Cumbre Vieja (La Palma / Iles Canaries) // Cumbre Vieja Volcano (La Palma / Canary Islands)

Dans une note publiée le 26 octobre 2017, j’indiquais qu’un essaim sismique avec des événements entre M 1,5 et M 2,7 avait débuté sous le volcan Cumbre Vieja, sur l’île de La Palma aux Iles Canaries, le samedi 7 octobre 2017. Au total, 68 événements avaient été enregistrés. Un programme spécial de surveillance hydrogéochimique avait alors été mis en place afin d’améliorer la surveillance du volcan.

On apprend aujourd’hui qu’un nouvel essaim sismique a débuté sous Cumbre Vieja le 10 février 2018, avec des événements plus significatifs que ceux de l’essaim d’octobre dernier.

Le National Geographic Institute (IGN) a enregistré 83 secousses entre 23h23 (T) le 10 février et 07h32 (TU) le 15 février, avec des amplitudes allant de M 1,6 à M 2,6.
La profondeur des séismes a diminué au cours de l’essaim, ce qui semble indiquer une ascension du magma vers la surface. Le gouvernement des Canaries a convoqué une réunion urgente du Comité Scientifique pour l’Evaluation et la Surveillance des Phénomènes Volcaniques afin de discuter des raisons pour lesquelles les séismes se reproduisent et commet peut évoluer la situation.  C’est la deuxième réunion de ce genre en quatre mois.

Alors que certains scientifiques pensent qu’une éruption pourrait potentiellement créer un raz-de-marée, des universitaires ont fait remarquer qu’un méga tsunami était peu probable. En fait, la possibilité d’un effondrement catastrophique du volcan Cumbre Vieja est une question très controversée parmi les géologues.

Sources : IGN, INVOLCAN, The Watchers.

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In a note released on October 26th 2017, I indicated that a seismic swarm with events between M 1.5 and M 2.7 had started under Cumbre Vieja volcano on the island of La Palma in the Canary Islands on Saturday, October 7th. A total of 68 earthquakes had been recorded under the volcano. A special hydrogeochemical monitoring programme had been set up in order to improve the surveillance of the volcano.

Today, we learn that a new seismic swarm started under Cumbre Vieja volcanoon February 10th, 2018, with events more significant than those in the previous October swarm. .

The National Geographic Institute (IGN) registered a total of 83 earthquakes between 23:23 UTC, February 10th and 07:32 UTC, February 15th, with magnitudes ranging from M 1.6 to M 2.6.

The depth of the quakes decreased during the course of the swarm, suggesting an upward movement of magma towards the surface. The Canary Government called for an urgent meeting of the Scientific Committee for Evaluation and Monitoring of Volcanic Phenomena to discuss why the quakes are happening again and what might happen in the future. This is the second such meeting in four months.

While experts have warned that an eruption holds the potential of creating a tidal wave, academics have been quick to point out a mega tsunami is unlikely. The possibility of a catastrophic collapse of the volcano is a really controversial issue amongst geologists.

Sources : IGN, INVOLCAN, The Watchers.

Cumbre Vieja vu depuis l’espace (Source: NASA)

Essaim sismique à Grimsey (Islande) // Seismic swarm at Grimsey (Iceland)

Située juste sur le cercle polaire arctique, dans le nord de l’Islande, Grimsey a une population de 90 habitants. Des séismes sont souvent enregistrés sur cette petite île qui est située sur la zone de fracture de Tjörnes, le long de la dorsale médio-atlantique.
Un essaim sismique particulièrement intense y est observé depuis une semaine, avec plus de 1100 événements détectés depuis le 14 février 2018. Le plus significatif avait une magnitude de M 4.1 le 15 février, à environ 10 km à l’ENE de Grimsey, à une profondeur de 10 km. Un séisme de magnitude M 3,2 s’est également produit dans la même zone, suivi de deux autres d’une magnitude supérieure à M 3, toujours le même jour.
Selon l’Icelandic Met Office (IMO), il n’y a aucun signe d’activité volcanique. Une telle sismicité se produit périodiquement dans ce secteur qui fait partie de la zone de fracture de Tjörnes. En conséquence, de nouvelles secousses sont possibles pendant les prochains jours.
La dernière éruption dans la région remonte à 1868.
Les cartes ci-dessous montrent 1) l’intensité de l’essaim sismique en cours et 2) l’emplacement de son activité le long de la zone de fracture de Tjörnes qui fait partie de la zone d’accrétion entre les plaques tectoniques nord-américaine et eurasienne.
Sources: OMI, Iceland Review, CSEM / EMSC.

