Ambassadeur des Pôles, c’est fini !

Au vu de la liste des ambassadeurs thématiques proposée par le Sénat, la France n’a plus d’Ambassadeur des Pôles ! Ségolène Royal aura donc été la deuxième et dernière personnalité politique à occuper cette fonction. Après son limogeage (nous de l’avons pas encore vue à Limoges !) en janvier 2020, le gouvernement semble avoir décidé de mettre purement et simplement fin à cette fonction créée pour Michel Rocard.

Pourtant, à l’époque où Ségolène Royal occupait encore le poste, le gouvernement estimait que l’importance des pôles dans le réchauffement climatique méritait cette représentation. A noter que le gouvernement n’a pas non plus remplacé son ambassadeur chargé des négociations sur le climat, ce qui est plus mauvais signe. On comprend mieux maintenant l’absence d’Emmanuel Macron à la dernière COP de Madrid. N’est pas défenseur de l’environnement qui veut !

Le but de la fonction d’Ambassadeur des Pôles occupé par Michel Rocard de 2009 à 2016 était de sensibiliser à la situation de cette zone de la planète où le réchauffement climatique va deux fois plus vite qu’ailleurs, comme je ne cesse de la rappeler sur ce blog. Avec cette absence d’ambassadeur, la France ne participe plus au groupe de travail du Conseil de l’Arctique sur l’avenir de la navigation dans la zone. Avec la fonte des glaces, les passages du Nord-Est et du Nord-Ouest vont s’ouvrir à la navigation maritime, avec le fort risque de marée noire et de pollution qu’une telle circulation va forcément impliquer. La France n’est pas décisionnaire dans le Conseil de l’Arctique où siègent les représentants des pays riverains, mais elle dispose d’un siège d’observateur non négligeable.

L’observation de la situation en Antarctique faisait également partie de la fonction d’Ambassadeur des Pôles. La France est signataire du traité international de Madrid qui fait de l’Antarctique une terre de paix et de recherche. Par sa présence, l’Ambassadeur aurait pu plaider la cause des scientifiques français et de leurs moyens sur place, alors que d’autres pays comme la Chine installent de nouvelles bases. La France a tenté de créer un sanctuaire marin pour préserver les ressources en poissons, sans succès pour l’instant. Pour pouvoir faire avancer les choses, il faut la présence d’un fin diplomate et un poids lourd politique.

A mes yeux, le titre d’Ambassadeur des Pôles n’est pas simplement honorifique. Il suppose la participation à des négociations importantes pour l’avenir de notre planète. L’Accord de Paris signé lors de la COP 21 va fêter son cinquième anniversaire. On se rend malheureusement compte qu’aucun progrès significatif n’a été réalisé pendant cette période. Le coup de marteau de commissaire-priseur de Laurent Fabius n’aura pas servi à grand-chose !

Source : France Info.

La banquise continue de fondre, le saccage de l’Arctique va bientôt commencer, mais quelle importance? (Photo : C. Grandpey)

Les sables bitumineux de l’Alberta (Canada) : un désastre environnemental // Alberta’s oil sands (Canada) : an environmental disaster

Avec la chute des cours du pétrole et la baisse de la consommation due à la crise sanitaire du covid-19, les cours du pétrole ont plongé, ce qui a généré une situation catastrophique dans la province canadienne de l’Alberta qui assure à elle seule 80 % de la production énergétique du Canada et dont la prospérité repose en grande partie sur l’exploitation de ses sables bitumineux. Si l’Alberta, avec sa population de quatre millions d’habitants, était un pays, il serait le cinquième plus grand producteur de pétrole. Bien qu’il produise aussi du pétrole conventionnel, la plus grande partie provient des sables bitumineux, la troisième réserve de pétrole au monde, estimée à 170 milliards de barils.

Plusieurs compagnies pétrolières importantes ont annoncé une réduction de leur production allant parfois jusqu’à 50 %. Parallèlement, elles ont suspendu le versement de leurs dividendes aux actionnaires et procédé à mes mises au chômage temporaire. Cette situation affecte forcément tous les sous-traitants de cette industrie, avec des conséquences économiques faciles à imaginer.

