Navires pollueurs (suite)

On peut lire aujourd’hui sur le site web de la radio France Info un article qui attire l’attention sur la pollution générée par les navires, commerciaux et de croisière, à quai dans le port de Toulon (Var). Pour la plupart, il s’agit de ferries qui relient le continent à la Corse, à Majorque ou à la Sardaigne. Ils accostent souvent tôt le matin et repartent tard le soir en laissant tourner leurs moteurs entre deux rotations pour assurer l’électricité à bord. Cette situation génère une importante pollution et les habitants décrivent un air rendu parfois « irrespirable » à cause de la fumée dégagée par les navires. Ces derniers sont de gros consommateurs de carburant. Pour un navire de croisière moyen, la consommation de carburant est d’environ 700 litres par heure lorsqu’il est à quai. De ce fait, les bateaux engendrent une augmentation de la quantité de dioxyde d’azote et d’oxyde de soufre dans l’air. Lorsque les bateaux sont à quai, la pollution au dioxyde d’azote grimpe de 29 à 43 parties par milliard (ppb), soit d’environ 58 à 86 microgrammes par mètre cube, des chiffres au-dessus de la norme annuelle pour la protection de la santé humaine, fixée à 40 microgrammes par mètre cube. Les cheminées de navires émettent par ailleurs des particules qui expliquent l’empoussièrement dont font état les riverains. Selon l’association France nature Environnement, chaque année en Europe, les émissions du transport maritime causent près de 60 000 morts et coûtent 58 milliards d’euros aux services de santé.

La solution à ce type de pollution est bien connue et déjà testée à Marseille : l’électrification des quais. Branchés à l’électricité de la ville, les navires peuvent ainsi couper les moteurs une fois à quai et supprimer la quasi-totalité des émissions polluantes. Le port de Toulon, en plein cœur de la ville et très proche des habitations, n’est pas encore équipé pour des raisons financières et techniques. D’autres solutions sont toutefois à l’étude pour tenter d’enrayer cette pollution, comme l’électrification des quais avec une électricité renouvelable.

J’ai abordé le problème des navires pollueurs dans une note publiée dans ce blog le 8 juillet 2017. J’y abordais les problèmes engendrés par le nouveau trafic maritime suite à l’ouverture des passages du nord-est et du nord-ouest. La fonte de la glace à cause du réchauffement climatique est en passe d’ouvrir de nouvelles voies de navigation dans cette partie du monde, avec tous les risques de pollution que cela ne manquera pas de générer. L’article se trouve à cette adresse :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/07/08/navires-pollueurs-une-menace-pour-larctique-et-la-sante-polluting-ships-a-threat-to-the-arctic-and-human-health/

En rouge, le nouveau Passage du Nord-Est

Navire de croisière dans le port de Juneau (Alaska) [Photo: C. Grandpey]

Les COP, 21, 22, 23, 24, etc. : une vaste fumisterie !

La COP 24 vient de se tenir à Katowice (Pologne) dans la plus grande discrétion. Elle a été largement éclipsée par les événements (gilets jaunes, attentat à Strasbourg) en France. Tout compte fait, elle ne méritait peut-être pas qu’on s’attarde sur l’événement. Comme pour les Conferences of the Parties précédentes, la COP 24 s’est terminée avec quelques déclarations de principe, histoire de se donner bonne conscience, mais il n’y a pas eu de décisions significatives susceptibles de modifier l’orientation environnementale des gouvernements. Pour la première fois depuis la COP21, la France a assuré le service minimum : le Président français n’est pas venu et le Premier Ministre a annulé sa venue à cause des mouvements des gilets jaunes. Après le 12 décembre, il n’y a plus eu de ministre français en Pologne, même pas celui de l’écologie. C’est tout dire!

La COP 24 se tenait au cœur du bassin houiller de Silésie dont le charbon alimente les centrales électriques du pays. Un comble pour une COP dont le but est de faire chuter les émissions de CO2 dans l’atmosphère ! Ce bassin houiller fait vivre des dizaines de milliers de personnes. Si on arrêtait la production de charbon elles se retrouveraient au chômage. Il n’est donc guère surprenant que la Pologne ait fait partie des états qui ont bloqué les négociations.

Les organisateurs de cette COP ont fait preuve d’une belle hypocrisie et, avec de tels choix, ce n’est pas demain que la température globale de la planète se stabilisera à une hausse de 2°C. On sait d’ores et déjà qu’elle avoisinera au minimum 3 degrés, mais probablement plus, à la fin du 21ème siècle. Autre preuve de l’hypocrisie de nos dirigeants : Quelques jours après la COP 21 de Paris qui était censée faire changer les mentalités, le président de l’Inde a annoncé que son pays allait augmenter sa production de charbon. Cherchez l’erreur !

Donald Trump s’est retiré de l’accord de Paris pour permettre aux mines de charbon américaines de produire davantage et donner ainsi du travail à la population des régions concernées. On peut se demander si le président américain n’a pas dit tout haut ce que d’autres souhaitent tout bas. Des pays comme les Etats-Unis ou la Russie ont tout intérêt à voir les températures grimper car cela fait fondre la glace des régions polaires. En disparaissant au nord des Etats-Unis et de la Russie, la glace de mer ouvre les célèbres passages du nord-est et du nord-ouest, ce qui permettra aux navires de ces deux pays, mais aussi à ceux en provenance du Japon et de Chine, d’économiser un temps considérable. On connaît les risques de pollution qu’engendrera cette nouvelle voie maritime, mais cela passe après les intérêts économiques.