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Located right on the Arctic Circle to the north of Iceland, Grimsey has a population of 90. Earthquakes are often recorded on this small island which is located on the Tjörnes Fracture Zone, on the Mid-Atlantic Ridge.

An intense earthquake swarm has been observed for the past seven days, with more than 1100 events detected since February 14th, 2018. The largest quake measured M 4.1 on February 15th, about 10 km ENE of Grimsey, at a depth of 10 km. An M 3.2 earthquake also occurred in the same area, followed by two events above M 3, still on that same day.

According to The Icelandic Met Office (IMO), there are are no signs of any volcanic activity. Similar seismicity periodically occurs along this area which is part of the Tjörnes Fracture Zone. As a consequence, more seismicity cannot be excluded.

The last known eruption in the area was in 1868.

The maps below show 1) the intensity of the ongoing seismic swarm and 2) the location of theis activity along the Tjörnes Fracture Zone, part of the accretion zone between the North American and Eurasian tectonic plates.

Sources: IMO, Iceland Review, CSEM/EMSC.

Source: IMO

Source: CSEM/EMSC

Quelques réflexions sur les éruptions de l’Agung et du Mayon (Deuxième partie) // Some thoughts about the eruptions of Mt Agung and Mt Mayon (Part 2)

MAYON

Cela fait pas mal de temps – depuis le mois de septembre 2017 – que les volcanologues du PHILVOCS indiquent que le Mayon est en train de gonfler sous la pression du magma. Par prudence ; ils ont élevé le niveau d’alerte à 1 à cette époque.

Le 13 janvier 2018 nous confirme que la prévision éruptive laisse toujours à désirer. Un premier bulletin diffusé à 8 heures indique que « le réseau de surveillance sismique du Mayon n’a détecté aucun séisme volcanique au cours des dernières 24 heures. Seules des émissions modérées à volumineuses de panaches blancs chargés de vapeur ont été observées. » Changement brutal de la situation quelques dizaines de minutes plus tard ! « Une puissante éruption phréatique débute à 9:06 (TU) avec une colonne de cendre atteignant jusqu’à 5,2 km d’altitude. » Des évacuations sont décidées pour les personnes vivant dans un rayon de 5 km autour du volcan. Le niveau d’alerte du Mayon est alors élevé à 2.

L’éruption s’intensifie au cours des jours suivants, avec coulées de lave et coulées pyroclastiques. 12 000 puis 21 000 personnes sont évacuées. La zone de sécurité est agrandie et présente un rayon de 6 ou 7 km selon les endroits.

Le 18 janvier 38 000 personnes sont hébergées dans des centres provisoires.

Le 22 janvier, suite à une nouvelle intensification de l’éruption, le niveau d’alerte passe à 4 et la zone de sécurité est étendue à 8 km de rayon. Comme pour l’Agung à Bali, les volcanologues du PHILVOCS font du pilotage à vue sur le Mayon ! Ils ne peuvent qu’observer et décider en fonction que ce qu’ils voient et ce qu’indiquent les instruments. Ils sont dans l’incapacité d’anticiper ou de prévoir. Heureusement que le volcan n’a pas connu une soudaine et puissante crise éruptive!

Le 24 janvier, le nombre de personnes évacuées atteint de plus de 56 000 et plus de 86 000 deux jours plus tard. Dans ses derniers bulletins, le PHILVOCS dit s’attendre à une éruption longue, probablement plusieurs mois, mais l’Institut pense qu’il n’y aura pas d’éruption majeure. Espérons le. Les prochaines semaines nous diront si cette prévision est exacte.