Les sables bitumineux sont un mélange de bitume brut, de sable, d’argile minérale et d’eau. Plus la couche de bitume qui recouvre le sable et l’eau est épaisse, meilleure est a qualité des sables bitumineux. Dans la majeure partie de l’Alberta, le bitume est enfoui si profondément dans le sol que des puits doivent être forés pour l’extraire et de la vapeur injectée pour le mobiliser, à un coût énergétique élevé. Toutefois, au nord de Fort McMurray, la couche de bitume est peu profonde et peut être extraite dans d’énormes exploitations à ciel ouvert. L’exploitation des sables bitumineux se déroule en 3 étapes : 1) leur extraction, puis 2) l’extraction du bitume des sables, et enfin 3) la transformation du bitume.

L’impact sur le paysage est désastreux. Le long de la rivière Athabasca, s’aligne une ribambelle de bassins de décantation de résidus miniers. Cet univers est tellement toxique qu’il faut empêcher la faune de s’en approcher. Bien que certaines entreprises aient investi beaucoup d’argent dans des technologies pour résoudre le problème des résidus, cela n’a pas réduit leur impact sur l’environnement car leur volume ne cesse de croître. Il y a des infiltrations dans la rivière Athabasca, sans parler des pluies acides qui s’abattent sur une zone de la taille de l’Allemagne..

Des efforts ont été faits pour compenser l’impact environnemental de l’exploitation des sables bitumineux. En 2007, le gouvernement provincial de l’Alberta a institué une taxe sur le carbone pour les grands émetteurs industriels. Elle a rapporté 463 millions de dollars canadiens dédiés à la recherche énergétique. Lors de la COP 21 de 2015 à Paris, le Canada a cautionné l’ambitieux objectif de réchauffement planétaire de 1,5°C. Une taxe nationale sur le carbone est également entrée en vigueur le 1er avril 2019. Malgré cela, le Canada ne devrait pas atteindre son objectif de réduction des émissions de carbone pour 2020. Il est également peu probable que la pays atteigne son objectif climatique de Paris 2030 à cause de l’augmentation des émissions du secteur du pétrole et du gaz, qui devraient atteindre 100 millions de tonnes par an d’ici là. Les émissions des sables bitumineux, mesurées directement par les avions, sont supérieures de 30% aux chiffres rapportés par l’industrie.

A côté de ces efforts en faveur de l’environnement, le gouvernement canadien a cautionné financièrement la construction d’un oléoduc entre l’Alberta e t la Colombie Britannique afin de pouvoir ouvrir de nouveaux marchés aux sables bitumineux de l’Alberta.

Les sables bitumineux sont très critiqués par les associations environnementales pour leur impact sur le climat, la dégradation des forêts et de la santé des « First Nations », les populations autochtones locales. Outre les problèmes sanitaires, il y a un fort impact sur les caribous, bisons, élans, oiseaux, poissons, mais aussi sur l’eau et la forêt où ces populations trouvent leurs moyens de subsistance. L’extraction d’un baril de pétrole issu des sables bitumineux génère plus de 190 kg de gaz à effet de serre.

Les communautés locales sont impuissantes face à l’exploitation des sables bitumineux. Même si elles s’opposent aux projets d’extraction, en dernier ressort, c’est le gouvernement canadien qui décide. La meilleure chose qu’elles puissent espérer, c’est d’obtenir des terres pour amortir les impacts de leur exploitation.

Paradoxalement, certaines populations de First Nations sont devenues partenaires dans des projets d’extraction de sables bitumineux, en échange d’emplois, d’épiceries et de logements. On pense souvent que les populations autochtones sont totalement opposées à l’exploitation du pétrole et du gaz naturel, mais ce n’est pas vrai. En dépit des problèmes sanitaires et environnementaux, de nombreuses communautés autochtones ont construit et continuent de construire un avenir économique prospère en travaillant avec l’industrie des sables bitumineux.

Source : National Geographic et presse canadienne.

