Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques informations sur l’activité volcanique dans le monde.

Dans une note publiée le 19 mars 2023, l’AVO indique que des émissions mineures de cendres ont été observées sur les images des webcams au niveau du cratère nord du Mont Young du Semisopochnoi (Aléoutiennes). De plus, de petites explosions et des épisodes de tremor volcanique ont également été enregistrés. Cette activité ressemble à celle observée par intermittence au cours des dernières années sur le Semisopochnoi. La couleur de l’alerte aérienne et le niveau d’alerte volcanique ont été respectivement relevés à ORANGE et WATCH (Vigilance).

Crédit photo: AVO

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Pour rappel : l’accès au cratère de La Fossa à Vulcano reste interdit par une ordonnance du maire de Lipari. Faisant fi de cette interdiction, dix randonneurs se sont aventurés jusqu’au sommet du cratère. Tous ont été verbalisés. Si j’ai bonne mémoire, l’infraction coûte 500 euros, ce qui plombe sérieusement le budget vacances.

Même punition à Stromboli pour douze personnes qui n’ont pas tenu compte des restrictions d’accès et ont dépassé la limite des 290 mètres.

A Vulcano, c’est la présence des gaz toxiques qui justifie l’interdiction d’accès au cratère. A Stromboli, c’est le comportement devenu imprévisible et souvent violent du volcan qui justifie les nouvelles conditions d’accès.

Source : La Sicilia du 20 mars 2023.

La lèvre de la Fossa est actuellement interdite d’accès (Photo: C. Grandpey)

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Un épisode éruptif a été observé sur le Nevado del Ruiz (Colombie) le 20 mars 2023. Le volcan a connu plusieurs émissions de cendres associées à des signaux sismiques liés au mouvement de fluides à l’intérieur des conduits volcaniques. Le panache de cendres a été le plus haut observé ces derniers jours. Il s’est élevé à 2,7 km au-dessus du cratère.
Bien que l’activité actuelle ne soit pas considérée comme dangereuse, il est important que la population locale reste vigilante et suive les instructions des autorités.
Le niveau d’alerte reste à 3. La dernière éruption majeure du Nevado del Ruiz s’est produite en 1985. Les lahars ont tué plus de 20 000 personnes.
Source : Servicio Geológico Colombiano.

Carte à risques du Nevado del Ruiz

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L’éruption du Merapi (Java / Indonésie) se poursuit, avec toujours des effondrements du dôme de lave SO avec des coulées pyroclastiques qui parcourent jusqu’à 4 km dans les ravines Bebeng et Krasak sur le flanc SO. Des retombées de cendres ont été signalées dans plusieurs localités. Le volume du dôme SO avant le 11 mars 2023 était estimé à 2 759 100 mètres cubes et le 13 mars à 1 686 200 mètres cubes, soit une perte de volume estimée à 1 072 800 mètres cubes. Le volume du dôme sommital reste inchangé à 2 312 100 mètres cubes.
Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4) et le public est invité à rester à 3-7 km du sommet en fonction de l’endroit où il se trouve.
SOURCE : CVGHM.

Dôme de lave du Merapi (Photo: C. Grandpey)

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Les images satellites du Nyamulagira (RDC) montrent une vaste anomalie thermique, peut-être de 600 m de large, dans le cratère sommital, indiquant que l’éruption qui avait commencé le 14 mars 2023 se poursuit.
Source : Sentinel Hub.

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Entre 4 et 10 explosions sont actuellement enregistrées chaque heure sur le Fuego (Guatemala). Elles éjectent des matériaux incandescents jusqu’à 400 m au-dessus du cratère et génèrent des panaches de cendres qui s’élèvent jusqu’à 1,3 km au-dessus du sommet. Comme d’habitude, des retombées de cendres sont signalées dans les localités sous le vent. Des avalanches de blocs descendent chaque jour plusieurs ravines où elles atteignent parfois la végétation. Les ondes de choc font vibrer les structures dans les localités autour du volcan. Des lahars dans la ravine Ceniza ont transporté des branches, des troncs d’arbres et des blocs de 30 cm à 1,5 m de diamètre.
Source : INSIVUMEH.

