La fonte des glaciers et du permafrost libère des virus ! // The melting of glaciers and permafrost releases viruses !

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique », je mets particulièrement l’accent sur la fonte du permafrost arctique qui libère une très grande quantité de gaz à effet de serre. Ce n’est pas tout. On s’est rendu comte que les virus et autres microbes jusqu’alors congelés pourraient refaire surface. Dans le documentaire « Sur le front des glaciers », on apprend que le virus de la Grippe Espagnole est resté présent dans les cadavres enterrés au Svalbard en 1918 (voir ma note du 15 avril 2020). Or, le Svalbard est en train de fondre à une vitesse incroyable….

De la même façon,  une équipe de chercheurs américains et chinois a publié le 7 janvier 2020 une étude mettant en garde sur les conséquences du réchauffement climatique. Partis il y a 5 ans pour forer des glaciers de l’Himalaya, ces scientifiques ont extrait deux carottes de glace qui leur ont permis de mettre au jour pas moins de 33 virus dont 5 seulement étaient connus du monde scientifique.

D’après les relevés des scientifiques, «les microbes différaient considérablement à travers les deux carottes de glaces, représentant vraisemblablement des conditions climatiques très différentes au moment du dépôt». Car même si elles proviennent toutes les deux du plus vieux glacier de la terre, le Guliya au Tibet, les carottes ont été prélevées à deux époques différentes, en 1992 et 2005. Il a donc fallu gratter près 1,5 cm afin d’atteindre la couche de glace non contaminée par les bactéries d’aujourd’hui.

Les chercheurs expliquent que «dans le meilleur des cas, la fonte des glaces nous fera perdre des données microbiennes et virales précieuses qui pourraient nous renseigner sur les régimes climatiques passés de notre planète. […] Dans le pire des cas, le réchauffement climatique pourrait être à l’origine d’une libération de nouveaux agents pathogènes dans notre environnement».

Une telle remarque doit être prise très au sérieux. Comme je l’indique dans ma conférence, en 2016 en Sibérie, un enfant de 12 ans est mort après avoir contracté l’anthrax*, également connu sous le nom de maladie du charbon. Cette maladie n’avait plus été signalée depuis 1941. Le jeune garçon aurait été contaminé après avoir mangé de la viande de renne, infectée par l’absorption de végétaux contaminés suite à la fonte du permafrost.

Source : CNews.

* L’anthrax est une infection potentiellement mortelle qui peut affecter la peau, les poumons ou, plus rarement, le tube digestif. La maladie cutanée peut se propager d’une personne à une autre par contact direct avec une personne infectée. Cependant, l’anthrax dû à la consommation de viande contaminée ne se propage pas d’une personne à l’autre.

 ————————————————

During my conference « Glaciers at Risk, the Effects of Global Warming », I do insist on the melting of the Arctic permafrost which releases a very large amount of greenhouse gases. That’s not all. One could realise that viruses and other previously frozen microbes could resurface. In the French documentary “Sur le front des glaciers”, we learn that the Spanish Flu virus remained present in the corpses buried in Svalbard in 1918 (see my post of April 15th, 2020). And Svalbard is melting at an incredible speed….
Similarly, a team of American and Chinese researchers published on January 7th, 2020 a study warning about the consequences of global warming. While drilling the Himalayan glaciers over the past 5 years, these scientists extracted two ice cores which allowed them to uncover no less than 33 viruses of which only 5 were known to the scientific world.
According to the scientists’ reports, « the microbes differed considerably across the two ice cores, presumably representing very different climatic conditions at the time of deposition. » Indeed, even though the ice cores both come from the oldest glacier on earth, Guliya in Tibet, they were collected at two different times, in 1992 and 2005. It was therefore necessary to scrape nearly 1.5 cm in order to reach the layer of ice not contaminated by today’s bacteria.
The researchers explain that “in the best of cases, the melting of the ice will make us lose precious microbial and viral data that could tell us about the past climates of our planet. […] In the worst case, global warming could release of new pathogens into our environment. ”
Such a remark must be taken very seriously. As I mention in my conference, in 2016 in Siberia, a 12 year old boy died after contracting anthrax.* This disease had not been reported since 1941. The young boy was infected after eating reindeer meat, infected by the absorption of contaminated plants following the melting of permafrost.
Source: CNews.

