Le glacier Thwaites (Antarctique) : une menace planétaire // Thwaites Glacier (Antarctica) : a threat to the planet

Quand on parle du réchauffement climatique, on fait souvent allusion à la fonte du Groenland et de l’Arctique en général. Cependant, je n’insisterai jamais assez sur son impact sur l’Antarctique et plus particulièrement sur le glacier Thwaites.
Le glacier Thwaites – surnommé « glacier de l’Apocalypse » – joue un rôle crucial en Antarctique. C’est une sorte de bouchon dans le goulot de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental. Cette calotte contient suffisamment de glace pour faire s’élever le niveau de la mer de 3 mètres dans le monde.
Une équipe scientifique a participé à l’International Thwaites Glacier Collaboration, un programme de recherche conjoint entre la National Science Foundation aux États-Unis et le Natural Environment Research Council au Royaume-Uni. Fin 2021, les scientifiques ont présenté les résultats de leurs dernières recherches. Ils ont insisté sur la découverte de fractures dans la plate-forme glaciaire orientale du Thwaites, et ils ont averti que cette plate-forme pourrait se briser « comme un pare-brise de voiture » dans moins de cinq ans. Les chercheurs insistent sur le fait qu’elle pourrait se briser totalement et disparaître dans moins d’une décennie.
Il y a une grande différence entre une plate-forme glaciaire et le glacier proprement dit. La plate-forme se développe à partir du glacier mais flotte à la surface de l’océan. Comme elle flotte déjà, lorsqu’elle fond elle ne contribue pas à l’élévation du niveau de la mer; c’est comme lorsque des glaçons fondent dans un verre, ils ne font pas s’élever le niveau du liquide.
Cependant, les plates-formes glaciaires sont importantes car elles étayent les glaciers et leur confèrent une certaine stabilité. Par contre, lorsqu’elles s’effondrent, le glacier qui repose sur la terre ferme peut avancer beaucoup plus rapidement dans la mer où il va fondre, ce qui fait monter le niveau de l’océan.
A cause de la pandémie de Covid-19, la disparition d’une plate-forme glaciaire sur un continent lointain où ne vivent que des manchots n’attire pas les regards. Pourtant, la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental est un élément essentiel, un point de basculement très important, au sein du système climatique de la Terre. Si le glacier Thwaites disparaît, tout le reste de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental suivra le même chemin et glissera dans la mer. Dans le monde, 250 millions de personnes vivent à moins d’un mètre des lignes de marée haute. Une élévation de trois mètres du niveau de la mer serait une catastrophe dans le monde. Non seulement une ville comme Miami disparaîtrait, mais pratiquement toutes les villes côtières de basse altitude dans le monde connaîtraient le même sort.

Prévoir la rupture des calottes glaciaires et ses conséquences sur l’élévation du niveau de la mer n’est pas chose facile. On pourrait avoir aussi bien une élévation de 30 centimètres du niveau de la mer d’ici la fin du siècle, qu’une élévation de près de deux mètres. Comme l’a dit un chercheur, la différence entre ces chiffres représente beaucoup de vies humaines et d’argent. Une chose est sûre : le glacier Thwaites est le plus susceptible de provoquer le pire des scénarios.
Le problème avec le Thwaites, qui est l’un des plus grands glaciers de la planète, c’est qu’au lieu de fondre lentement comme un glaçon, il s’effondre plutôt comme un château de cartes : il est stable jusqu’au moment où, poussé trop loin dans la mer, il s’effondre.
Le Thwaites est très différent des autres grands glaciers, comme ceux du Groenland. D’une part, il ne fond pas par le haut en raison de températures de l’air trop chaudes. Il fond par le bas à cause de l’eau plus chaude de l’océan qui mine la glace sous le glacier. Plus important encore, le plancher sous la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental est particulier. Les auteurs de la dernière étude le comparent à un bol géant rempli de glace. Le bord du glacier – l’endroit où il quitte la terre et commence à flotter – est perché sur le rebord du bol à 300 mètres ou plus sous le niveau de la mer. C’est la « ligne d’ancrage » du glacier. Au-dessous de ce rebord, le plancher océanique plonge sur des centaines de kilomètres, jusqu’à la Chaîne Transantarctique qui sépare l’Antarctique de l’Est de celui de l’Ouest. Dans la partie la plus profonde du bassin ainsi formé, la glace a une épaisseur d’environ trois kilomètres.
Cela signifie que lorsque l’eau chaude passe sous la glace, elle peut s’écouler le long de la pente formée par le bol et elle ronge la glace par le bas. Grâce à un mécanisme appelé «instabilité de la calotte glaciaire marine», on peut aboutir à un effondrement rapide susceptible de faire monter très vite et très haut le niveau de la mer dans le monde.
Il existe une incertitude dans les prévisions de comportement du glacier Thwaites pour les prochaines années car il s’agit d’un événement dont aucun être humain n’a encore été témoin.
Au cours des dernières années, les scientifiques ont fait beaucoup de progrès dans la compréhension de la dynamique du Thwaites. Ils ont cartographié la face inférieure du glacier, examiné des crevasses dans la plate-forme glaciaire et localisé des points d’ancrage susceptibles de ralentir le mouvement de la glace. Les changements subis par le glacier sont spectaculaires : « Aujourd’hui, la vitesse de perte de glace du Thwaites est plus de six fois supérieure à ce qu’elle était au début des années 1990.
Les récentes découvertes à propos de la rupture de la plate-forme glaciaire orientale du Thwaites au cours des cinq prochaines années ne sont pas vraiment une surprise. Après la désintégration soudaine de la plate-forme Larsen B en 2002 (voir mes notes à ce sujet), les scientifiques ont réalisé que l’Antarctique était beaucoup moins stable que beaucoup le pensaient. La découverte de fractures dans le Thwaites ne fait que confirmer à quel point les changements en cours sont dynamiques.
Source : Yahoo News.

