Le Groenland bientôt américain? Pas si sûr ! // Will Greenland soon be American ? Not so sure !

Le 15 août 2019, on pouvait lire dans le Wall Street Journal que le président Donald Trump avait à maintes reprises exprimé son intérêt pour l’acquisition du Groenland en raison de ses ressources abondantes et de son importance géopolitique. Il aurait demandé à ses conseillers de la Maison-Blanche de creuser cette idée. Certains de ces conseillers ont décrit l’idée comme étant «un bon enjeu économique». Le Groenland est aussi considéré comme stratégique du point de vue de la sécurité nationale américaine. Le Wall Street Journal a ajouté que « les personnes autres que les conseillers à la Maison Blanche ont décrit l’achat du Groenland comme une acquisition semblable à l’Alaska et ferait partie de l’héritage de M. Trump. »
Avec une superficie de 2166 millions de kilomètres carrés, le Groenland est la plus grande île du monde. C’est un territoire danois autonome avec une population de 56 000 habitants. Il jouit d’une autonomie nationale, tandis que les questions étrangères sont traitées par le Danemark.
Donald Trump ne serait pas le premier président américain à vouloir acheter Groenland. En 1946, lorsque Harry Truman était président, les États-Unis ont proposé d’acheter l’île au Danemark pour 100 millions de dollars, mais le Danemark a refusé. Des décennies plus tôt, en 1867, le département d’État avait lancé une investigation sur l’achat non seulement du Groenland, mais également de l’Islande.

L’idée du président Trump a été considérée comme absurde au Groenland et au Danemark. La presse danoise n’a pas tardé à réagir. Traditionnellement, la dernière page du journal danois Politiken est réservée aux commentaires satiriques. Le 20 août, Kim Kielsen, chef du gouvernement groenlandais, a proposé d’acheter les États-Unis. Selon Kielsen,: «Leif le Chanceux [faisant référence à Leif Erikson] a découvert l’Amérique et son père, Eric le Rouge, a découvert le Groenland et s’y est installé. Il est donc tout à fait naturel que nous récupérions les États-Unis. » Selon Politiken, M. Kielsen n’a pas encore décidé de la somme à débourser pour acquérir les États-Unis. Cependant, le montant sera assez faible compte tenu de l’immense dette nationale américaine. Et si Trump est inclus dans le marché, le prix sera encore plus bas. »
Source : Iceland Monitor.

J’aime l’humour de la réponse danoise à l’idée de Trump mais le sujet est plus sérieux qu’il y paraît. En raison du réchauffement climatique, la banquise fond rapidement au Groenland et rendra bientôt accessibles les ressources minérales du sous-sol de cette possession danoise. Il renferme notamment du gaz et du pétrole. Le forage d’hydrocarbures n’est déjà plus un mythe. Une vingtaine de compagnies, dont Shell, GDF Suez ou le norvégien Statoil, ont obtenu l’autorisation d’explorer les côtes groenlandaises. Encore plus important, les terres de l’Arctique recèlent des métaux très recherchés pour la fabrication de produits high-tech (batteries de smartphones, aimants de voitures hybrides, écrans LCD…). La Chine – qui a planté des jalons en Islande – a le monopole de ces matériaux au niveau mondial, mais les ressources du Groenland pourraient changer la donne, et l’Europe lorgne dessus.

Le Groenland voit dans cet intérêt massif des Etats une étape de plus vers son indépendance. En 2009, un référendum a élargi son autonomie vis-à-vis du Danemark. Pour l’île et ses habitants, dont les principales sources de revenus proviennent de la pêche et du tourisme, les ressources naturelles pourraient devenir une manne financière non négligeable et le moyen d’acquérir une indépendance économique.

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The Wall Street Journal reported on August 15th, 2019 that President Donald Trump has numerous times expressed interest in purchasing Greenland because of the abundant resources and geopolitical importance and he is said to have asked his White House counsel to look into the idea. Some of Trump’s advisors have supported the idea and described it as “a good economic play.” Greenland is viewed as important to American national security interests. The Wall Street Journal added that “people outside the White House have described purchasing Greenland as an Alaska-type acquisition for Mr. Trump’s legacy.”

With an area of 2.166 million square kilometres, Greenland is the world’s largest island. It is an autonomous Danish territory and has a population of 56,000. It has autonomy in domestic matters, while foreign issues are handled by Denmark.

Trump is not the first US president to show interest in purchasing Greenland. In 1946, when Harry Truman was president, the US offered to buy the island from Denmark for100 million dollars. But Denmark would not sell. Decades before, in 1867, the State Department launched an inquiry into buying not just Greenland, but Iceland, too.