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With the drop in oil prices and the decrease in consumption due to the covid-19 health crisis, oil prices have plunged, which has created a catastrophic situation in the Canadian province of Alberta, which alone provides 80% of Canada’s energy production and whose prosperity depends largely on the exploitation of its oil sands. If Alberta, with its population of four million, were a country, it would be the fifth largest oil producer. Although it also produces conventional oil, most of its oil comes from the oil sands, the third largest oil reserve in the world, estimated at 170 billion barrels.
Several major oil companies have announced production cuts of up to 50%. At the same time, they have suspended the payment of their dividends to the shareholders and imposed temporary layoffs. This situation necessarily affects all subcontractors in this industry, with economic consequences that are easy to imagine.
The oil sands are a mixture of raw bitumen, sand, mineral clay and water. The thicker the layer of bitumen that covers the sand and water, the better the quality of the oil sands. In most of Alberta, bitumen is buried so deep in the ground that wells must be drilled to extract it and steam injected to mobilize it, at high energy cost. However, north of Fort McMurray, the bitumen layer is shallow and can be mined on huge surface mines. The exploitation of the oil sands takes place in 3 stages: 1) their extraction, then 2) the extraction of the bitumen from the sands, and finally 3) the transformation of the bitumen.
The impact on the landscape is disastrous. Along the Athabasca River is a string of tailings ponds. This universe is so toxic that one has to prevent wildlife from approaching it. Although some companies have invested a lot of money in technology to solve the residue problem, this has not reduced their impact on the environment as their volume continues to grow. There is leakage into the Athabasca River, not to mention the acid rain that hits an area the size of Germany.
Efforts have been made to offset the environmental impact of the oil sands development. In 2007, the Alberta provincial government instituted a carbon tax for large industrial emitters. It brought in 463 million Canadian dollars dedicated to energy research. At the 2015 Paris COP 21, Canada endorsed the ambitious goal of global warming of 1.5°C. A national carbon tax also came into effect on April 1, 2019. Despite this, Canada is not expected to meet its 2020 carbon reduction target. It is also unlikely that the country will meet its Paris climate target 2030 due to increased emissions from the oil and gas sector, which are expected to reach 100 million tonnes per year by then. Oil sands emissions, measured directly by aircraft, are 30% higher than the figures reported by the industry.
Beside these environmental efforts, the Canadian government has provided financial support for the construction of an oil pipeline between Alberta and British Columbia so that it can open new markets for the Alberta oil sands.
The oil sands are widely criticized by environmental associations for their impact on the climate, the degradation of forests and the health of « First Nations », the local indigenous populations. In addition to health problems, there is a strong impact on caribou, bison, moose, birds, fish, but also on the water and the forest where these populations find their livelihoods. Extracting a barrel of oil from the oil sands generates more than 190 kg of greenhouse gases.
Local communities are powerless over the development of the oil sands. Even if they oppose mining projects, in the last resort, the Canadian government decides what to do. The best thing they can hope for is to get land to cushion the impacts of their exploitation.
Paradoxically, some First Nation populations have become partners in oil sands extraction projects, in exchange for jobs, groceries and housing. It is often believed that indigenous people are completely opposed to the exploitation of oil and natural gas, but this is not true. Despite health and environmental issues, many indigenous communities have built and continue to build a prosperous economic future by working with the oil sands industry.

Source: National Geographic and Canadian press.

Carte montrant les gisements de sables bitumineux de l’Athabasca en Alberta (Source : Norman Einstein)

Image satellite du site des sables bitumineux de l’Athabasca en 2009. On peut voir un étang de décantation de résidus toxiques (tailings pond) à proximité de la rivière Athabasca (Crédit photo : NASA)

On va droit dans le mur !

Et si on parlait de la COP 21 de Paris et ses belles promesses ? Selon l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), les engagements de l’accord de Paris risquent fort de ne pas être tenus. N’ayons pas peur des mots : ils ne seront pas tenus ! Inutile d’entretenir l’illusion comme le font certains organismes.

Les derniers chiffres sont terribles : En Arctique, les températures en juin 2020 ont été en moyenne de 10 degrés au-dessus des normales saisonnières !! Dans les cinq ans qui viennent, l’augmentation de la température globale de la planète dépassera à coup sûr la barre des 1,5°C. Cinq ans, c’est le très court terme. On est très loin des prévisions du GIEC qui élaborent des scénarii sur 30 ou 70 ans. Il faut que ces gens redescendent sur terre et se rendent bien compte de l’urgence climatique.