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As far as global warming is concerned, a lot is said about the melting of Grenland and the whole Arctic. However, I will never insist enough on its impact on Antarctica and more particularly on the Thwaites Glacier.

The Thwaites Glacier – dubbed « Doomsday Glacier » – plays a crucial part in the Antactic ice sheet. It is a kind of cork in the bottle of the entire West Antarctic ice sheet which contains enough ice to raise sea levels by 3 meters.

A team of scientists participated in the International Thwaites Glacier Collaboration, a joint research program between the National Science Foundation in the U.S. and the Natural Environment Research Council in the U.K. Late in 2021, they presented their latest research. They described the discovery of cracks and fissures in the Thwaites eastern ice shelf, predicting that the ice shelf could fracture like a shattered car window in as little as five years. The researchers insist that the ice shelf is breaking up and could be gone in less than a decade.

There is a big difference between an ice shelf and the glacier itself. The ice shelf grows out from the glacier and floats on the ocean. Because it is already floating, when it melts it does not in itself contribute to sea level rise, just as when ice cubes melt in a glass, they don’t raise the level of liquid.

However, ice shelves are important because they buttress glaciers and give the walls of ice stability. And when they break up, the land-based glacier is free to flow much faster into the sea, which does raise sea levels.

Given the current toll of the Covid-19 pandemic, the loss of an ice shelf on a far-away continent populated by penguins might not seem to be big news. Actually, the West Antarctic ice sheet is one of the most important tipping points in the Earth’s climate system. If Thwaites Glacier collapses, it opens the door for the rest of the West Antarctic ice sheet to slide into the sea. Globally, 250 million people live within one meter of high tide lines. Three meters of sea level rise would be a worldwide catastrophe. It’s not only goodbye Miami, but goodbye to virtually every low-lying coastal city in the world.

Predicting the breakup of ice sheets and the implications for future sea level rise is not easy and the predictions are uncertain. We could have as little as 30 centimeters of sea level rise by the end of the century, or nearly two meters. As one researcher said, the difference between those figures is a lot of lives and money. One thing is sure : the Thwaites Glacier is the most likely to generate the worst scenario.

The trouble with Thwaites, which is one of the largest glaciers on the planet, is that instead of melting slowly like an ice cube, it is more like a house of cards: It is stable until it is pushed too far, then it collapses.

Thwaites is very different from other big glaciers, such as those in Greenland. For one thing, it is not melting from above, due to warmer air temperatures. It is melting from below, due to warmer ocean water eating away at the ice beneath the glacier. More importantly, the terrain beneath the West Antarctic ice sheet is peculiar. The authors of the latest study compare it with a giant soup bowl filled with ice. In the bowl analogy, the edge of the glacier – the spot where a glacier leaves the land and begins to float – is perched on the lip of the bowl 300 meters or more below sea level. This is the glacier’s “grounding line.” Below the lip, the terrain falls away on a downward slope for hundreds of kilometers, all the way to the Transantarctic Mountains that divide East and West Antarctica. At the deepest part of the basin, the ice is about three kilometers thick.