President Trump’s idea is generally regarded as absurd in Greenland and Denmark. The Danish press was not long in reacting. Traditionally, the back page of Danish newspaper Politiken is reserved for satirical commentary. On August 20th, Kim Kielsen, head of the Government of Greenland, was reported to have offered to purchase the United States. The paper includes the following “quote” from Kielsen: “Leif the Lucky [referring to Leif Erikson] discovered America, and his father Eric the Red discovered Greenland and settled there. Therefore, it is only natural for us to get the United States back.” According to Politiken, Kielsen states he hasn’t decided how much money to spend on the US. The amount, though, will be fairly low, given the immense US national debt. “And if Trump is included, the price will be even lower.”

Source : Iceland Monitor.

I love the humour in the Danish answer to Trump’s idea but I think the topic is quite serious. Because of global warming, the ice sheet is rapidly melting in Greenland and will soon make mineral resources accessible. The soil of the Danish possession contains gas and oil. Oil drilling is no longer a myth. Around 20 companies, including Shell, GDF Suez and Norway’s Statoil, have been granted permission to explore the Greenland coast. Even more important, the Arctic lands contain highly precious metals for the manufacture of high-tech products (smartphone batteries, hybrid car magnets, LCD screens …). China has a monopoly on these materials globally, but Greenland’s resources could change the game, and Europe is eyeing it.
Greenland sees in this massive interest of States one more stage towards its independence. In 2009, a referendum extended its autonomy toward Denmark. For the island and its inhabitants, whose main sources of income come from fishing and tourism, natural resources could become a significant financial windfall and a means of acquiring economic independence.

La calotte glaciaire du Groenland dissimule d’importantes quantités de ressources minérales (Photo: C. Grandpey)

Le point sur les sargasses à la Martinique

Je viens de passer plusieurs jours à la Martinique et, entre mes conférences, je me suis rendu sur la côte atlantique de l’île pour me rendre compte de la situation concernant les sargasses. Au cours d’une première visite en mars 2018, j’avais été particulièrement impressionné par la gêne que ces algues causaient à la population.

Comme je l’ai expliqué à l’époque, les sargasses sont des algues brunes qui dérivent en nappes. Le nom « sargasse » vient de l’espagnol « sargazo » qui signifie « varech. »Elles tirent leur origine de la Mer des Sargasses. Ces énormes amas d’algues brunes sont transportés par les courants marins et certains bancs viennent échouer en Martinique. A noter que cette île – qui est également un département français – il serait bien que les autorités de la métropole ne l’oublient pas! – n’est pas la seule à être touchée. Ses voisines (Guadeloupe, Dominique, Saint Barth…) le sont aussi.

Tant que les sargasses sont dans l’eau ou lorsqu’elles sont sèches, elles ne présentent pas de danger particulier pour la santé. En revanche, c’est quand elles s’échouent sur les plages qu’elles peuvent devenir dangereuses car elles entrent en putréfaction et dégagent de l’hydrogène sulfuré (H2S) et de l’ammoniac (NH3). Comme je l’ai indiqué à l’issue de ma visite à la Martinique en mars 2018, ces gaz peuvent provoquer des maux de tête, des troubles olfactifs ou encore des irritations de la gorge et des yeux. Il est également fait état d’évanouissements. Les gaz émis par la décomposition des algues attaquent les peintures des maisons, sans oublier les matériels électroniques et informatiques.

Les touristes qui viennent à la Martinique ne doivent toutefois pas s’affoler car la situation est loin d’être aussi catastrophique qu’il y parait. D’une part, il existe des plages sans sargasses. D’autre part, les arrivages ne sont pas constants et varient d’un jour à l’autre.

Comme d’habitude, la métropole a été lente à réagir devant le problème des sargasses. Actuellement, les algues échouées sont collectées et ensuite transformées en compost. Lors de mon séjour à la mi août 2019, j’ai trouvé que la situation s’était améliorée au Vauclin, à la Pointe Faula en particulier, où elle était catastrophique en mars 2018. Certes, il y a encore des sargasses sur le littoral (voir les photos ci-dessous), mais l’odeur est moins pestilentielle A noter qu’une structure a été installée pour empêcher les sargasses d’envahir trop rapidement le littoral qui est un très agréable site de baignade.