* Anthrax is a potentially fatal infection that can affect the skin, lungs or, more rarely, the digestive tract. Skin disease can spread from person to person through direct contact with an infected person. However, anthrax from eating contaminated meat does not spread from person to person.

 

Glaciers himalayens vus depuis l’espace (Source: NASA)

La fonte du permafrost (3ème partie) // Permafrost thawing (Part three)

Lorsque la glace à l’intérieur du permafrost fond, le sol devient instable et peut s’affaisser, provoquant des éboulements de roches, des affaissements et des glissements de terrain, des inondations et l’érosion des côtes. Le sol s’est affaissé de 85 mètres dans certaines parties de la Sibérie. Ce phénomène peut causer des dégâts aux bâtiments, aux routes, aux lignes électriques et autres infrastructures. Cela peut aussi nuire aux écosystèmes naturels. La fonte du permafrost peut affecter la vie végétale à la base de la chaîne alimentaire et potentiellement toutes les créatures qui en dépendent. Les changements dans le paysage peuvent modifier la reproduction et la migration des caribous. De la même façon, à mesure que l’Arctique se réchauffe, les castors se déplacent vers le nord ; leurs barrages inondent de nouvelles zones, créant des zones marécageuses où l’eau plus chaude accélère la fonte du permafrost.
Le dégel du permafrost peut libérer autre chose que le carbone ou le méthane. Sa fonte peut devenir une menace pour la santé humaine. Comme je l’expliquais dans un article de ce blog, en 2016, un jeune garçon est décédé et des dizaines de personnes ont été hospitalisées après avoir contracté l’anthrax dans la péninsule de Yamal en Sibérie. Une carcasse de renne infectée par l’anthrax et qui avait gelé 75 ans auparavant s’est décomposée lors de la fonte du permafrost. Les spores de l’anthrax ont pénétré dans le sol et l’eau, puis dans les réserves de nourriture, infectant ainsi les êtres humains.
Les hommes, les animaux et leurs maladies sont maintenus à l’état de gel dans le permafrost depuis des siècles, mais les bactéries et les virus peuvent survivre dans le sol gelé pendant des centaines de milliers d’années. Les scientifiques ont récemment redonné vie à un virus âgé de 30 000 ans qui infecte les amibes. Des maladies comme la grippe espagnole, la variole ou la peste qui ont été éliminées pourraient réapparaître avec le dégel du permafrost. Au fur et à mesure que l’Arctique se réchauffe, l’exploitation de minéraux ou de métaux précieux pourrait potentiellement nous mettre à nouveau en contact avec ces microbes et virus.
Construire sur du pergélisol est problématique, non seulement parce que le sol est instable, mais aussi parce que la chaleur des bâtiments et des canalisations peut réchauffer le permafrost. Les structures doivent être construites sur des pieux en bois ou sur des socles de gravier épais. Les conduites d’eau et d’égout doivent être placées au dessus du sol. J’ai expliqué qu’en Alaska, certaines routes et les pistes d’atterrissage de la petite ville de Bethel sont équipées de tuyaux remplis de liquide qui évacuent la chaleur du permafrost et que l’hôpital a installé des machines permettant de garder le sol constamment à très basse température, évitant ainsi son affaissement.

—————————————————–

When the ice in permafrost melts, the ground becomes unstable and can slump, causing rock and landslides, floods and coastal erosion. The ground has collapsed 85 metres deep in some parts of Siberia. This phenomenon can damage buildings, roads, power lines and other infrastructure. It can also harm natural ecosystems. It can affect plant life at the base of the food chain and potentially all the creatures that depend on it. Changes in the landscape can alter caribou breeding and migration patterns. And as the Arctic warms, beavers are moving northward. Their dams flood new areas, creating boggy stretches that allow for more warm water to thaw permafrost further.

Thawing permafrost can release more than carbon emissions. It can become a danger to human health. As I explained in a post on this blog, in 2016, a young boy died and dozens were hospitalized after contracting anthrax on the Yamal Peninsula in Siberia. An anthrax-infected reindeer carcass that froze 75 years earlier became exposed when the permafrost thawed. Anthrax spores entered the soil and water, and eventually the food supply, infecting the humans.