What this means is that once the warm water gets below ice, it can flow down the slope of the bowl, weakening the ice from below. Through a mechanism called “marine ice-cliff Instability,” you can get a rapid collapse of the ice sheet that could raise global sea levels very high, very fast.

There is uncertainty in the predictions of what the glacier could do in the future because scientists are dealing with an event that no human has ever witnessed before.

In the past few years, scientists have made a lot of progress in understanding the dynamics of Thwaites. They have mapped the underside of the glacier itself, tracked crevasses in the ice shelf, and located pinning points that might slow the retreat of the ice. The change has been dramatic: “The net rate of ice loss from Thwaites Glacier is more than six times what it was in the early 1990s.

The recent news about Thwaites’ eastern ice shelf breaking up in the next five years was not really a surprise. After the sudden disintegration of the Larsen B ice shelf in 2002, scientists realized that Antarctica was far less stable than many had believed. The discovery of cracks and fissures at Thwaites further underscore just how dynamic the changes already underway are.

Source: Yahoo News.

Source: Wikipedia

Source: BAS

Un visiteur de mon blog – que je remercie sincèrement – m’a fait parvenir un excellent document montrant la topographie glaciaire de l’Antarctique. Vous le trouverez en cliquant sur ce lien :

France 2 : « La complainte du glacier »

L’émission « 13h15 le samedi » diffusée sur France 2 et présentée par Laurent Delahousse sera consacrée ce samedi 8 janvier 2022 au glacier Vatnajökull en Islande. Intitulée « La complainte du glacier », l’émission insiste sur la fonte et le recul du glacier à cause du réchauffement climatique.

Le Vatnajökull recule de plus de 100 mètres par an en moyenne depuis les années 1990.

En juillet 2021, alors que l’éruption se poursuivait sur la péninsule de Reykjanes, je me suis rendu au chevet du Vatnajökull, avec un périple en canot devant le front du glacier en compagnie de contacts islandais que je salue ici. Comme je l’ai déjà expliqué, je ressens autant d’émotion devant un glacier en train de vêler que devant un volcan en éruption.

Les éruptions sont des phénomènes naturels très spectaculaires, mais qui font partie de la vie interne ordinaire de notre planète.

Les glaciers font, eux aussi, partie de la vie ordinaire, en surface, sur Terre, mais leur fonte est extrêmement inquiétante car son accélération à cause du réchauffement climatique va poser de gros problèmes dans de nombreux pays.

En juillet 2021, il me semblait donc plus important d’alerter sur ce phénomène que sur l’éruption islandaise qui, elle, n’avait rien d’inquiétant et se limitait à un spectacle pour touristes.

J’ai écrit plusieurs notes alertant sur la fonte du Vatnajökull et des autres glaciers islandais. Je vous invite à lire celle publiée le 8 décembre 2019 et intitulée « Glaciers d’Islande, un monde en péril »:

Glaciers d’Islande, un monde en péril // Icelandic glaciers, a world at risk

Photos : C. Grandpey

Coup de chaud en montagne

Le réchauffement climatique a encore frappé et ceux qui habitent les zones de montagne viennent de s’en apercevoir. L’épais manteau neigeux qui avait recouvert nos passifs en novembre avec plus de 120 à 130 cm dans les Alpes du nord, a fondu « comme neige au soleil » au cours du mois de décembre. Début janvier, les pistes de ski des stations du Massif Central faisaient peine à voir. Une fine couche a recouvert le sol le 4 janvier, mais ce ne sera probablement pas suffisant pour colmater la brèche. Le plus inquiétant, c’est que la fonte ultra rapide a eu lieu pendant la période de l’année habituellement la moins favorable à ce phénomène.

Le redoux a duré très longtemps, entre le 13 décembre 2021 et le 4 janvier 2022. Météo France précise que les trois dernières semaines sont les plus chaudes jamais enregistrées pour une fin d’année, tant en durée qu’en intensité.

La fonte amorcée à la mi décembre s’est accentuée entre le 27 et le 30 décembre 2021 avec l’arrivée d’un flux d’air subtropical accompagné de fortes pluies qui ont atteint des altitudes élevées, jusqu’à 3000 m. Du jamais vu à cette époque de l’année!.Il est bien évident que le manteau neigeux n’a pas supporté cette situation et s’est considérablement aminci.

Ce n’est pas tout. Une nouvelle vague de redoux due à la présence d’un anticyclone d’origine subsaharienne a fait bondir l’isotherme 0°C à 3700 – 3800 m pendant plusieurs jours. A 2500 m d’altitude, le thermomètre affichait +10°C. Sur les pistes, les gens skiaient dans de la soupe, comme en fin de saison au printemps.

