A l’assaut de l’Arctique ! // Storming the Arctic !

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril », j’explique que la fonte de la glace dans l’Arctique est une aubaine pour les pays riverains qui n’hésiteront pas à aller y puise des ressources minérales et pétrolières jusqu’à présent inaccessibles. J’explique aussi que la fonte de la glace arctique va ouvrir les passages du nord-est et du nord-ouest. Des pays comme les Etats Unis, la Russie, la Chine ou le Japon vont se précipiter vers ces nouvelles voies de navigation, avec toute la pollution que ce trafic maritime va forcément générer.

Mes propos viennent d’être confirmés par la conférence « Arctic Frontiers » qui se tient cette semaine en Norvège. On y apprend que les géants du pétrole et du gaz ont bien l’intention de profiter de la fonte de la glace arctique qui libère l’accès à d’immenses ressources énergétiques: 13% des réserves mondiales de pétrole et 30% de celles de gaz se trouvent au-delà du cercle polaire.

Les représentants du norvégien Statoil, notamment, ont été très clairs lors de cette conférence. Ils prennent bien note du message de la COP 21, mais expliquent qu’il n’est pas question pour autant d’arrêter leurs activités en mer de Barents ou autour de l’Océan Arctique. Les réserves de pétrole diminuent partout dans le monde, c’est donc en Arctique selon eux qu’il faut aller chercher les derniers gisements.

Les écologistes dénoncent ce raisonnement car ces nouvelles explorations vont renforcer encore davantage le réchauffement global de la planète. Les ONG environnementales craignent aussi une marée noire dans la région. Elle serait désastreuse pour un écosystème déjà très fragilisée par le changement climatique.

A votre avis, qui du climat et des intérêts économiques va gagner la partie?

Source : France Info.

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During my conference « Glaciers at Risk », I explain that the melting of the ice in the Arctic is a boon for the neighbouring countries that will not hesitate to go and exploit mineral and oil resources that have been inaccessible until now . I also explain that the melting of Arctic ice will open the northeastern and northwestern passages. Countries such as the United States, Russia, China or Japan will rush to these new shipping routes, with all the pollution that maritime traffic will inevitably generate.
My words have just been confirmed by the conference « Arctic Frontiers » being held this week in Norway. We learn learned that the oil and gas giants are intent on taking advantage of the melting of Arctic ice, which frees access to immense energy resources: 13% of world oil reserves and 30% of gas are beyond the Arctic Circle.
Statoil’s representatives from Norway were very clear at the conference. They take note of the message of COP 21, but explain that there is no question of stopping their activities in the Barents Sea or around the Arctic Ocean. Oil reserves are decreasing all over the world, so it is in the Arctic that we should exploit the last deposits.
Environmentalists denounce this reasoning because these new explorations will further strengthen global warming. Environmental NGOs also fear an oil spill in the region. It would be disastrous for an ecosystem already weakened by climate change.

In your opinion, who will win the game? Climate and economic interests?
Source: France Info.

La fonte de la glace arctique va ouvrir de nouvelles voies maritimes (Source: Wikipedia)

Le recul rapide du Sólheimajökull (Islande) // The fast retreat of Sólheimajökull (Iceland)

Comme je l’ai déjà écrit, l’Islande est un pays où la fonte des glaciers est très rapide. Le Sólheimajökull, au sud du pays, entre les volcans Katla et Eyjafjallajökull, est un bon exemple de ce phénomène. Le Sólheimajökull est une branche du Mýrdalsjökull qui recouvre la caldeira du Katla, considéré comme l’un des volcans les plus dangereux d’Islande.
J’ai observé le Sólheimajökull pour la dernière fois en 2003. À cette époque, le front était très proche de la route d’accès dont il était séparé par la rivière de fonte qui sortait en dessous du glacier. Il y avait une forte odeur de soufre tout le long de cette rivière. (voir photos ci-dessous)

Quelques années plus tard, des observations ont révélé que le Sólheimajökull fondait à une vitesse incroyable. Par exemple, il a reculé de 110 mètres entre octobre 2017 et octobre 2018. Il s’agissait du plus important recul du glacier en une seule année depuis le début des mesures. Entre 2010 et 2018, le recul a atteint 379 mètres. Il convient de noter qu’en 2003 et 2010, il n’y avait pas de lagon devant le glacier, comme c’est le cas actuellement. Le lagon s’est également approfondi. Les mesures ont révélé 40 mètres de profondeur en 2015, puis à 60 mètres en 2016 et on estime qu’il était encore plus profond en 2018.