Coulée pyroclastique sur le Fuego (Source: CONRED)

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Dans une mise à jour publiée le 21 mars 2023, le HVO indique que le Kilauea (Hawaii) n’est plus en éruption. L’alimentation en lave du lac dans le cratère de l’Halema’uma’u a cessé le 7 mars. Les émissions de SO2 ont diminué et son proches des niveaux de fond.
En conséquence, le HVO a abaissé le niveau d’alerte volcanique de WATCH (Vigilance) à ADVISORY (surveillance conseillée) et la couleur de l’alerte aérienne de ORANGE à JAUNE.
La sismicité et la déformation restent instables. La reprise de l’activité éruptive est susceptible de se produire dans un avenir proche sans prévenir ou presque.

 

Vue du cratère du Kilauea le 10 mars 2023 (Crédit photo : USGS)

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L’activité éruptive du Great Sitkin (Aléoutiennes / Alaska) se poursuit, caractérisée par l’émission de lave qui reste confinée au cratère sommital. Le niveau d’alerte volcanique reste à Watch (Vigilance) et la couleur de l’alerte aérienne est maintenue à Orange
Source : AVO.

Crédit photo: AVO

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L’activité du Popocatepetl (Mexique) reste inchangée avec les émissions habituelles de vapeur et de gaz, contenant parfois un peu de cendre. Une explosion de taille modérée est parfois enregistrée. Selon le VAAC deWashington, les panaches de cendres s’élèvent à 6-8 km au-dessus du niveau de la mer. Le niveau d’alerte reste à Jaune, Phase 2
Source : CENAPRED.

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans.

Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous en trouverez d’autres (en anglais) en lisant le bulletin hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news about volcanic activity around the world.

In a report released on March 19th, 2023, AVO indicated that minor ash emissions from the north crater of Mount Young at Semisopochnoi (Aleutians) were observed in several web camera images. In addition, small explosions and volcanic tremor have also resumed. This activity is similar to eruptive activity observed intermittently over the last few years at Semisopochnoi. The Aviation Color Code and Volcano Alert Level have been raised to ORANGE and WATCH, respectively.

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As a reminder: access to the crater of La Fossa in Vulcano remains prohibited by an ordnnace of the mayor of Lipari. Ignoring this ban, ten hikers ventured to the crater. All have been fined. If I remember correctly, the offense costs 500 euros, which seriously weighs on the holiday budget.
Same punishment at Stromboli for twelve people who did not take into account the access restrictions and climbed beyond the 200-meter limit.
At Vulcano, it is the toxic gases that justify the prohibition of access to the crater. At Stromboli, it is the behaviour of the volcano, which has become unpredictable and often violent, which justifies the new access conditions.

Source : La Sicilia, March 20th, 2023.

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An eruption took place at Nevado del Ruiz (Colombia) on March 20th, 2023. The volcano experienced several ash emissions associated with seismic signals related to the movement of fluids inside the volcanic conduits The ash plume was the highest in recent days. It rose 2.7 km above the crater.

While the current activity is not considered dangerous, it is important for the local population to remain alert and follow the instructions of the authorities.

The Alert Level remains at 3. The last major eruption of this volcano occurred in 1985 and resulted in the deaths of over 20 000 people due to lahars.

Source : Servicio Geológico Colombiano.

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The eruption of Merapi (Java / Indonesia)) continues, including the collapses at the SW lava dome with pyroclastic flows that travel as far as 4 km down the Bebeng and Krasak drainages on the SW flank. Ashfall has been reported in several municipalities. The volume of the SW dome before March 11th, 2023 was 2,759,100 cubic meters and by March t13th, the volume had decreased to 1,686,200 cubic meters, with an estimate volume loss of 1,072,800 cubic meters. The volume of the summit dome remains unchanged at 2,312,100 cubic meters.
The Alert Level remains at 3 (on a scale of 1-4), and the public is asked to stay 3-7 km away from the summit based on location.