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Mt MAYON

It has been quite a long time – since September 2017 – that PHILVOCS volcanologists say Mt Mayon is swelling under the pressure of magma. As a precaution; they raised the alert level to 1 by that time.
January 13th, 2018 confirms that the eruptive prediction is still very difficult. A first bulletin released at 8 o’clock indicated that « Mt Mayon seismic monitoring network had not detected any volcanic earthquakes in the last 24 hours. Only moderate to large emissions of white plumes loaded with steam were observed. « An abrupt change of the situation occurred a few hours later! « A powerful phreatic eruption began at 9:06 am (UT) with a column of ash reaching up to 5.2 km altitude. « Evacuations were decided for people living within a radius of 5 km around the volcano. The alert level for Mt Mayon was then raised to 2.
The eruption intensified over the following days, with lava flows and pyroclastic flows. 12,000 then 21,000 people were evacuated. The safety zone was enlarged and had a radius of 6 or 7 km depending on the location.
On 18 January, 38,000 people were accommodated in temporary centers.
On January 22nd, following a further intensification of the eruption, the alert level was increased to 4 and the radius of the safety zone was extended to 8 km. Just like for Mt Agung in Bali, PHILVOCS volcanologists could only observe and decide according to what they saw and what the instruments indicated. They were unable to anticipate or predict. Fortunately, the volcano did not go through a sudden and powerful eruptive crisis.
On January 24th, the number of evacuees reached more than 56,000 and more than 86,000 two days later. In its latest bulletins, the PHILVOCS said it expected a long eruption, probably several months, but the Institute thought there would be no major eruption. Let’s hope for the best. The next few weeks will tell us if this forecast is accurate.

Crédit photo: Wikipedia

Quelques réflexions sur les éruptions de l’Agung et du Mayon (Première partie) // Some thoughts about the eruptions of Mt Agung and Mt Mayon (Part 1)

Deux dangereux volcans de la Ceinture du Feu du Pacifique se sont réveillés au cours des derniers mois. Une première partie sera consacrée à l’éruption de l’Agung sur l’île de Bali (Indonésie). L’éruption du Mayon aux Philippines sera abordée dans la deuxième partie. Enfin, dans une troisième partie, j’essaierai de tirer les conclusions de ces deux éruptions.

AGUNG

Le 14 septembre 2017, le niveau d’alerte passe de 1 à 2 sur le Mont Agung suite à une augmentation de l’activité volcano-tectonique. Il est alors conseillé aux villageois et aux visiteurs de rester à plus de 3 kilomètres du cratère.

Quelques jours plus tard, le niveau d’alerte passe à 3 sur une échelle de 4. Les premières évacuations sont décrétées et le niveau d’alerte passe au maximum (AWAS – 4) le 22 septembre.

Le 24 septembre, suite à l’application du principe de précaution, plus de 10 000 personnes ont été évacuées. Les évacuations se poursuivent les jours suivants, tandis que les aéroports se tiennent prêts à faire face à un événement majeur…. qui n’arrive jamais.

Le 29 octobre, baisse niveau d’alerte à 3….avant de repasser au maximum le 27 novembre ! C’est vraiment du pilotage à vue !

De petits épisodes éruptifs se produisent ensuite, mais rien de vraiment alarmant. Comme toujours dans ce genre de situation en Indonésie, les personnes évacuées trouvent le temps long et des paysans reviennent voir si tout est normal dans leurs fermes situées à l’intérieur de la zone d’exclusion. L’économie balinaise souffre de la situation. On évoque l’éruption de 1963, mais le volcan ne se décide pas à l’imiter. Les quelques images du cratère montrent une galette de lave, mais pas de dôme en formation et donc pas de perspective de coulées pyroclastiques dévastatrices.

Le 23 décembre 2017, alors que le niveau d’alerte est toujours au maximum, le président indonésien  « annule l’état d’urgence du Mont Agung »  et indique que l’île de Bali est maintenant prête à accueillir de nouveau les touristes.

