Nouvelle activité sismique sur la Péninsule de Reykjanes (Islande) // New seismic activity on the Reykjanes Peninsula (Iceland)

Une phase d’Incertitude a été déclarée sur la péninsule de Reykjanes car un essaim sismique a été enregistré dans la région vers midi le 30 juillet 2022. À 15h00, l’événement était toujours en cours. L’activité sismique la plus importante est observée au nord-est du mont Fagradalsfjall, site de la dernière éruption
On relevait près de 700 événements à 17h30. Cependant, un séisme beaucoup plus important, d’une magnitude de M 4,0 s’est produit plus tôt dans la journée, vers 14h00. Il a été ressenti non seulement autour de Reykjanes, mais aussi dans la région de la capitale ainsi que dans les villages d’Akranes, à environ 95 km au nord-ouest. et Hvolsvöllur, à environ 120 km au sud-est. Une secousse encore plus forte a été enregistrée à 3 km au nord-est de Fagradalsfjall à 16h00, avec une magnitude de M 4,4.
Le premier séisme le plus significatif s’est produit à une profondeur de 5 à 7 km. Selon des scientifiques islandais, cette activité sismique pourrait être le précurseur d’une nouvelle éruption volcanique. L’activité actuellement en cours sur la péninsule de Reykjanes rappelle celle qui s’est produite dans la région vers la fin de l’année dernière. Mais dans ce cas, il n’y a pas eu d’éruption, car le magma n’a pas atteint la surface.
Selon le Met Office islandais, il y a un déplacement latéral du magma à une profondeur de 5 à 7 km. Le Met Office examine très attentivement tout changement de profondeur de l’activité sismique, en particulier si elle devait devenir plus superficielle.
Une phase d’Incertitude signifie qu’il y aura une intensification de la surveillance sur la péninsule de Reykjanes et de toute évolution de l’activité sismique dans le secteur. Une phase d’Incertitude ne signifie pas, non plus, qu »un état d’urgence particulier a été mis en place. Cela signifie que si la situation continue de progresser, il pourrait y avoir un danger pour la sécurité des personnes, des zones habitées ou de l’environnement.
Le Met Office a également émis une alerte Jaune pour l’aviation et a indiqué que des chutes de pierres et des glissements de terrain pourraient se produire dans les zones escarpées. Il est conseillé aux voyageurs d’être prudents sur les routes de montagne et dans les zones de collines pentues.
Source : médias d’information islandais.

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An Uncertainty Phase has been declared on the Reykjanes Peninsula after a seismic swarm started rocking the area around noon on July 30th, 2022. As of 3:00 pm, the earthquakes were still underway. The most significant seismic activity is concentrated to the northeast of Mt. Fagradalsfjall.

Nearly 700 events had been measured as of 5:30 pm. However, a much larger quake, measuring M 4.0 occurred earlier in the day, around 2:00 pm, and was felt not only around Reykjanes, but also throughout the capital area as well as the villages of Akranes, roughly 95 km to the northwest and Hvolsvöllur, about 120 km to the southeast. An even bigger earthquake occurred  3 km northeast of Fagradalsfjall at 4:00 pm,, with a magnitude of M 4.4.

The first large earthquake occurred at a depth of 5-7 km. According to Icelandic scientists, this seismic activity may be a precursor to another volcanic eruption. The activity currently underway on Reykjanes is reminiscent of that which occurred in the area around the end of last year. But in that instance, there was no eruption, as magma did not rise to the surface.

According to the Icelandic Met Office, there is lateral magma movement occurring at a depth of 5-7 km. The Met Office is paying close attention to any change in depth of the seismic activity, particularly if it were to get any more shallow.

An Uncertainty Phase means that there will be additional monitoring of the Reykjanes peninsula and any developments in seismic activity there. An Uncertainty Phase is not indicative of a current state of emergency, but signifies that if conditions continue to progress, there could be danger to the safety of people, inhabited areas, or the environment.

The Met Office has also issued a Yellow aviation weather alert and noted that falling rocks and landslides could easily begin on steep terrain. Travellers are advised to be careful on mountain roadways and in areas surrounded by sheer hills.

Source: Icelandic news media.

Source: Met Office islandais

Vers une nouvelle éruption en Islande? (Photo: C. Grandpey)

Inflation de l’Askja (Islande) : l’annonce d’une éruption? // Is inflation on Askja Volcano (Iceland) heralding an eruption?