Un de mes amis était en Islande en juin 2019 et il a confirmé la description ci-dessus. Il m’a envoyé plusieurs photos montrant la situation actuelle. (voir photos ci-dessous)

Le Svinafellsjökull qui forme une branche du Vatnajökull est, lui aussi, en perte de vitesse, comme on peut le voir sur les deux photos ci-dessous, prises en octobre 2007 et juin 2019. Un vaste lac de fonte s’est aujourd’hui installé devant la partie frontale du glacier.

Certains scientifiques craignent que la fonte des glaciers provoque des éruptions plus fréquentes en Islande. Sans le poids des glaciers, le sol va se soulever. Ce rebond isostatique, permettrait ainsi au magma de monter plus facilement. Cependant, aucune preuve d’une telle évolution n’a été donnée jusqu’à présent.
Source: Guide to Iceland.

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As I put it before, Iceland is a country where glacier melting is very fast. A good example of the phenomenon is the Sólheimajökull Glacier in the southern part of the country, between the volcanoes Katla and Eyjafjallajökull. It is a branch of the larger Mýrdalsjökull Glacier which lies atop the Katla caldera. Katla is considered as one of Iceland’s most dangerous volcanoes.

I last visited the glacier in 2003. By that time, the front was very near the access road from which it was separated by the meltwater river coming from beneath the glacier. There was a strong smell of sulphur all along the river. (see photos)

A few years later, observations revealed that Sólheimajökull Glacier was melting at an incredible speed. It receded by 110 metres between October 2017 and October 2018. It was the biggest single-year recession by the glacier since measurements began. Between 2010 and 2018, the total retreat amounted to 379 metres. It should be noted that in 2003 and 2010, there was no lagoon in front of the glacier, like there is now. The lagoon has also deepened markedly. It was first measured at 40 metres deep in 2015, then 60 metres deep in 2016 and it was estimated to be even deeper in 2018.

A friend of mine was in Iceland in June 2019 and he confirmed that above-mentioned description of the glacier. He has sent me several photos showing the current situation. (see photos)

Svinafellsjökull, a branch of Vatnajökull, is retreating too, as one can see on the two photos below, taken in October 2007 and June 2019. A Vast melt lake has appeared in front of the glacier

Some scientists fear glacier melting might trigger more frequent eruptions in Iceland. Without the weight of the glaciers, the ground is going to rebound, thus allowing magma to ascend more easily. However, no proof of such an evolution has benne given up to now.

Source: Guide to Iceland.

Le Sólheimajökull  en 2003:

(Photo: Pascal Belouet)

(Photos: C. Grandpey)

Le Sólheimajökull  en juin 2019:

(Photos: Pascal Belouet)

Le Svinafellsjökull en octobre 2007:

Le Svinafellsjökull en juin 2019:

(Photos: P. Belouet)

 

 

 

 

 

 

 

La fonte du Glacier Blanc (Hautes-Alpes) [suite]

Dans une note publiée le 27 octobre 2017, j’attirais l’attention sur la fonte rapide du Glacier Blanc, dans les Hautes-Alpes. C’est le glacier le plus méridional de France. Il commence à se former à 4015 mètres d’altitude et descend jusqu’à 2350 mètres. En 2017, j’avais pu l’observer et le photographier depuis le célèbre Pré de Madame Carle, point de départ de nombreuses excursions dans le massif des Ecrins.

Un article paru dans la revue Sciences et Avenir en juillet 2019 confirme la fonte ultra rapide de ce glacier – il recule d’environ 25 mètres chaque année – et attire l’attention sur ses conséquences. Les dernières estimations des climatologues révèlent qu’il devrait perdre 90% de sa masse d’ici à 2050 si le réchauffement climatique continue au rythme actuel. Même si l’Accord de Paris était respecté, avec une hausse maximale de la température à 2°C, on estime que 71% de la masse glaciaire aurait disparu d’ici là.

Le glacier est surveillé attentivement par les glaciologues grenoblois qui utilisent les images obtenues lors de survols ainsi que les données satellitaires, sans oublier les visites sur le terrain à la fin de l’hiver et au terme de l’été.

Ces différentes observations montrent que le Glacier Blanc avait repris du volume dans les années 1920, puis de nouveau entre les années 1960 et 1980, avant de reculer de manière spectaculaire par la suite.