SOURCE : CVGHM.

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Satellite images of Nyamulagira (.DRC) showe a large thermal anomaly, possibly 600 m wide, in the summit crater, indicating that the eruption that had begun on March 14th, 2023 is continuing.

Source: Sentinel Hub.

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4-10 explosions per hour are currently recorded at Fuego (Guatemala). They eject incandescent material up to 400 m above the crater and generate ash plumes that rise as high as 1.3 km above the summit. As usual, ashfall is reported in downwind municipalities. Daily block avalanches travel down several ravines, sometimes reaching the vegetation. Shockwaves cause structures to vibrate in communities immediately surrounding the volcano. Lahars in the Ceniza ravine carried branches, tree trunks, and blocks 30 cm to 1.5 m in diameter.

Source : INSIVUMEH.

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Eruptive activity at Great Sitkin (Aleutians / Alaska) continues, characterized by the emission of lava that remains confined to the summit crater. The Volcano Alert Level remains at Watch and the Aviation Color Code is kept at Orange

Source : AVO.

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In an update released on March 21st, 2023, HVO indicates that Kilauea (Hawaii) is no longer erupting. Lava supply to the Halemaʻumaʻu lava lake ceased on March 7th. SO2 emissions have decreased to near background levels.

Accordingly, HVO has lowered the Volcano Alert Level from WATCH to ADVISORY and the Aviation Color Code from ORANGE to YELLOW.

Seismicity and deformation patterns remain unsettled. Resumption of eruptive activity may occur in the near future with little or no warning.

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Activity at Popocatepetl (Mexico) remains unchanged with the usual steam-and-gas emissions, sometimes containing minor amounts of ash, An occasional moderately-sized explosion is sometimes recorded. According to the Washington VAAC ash plumes rise to 6-8 km above sea level. The Alert Level remains at Yellow, Phase Two

Source : CENAPRED.

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Activity remains globally stable on other volcanoes.

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

Réchauffement climatique : le dégel du permafrost et la menace des virus // Global warming : Permafrost thawing and the threat of viruses

Une équipe de chercheurs de Marseille a montré qu’un virus pris dans le permafrost sibérien depuis 48 500 ans pouvait encore contaminer. C’est donc une potentielle menace pour la santé publique, conséquence du réchauffement climatique. Cette découverte peu rassurante a été publiée dans la revue Viruses avant d’être relayée par CNN.

Pour arriver à cette conclusion, l’équipe de chercheurs marseillais a testé des échantillons de terre prélevés dans le pergélisol de l’Arctique sibérien, plus précisément dans la péninsule de Yamal. .

L’équipe scientifique a pu isoler 13 souches représentant 5 nouvelles familles de virus, à partir de plusieurs échantillons de terre prélevée à sept endroits différents en Sibérie. Les chercheurs les ont ensuite injectés dans des amibes et ont ainsi montré que ces souches avaient conservé leur capacité à contaminer.

Ce n’est pas la première expérience de ce type réalisée par l’équipe de chercheurs. En 2014 et 2015, ils avaient déjà « ressuscité » des virus issus du permafrost en les insérant dans des cellules. Par sécurité, les virus choisis ne pouvaient contaminer que des amibes unicellulaires et non des animaux et des humains.

Le fait que des virus en sommeil depuis la préhistoire restent infectieux des milliers d’années plus tard est un phénomène inquiétant qui pourrait constituer une menace pour la santé publique. Dans leur étude, les chercheurs indiquent que d’autres agents pathogènes totalement inconnus pourraient ressurgir du permafrost.

Comme je l’ai indiqué dans des notes précédentes, au cours de l’été 2016, une épidémie d’anthrax, ou maladie du charbon, a touché des dizaines de nomades et plus de 2.000 rennes dans la péninsule de Yamal en Russie. Un enfant a péri. L’épidémie était liée au dégel profond du permafrost après des étés exceptionnellement chauds, déclenchant la réactivation d’une bactérie contenue dans des carcasses d’animaux.

