Eruption en Islande vs. Eruption à la Réunion !

En voyant ce qui se passe en ce moment en Islande avec l’éruption dans la Geldingadalur, certains se demandent pourquoi une organisation aussi parfaite (voir ma note précédente)  n’est pas mise en place à la Réunion au moment d’une éruption du Piton de la Fournaise. Lorsque le volcan réunionnais se manifeste, le Préfet interdit systématiquement l’entrée de l’Enclos Fouqué aux visiteurs et le portail reste fermé à clé.

Avant d’aller plus loin, il faut comparer la topographie en Islande et à la Réunion. On peut dire qu’en ce moment en Islande, on a une éruption pour touristes, avec un accès sans difficultés majeures, si ce n’est la marche d’approche qui est un peu longue avec quelques passages un peu pentus, mais il n’y a rien de technique dans tout cela.

A la Réunion, l’accès à l’Enclos n’est pas aussi facile. Que ce soit à l’aller ou au retour, il faut passer par un escalier pentu de quelques 400 marches. Ensuite, tout dépend où se situe l’éruption. En ce moment, la lave sort en dessous du Piton de Bert. Le site n’est pas trop difficile à atteindre, mais il suppose tout de même d’être équipé correctement, ne serait-ce qu’au niveau des pieds.

En revanche, si l’éruption débute dans un lieu plus difficile d’accès comme en juin 2019, par exemple, l’approche devient plus compliquée et tout le monde n’aura pas la capacité physique d’atteindre l’éruption.

Le Préfet est bien sûr en première ligne et c’est lui qui reçoit une pluie de reproches pour avoir fermé l’Enclos. Essayons de nous mettre à la place du représentant de l’Etat et imaginons la situation suivante :

Une éruption survient et un groupe de locaux qui disent bien connaître le volcan propose au Préfet d’accompagner des touristes sur le site éruptif.. Si j’étais le Préfet, je commencerais par m’assurer que les personnes devant moi ont les compétences nécessaires. Si l’éruption se déroule – comme actuellement – dans la partie relativement plate de l’Enclos, donc entre 2100 et 2200 mètres d’altitude, j’exigerais que ces mêmes personnes aient accompli la formation d’accompagnateur (ou accompagnatrice) en moyenne montagne. Comme vous pourrez le lire en cliquant sur le lien ci-dessous, la formation  est assurée par le centre nordique de ski nordique et de moyenne montagne (CNSNMM). L’unité de formation moyenne montagne tropicale et équatoriale est organisée dans les départements et régions d’outre-mer.

https://www.cidj.com/metiers/accompagnateur-accompagnatrice-en-moyenne-montagne

Si l’éruption se déclenche dans la zone sommitale – entre 2200 et 2632 m d’altitude – je serais en droit d’exiger la présence d’accompagnateurs en haute montagne dont la formation est plus sévère et compliquée.

Personnellement, je comprends la frilosité du Préfet qui a intérêt à tout mettre en œuvre pour qu’une parfaite sécurité du site soit assurée pendant une éruption. S’il ne le fait pas et qu’un problème survient, la justice lui tombera inévitablement dessus et la mise en examen n’est jamais très loin. Heureusement qu’il avait ordonné la fermeture de l’Enclos quand le s deux jeunes Réunionnais ont laissé la vie sur le site de l’éruption actuelle. Si l’Enclos était resté ouvert, il se serait trouvé rapidement sur un siège éjectable !

Il est toujours facile de critiquer quand on n’a pas de responsabilités…

Image webcam de l’éruption en Islande

L’éruption à la Réunion (Crédit photo : C. Holveck)

L’éruption islandaise…à vue de nez !

Plusieurs visiteurs de mon blog, français et étrangers, se sont rendus au chevet de l’éruption islandaise et m’ont communiqué des informations intéressantes.

L’épreuve la plus compliquée et la plus désagréable avant de se rendre sur le site éruptif dans la Geldingadalur, ce sont les tests PCR que le voyageur doit subir afin de prouver qu’il n’est pas porteur du coronavirus. Les Islandais ont mis en place un système de traçabilité individuelle extraordinairement efficace : 1er test avant de prendre l’avion en France ; double test nez et gorge à l’arrivée à Keflavik où vous avez tout intérêt à avoir été vacciné si vous ne voulez pas être  soumis à une période de quarantaine de plusieurs jours. Nouveau test avant le retour en France. Au bout du compte, selon les personnes, le nez ressemble à une autoroute à quatre voix ou à une patate, et la gorge est douloureuse !