En fondant, cette même glace découvrira des gisements de gaz et de pétrole intéressants dans l’Arctique et les protections environnementales ne pèseront pas lourd. De plus, la disparition de la calotte polaire permettra l’accès à des gisements de minéraux jusqu’alors inexploitables. Pourquoi croyez-vous que les Chinois investissent en Islande ? Sûrement pas pour la beauté des paysages. Le pays servira de base idéale pour aller prospecter plus au nord.

Et la France dans tout ça ? Quoi qu’on puisse en dire, notre pays ne fait pas partie des très gros pollueurs. Dans les années à venir le principal souci résidera dans la gestion des déchets radioactifs en provenance des centrales nucléaires qui fermeront leurs portes. On accuse souvent les véhicules routiers de trop polluer, mais les contrôles techniques en France sont beaucoup plus rigoureux qu’aux Etats-Unis où ils varient d’un Etat à un autre.

Un nouveau mode de déplacement est en train de naître avec les véhicules électriques qui ne sont pas aussi propres qu’on veut bien le dire. Les batteries incorporent du lithium dont l’extraction pose de graves problèmes environnementaux, en particulier en Amérique du sud. Et puis, pour recharger les batteries, il faut de l’électricité dont la production est loin d’être parfaitement propre.

La réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le monde n’est pas l’affaire d’un seul pays. L’approche doit être globale et ce devrait être le rôle des COP (au demeurant fort coûteuses) d’assurer cette globalité, mais nous sommes très loin de comportements responsables.

Au train où vont les choses, le mercure va continuer à grimper dans le thermomètre ; la banquise et les glaciers vont continuer à fondre, avec des dommages collatéraux comme la hausse du niveau des océans et des problèmes d’alimentation en eau dans certains pays, ce qui ne manquera pas de causer des conflits. Une guerre de l’eau se déclenchera inévitablement, avec son lot de violence et de migrations de populations. S’il y a la guerre, il faudra des armes, mais les Etats-Unis, la Russie, la Chine et la France seront là pour les fournir….

Les COP passent, la banquise et les glaciers fondent… Tout va bien! (Photo: C. Grandpey)

Réchauffement climatique : L’Arctique s’ouvre au trafic maritime // Global warming : The Arctic opens to maritime traffic

Si besoin était, voici une autre preuve du réchauffement climatique dans l’Arctique et de ses conséquences pour l’environnement. Au cours de ma conférence intitulée « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique, » j’explique que la fonte des glaces va permettre l’ouverture des passages du nord-est et du nord-ouest et entraîner un bouleversement dans le trafic maritime de notre planète.

Confirmant mes propos,  le porte-conteneurs Venta, du groupe danois Maersk, est arrivé le 27 septembre 2018 à Saint-Pétersbourg après avoir franchi l’Arctique par le Nord depuis l’Extrême-orient russe. C’est une première pour un navire de cette taille. Il présente une longueur de 200 mètres et pèse 42 000 tonnes. D’une capacité de près de 36 000 conteneurs, il est conçu pour opérer par des températures atteignant -25°C. Parti le 23 août 2018 de Vladivostok, le Venta a effectué le trajet en cinq semaines, avec des haltes au port Vostotchny, proche de Vladivostok, puis à Busan en Corée du Sud avant de s’élancer via le détroit de Béring jusqu’à Bremerhaven en Allemagne, avant de mettre le cap sur Saint-Pétersbourg. Chargé de poisson gelé russe et de composants électroniques coréens, le navire a été assisté sur la route par des brise-glace nucléaires.

Praticable auparavant seulement quelques semaines par an et pour des bateaux de taille plus modeste que le Venta, le passage du nord-est, qui longe les côtes septentrionales de la Sibérie, devient accessible de plus en plus longtemps. La Russie mise sur le développement de ce raccourci maritime, qui permet aux navires de gagner jusqu’à 15 jours par rapport à la voie classique passant par le canal de Suez… avec les risques pour l’environnement qu’un tel trafic va forcément induire.

Source : France Info

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If needs be, here is another proof of global warming in the Arctic and its consequences for the environment. During my conference entitled « Glaciers at Risk, the Effects of Global Warming, » I explain that the  melting sea ice will open the northeastern and northwestern passages and totally modify marine traffic on our planet.
Confirming what I said, the Venta container ship, from the Danish group Maersk, arrived in St. Petersburg on 27 September 2018 after crossing the Arctic from the Russian Far East. This is a first for a ship of this size. It is 200 metres long and weighs 42,000 tons. With a capacity of nearly 36,000 containers, it is designed to operate in temperatures down to -25°C. Starting on 23 August 2018 from Vladivostok, the Venta performed the trip in five weeks, stopping at Vostochny Port, near Vladivostok, then at Busan in South Korea before setting off via the Bering Strait to Bremerhaven in Germany, before heading to St. Petersburg. Loaded with Russian frozen fish and Korean electronic components, the ship was assisted on the road by nuclear icebreakers.
Practicable previously only a few weeks a year and for smaller boats than the Venta, the northeastern passage, which runs along the northern coast of Siberia, becomes accessible longer and longer year after year. Russia is banking on the development of this maritime shortcut, which allows ships to save up to 15 days compared to the classic route through the Suez Canal… with obvious hazards to the environment.
Source: France Info

 Comme on peut le voir sur cette carte, le trafic maritime par le passage du nord-est (en rouge) représente un sacré raccourci comparé à la voie classique !