L’article paru sur le site de France 3 Alpes-Côte d’Azur.n’en fait pas état, mais l’anecdote que j’ai rapportée dans ce blog le 26 octobre 2022 fait froid dans le dos. En septembre 1918, sept jeunes pêcheurs et fermiers norvégiens embarquent à destination du Spitzberg où ils ont l’intention de se faire un peu d’argent dans les mines de charbon. A bord du bateau qui les conduit à leur destination,  ils contractent le virus de la Grippe Espagnole qui a tué plus de 20 millions de personnes au cours de cette même année. Ils décèdent au bout de quelques jours et sont enterrés en catastrophe dans le permafrost du petit cimetière de Longyearbyen.

En août 1997, en prenant moult précautions, une équipe scientifique exhume les corps et effectue des prélèvements de tissus provenant des poumons, du cerveau, des reins. Les organes sont relativement bien conservés par le froid, ce qui suppose que le terrible virus l’est lui aussi ! Les échantillons de tissus prélevés sont envoyés dans quatre laboratoires aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre et en Norvège. Certains virologues critiquent cette opération qui pourrait s’avérer dangereuse. Il ne faudrait pas que le virus s’échappe dans les couloirs d’un laboratoire !

Les travaux en laboratoire ont révélé que le virus responsable de la Grippe Espagnole était né de la combinaison d’une souche humaine (H1), provenant de la grippe saisonnière H1N8, en circulation entre 1900 et 1917, avec des gènes aviaires de type N1. Ainsi naquit, en 1917 ou 1918, une souche H1N1, lointain ancêtre de la variante qui fit trembler le monde en 2009, et 10.000 fois plus virulente. La première vague de Grippe Espagnole, au printemps 1918, fut assez peu meurtrière. La seconde, à l’automne suivant, à la suite d’une probable mutation, s’avéra bien plus agressive, notamment contre les jeunes adultes âgés de 25 à 29 ans.

Pour l’équipe scientifique marseillaise, il est encore impossible d’estimer combien de temps les virus découverts dans le permafrost sibérien pourraient rester infectieux une fois exposés aux conditions extérieures (lumière UV, oxygène, chaleur), et quelle est la probabilité qu’ils infectent un hôte dans cet intervalle. Toutefois, le risque est voué à augmenter dans le contexte du réchauffement climatique. Ce dernier est particulièrement perceptible dans l’Arctique où les températures moyennes augmentent plus de deux fois plus vite que dans les régions tempérées.

La hausse des températures rend ces régions du monde jusqu’ici désertiques plus accessibles à l’activité humaine et industrielle. Le pire scénario pourrait être généré par le rassemblement d’un grand nombre de travailleurs autour d’une exploitation minière à ciel ouvert. Le permafrost creusé à des centaines de mètres de profondeur pourrait alors libérer des virus très anciens, totalement inconnus, et susceptibles de contaminer les hommes.

Source : France 3 Alpes-Côte d’Azur.