Après ces différentes épreuves, les Islandais ont fait le nécessaire pour que tout se passe bien. Mes contacts sont unanimes pour louer l’organisation et regrettent que les autorités réunionnaises ne fassent pas la même chose pour permettre l’accès au Piton de la Fournaise au moment d’une éruption, comme c’est le cas à l’heure actuelle. Un accès encadré à l’éruption serait plus sympa que les interdictions systématiques et les inévitables entrées clandestines qui se sont soldées par deux morts il y a quelques semaines.

En Islande, de vastes parkings ont été aménagés, avec toilettes et poste de secours. Actuellement il n’y a plus qu’un seul accès possible au site éruptif car les autres sentiers ont été encerclés par les coulées. La partie la plus raide du sentier a été corrigée et est désormais moins pentue de sorte que la corde qui avait été installée a maintenant disparu. Les Islandais prennent vraiment soin de leurs visiteurs !

Le point d’observation actuel est le plus judicieux pour assister au spectacle. Comme je l’ai indiqué précédemment, le cône actif qui se dresse sur la fracture n°5 se comporte comme un geyser, avec des périodes de forte activité séparées par des pauses de quelques minutes. A noter que sans aller en Islande on peut assister au spectacle depuis son fauteuil grâce à trois webcams de très bonne qualité.

Le front des coulées est pratiquement inactif et leur approche ne présente guère d’intérêt. Les coulées actives sont au centre du champ de lave et sont invisibles quand on se trouve en marge des coulées dont la hauteur est trop importante. S’y aventurer est risqué et la chaleur de la lave empêche rapidement son approche.

Même si son intensité semble avoir un peu diminué ces derniers jours, l’éruption mérite une visite. Les images des webcams, aussi belles soient elles, ne transmettent pas l’ambiance, les bruits et les odeurs…

Voici les adresses des webcams :

https://youtu.be/BA-9QzIcr3c

https://youtu.be/7-RhgB1INII

https://youtu.be/8Gx7yKhY3II

Nouvelles d’Islande // News from Iceland

Nouvelle réglementation  d’accès en Islande.

Le Ministère de la Santé a mis à jour les règles de quarantaine destinées aux touristes qui se rendent en Islande. La nouvelle réglementation entre en vigueur le 18 mai 2021. La France fait partie des pays classés à très haut risque.

Cela signifie que les personnes qui n’ont pas été vaccinées doivent présenter un certificat de test PCR négatif à l’aéroport de départ. Elles sont ensuite testées à leur arrivée à la frontière (aéroport de Keflavk, par exemple), puis à nouveau testées 5 ou 6 jours plus tard dans un centre de santé. Les personnes dont le 2ème test est positif doivent s’isoler.

Les passagers qui présentent un certificat de vaccination ou un certificat d’infection antérieure doivent, elles aussi, subir un test PCR à l’arrivée et attendre le résultat du test qui devra être négatif. Les résultats des tests sont envoyés par SMS dans les 24 heures.

°°°°°°°°°°

Détournement de lave.

L’éruption dans la Geldingdalur se poursuit avec une augmentation du débit de lave qui atteint désormais près de 13 mètres cubes par seconde. Les autorités islandaises craignent que la coulée de lave menace la Suðurstrandarvegur, la route côtière entre Grindavík et Þorlákshöfn, qui, en plus d’être une importante voie de circulation, est également très utilisée par les personnes qui se rendent sur le site éruptif. Si la route était recouverte par la lave, cela perturberait le trafic et endommagerait les infrastructures, y compris les câbles à fibres optiques.

C’est la raison pour laquelle l’édification d’un rempart protecteur à proximité de l’éruption a commencé le 14 mai. Les autorités locales espèrent ainsi empêcher la lave de s’écouler dans la vallée de Nátthagi et ensuite de se diriger vers le sud en direction de la Suðurstrandarvegur.

Les autorités prévoient de construire une digue de quatre mètres de haut. À l’intérieur, il y aura probablement une sorte de cavité censée envoyer la lave dans une direction différente. Ce rempart contre la lave a été conçu avant tout pour assurer la sécurité des personnes.