Les conséquences de cette fonte sont visibles sur le terrain où des espèces végétales ont commencé à prendre la place de la glace. Le changement de paysage ne sera malheureusement pas la seule conséquence de la fonte du Glacier Blanc. Il ne faudrait pas oublier qu’il est un important contributeur au remplissage du barrage de Serre-Ponçon qui permet de produire de l’hydroélectricité et d’arroser les terres de Provence en période de sécheresse. Il est fort à parier que dans un bref avenir, on ne pourra plus compter sur ce réservoir d’eau vital pour toute une région. Par sa situation, le Glacier Blanc n’est pas trop menacé par les éboulements ou les glissements de terrain. Lors de ma visite au Pré de Madame Carle en 2017, je regardais le chaos minéral qui entoure le site et je me disais que les alpinistes devraient se méfier de la fonte du permafrost de roche en haute altitude. Le phénomène génère des chutes de roches, comme cela s’est déjà produit à plusieurs reprises dans le massif du Mont Blanc.

Source : Sciences et Avenir.

Photos: C. Grandpey

Les lacs cachés du Groenland // Greenland’s hidden lakes

Les scientifiques ont identifié 54 nouveaux lacs sous-glaciaires sous la calotte du Groenland. Jusqu’à maintenant, à peine quatre d’entre eux avaient été recensés.Les observations ont été effectuées par des chercheurs des universités de Lancaster et de Sheffield. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications. Les chercheurs ont passé au peigne fin 570 000 kilomètres carrés de données radar recueillies par le programme IceBridge de la NASA qui cartographie les couches internes de la calotte glaciaire et le substrat rocheux. En plus de 54 lacs subglaciaires, deux lacs actifs ont été identifiés. Leur rôle est loin d’être négligeable car de tels lacs se remplissent en faisant monter et descendre la glace qui les surmonte.
Contrairement aux 470 lacs de l’Antarctique, les lacs groenlandais sont de petite taille. Par exemple, le lac Vostok en Antarctique a une longueur de 250 km alors que le plus grand lac au Groenland n’a que 6 km de long. Au Groenland, les lacs se trouvent principalement en bordure de la calotte glaciaire, sous des glaces relativement lentes et stables. Les scientifiques pensent qu’ils sont aussi plus récents car la calotte a beaucoup évolué au cours du dernier cycle glaciaire.
Ces lacs sous-glaciaires intéressent les scientifiques car ils renseignent sur l’hydrologie et la dynamique de la calotte glaciaire. L’eau agit comme un lubrifiant et, avec le réchauffement climatique, accélère le glissement de la glace vers l’océan. Connaître la vitesse de ce glissement permettra de faire des projections sur l’effet de la fonte de la glace du Groenland sur le niveau des océans. On sait d’ores et déjà que la fonte intégrale de la glace du Groenland ferait monter ce niveau d’environ 7 mètres. Une récente étude de 2019 montre que la fonte du Groenland a connu une forte accélération à partir des années 2000; elle atteint en moyenne 286 gigatonnes par an.
Source: Presse internationale.

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Scientists have identified 54 new subglacial lakes under the Greenland ice sheet. So far, only four of them had been identified. The observations were made by researchers at Lancaster University and Sheffield University. The results were published in Nature Communications. The researchers combed 570,000 square kilometres of radar data collected by NASA’s IceBridge program, which maps the inner layers of the ice sheet and the bedrock. In addition to 54 subglacial lakes, two active lakes have been identified. Their role is far from negligible because while filling up, such lakes raise and lower the ice above them.
Unlike the 470 lakes in Antarctica, Greenland lakes are small. For example, Lake Vostok in Antarctica is 250 km long while the largest lake in Greenland is only 6 km long. In Greenland, the lakes are mainly at the edge of the ice sheet, under relatively slow and stable ice. Scientists think they are also newer because the ice cap has evolved a lot during the last ice cycle.
These subglacial lakes are of interest to scientists as they provide information on the hydrology and dynamics of the ice sheet. Water acts as a lubricant and, with global warming, accelerates the sliding of the ice towards the ocean. Knowing the speed of this slide will help make projections on the effect of the melting of Greenland ice on the level of the oceans. It is already known that the total melting of Greenland ice would raise this level by about 7 metres. A recent study of 2019 shows that the melting of Greenland has greatly accelerated since the 2000s; it averages 286 gigatonnes a year.
Source: International Press.

Photo: C. Grandpey