Les cinq dernières années ont été les plus chaudes jamais observées sur la planète, et d’après l’OMM presque toutes les régions du globe devraient connaître des températures encore plus élevées dans les quatre ans à venir.

Actuellement, d’après le GIEC, on est à 1,2°C au-dessus de la période pré-industrielle. L’institution onusienne prévoit actuellement que les températures vont osciller entre + 0,9°C et +1,6°C, mais il y a de fortes chances pour que, sur un ou plusieurs mois sur cette période, elles dépassent le pic des 1,5°C. Il est même très probable que cette limite fixée par les accords de Paris soit atteinte sur une année entière.

Les effets des rejets de gaz à effet de serre se font de plus ne plus sentir et vont de pair avec la Courbe de Keeling qui nous renseigne sur les concentrations de CO2 dans l’atmosphère. . 2019 a été, avec 2016, la plus chaude de l’histoire de la planète. La Sibérie vient de connaître des pointes de chaleur à 38°C. En France, les températures des six premiers mois de l’année 2020 ont été les plus élevées depuis les relevés. En 2019, les émissions de gaz à effet de serre n’ont reculé dans l’hexagone que de 0,9%, bien loin de l’objectif des 3% annoncé pour 2025. A ce rythme là, il sera difficile d’atteindre dès 2030 une réduction de 40% des émissions !

Quels pics de chaleur faudra-t-il pour que les COP imposent aux Etats membres des mesures dignes de ce nom, en sachant que les dés seront pipés avec l’absence des Etats-Unis, l’un des principaux pollueurs de notre planète ? Notre avenir climatique est décidément très sombre.

Concentrations de CO2 sur le Mauna Loa (Hawaii) début juillet (Source: Scripps Institution)

La Suisse veut exporter son CO2 en Norvège // Switzerland wants to export its CO2 to Norway

Dans une note publiée le 17 juin 2016, j’abordais le projet CarbFix lancé en Islande à côté d’une centrale géothermique dans la périphérie de Reykjavik. Cette centrale exploite une source de vapeur produite par le magma à faible profondeur, en sachant que du CO2 et des gaz soufrés d’origine volcanique sont émis en même temps que la vapeur. Le but est de capter le gaz et de le réinjecter dans le sous-sol. Vous pourrez lire cette note en cliquant sur ce lien :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/06/17/islande-de-la-geothermie-au-stockage-du-co2-iceland-from-geothermal-energy-to-the-storage-of-co2/

La Suisse s’intéresse elle aussi au stockage du gaz carbonique. C’est ainsi que les usines de retraitement des déchets appellent la Confédération à créer un vaste réseau de pipelines pour exporter leur CO2 vers la Norvège, où il serait stocké dans d’anciens gisements de gaz naturel sous la mer du Nord.

Les 30 usines suisses de retraitement des déchets produisent chacune plus de 100 000 tonnes de CO2 par an. Deux d’entre elles, celle de Monthey (Valais) et de Linth (Glaris), ont lancé des projets pilotes visant à éliminer ces émissions et elles veulent piéger le gaz carbonique à l’aide de filtres.

Les 30 usines suisses de traitement des déchets rejettent plus de 4 millions de tonnes de CO2 par an, soit 4,5% des émissions totales de la Suisse. Par le passé, des canalisations évacuaient et traitaient les eaux usées. Aujourd’hui, il serait souhaitable de créer un réseau pour évacuer le CO2. Ce réseau pourrait être relié à d’autres grands émetteurs de CO2 comme les cimenteries ou l’industrie chimique. Selon le président de l’Association suisse des exploitants d’installations de traitement des déchets (ASED),« sans capture du CO2 à grande échelle, nous ne parviendrons pas à atteindre les engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris. »

Comme la Suisse ne dispose pas de capacité de stockage suffisante, les incinérateurs veulent relier leurs usines à un réseau de pipelines qui permettrait d’exporter ce gaz carbonique vers le nord de l’Europe et plus particulièrement la Norvège. Le pays stocke déjà avec succès du CO2 dans d’anciens gisements de gaz naturel sous la mer du Nord depuis 1996 et il s’apprête d’ici 2024 à ouvrir de nouveaux réservoirs pour y enfouir du CO2 européen.