Dans une note publiée le 22 octobre 2021, j’écrivais que l’Askja (Islande) était sous haute surveillance. En effet le volcan connaissait une phase d’inflation et les scientifiques islandais pensaient qu’une éruption ne pouvait être exclue. Depuis début août 2021, l’inflation atteignait 15 cm, soit une augmentation de 7 cm depuis le mois précédent. L’inflation était relativement stable.
A l’époque, les scientifiques du Met Office ont expliqué qu’il était beaucoup trop tôt pour dire s’il fallait s’attendre à une éruption. Cependant, l’inflation signifiait que le magma s’accumulait, très probablement à une profondeur de deux à trois kilomètres.

Des scientifiques de l’Institut des sciences de la Terre, du Met Office islandais (IMO) et des représentants de la protection civile se sont réunis le 25 juillet 2022 pour discuter de la déformation et de la sismicité dans la région de l’Askja au cours des derniers mois.
Une image satellite du volcan a pu être obtenue après la fonte de la neige dans la région. On enregistre une inflation de 35 centimètres, centrée à l’ouest du lac, depuis août 2021.
Bien que l’inflation soit importante par rapport à ce que l’on observe sur des volcans similaires dans le monde, elle ne s’est pas accompagnée d’une hausse de la sismicité. C’est peut-être parce que des décennies avant le début de la période d’inflation actuelle, il y a eu un affaissement persistant du sol dans la région de l’Askja. De plus, une partie de la déformation peut se produire sur des fissures à l’intérieur de la caldeira; ces dernières peuvent se déplacer partiellement sans provoquer d’activité sismique.
Les modélisations indiquent que le magma s’accumule à une profondeur d’environ 2 km et se propage horizontalement dans la croûte terrestre, dans la partie centrale du volcan.
Comme je l’ai écrit précédemment, nous sommes capables d’observer et d’émettre des hypothèses sur le comportement des volcans actifs, mais nous ne sommes pas encore capables de faire des prévisions éruptives fiables. En ce qui concerne les hypothèses, les scénarios futurs possibles concernant l’Askja restent les mêmes que ceux indiqués précédemment.
Si l’accumulation de magma se poursuit, le phénomène peut continuer sans grand changement pendant un certain temps. L’augmentation de l’activité sismique devrait annoncer de nouveaux mouvements du magma en profondeur, voire une éruption. Si cette dernière devait se produire, il s’agirait probablement d’une éruption fissurale à proximité de la caldeira.
Source : The Watchers

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In a post published on October 22nd, 2021, I wrote that Askja (Iceland) was under high surveillance. Indeed the volcano was experiencing a phase of inflation and Icelandic scientists thought that an eruption could not be excluded. Since the beginning of August 2021, inflation had reached 15 cm, an increase of 7 cm since the previous month. Inflation was relatively stable.
At the time, Met Office scientists said it was far too early to say whether an eruption was to be expected. However, inflation meant that magma was accumulating, most likely to a depth of two to three kilometers.

Scientists from the Institute of Earth Sciences, the Icelandic Met Office (IMO) and civil protection representatives met on July 25th, 2022 to discuss deformation and seismicity in the Askja region in the past few months.
A satellite image of the volcano was obtained after the snow melted in the area. Inflation of 35 centimeters, centered west of the lake, has been recorded since August 2021.
Although the inflation is significant compared to what is seen on similar volcanoes around the world, it has not been accompanied by an increase in seismicity. This may be because decades before the onset of the current inflationary period, there was persistent ground subsidence in the Askja region. Additionally, some of the deformation may occur on fissures within the caldera; they can move partially without causing seismic activity.
Models indicate that magma accumulates at a depth of about 2 km and spreads horizontally in the Earth’s crust, in the central part of the volcano.
As I wrote previously, we are able to observe and hypothesize the behaviour of active volcanoes, but we are not yet able to make reliable eruptive predictions. As far as assumptions are concerned, the possible future scenarios regarding Askja remain the same as those indicated previously.
If the accumulation of magma continues, the phenomenon may continue without much change for some time. The increase in seismic activity might announce new movements of magma at depth, or even an eruption. If the latter were to occur, it would probably be a fissure eruption near the caldera.
Source: The Watchers.

Photos: C. Grandpey

 

 

 

 

Épisode sismique dans le secteur du Sancy (Auvergne / France)

Depuis le mois de mars 2022, on enregistre une certaine sismicité dans la région auvergnate du Sancy. Plus de 250 microséismes ont été enregistrés en quelques mois sur une zone relativement restreinte entre Chambon-sur-Lac et .Beaune-le-Froid, du côté de Murol. La magnitude des événements ne dépasse jamais M 2,5.