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A team of researchers from Marseille has shown that a virus caught in the Siberian permafrost for 48,500 years could still contaminate. It is therefore a potential threat to public health, a consequence of global warming. This not very reassuring discovery was published in the journal Viruses before being relayed by CNN.
To reach this conclusion, the research team from Marseille tested soil samples taken from the permafrost in the Siberian Arctic, more precisely from the Yamal Peninsula. .
The scientific team was able to isolate 13 strains representing 5 new families of viruses, from several soil samples taken from seven different places in Siberia. The researchers then injected them into amoebae and thus showed that these strains had retained their ability to contaminate.
This is not the first experiment of this type carried out by the team of researchers. In 2014 and 2015, they had already « resurrected » viruses from permafrost by inserting them into cells. For safety, the chosen viruses could only contaminate unicellular amoebae and not animals and humans.
The fact that viruses dormant since prehistoric times remain infectious thousands of years later is a worrying phenomenon that could pose a threat to public health. In their study, the researchers indicate that other completely unknown pathogens could reappear from permafrost.
As I have indicated in previous posts, during the summer of 2016, an epidemic of anthrax affected dozens of nomads and more than 2,000 reindeer in the Yamal Peninsula in Russia. A child died. The outbreak was linked to the deep thawing of permafrost after unusually hot summers, triggering the reactivation of bacteria contained in animal carcasses.
The article published on the France 3 Alpes-Côte d’Azur website does not mention an anecdote that I reported in this blog on October 26th, 2022. In September 1918, seven young Norwegian fishermen and farmers set sail for Spitsbergen where they intended to make some money in the coal mines. On board the boat taking them to their destination, they contracted the Spanish Flu virus which killed more than 20 million people during that same year. They died after a few days and were buried in a disaster in the permafrost of the small cemetery of Longyearbyen.
In August 1997, taking many precautions, a scientific team exhumed the bodies and took tissue samples from the lungs, brain and kidneys. The organs were relatively well preserved by the cold, which means that the terrible virus was too! The tissue samples were sent to four laboratories in the United States, Canada, England and Norway. Some virologists criticized this operation which could prove to be dangerous. The virus should not escape into the corridors of a laboratory!
Laboratory work revealed that the virus responsible for the Spanish Flu was born from the combination of a human strain (H1), from the seasonal flu H1N8, in circulation between 1900 and 1917, with avian genes of type N1. Thus was born, in 1917 or 1918, an H1N1 strain, the distant ancestor of the variant that shook the world in 2009, and 10,000 times more virulent. The first wave of the Spanish Flu, in the spring of 1918, was not very lethal. The second, the following autumn, following a probable mutation, proved to be much more aggressive, especially against young adults aged 25 to 29.
For the Marseille scientific team, it is still impossible to estimate how long the viruses discovered in the Siberian permafrost could remain infectious once exposed to external conditions (UV light, oxygen, heat), and what is the probability that they will infect a host within this range. However, the risk is bound to increase in the context of global warming. The latter is particularly noticeable in the Arctic where average temperatures are increasing more than twice as fast as in temperate regions.
Rising temperatures are making these hitherto desert regions of the world more accessible to human and industrial activity. The worst case scenario could be generated by the gathering of a large number of workers around an open pit mining operation. The permafrost dug hundreds of meters deep could then release very old viruses, totally unknown, and likely to infect humans.
Source: France 3 Alpes-Cote d’Azur.

 

Le pergélisol dans l’Arctique

Volcanisme actif sur Vénus // Active volcanism on Venus

Dans une note rédigée le 29 novembre 2022, j’expliquais que, selon une étude publiée dans le Planetary Science Journal au début de l’année 2022, le volcanisme à grande échelle qui a recouvert de lave 80% de la surface de Vénus a probablement été le facteur décisif qui a fait passer la planète d’un monde humide et doux à une atmosphère sulfurique irrespirable.