People and animals and their diseases have been frozen in the permafrost for hundreds of years, but bacteria and viruses can survive in permafrost for hundreds of thousands of years. Scientists recently revived a 30,000-year-old virus that infects amoebas. Diseases like the Spanish flu, smallpox or the plague that have been wiped out might be frozen in the permafrost. As the Arctic warms, more activity, like mining for rare earth or precious metals, could potentially put us in contact with them again.

Building on permafrost is problematic, not only because the ground is unstable, but because the heat of buildings and pipes themselves can warm permafrost. Structures must be built on wood piles or based on thick gravel pads. Water and sewer pipes must be placed above ground. I explaines that in Alaska, some roads and airport runways in Bethel are outfitted with liquid-filled pipes that transfer heat away from the permafrost, and the hospital has installed machines that keep the ground constantly refrigerated.

La fonte du permafrost affecte les routes et les structures (Photos: C. Grandpey)

La fonte du permafrost provoque une épidémie d’anthrax en Sibérie // Permafrost thawing causes an anthrax epidemic in Siberia

drapeau-francaisA cause du dégel du permafrost (voir mes notes précédentes à ce sujet), des bactéries prisonnières de la glace ont été libérées en Sibérie, provoquant un début d’épidémie d’anthrax, appelée communément maladie du charbon. Cette épidémie, la première depuis 1941, a entraîné la mort de près de 2.400 rennes et d’un enfant de 12 ans. 72 personnes, dont au moins 13 nomades qui vivent avec les rennes, ont été hospitalisées. La maladie, qui touche de nombreux mammifères, se transmet de l’animal à l’homme, mais pas d’un homme à un autre.

Le garçon décédé samedi faisait partie d’une famille d’éleveurs de rennes, très nombreux dans la région. Il a été atteint après avoir mangé de la viande infectée, victime d’une forme intestinale de la maladie, particulièrement violente.

La bactérie responsable de l’anthrax se serait réactivée à partir de la carcasse d’un renne mort dans l’épidémie d’il y a 75 ans. Prise dans la glace du permafrost, la chair de l’animal aurait dégelé avec la fonte de la surface du sol, ce qui a réveillé la bactérie et provoqué une épidémie parmi des troupeaux de rennes. Les scientifiques redoutent qu’avec la fonte du pergélisol (autre nom du permafrost), des vecteurs de maladies mortelles des 18ème et 19ème siècles réapparaissent, en particulier près des cimetières où les victimes de ces maladies ont été enterrées. Un cimetière proche de l’endroit où s’est déclarée cette nouvelle épidémie est sous surveillance car on pense qu’il a pu jouer un rôle.

Au moins 2349 animaux sont morts de l’anthrax en l’espace de 10 jours. Leurs carcasses ont été incinérées, pour éviter une plus large propagation. 4500 rennes ont aussi été vaccinés contre l’infection, et l’objectif est d’en immuniser 41000.

Source : The Siberian Times.

——————————————–

drapeau-anglaisThe melting of the permafrost (see my previous posts on this topic) in Siberia released anthrax bacteria trapped in the ice, causing an outbreak of the epidemic. This outbreak, the first since 1941, resulted in the death of nearly 2,400 reindeer and a 12-year-old child. 72 people, including at least 13 nomads living with reindeer, were hospitalized. The disease, which affects many mammals, is transmitted from animals to humans, but not from one man to another.
The boy who died on Saturday was part of a family of reindeer herders. It fell ill after eating infected meat, the victim of a particularly violent intestinal form of the disease.
The bacteria responsible for anthrax is supposed to have been reactivated from the carcass of a reindeer that died during the epidemic 75 years ago. Caught in the ice of the permafrost, the flesh of the animal probably thawed with the melting of the surface, which gave a new life to the bacteria and caused an epidemic among herds of reindeer. Scientists fear that with the melting of the permafrost more vectors of fatal diseases of the 18th and 19th centuries reappear, especially near the cemeteries where the victims of the disease were buried. A cemetery near the place where the new epidemic has started is under surveillance because it is believed to have played a role.
At least 2,349 animals died of anthrax in the space of 10 days. Their carcasses were incinerated to prevent further spreading. 4,500 reindeer were also vaccinated against the infection, and the goal is to immunize 41,000.
Source: The Siberian Times.

Rennes 03

Rennes dans la toundra (Photo: C. Grandpey)