L’enfouissement du CO2 dans des couches géologiques profondes est toutefois contesté. Selon Greenpeace, « il n’est pas encore prouvé que le CO2 qu’on envoie dans ces couches géologiques y reste; on n’est pas sûr qu’il n’y ait pas de fuite. Or, du CO2 qui s’échapperait dans la mer mettrait en danger l’écosystème marin. »

Malgré ces risques, la Confédération helvétique a déjà assuré son soutien au projet des usines d’incinération.

Exporter du CO2 à l’étranger est toutefois aujourd’hui encore interdit. Pour que la Suisse puisse stocker son CO2 sous la mer, elle devra ratifier les modifications de la Convention de Londres, un accord international qui protège les mers de la pollution.

Source : Radio Télévision Suisse (RTS).

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In a post released on June 17th, 2016, I referred to the CarbFix project launched in Iceland next to a geothermal power plant outside Reykjavik. This plant basically taps a source of steam above Iceland’s shallow magma chambers, but some volcanic CO2 and sulphur gas come along with it. The goal is to capture that gas and stick it back underground. That’s done with an injection well drilled down into basalt bedrock. You can read my post by clicking on this link:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/06/17/islande-de-la-geothermie-au-stockage-du-co2-iceland-from-geothermal-energy-to-the-storage-of-co2/

Switzerland too is interested in storing carbon dioxide. The waste reprocessing factories are calling on the Confederation to create a vast network of pipelines to export their CO2 to Norway, where it would be stored in former natural gas fields under the North Sea.
The 30 Swiss waste reprocessing plants each produce more than 100,000 tonnes of CO2 per year. Two of them, Monthey (Valais) and Linth (Glaris), have launched pilot projects to eliminate these emissions and they want to trap carbon dioxide by using filters.
The 30 Swiss waste treatment plants emit more than 4 million tonnes of CO2 per year, or 4.5% of Switzerland’s total emissions. In the past, pipes evacuated and treated wastewater. Today, a good idea would be to create a network to remove CO2. This network could be linked to other large CO2 emitters such as cement factories or the chemical industry. According to the president of the Swiss Association of Waste Treatment Plant Operators (ASED), « without large-scale CO2 capture, we will not be able to meet the commitments made under the Paris agreement. »
As Switzerland does not have sufficient storage capacity, the incinerators want to connect their factories to a network of pipelines which would allow this carbon dioxide to be exported to the north of Europe and more particularly to Norway. The country has already successfully stored CO2 in former natural gas fields under the North Sea since 1996 and is preparing to open new storage capacities by 2024 to bury European CO2 there.
The burial of CO2 in deep geological layers is however disputed. According to Greenpeace, « it is not yet proven that the CO2 that we pump in these geological layers remains there, we are not sure that there is no leak. The CO2 that would escape in the sea would endanger the marine ecosystem. »
Despite these risks, the Swiss Confederation has already provided support for the incineration plant project.
However, exporting CO2 abroad is still prohibited today. Fot Switzerland to be allowed to store its CO2 under the sea, the country will have to ratify the modifications of the London Convention, an international agreement which protects the seas from pollution.
Source: Radio Télévision Suisse (RTS).

La centrale géothermique islandaise impliquée dans le projet CarbFix (Photo : C. Grandpey)

COP 25 : Vers un nouvel échec climatique ?

La COP25 se déroule à Madrid du 2 au 13 décembre 2019, mais pour le moment rien de concret n’est sorti des négociations. Tout semble bloqué, alors que l’urgence climatique est toujours plus grande. Je crains fort que cette conférence se solde une fois de plus par un échec et se limite à de belles paroles, pour ne pas dire un brassage de vent.

Cette  COP25 revêt pourtant une certaine importance car les précède la COP 26 qui se tiendra à Glasgow (Ecosse) en 2020 où il faudra dresser le bilan des cinq dernières rencontres.

Ne pas tenir compte des alertes climatiques à répétition et ne pas prendre de mesures drastiques pour inverser les émissions signifie que nous continuerons d’être témoins de vagues de chaleur catastrophiques, de tempêtes et de pollution.