Aujourd’hui, après avoir analysé des images prises il y a 30 ans à la surface de la planète, les scientifiques sont persuadés que Vénus est active d’un point de vue volcanique.
Souvent considérée comme la jumelle de la Terre en raison de sa taille et de sa masse similaires, Vénus est en fait un environnement hostile où la vie ne peut exister. L’un des mystères de Vénus est de savoir si elle est encore volcaniquement active. Jusqu’à présent, les scientifiques n’ont pas été en mesure d’obtenir une réponse concrète car l’étude de Vénus est extrêmement difficile en raison de son inhospitalité.
Cependant, des images de la surface obtenues au début des années 1990 par la sonde spatiale Magellan de la NASA, et réanalysées par des scientifiques de l’Université d’Alaska à Fairbanks et du California Institute of Technology, montrent des signes que la planète est toujours active d’un point de vue volcanique.
La sonde Magellan a utilisé un radar pour réaliser des images de la surface de Vénus à partir de différentes orbites et a réussi à capturer quelques photos de la surface entre 1990 et 1992. Un site du système volcanique de Maat Mons montre des signes de changement entre les photos. L’équipe scientifique pense que cela est très probablement dû à un événement volcanique qui s’est produit dans la fenêtre de huit mois entre les clichés, avec l’émission d’une coulée de lave.
Selon l’article publié par les scientifiques dans la revue Science, c’est la preuve d’une activité volcanique en cours sur Vénus. Autrement dit, la planète n’a pas seulement été volcaniquement active dans le passé ; elle continue de l’être aujourd’hui. On peut lire dans la revue : « La bouche éruptive se trouve dans la partie nord d’un volcan bouclier en forme de dôme qui fait partie du volcan Maat Mons. »
Les chercheurs ajoutent que sur la deuxième image prise en octobre 1991, la bouche éruptive s’est agrandie de quatre kilomètres carrés et présente une forme irrégulière. L’analyse des images obtenues il y a 30 ans indique qu’il existe « un lac de lave formé à l’intérieur de la bouche éruptive pendant l’intervalle de huit mois entre les images ».
Le lac de lave est la seule preuve de volcanisme détectée dans l’étude. Selon les scientifiques, ce n’est pas suffisant pour connaître la fréquence des éruptions sur Vénus. On peut lire dans le rapport : « Il existe un large éventail de scénarios d’activité possibles, compatibles avec un volcanisme de type hawaïen dans l’Atla Regio. » Un des auteurs de l’étude a déclaré : « Nous pouvons maintenant dire que Vénus est volcaniquement active aujourd’hui dans le sens où il y a au moins quelques éruptions par an. » L’équipe scientifique pense que les prochaines missions à destination de Vénus observeront de nouveaux événements volcaniques qui se sont produits depuis. la mission Magellan il y a 30 ans.
Source : médias d’information internationaux.

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In a post published on November 29th, 2022, I explained that, according to a study published in the Planetary Science Journal early in 2022, the massive global volcanism that covered 80% of Venus’ surface in lava may have been the deciding factor that transformed Venus from a wet and mild world into the suffocating, sulfuric planet that it is today.

Today, after analysing 30-year-old images taken of the planet’s surface, scientists think it is likely Venus is volcanically active

Often known as Earth’s twin owing to its similar size and mass, Venus is actually a harsh environment with a thick, sulphurous atmosphere where life cannot exist. One of the mysteries of Venus is if it is still volcanically active and scientists have been unable to arrive at a concrete answer as studying Venus is extremely difficult due to its inhospitality.

However, images taken of the surface in the early 1990s by NASA’s Magellan space probe, reanalysed by scientists at University of Alaska Fairbanks and the California Institute of Technology, show signs the planet is still volcanically active.

Magellan used radar to image the surface of Venus from different orbits, and captured some photos of the surface between 1990 and 1992. One location at the Maat Mons volcano system showed signs of change between photos. The scientific team believe this is most likely caused by a volcanic event that occurred in the eight-month window between shots and triggered a lava flow.

According to the scientists’ paper published in Science, this is evidence of ongoing volcanic activity on Venus, proving it was not only volcanically active in the past but continues to be so today. One can read in the paper :“The vent is located on the north side of a domed shield volcano that is part of the larger Maat Mons volcano.”

The researchers add that in the second image taken in October 1991, the vent became four square kilometres bigger and irregular in shape. Analysis of the three-decade-old images indicates “a lava lake formed in the vent interior during the eight-month gap between images”.

The one lake is the only evidence of volcanism found in the study, which the scientists say is not enough to give an idea of how common volcanism is on Venus. The report says :“There are a wide range of possible activity scenarios that are compatible with Hawaiian-like levels of volcanism in Atla Regio.” A lead author of the study, said: « We can now say Venus is presently volcanically active in the sense there are at least a few eruptions per year.” The scientific team expects that the upcoming Venus missions will observe new volcanic flows that have occurred since the Magellan mission ended three decades ago.

Source : International news media.