Un gros bulldozer a commencé les travaux qui consistent à remplir deux zones de failles avec des matériaux provenant d’un site prévu à cet effet.

°°°°°°°°°°

Sécurisation du sentier d’accès à l’éruption.

Le sentier d’accès à l’éruption a été temporairement fermé cette semaine mais a rouvert le 12 mai après des travaux destinés à en améliorer la sécurité. Comme je l’ai déjà écrit, plusieurs touristes se sont cassés les chevilles en allant vers le site de l’éruption. Jusqu’à présent, les visiteurs devaient gravir une pente raide sur le sentier A, avec une corde pour aider à grimper la partie la plus pentue du parcours. La corde a maintenant disparu et le sentier serpente sur la colline. Le reste du sentier a également été élargi afin que les ambulances et les secours puissent atteindre plus facilement les personnes blessées. Le sentier présente maintenant des pentes plus douces, ce qui réduit le risque de blessures.

°°°°°°°°°°

Casques conseillés.

La protection civile islandaise met en garde contre des bombes volcaniques dans la Geldingadalur. Les projections de lave atteignent une hauteur de 100 à 300 mètres avant de retomber au sol. En conséquence, il est conseillé aux visiteurs qui s’approchent de l’éruption de porter un casque. De plus, ces bombes encore très chaudes enflamment parfois la mousse et la végétation. La fumée ainsi produite contient beaucoup de monoxyde de carbone, qui est un gaz toxique.

Source: médias d’information islandais.

——————————————

New access rules to Iceland.

The ministry of health has published updated rules regarding the quarantine requirements of tourists visiting Iceland. The new rules start on May 18th, 2021. France is among the countries classified as being very high risk

This means that visitors who have not been vaccinated must show a negative PCR test certificate before flying and are screened for the virus at the border, and then tested yet again 5 or 6 days later at a health center. Those who test positive are required to isolate.

Passengers who present a vaccination certificate or a certificate of previous infection only need to be quarantined until a negative result has been obtained from the test done at the border. They can expect to receive their test results by text message within 24 hours.

°°°°°°°°°°

Lava diversion.

The eruption in Geldingdalur continues with an increase in the lava flow which now reaches 13 cubic metres per second. Icelandic authorities fear the flow of lava from the eruption might threaten Suðurstrandarvegur, a coastal road between Grindavík and Þorlákshöfn, which besides being an important transportation artery has also been widely used by travellers visiting the volcano. It would both disrupt traffic and cause damage to infrastructure, including fibre-optic cables.

This is the reason why the construction of a protective barrier near the Geldingadalur volcano began on May 14th. Local authorities hope to impede the flow of lava into Nátthagi valley, from where it may proceed south toward Suðurstrandarvegur and cause damage to infrastructure.

Authorities are planning a four-metre high barrier. Within it, there will likely be a kind of cavity, which they hope will steer the lava in a different direction. The barrier was designed, first and foremost, with people’s safety in mind.

A large bulldozer has begun work on the barrier. The project will involve, among other things, the filling of two rifts, with rocks from the area being utilized for this purpose. Construction workers hope to fill both the western rift and the eastern rift over the coming days.

°°°°°°°°°°

Access path to the eruption now more secure.

The main hiking trail in Fagradallsfjall to the volcano was temporarily closed this week but reopened on May 12th after construction took place to improve the safety and accessibility of the trail. As I put it before, several visitors broke their ankles while walking to the eruption site.

Before, hikers had to climb up a steep slope on the way to the eruption site on the A-trail, which at one point featured a cable to assist those up the steepest part of the hike. The cable has now been taken down and the trail instead meanders around the hill. The rest of the trail has also been made wider so that ambulances and rescue workers can more easily access injured hikers; the trail now features gentler slopes, lessening the risk for injury.

°°°°°°°°°°

Helmets advised.

Iceland’s Civil Protection warns of lava bombs falling to the ground in Geldingadalur. The lava jets reaching a height up to 100-300 metres cause chunks of lava to fall from 600 metres in the sky. As a consequence, visitors who go close to the eruption are advised to wear a helmet. Besides, the still very hot pieces of lava sometimes ignite the moss and vegetation. The smoke from this phenomenon contains a lot of carbon monoxide, which is toxic to people.

Source: Icelandic news media.