Adoptée en 2015, la COP 21 de Paris avait promis de contenir le réchauffement climatique « bien en dessous » de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. Or, les promesses actuelles des États suivent une trajectoire conduisant à un réchauffement supérieur à 3°C. Les émissions mondiales de CO2 ont encore augmenté de 0,6 % en 2019 !

Aucun État parmi les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre n’a annoncé le moindre engagement immédiat, alors que la session inaugurale était explicitement conçue pour évoquer des mesures « à court terme ». Pire, il se dit en coulisse que des pays comme le Japon pourraient ne pas soumettre de nouvelle promesse avant la COP26, au mépris de l’Accord de Paris.

L’Union européenne, espérée comme un élément moteur des négociations, est aux abonnés absents. Il est symptomatique de constater qu’Emmanuel Macron – qui se veut l’apôtre de la lutte contre le changement climatique – n’a pas fait le déplacement de Madrid et s’est fait remplacer par son Premier Ministre. De pus, la nouvelle présidente de la Commission Européenne a omis toute mention d’un quelconque objectif européen pour l’horizon 2030.

Les négociations achoppent également sur l’aide à apporter aux pays en voie de développement. Le « financement des pertes et dommages » est un nouveau mécanisme de financement souhaité par les pays les plus pauvres qui subissent déjà les dommages causés par des conditions climatiques plus extrêmes et par la montée des eaux liées au changement climatique. Ces États souhaitent que cette spécificité leur soit reconnue, mais les pays développés – dont la France – refusent toujours la mise en place d’un tel mécanisme.

Par ailleurs, la question des marchés carbone – systèmes d’échange de droits d’émissions de gaz à effet de serre entre des pays qui en émettent trop, et des pays qui en émettent moins – n’est toujours pas réglée.

Attendons de voir la suite de cette COP 25, mais mon optimisme est vraiment très limité. Pendant ce temps, les glaciers et la banquise continuent de fondre, à tel point que l’aventurier Mike Horn a dû être secouru dans l’Arctique. A cause du changement climatique, la glace est plus fine que d’habitude et davantage susceptible de dériver, ce qui a compliqué l’expédition…

Source : Presse nationale et internationale.

A l’assaut de l’Arctique ! // Storming the Arctic !

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril », j’explique que la fonte de la glace dans l’Arctique est une aubaine pour les pays riverains qui n’hésiteront pas à aller y puise des ressources minérales et pétrolières jusqu’à présent inaccessibles. J’explique aussi que la fonte de la glace arctique va ouvrir les passages du nord-est et du nord-ouest. Des pays comme les Etats Unis, la Russie, la Chine ou le Japon vont se précipiter vers ces nouvelles voies de navigation, avec toute la pollution que ce trafic maritime va forcément générer.

Mes propos viennent d’être confirmés par la conférence « Arctic Frontiers » qui se tient cette semaine en Norvège. On y apprend que les géants du pétrole et du gaz ont bien l’intention de profiter de la fonte de la glace arctique qui libère l’accès à d’immenses ressources énergétiques: 13% des réserves mondiales de pétrole et 30% de celles de gaz se trouvent au-delà du cercle polaire.

Les représentants du norvégien Statoil, notamment, ont été très clairs lors de cette conférence. Ils prennent bien note du message de la COP 21, mais expliquent qu’il n’est pas question pour autant d’arrêter leurs activités en mer de Barents ou autour de l’Océan Arctique. Les réserves de pétrole diminuent partout dans le monde, c’est donc en Arctique selon eux qu’il faut aller chercher les derniers gisements.

Les écologistes dénoncent ce raisonnement car ces nouvelles explorations vont renforcer encore davantage le réchauffement global de la planète. Les ONG environnementales craignent aussi une marée noire dans la région. Elle serait désastreuse pour un écosystème déjà très fragilisée par le changement climatique.

A votre avis, qui du climat et des intérêts économiques va gagner la partie?

Source : France Info.