Reconstitution en trois dimensions du Maat Mons, l’un des principaux volcans sur Vénus avec ses quelque 8 km de hauteur (Source: NASA)

Dernier rapport du GIEC : mesures insuffisantes contre le réchauffement climatique // IPCC’s latest report : insufficient measures to fight global warming

Le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC) a publié le 20 mars 2023 la synthèse de son sixième rapport. Sans surprise, il ressort que « les tendances actuelles ne sont pas du tout compatibles avec la stabilisation du réchauffement climatique. […] Des efforts ont été faits, mais ils n’atteignent pas l’échelle suffisante pour une baisse suffisamment rapide des émissions de gaz à effet de serre. « 

Comme je le fais régulièrement, le GIEC rappelle lui aussi que la concentration du CO2 dans l’atmosphère est « la plus élevée depuis au moins 2 millions d’années ». Cela a provoqué un réchauffement de la température moyenne sur Terre de +1,1°C par rapport à la période 1850-1900, ainsi qu’une hausse du niveau de la mer de 20 centimètres entre 1901 et 2018. Il n’est donc pas étonnant que l’on assiste à de plus en plus d’événements météorologiques extrêmes, avec des effets de plus en plus dangereux sur la nature et les populations dans toutes les régions du monde..

Pour faire face à ce réchauffement, les plans d’adaptation et les politiques d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre se sont multipliés dans tous les secteurs et toutes les régions du monde. Toutefois, selon le GIEC, « le rythme et l’ampleur des mesures prises jusqu’à présent, ainsi que les projets actuels, sont insuffisants. » Alors que les émissions de gaz à effet de serre devraient baisser dès maintenant pour maintenir le réchauffement à +1,5°C, elles ont continué d’augmenter.

De nombreux pays ont déclaré leur intention d’atteindre la neutralité carbone au milieu du siècle, mais peu de politiques sont en place actuellement pour tenir cette promesse. Si cette situation devait persister, elle nous ferait franchir la barre des +1,5°C au cours du siècle et nous conduirait vers un réchauffement de 3,2°C en 2100.

Le rapport du GIEC explique que certains effets du réchauffement climatique se manifesteront sur le très long terme. On peut lire que l’élévation du niveau de la mer « est inévitable pendant des siècles, voire des millénaires, en raison de la poursuite du réchauffement des océans profonds et de la fonte des calottes glaciaires, et le niveau de la mer restera élevé pendant des milliers d’années. La hausse pourrait atteindre 2 à 3 mètres dans les 2000 prochaines années si le réchauffement est maintenu en-dessous de 1,5°C, et 2 à 6 mètres pour un réchauffement limité à 2°C. Avec une température moyenne globale à +2°C, « les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique occidental disparaîtront presque complètement et de manière irréversible sur plusieurs millénaires. »

Le rapport du GIEC fait également état du déséquilibre dans la responsabilité et l’exposition aux conséquences du réchauffement climatique. En effet, ce sont les communautés vulnérables, qui ont historiquement le moins contribué au changement climatique actuel, qui sont touchées de manière disproportionnée. On ne peut que regretter la réticence des Etats industrialisés à accorder des compensations à ces populations (elles représentent 3,3 à 3,6 milliards de personnes) lors des dernières COP.. Le rapport précise qu' »au cours de la dernière décennie, les décès dus aux inondations, aux sécheresses et aux tempêtes ont été 15 fois plus nombreux dans les régions très vulnérables. »

Dans son rapport, le GIEC répète que la décennie en cours est « essentielle » pour lutter contre le réchauffement climatique. Si l’on veut le limiter à +1,5°C, il faudrait avoir réduit de 48% nos émissions de CO2 d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2019. Sans cela, le réchauffement climatique menacera de plus en plus les écosystèmes, la biodiversité, les moyens de subsistance, la santé et le bien-être des actuelles et futures générations.