Cette sismicité n’inquiète pas trop les habitants de la région car de tels épisodes ont déjà été enregistrés dans le passé, entre 1979 et 1984, en 2008, ou encore en 2013, et sur des laps de temps beaucoup plus courts qu’en 2022. C’est donc la durée de l’essaim en cours qui est le paramètre le plus remarquable.

Les scientifiques clermontois ne sont pas en mesure, pour le moment, d’expliquer le phénomène. Le Laboratoire Magmas et Volcans (LMV) et l’Observatoire de Physique du Globe de Clermont-Ferrand (OPGC) unissent leurs forces et mettent les moyens pour assurer le suivi de cette sismicité. Un certain nombre de paramètres sont examinés, tel que la déformation potentielle du sol, la chimie de l’eau, le champ magnétique terrestre, etc. Les séismes se poursuivent chaque jour, mais aucune évolution n’est observée, que ce soit en intensité ou en profondeur.

En plus du dispositif de mesure permanent, trois nouvelles stations sismiques ont été installées localement. Une station GNSS (Global Navigation Satellite Systems) est en cours d’installation. A cela s’ajoute un drone, équipé d’un capteur magnétique destiné à étudier l’intensité du champ magnétique et ses variations à différents niveaux.

A l’heure actuelle, l’hypothèse privilégiée pour expliquer l’épisode sismique est celle de la réactivation d’anciennes failles, mais il faudra d’autres analyses pour avoir confirmation. Une chose est sure, cette sismicité n’annonce pas un réveil des volcans d’Auvergne!

Source: Presse locale.

Source: LMVA

Hawaii : l’effondrement sommital du Kilauea en 1916 // Hawaii : Kilauea’s summit collapse in 1916

Le 23 juin 2018 à 16h32 (heure locale) après environ 17 heures de forte sismicité, une explosion accompagnée d’un impressionnant effondrement s’est produite dans le cratère de l’Halema’uma’u au sommet du Kīlauea. L’énergie libérée par l’événement était équivalente à un séisme de magnitude M 5,3.
Bien que spectaculaire, cet événement n’est pas unique. Un effondrement similaire avait déjà eu lieu entre le 5 et le 7 juin 1916. Selon les témoins, il s’agit de l’un des événements les plus spectaculaires jamais observés sur le Kilauea.
Une décennie avant l’événement de 1916, un lac de lave permanent était réapparu dans l’Halema’uma’u depuis un effondrement qui avait eu lieu en 1894. L’activité relativement stable du lac s’est poursuivie jusqu’au 5 juin 1916. Ce jour-là, le niveau du lac a chuté de 12 mètres par rapport à la veille où sa surface se trouvait à 91 mètres sous la lèvre du cratère. De 8h30 à 15h le 5 juin, le niveau de lave a encore chuté de 61 mètres.
En se retirant, la lave a laissé une profonde cavité dans l’Halemaʻumaʻu, avec autour une banquette formée par les débordements antérieurs du lac contre les parois du cratère. Au fur et à mesure que la vidange du lac de lave s’est poursuivie, des morceaux de la banquette ont commencé à basculer dans ce qui restait du lac. Ces effondrements ont généré des nuages ​​de poussière marron.
Les effondrements n’ont pas vraiment affecté la solidité des parois extérieures du cratère, de sorte que le personnel du HVO a pu observer le spectacle. On peut lire dans le bulletin hebdomadaire émis par le HVO à l’époque : « Les effondrements des parois intérieures du cratère du côté sud devenaient fréquents et spectaculaires car la banquette édifiée par les débordements récents, était rouge à l’intérieur; elle se brisait ou s’émiettait comme des morceaux de fromage à pâte dure. Parfois, cette matière s’écoulait somme du sucre d’orge. »
Ces effondrements ont finalement eu raison de la totalité de la banquette autour du lac de lave. Lorsque ces grosses masses de roche ont basculé dans le lac, sa surface a été parcourue de vagues qui ont frappé les berges sur plusieurs mètres de hauteur. Cela a également généré des mouvements de convection à l’intérieur du lac de lave.
Le niveau de la lave avait chuté de 40 mètres supplémentaires à midi le 6 juin 1916. Par la suite, les effondrements ont considérablement ralenti et le dernier nuage de poussière provoqué par un effondrement a été observé vers 11 heures le 7 juin. La lave a commencé à remplir le cratère dans les jours qui ont suivi, faisant disparaître la plupart des preuves de l’effondrement de 1916.
Les scientifiques du HVO ont tenté de comprendre ce qui avait provoqué la vidange rapide du lac de lave dans l’Halema’uma’u au début du mois de juin 1916. Les données géophysiques relatives aux décennies précédentes avaient montré qu’une dépressurisation importante au sommet était généralement associée à une intrusion ou à une éruption ailleurs sur le volcan, par exemple le long des zones de rift. L’effondrement sommital de 2018 et l’éruption dans la Lower East Rift Zone constituent un exemple de ce processus.
Le HVO ne disposait pas d’un vaste réseau de surveillance géophysique en 1916, mais un sismomètre près du sommet du Kilauea a enregistré une augmentation de la sismicité lointaine lors de l’effondrement. Une analyse tend à montrer que ces séismes se sont peut-être produits le long de l’une des zones de rift suite à la migration du magma depuis le lac de lave sommital comme cela s’est produit quelques années plus tard au moment de l’effondrement majeur de l’Halemaʻumaʻu en 1924.
Source : USGS, HVO.

