth. Seismicity in this area is generally between 2 and 5 km depth.

Sacrés réseaux sociaux ! // Bloody social networks !

Les réseaux sociaux son terribles et ils ont le don de raconter tout et n’importe quoi. Beaucoup d’articles nous apprennent qu’une éruption serait « imminente » en Islande alors que personne ne sait si la lave percera la surface. Il y a effectivement les signes avant-coureurs d’une éruption (sismicité et déformation du sol) qui ont entraîné, par précaution, l’évacuation de Grindavik, mais la prévision éruptive s’arrête là. On ne sait pas ce que nous réserve la Nature pour les prochains jours. C’est elle, et pas les réseaux sociaux, qui commande l’actualité volcanique !

A côté de cela, la situation en Islande est une aubaine pour certains climato-sceptiques qui s’enfoncent dans la brèche pour affirmer que les volcans sont de plus grands pollueurs que les hommes et que les quantités de CO2 qu’ils libèrent sont bien supérieures aux émissions anthropiques.

Une telle affirmation est totalement fausse ! Si éruption il y a en Islande, elle n’émettra pas «plus de dioxyde de carbone que l’ensemble des émissions mondiales pendant plusieurs années, » comme on a pu le lire sur le réseau X. Un volcan n’émet pas « en deux semaines plus de Co2 que l’homme en un siècle, » comme on a pu le lire sur ce même réseau.

La vérité réside dans une étude américaine récente, publiée dans les Actes (Proceedings) de l’Académie nationale des Sciences. Elle explique que l’activité humaine émet chaque année environ 100 fois plus de CO2 que l’ensemble des volcans de la planète. En effet, les volcans rejettent chaque année autour de 280 à 360 millions de tonnes de CO2, ce qui est bien en-deça des émissions liées à l’activité humaine qui sont estimées, rien que pour l’année 2022, à plus de 40 milliards de tonnes.

Il faut tout de même noter que lors des éruptions majeures, les volcans peuvent avoir un impact sur le climat. Les aérosols émis en très grandes quantités peuvent faire chuter la température globales de quelques dixièmes de degré pendant des périodes relativement courtes. Là encore, cet effet sur la température globale n’a rien à voir avec l’impact des activités humaines qui contribue largement au réchauffement climatique que nous connaissons aujourd’hui. C’est d’ailleurs ce que confirment les rapports du GIEC qui estiment que les causes naturelles, comme l’activité volcanique, ont très peu contribué au réchauffement climatique : moins de 0,1°C depuis plus de cent ans, alors que le réchauffement d’origine anthropique entraîne une hausse des températures de 0,2 °C par décennie.

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Social networks are terrible and they have the gift of talking about anything and everything. Many posts tell us that an eruption is “imminent” in Iceland while no one knows if lava will break through the surface. It’s true there are warning signs of an eruption (seismicity and ground deformation) which led, as a precaution, to the evacuation of Grindavik, but eruptive prediction does not go any further. We don’t know what Nature has in store for us in the coming days. It is Nature, and not social networks, that controls the news about volcanoes!
The situation in Iceland is also a godsend for certain climate skeptics who are asserting that volcanoes are greater polluters than humans and that the quantities of CO2 they release are much greater. to anthropogenic emissions.
Such a statement is completely false! If an eruption occurs in Iceland, it will not emit « more carbon dioxide than the total global emissions for several years, » as we can read on the X network. A volcano does not emit « in two weeks more CO2 than man in a century,” as we can read on this same network.
The truth lies in a recent American study, published in the Proceedings of the National Academy of Sciences. It explains that human activity emits around 100 times more CO2 each year than all the planet’s volcanoes. In fact, volcanoes release around 280 to 360 million tonnes of CO2 each year, which is well below the emissions linked to human activity which are estimated, for the year 2022 alone, at more than 40 billion tonnes.
ItHowever, it should be noted that during major eruptions, volcanoes can have an impact on the climate. Aerosols emitted in very large quantities can cause global temperatures to drop by a few tenths of a degree for relatively short periods. Here again, this effect on global temperature has nothing to do with the impact of human activities which largely contribute to the global warming that we experience today. This is also confirmed by the IPCC reports which estimate that natural causes, such as volcanic activity, have contributed very little to global warming: less than 0.1°C for more than a hundred years, while anthropogenic warming causes temperatures to rise by 0.2°C per decade.

En dépit des énormes quantités de gaz qu’ils libèrent, surtout lors des éruptions, les volcans émettent moins de CO2 que les activités humaines (Photo: C. Grandpey)

Les volcans sur la Lune

Le Hors Série d’octobre-novembre du National Geographic consacré à la Lune nous apporte des informations intéressantes sur notre voisine. Tous les cratères visibles à la surface de la Lune attestent de son passé volcanique. Les images rapportées par les astronautes et celles fournies par les sondes lunaires nous montrent des coulées lave baptisées « mers », des dômes et des chenaux de lave longs de plusieurs kilomètres.

 

Mers et cratères sur la face visible de la Lune (Source : Peter Freiman / Wikipedia)

Il y a également des IMP – Irregular Mare Patches (Taches irrégulières de mers) – qui font référence à des dépôts de lave. On pense que ces IMP pourraient être la preuve d’un volcanisme plus récent qu’on ne le pensait. Il se pourrait qu’il remonte à une centaine de millions d’années, ce qui est peu à l’échelle astronomique. Si c’était vrai, cela bouleverserait nos connaissances de la Lune que l’on considère comme un astre froid et volcaniquement inactif depuis un milliard d’années.

 

IMP à la surface de la Lune (Source : NASA)

C’est au moment de sa naissance, lorsque notre satellite s’est refroidi, que la lave aurait émergé de fissures à sa surface. La lave aurait ensuite rempli des bassins d’impact formés par des collisions lorsque la surface de la Lune a été bombardée de météorites. La lave s’est ensuite solidifiée, formant les ‘mers’ que nous connaissons aujourd’hui. Ces volcans n’étaient pas gigantesques mais la faible gravité lunaire a permis à la lave de couvrir de longues distances. Les échantillons de basalte rapportés par les astronautes confirment cette période volcanique sur la Lune. Ils montrent des variations dans leur âge ; la plupart datent de 3-3,9 milliards d’années, ce qui laisse supposer que c’est à cette époque que le volcanisme a été le plus actif.

 

Coulée de lave refroidie dans la Mer des Pluies (Mare Imbrium) [Source : NASA]

A la surface de la Lune, les scientifiques ont également découvert des cavités dont la taille varie de 5 mètres à un kilomètre. Elles correspondraient à l’effondrement de la voûte de tunnels de lave, comme on en rencontre sur le Kilauea à Hawaii ou le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion). Ces cavités pourraient servir d’abris à de futures missions lunaires ; elles protégeraient les astronautes des radiations spatiales nocives et des micrométéorites.

Tunnel de lave à la Réunion (Photo: C. Grandpey)

Ces cavités me font inévitablement penser à la visite de la Lune par Tintin, Milou et leurs amis, et à l’épisode où Tintin et son chien pénètrent dans l’une de ces grottes et font une longue chute après avoir glissé sur une étendue de glace. Hergé n’était peut-être pas loin de la vérité….

 

Extrait de l’album « On a marché sur la Lune »