Parmi les solutions pour améliorer la situation, le GIEC cite en premier lieu la transition « des énergies fossiles vers des sources non ou peu émettrices en gaz à effet de serre », mettant en avant l’énergie solaire et l’éolien. Il évoque également – entre autres – une transition vers une alimentation plus végétale, la reforestation, mais aussi la mise en place d’outils financiers, comme « supprimer les subventions aux énergies fossiles ».

L’intégralité du rapport (en anglais) peut être lue en cliquant sur ce lien :

https://www.ipcc.ch/

Confirmant le rapport du GIEC, on apprend que la température moyenne sur les 12 premiers jours de mars 2023 a atteint les niveaux les plus élevés sur cette période depuis mars 2016, année où un épisode El Niño exceptionnel avait conduit la température globale à des niveaux record.

On peut d’ores et déjà dire que mars 2023 sera l’un des mois de mars les plus chauds des annales.

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The Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) published the summary of its sixth report on March 20th, 2023. Unsurprisingly, it emerges that « current trends are not at all compatible with the stabilization of global warming. […] Efforts have been made, but they do not reach the sufficient scale for a sufficiently rapid decline in greenhouse gas emissions.”
As I do regularly, the IPCC also recalls that the concentration of CO2 in the atmosphere is « the highest for at least 2 million years ». This caused an average temperature rise on Earth of +1.1°C compared to the period 1850-1900, as well as a rise in sea level of 20 centimeters between 1901 and 2018. It is therefore not no wonder we are witnessing more and more extreme weather events, with increasingly dangerous effects on nature and people in all parts of the world.
To cope with this warming, adaptation plans and policies for mitigating greenhouse gas emissions have multiplied in all sectors and all regions of the world. However, according to the IPCC, « the pace and scale of action taken so far, as well as current plans, are insufficient. » While greenhouse gas emissions were expected to drop now to keep warming to +1.5°C, they have continued to rise.
Many countries have declared their intention to achieve carbon neutrality by mid-century, but few policies are currently in place to deliver on this promise. If this situation were to persist, it would take us beyond the +1.5°C mark during the century and lead us to a warming of 3.2°C in 2100.
The IPCC report explains that some effects of global warming will be seen in the very long term. Sea level rise « is inevitable for centuries, if not millennia, due to continued warming of deep oceans and melting ice caps, and sea levels will remain high for thousands of years. The rise could reach 2 to 3 meters in the next 2000 years if the warming is kept below 1.5°C, and 2 to 6 meters for a warming limited to 2°C. global average temperature at +2°C, « the ice sheets of Greenland and West Antarctica will disappear almost completely and irreversibly over several millennia. »
The IPCC report also mentions the imbalance in responsibility and exposure to the consequences of global warming. Indeed, it is vulnerable communities, which have historically contributed the least to current climate change, that are disproportionately affected. We can only regret the reluctance of industrialized States to grant compensation to these populations (they represent 3.3 to 3.6 billion people) during the last COPs. The report specifies that « over the last decade, deaths from floods, droughts and storms were 15 times higher in highly vulnerable regions. »
In its report, the IPCC repeats that the current decade is « essential » in the fight against global warming. If we want to limit it to +1.5°C, we should reduce our CO2 emissions by 48% by 2030 compared to 2019 levels. Without this, global warming will increasingly threaten ecosystems. , biodiversity, livelihoods, health and well-being of current and future generations.
Among the solutions to improve the situation, the IPCC cites in the first place the transition « from fossil fuels to sources with little or no greenhouse gas emissions », highlighting solar and wind energy. He also mentions – among other things – a transition to a more plant-based diet, reforestation, but also the implementation of financial tools, such as “removing fossil fuel subsidies”.
The full report can be read by clicking this link:
https://www.ipcc.ch/

Confirming the IPCC report, we learn that the average temperature over the first 12 days of March 2023 has reached the highest levels over this period since March 2016, when an exceptional El Niño episode drove global temperature to record highs. .
We can already say that March 2023 will be one of the hottest months of March on record.

De toute évidence, les glaciers et la banquise vont continuer à fondre… (Photo: C. Grandpey)