Après cette date, le volcan a connu quelques épisodes éruptifs mineurs, mais rien de vraiment alarmant. Les villageois, ainsi que les touristes et les randonneurs, ont été priés de ne pas pénétrer dans la zone de sécurité de six kilomètres de rayon autour du Mont Agung. Les habitants de 12 villages ont été évacués vers des hébergements provisoires dans les districts voisins. Malgré le danger potentiel, les personnes vivant en dehors des villages sous la menace du volcan ont été autorisées à continuer leurs activités quotidiennes, mais elles doivent rester vigilantes et suivre les instructions données par les autorités.
Finalement, le 10 février 2018, le niveau d’alerte de l’Agung est baissé d’un cran. Il passe de 4 à 3. L’activité sismique a considérablement diminué au cours des dernières semaines. Les instruments montrent également une déflation de l’édifice, ce qui traduit une diminution de la pression des gaz et du magma. A noter toutefois que le volcan continue à émettre des panaches de cendre depuis la réduction du niveau d’alerte… Un tel panache de 1,5 km de hauteur a été observé le 13 février 2018.

D’un point de vue scientifique, il est indéniable que les volcanologues indonésiens ont été – au moins jusqu’à présent – incapables de faire des prévisions fiables sur l’éruption du Mont Agung. Le yo-yo du niveau d’alerte au mois de novembre est là pour le prouver. Cela ne veut pas dire que je critique leur travail ; ils ont effectué leurs tâches très sérieusement, avec les moyens du bord. Ils ont confirmé que la volcanologie actuelle se base sur les observations visuelles – éventuellement à l’aide de drones – et sur ce que révèlent les instruments, mais on se sait pas aller plus loin. Nous ne savons pas prévoir. Si l’Agung avait connu une phase explosive majeure soudaine, la situation serait vite devenue très compliquée.

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Two dangerous volcanoes of the Pacific Ring of Fire have gone through eruptive episodes in recent months. A first part will be dedicated to the eruption of Mt Agung on the island of Bali (Indonesia). The eruption of Mayon in the Philippines will be approached in the second part. Finally, in the third part, I shall try to draw some conclusions of these two eruptions.

Mt AGUNG

On September 14th, 2017, the alert level was raised from 1 to 2 on Mount Agung following an increase in volcano-tectonic activity. Villagers and visitors were advised to stay more than 3 kilometers from the crater.
A few days later, the alert level was raised to 3 on a scale of 4. The first evacuations were decided and the alert level reached its maximum (AWAS – 4) on September 22nd.
On 24 September, following the application of the precautionary principle, more than 10,000 people were evacuated. The evacuations continued the following days, while the airports were ready to face a major event …. that never happened.
On October 29th, the alert level was lowered to 3 … before being raised to the maximum on November 27th!

Small eruptive episodes later occurred, but nothing really alarming. As always in this kind of situation in Indonesia, the evacuees got impatient and peasants went back to see if everything was normal in their farms located inside the exclusion zone. The Balinese economy suffered from the situation. Everybody remembered the eruption of 1963, but the volcano did not decide to imitate it. The few images of the crater showed a lava slab, but no dome formation and no perspective of devastating pyroclastic flows.
On December 23rd, 2017, while the alert level was still at the maximum, the Indonesian president « cancelled the state of emergency of Mount Agung » and indicated that the island of Bali was now ready to welcome tourists again.
After this date, the volcano experienced some minor eruptive episodes, but nothing really alarming. Villagers, as well as tourists and hikers, were told not to enter the six-kilometer safety zone around Mount Agung. Residents of 12 villages were evacuated to temporary accommodation in neighboring districts. Despite the potential danger, people living outside the villages under the threat of the volcano were allowed to continue their daily activities, but they were asked to remain vigilant and follow the instructions given by the authorities.
Finally, on February 10th, 2018, the alert level for Mt Agung was lowered by one notch. It went from 4 to 3. Seismic activity decreased considerably in recent weeks. The instruments also showed deflation of the edifice, which reflected a decrease in the pressure of gases and magma. However, it should be noted that the volcano is still emitting ash plumes after the reduction of the alert level… Such a plume was seen rising 1.5 km above the crater on February 13th 2018.
From a scientific point of view, it is undeniable that Indonesian volcanologists have been – at least until now – unable to make reliable predictions about the eruption of Mount Agung. The yo-yo alert level in November proves it. This does not mean that I criticize their work; they performed their tasks very seriously, with the means at hand. They just confirmed that current volcanology is based on visual observations – possibly using drones – and on what the instruments reveal, but we are unable to go further. We do not know how to predict an eruption. If Mt Agung had experienced a sudden major explosive phase, the situation would have soon become very complicated.

Episode éruptif sur l’Agung vu par une webcam