Vues des sargasses à la Pointe Faula:

Structure destinée à freiner les invasions de sargasses:

Photos: C. Grandpey

Cérémonie d’adieu en Islande // Farewell ceremony in Iceland

Le 24 juillet 2019, j’ai écrit une note intitulée «Avis de décès», car elle annonçait la mort de l’Okjökull – également appelé Ok – un glacier islandais victime du réchauffement climatique. Il était prévu d’inaugurer la pose d’une plaque commémorative en lettres dorées, rédigée en islandais et en anglais, le 18 août 2019 sur le site de l’Okjokull, dans la partie ouest de l’île.
La cérémonie a effectivement eu lieu le 18 août, en présence de nombreuses personnes. La plaque a été apposée à l’emplacement du glacier. La Première Ministre islandaise était présente à la cérémonie. Elle a déclaré: « À Ok, les prévisions des scientifiques concernant les conséquences du réchauffement planétaire se sont matérialisées. Au train où vont les choses, d’autres glaciers disparaîtront dans les années et les décennies à venir. C’est pourquoi je considère ce moment comme un événement symbolique pour l’Islande, mais aussi pour le monde entier. »
Après la cérémonie, la plupart des invités se sont rendus à l’endroit où se trouvait le glacier. Il y a cinq ans, il a été décidé que Ok ne pouvait plus être qualifié de glacier. À son apogée, en 1900, il mesurait environ 15 kilomètres carrés avant de ne plus couvrir que 0,7 km2 en 2012 et de se réduire encore davantage depuis cette année-là. Les scientifiques soulignent que c’est est la conséquence de la crise climatique et que d’autres glaciers islandais sont en train de reculer rapidement.
Source: Iceland Monitor.

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On July 24th, 2019, I wrote a post entitled « Orbituary » because it announced the death of Okjökull – also called Ok – an Icelandic glacier killed by global warming. A commemorative plaque in gold letters written in Icelandic and English was expected to be inaugurated on August 18th, 2019 on the Okjokull site, in the western part of the island

The memorial service did take place on August 18th, attended by numerous people. The plaque was placed where the glacier used to be. The Icelandic Prime Minister was present at the ceremony. She declared: “At Ok, the predictions of scientists regarding the consequences of global warming have materialized. If the development continues, more glaciers will disappear in coming years and decades. This is why I regard this moment today as a symbolic event for Iceland and, in fact, the whole world.”

Following the ceremony, most of the guests hiked up to the place where the glacier used to be. Five years ago, it was declared that Ok no longer qualified as a glacier. At its largest, in 1900, it measured about 15 square kilometres, but had diminished to 0.7 km2 in 2012, and has become even smaller since then. Scientists point out that this is the result of the climate crisis and that other Icelandic glaciers are fast retreating.

Source : Iceland Monitor.

Vue du Glacier Ok, ou ce qu’il en reste (Crédit photo: Iceland Monitor)

La fonte du Glacier Blanc (Hautes-Alpes) [suite]

Dans une note publiée le 27 octobre 2017, j’attirais l’attention sur la fonte rapide du Glacier Blanc, dans les Hautes-Alpes. C’est le glacier le plus méridional de France. Il commence à se former à 4015 mètres d’altitude et descend jusqu’à 2350 mètres. En 2017, j’avais pu l’observer et le photographier depuis le célèbre Pré de Madame Carle, point de départ de nombreuses excursions dans le massif des Ecrins.

Un article paru dans la revue Sciences et Avenir en juillet 2019 confirme la fonte ultra rapide de ce glacier – il recule d’environ 25 mètres chaque année – et attire l’attention sur ses conséquences. Les dernières estimations des climatologues révèlent qu’il devrait perdre 90% de sa masse d’ici à 2050 si le réchauffement climatique continue au rythme actuel. Même si l’Accord de Paris était respecté, avec une hausse maximale de la température à 2°C, on estime que 71% de la masse glaciaire aurait disparu d’ici là.

Le glacier est surveillé attentivement par les glaciologues grenoblois qui utilisent les images obtenues lors de survols ainsi que les données satellitaires, sans oublier les visites sur le terrain à la fin de l’hiver et au terme de l’été.

Ces différentes observations montrent que le Glacier Blanc avait repris du volume dans les années 1920, puis de nouveau entre les années 1960 et 1980, avant de reculer de manière spectaculaire par la suite.

Les conséquences de cette fonte sont visibles sur le terrain où des espèces végétales ont commencé à prendre la place de la glace. Le changement de paysage ne sera malheureusement pas la seule conséquence de la fonte du Glacier Blanc. Il ne faudrait pas oublier qu’il est un important contributeur au remplissage du barrage de Serre-Ponçon qui permet de produire de l’hydroélectricité et d’arroser les terres de Provence en période de sécheresse. Il est fort à parier que dans un bref avenir, on ne pourra plus compter sur ce réservoir d’eau vital pour toute une région. Par sa situation, le Glacier Blanc n’est pas trop menacé par les éboulements ou les glissements de terrain. Lors de ma visite au Pré de Madame Carle en 2017, je regardais le chaos minéral qui entoure le site et je me disais que les alpinistes devraient se méfier de la fonte du permafrost de roche en haute altitude. Le phénomène génère des chutes de roches, comme cela s’est déjà produit à plusieurs reprises dans le massif du Mont Blanc.

Source : Sciences et Avenir.

Photos: C. Grandpey