L’officier romain d’Herculanum // Herculanum’s Roman officer

Un squelette retrouvé à Herculanum, que l’on pensait être celui d’un simple soldat, était probablement celui d’un officier supérieur de la marine envoyé dans la ville romaine lors de l’éruption du Vésuve.

Le squelette est l’un des quelque 300 découverts sur le site dans les années 1980. Une nouvelle analyse des objets trouvés à côté des ossements révèle que le soldat était en fait un officier de la marine romaine stationnée dans la baie de Naples et qui avait à sa tête Pline l’Ancien, commandant militaire et historien.

La découverte confirme que Pline a ordonné l’envoi d’une mission à Herculanum, qui, comme Pompéi, était en train d’être dévastée par l’éruption du Vésuve. L’officier essayait probablement de diriger de manière ordonnée l’évacuation de la zone côtière alors que des avalanches de matériaux volcaniques s’abattaient sur le site.

Les archéologues ont découvert sur le squelette un ceinturon en cuir décoré d’argent et d’or montrant qu’il s’agissait d’un soldat occupant un rang élevé. Il avait également une épée avec une poignée en ivoire et un poignard décoré. À côté du squelette on a trouvé un grand nombre de pièces de monnaie, dont 12 deniers en argent, indiquant qu’il était plus qu’un simple légionnaire. L’homme avait un sac à dos rempli d’outils de menuiserie indiquant qu’il était un faber navalis, le terme latin désignant les officiers à bord des navires militaires romains qui avaient des compétences en ingénierie et en menuiserie. Le squelette a été retrouvé non loin des restes d’un navire militaire, ce qui confirme cette hypothèse.

Quarante ans après la fouille de ce qui était avant 79 le littoral d’Herculanum, les archéologues vont entamer une nouvelle campagne de fouilles grâce au financement du Packard Humanities Institute, une fondation à but non lucratif qui contribue à la protection des vestiges de la ville romaine depuis 2001.

J’ai expliqué dans une note précédente (12 février 2021) que certains des 300 squelettes trouvés sur le site dans les années 1980 appartenaient à des personnes qui tentaient de s’abriter de l’éruption dans des hangars à bateaux le long du rivage, mais elles ont été incinérés par la chaleur extrême générée par l’éruption. Leurs crânes ont explosé et leurs chairs se sont vaporisées.

Source: The Telegraph.

———————————–

A skeleton found at Herculaneum, long thought to be that of a lowly soldier, was probably a senior naval officer sent on a daring mission by Pliny the Elder to save the inhabitants of the ancient Roman town during the eruption of Vesuvius.in 79 A.D..

The skeleton was one of around 300 found at the site in the 1980s.
Fresh analysis of the items found alongside the skeletal remains suggests that the soldier was actually an officer with the Roman fleet stationed in the Bay of Naples, which at the time was led by Pliny, a military commander and historian.

The discovery provides fresh evidence that Pliny ordered a mission to be sent to Herculaneum, which along with neighbouring Pompeii was being devastated by the eruption of the volcano

The officer was most likely directing the panic-stricken evacuation of the beach as volcanic debris rained down. Archaeologists have discovered that a leather belt found on the skeleton was decorated with silver and gold, suggesting he was of senior rank. He also had a sword with an ivory hilt and a decorated dagger. Next to the skeleton was found a large collection of coins, including 12 silver denarii, again indicating that he was more than just a low-ranking legionary.

The man had a knapsack which was packed with carpentry tools, indicating that he was a faber navalis, the Latin term for officers on board Roman military ships who had specialised engineering and carpentry skills. The skeleton was found not far from the remains of a military vessel, which confirms the hypothesis.

Forty years after Herculaneum’s ancient beach was excavated, archaeologists are to embark on a new dig with funding from the Packard Humanities Institute, a non-profit foundation which has helped protect the remains of the Roman town since 2001.

I explained in a previous post (12 February, 2021) that some of the 300 skeletons found at the site in the 1980s had tried to shelter from the eruption in boat sheds along the beach but were incinerated by the extreme heat generated by the eruption, which made their skulls explode and their flesh vaporize.

Source: The Telegraph.

Squelettes des personnes réfugiées sous les hangars à bateaux à Herculanum (Source: Wikipedia)

Vue des hangars à bateaux le long de la plage où de nombreux Romains ont été incinérés par la chaleur extrême générée par l’éruption (Crédit photo : Wikipedia)