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On June 23rd, 2018 at 4:32 p.m. (local time) after approximately 17 hours of elevated seismicity, an impressive collapse explosion occurred in Halema’uma’u Crater at the summit of Kīlauea. The energy released by the event was equivalent to a magnitude 5.3 earthquake.

Although spectacular, this event was not unique. A series of collapse events had already taken place place between June 5th and 7th, 1916. Observers described it as one of the most spectacular occurrences they had ever witnessed at Kīlauea.

A decade before these events, a continuous lava lake re-appeared within Halemaʻumaʻu for the first time since a collapse in 1894. Relatively steady lake activity continued until June 5th, 1916. On that day, the level of the lava lake drpeed 12 meters compared to the day before, when its surface was 91 meters below the crater rim. From 8:30 a.m. to 3 p.m. on June 5th, the lava level dropped another 61 meters.

The receding lava formed an inner pit within Halemaʻumaʻu, surrounded by a bench of earlier lake overflows against the crater walls. As draining continued, sections of this bench began to topple into the dropping lake. These collapses sent billowing clouds of brown dust into the air.

Fortunately, the collapses did not seriously affect the integrity of the outer crater walls, allowing HVO staff to observe the entire spectacle. As described in HVO’s weekly bulletin at that time: “Falls from the south inner cliffs became frequent and spectacular, as the bench matter, made of recent overflows, was red hot within, and broke or crumbled like masses of hard cheese. Sometimes this material flowed in a sugary fashion.”

These collapses eventually consumed the entirely of the bench on all sides of the lava lake. When these great masses of rock toppled into the molten lake, the lava sloshed back and forth in waves that lapped up the margins by several meters vertically. This resulted in constantly changing circulation patterns within the lava lake.

The lava level had dropped another 40 meters by midday on June 6th, 1916. However, the rate and severity of the collapses dramatically slowed, and the last substantial dust cloud from a collapse was observed around 11 a.m. on June 7th. Lava began refilling the crater in the days that followed, eventually erasing most of the evidence of the 1916 collapse.

HVO scientists tried to understand what caused the Halemaʻumaʻu lava lake to drain so quickly in early June 1916. Geophysical monitoring in previous decades had shown that significant summit depressurization was typically associated with intrusion or eruption elsewhere on the volcano, such as along the rift zones. The 2018 summit collapse and lower East Rift Zone eruption stands as an example of this process.

Though HVO did not have an extensive geophysical monitoring network in 1916, a seismometer near the summit of Kilauea recorded an increased number of distant earthquakes during the collapse. Basic analysis suggested that they may have occurred along one of the rift zones, perhaps indicating magma transport from the summit lava lake, similar to the sequence of earthquakes that accompanied the major 1924 collapse of Halemaʻumaʻu.

Source: USGS, HVO.

 

Vue – depuis le côté sud – des parois de l’Halemaʻumaʻu lors de l’effondrement du cratère du 5 juin 1916. Le lac de lave est visible en bas à gauche tandis que les parois extérieures du cratère sont en haut. Dans le cratère, on peut voir la banquette de débordement qui marque le niveau de la lave avant que le lac commence à se vidanger. Une partie importante de la banquette s’est récemment effondrée; la ligne blanche en pointillé marque son ancienne position. (Source : USGS)

Panache généré par l’effondrement de l’Halema’uma’u en 2018 (Crédit photo: HVO)

Le cratère de l’Halema’uma’u après l’éruption de 2018 (Crédit photo: HVO)