La période de redoux est en train de prendre fin, mais elle va laisser des traces et devra rester dans les mémoires car c’est une preuve supplémentaire du réchauffement climatique.

Certains vont me faire remarquer que dans le même temps plusieurs régions des Etats Unis – District de Colombie, par exemple – connaissant un froid rigoureux avec des tempêtes de neige. Comme je l’ai indiqué précédemment, la situation est provoquée par les fluctuations du courant-jet (jet stream) qui entraîne des variations climatiques spectaculaires et une multiplication des événements extrêmes. Certaines régions du Proche-Orient viennent de connaître des déluges de pluie et de grêle auxquels elles ne sont pas habituées. L’impression que le climat sur Terre est en train de devenir fou est une preuve criante du changement climatique.

Les enneigeurs ne fonctionnent pas quand la température est trop élevée (Photo: C. Grandpey)

La fonte des glaciers himalayens // The melting of Himalayan glaciers

Une nouvelle étude effectuée par des chercheurs britanniques et parue dans la revue Scientific Reports confirme que les glaciers de l’Himalaya fondent à un rythme « exceptionnel » en raison du réchauffement climatique. Le phénomène menace l’approvisionnement en eau de millions de personnes en Asie. L’étude révèle également que les glaciers himalayens reculent beaucoup plus rapidement que leurs homologues dans d’autres parties du monde.
Elle montre clairement que la glace de l’Himalaya disparaît à un rythme au moins 10 fois supérieur à la tendance au cours des siècles passés. Cette accélération de la fonte est apparue au cours des dernières décennies et coïncide avec le changement climatique d’origine anthropique.
Les chercheurs ont calculé que les glaciers himalayens ont perdu environ 40 % de leur superficie au cours des derniers siècles. Un rapport publié en 2019 explique que cette situation est d’autant plus inquiétante que ces glaciers sont une source d’eau essentielle pour environ 250 millions de personnes dans les montagnes et 1,65 milliard d’habitants dans les vallées fluviales en aval, dont celles du Gange, de l’Indus et du Brahmapoutre.
La chaîne himalayenne héberge la troisième plus grande quantité de glace dans le monde, après l’Antarctique et l’Arctique. La région est souvent considérée comme le «Troisième pôle» de la planète en raison de son énorme réserve de glace.
Bien que les montagnes existent depuis des dizaines de millions d’années, leurs glaciers sont extrêmement sensibles au changement climatique. Depuis les années 1970, lorsque le réchauffement climatique a été observé pour la première fois, ces énormes masses de glace se sont progressivement amincies et ont reculé.
La dernière étude rappelle que nous devons agir de toute urgence pour atténuer l’impact du changement climatique d’origine humaine sur les glaciers. Les habitants de la région constatent déjà des changements qui dépassent tout ce qui a été observé depuis des siècles. Ils s’accélèrent et auront un impact significatif sur des pays et des régions entières.
Source : Yahoo News, USA Today.

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A new study by British researchers, which appeared in the journal Scientific Reports, confirms that glaciers in the Himalayas are melting at an « exceptional » rate because of global warming, threatening the water supply of millions of people in Asia. The study reveals that Himalayan glaciers are shrinking far more rapidly than glaciers in other parts of the world.

The study clearly show that ice is now being lost from Himalayan glaciers at a rate that is at least 10 times higher than the average rate over past centuries. This acceleration in the rate of loss has only emerged within the last few decades and coincides with human-induced climate change.

Researchers have calculated that Himalayan glaciers have lost roughly 40% of their area in the past several hundred years. This is all the more worrying as the glaciers are a critical source of water for about 250 million people in the mountains and an additional 1.65 billion who live in the river valleys below, according to a report in 2019. These rivers include the Ganges, Indus and Brahmaputra.

The Himalayan mountain range is home to the world’s third-largest amount of glacier ice, after Antarctica and the Arctic. The region is often referred to as the world’s “Third Pole” for its huge store of ice.

Though the mountains are tens of millions of years old, their glaciers are extremely sensitive to the changing climate. Since the 1970s, when global warming first set in, these huge masses of ice have steadily thinned and retreated.

The last study is a reminder that we must act urgently to reduce and mitigate the impact of human-made climate change on the glaciers. People in the region are already seeing changes that are beyond anything witnessed for centuries. Those changes are accelerating and they will have a significant impact on entire nations and regions.

Source: Yahoo News, USA Today.

Source: NASA