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During my conference « Glaciers at Risk », I explain that the melting of the ice in the Arctic is a boon for the neighbouring countries that will not hesitate to go and exploit mineral and oil resources that have been inaccessible until now . I also explain that the melting of Arctic ice will open the northeastern and northwestern passages. Countries such as the United States, Russia, China or Japan will rush to these new shipping routes, with all the pollution that maritime traffic will inevitably generate.
My words have just been confirmed by the conference « Arctic Frontiers » being held this week in Norway. We learn learned that the oil and gas giants are intent on taking advantage of the melting of Arctic ice, which frees access to immense energy resources: 13% of world oil reserves and 30% of gas are beyond the Arctic Circle.
Statoil’s representatives from Norway were very clear at the conference. They take note of the message of COP 21, but explain that there is no question of stopping their activities in the Barents Sea or around the Arctic Ocean. Oil reserves are decreasing all over the world, so it is in the Arctic that we should exploit the last deposits.
Environmentalists denounce this reasoning because these new explorations will further strengthen global warming. Environmental NGOs also fear an oil spill in the region. It would be disastrous for an ecosystem already weakened by climate change.

In your opinion, who will win the game? Climate and economic interests?
Source: France Info.

La fonte de la glace arctique va ouvrir de nouvelles voies maritimes (Source: Wikipedia)

Des vagues de chaleur …et des belles paroles ! // Heatwaves…and fine words !

Comme prévu (voir ma note du 28 juillet 2019), la canicule historique qui vient de balayer l’Europe s’est installée sur les pays nordiques. Des alertes ont été diffusées en Norvège, en Suède et en Finlande. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) prévoit que le transfert de chaleur de l’Europe  vers le Groenland aura pour effet une augmentation des températures et une accélération de la fonte des glaces.

Dans le nord de la Norvège, la ville de Laksfors a enregistré une température de 35,6° C, le 27 juillet, égalant ainsi le record national établi à Nesbyen en 1970. L’Institut météorologique norvégien a également déclaré avoir constaté des « nuits tropicales » en différents endroits du sud de la Norvège. Cela signifie que les températures ne sont pas descendues sous 20°C pendant la nuit.

En Suède, la petite ville de Markusvinsa, au nord du pays, a atteint le 26 juillet un record de 34,8°C, la température la plus haute constatée dans ce pays cette année et la plus élevée dans le Grand Nord depuis 1945.

La police finlandaise a quant à elle exhorté en début de semaine dernière  les automobilistes à faire attention aux élans, de plus en plus nombreux à traverser les routes pour trouver de l’eau pour se désaltérer, en raison de la chaleur.

Dans le sillage de ces canicules à répétition, plusieurs scientifiques indiquent que les prochains mois s’annoncent déterminants pour convaincre les Etats à s’engager réellement dans la lutte contre le changement climatique. Selon eux, la succession de vagues de chaleur intense et d’inondations qui frappent l’Europe et d’autres continents cet été ne sont sans doute qu’une préfiguration de ce que sera le monde de demain si les hommes persistent à ne pas relever le défi du changement climatique. Ces évènements dramatiques devraient agir comme une piqûre de rappel alors que les négociations sur les moyens de mettre en œuvre les engagements pris en 2015 lors de l’Accord de Paris entrent dans une phase décisive.

Alors que les études scientifiques montrent les unes après les autres une accélération bien plus rapide que prévu des conséquences du dérèglement climatique, comme la fonte des glaces et la hausse du niveau des mers, même les objectifs convenus lors de la COP21 semblent insuffisants pour contenir la hausse de la température mondiale à 1,5°C au-dessus du niveau de l’époque pré-industrielle. En octobre dernier, le GIEC a prévenu que les émissions de CO2 devraient commencer à baisser dès 2020 pour qu’il y ait une chance d’atteindre cet objectif. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a souligné qu’il serait « suicidaire » de ne rien faire. En s’exprimant ainsi, le diplomate portugais espère provoquer un sursaut en vue de la prochaine conférence mondiale sur le climat (COP25) en novembre au Chili.

L’enjeu majeur reste de convertir les engagements pris par les Etats pendant la COP 21 en actes concrets. Jusqu’à présent, aucune des grandes économies n’a véritablement entamé sa mutation. Pour un climatologue américain, cela implique que les gouvernements accordent à la transition énergétique la même priorité que la mobilisation de l’industrie pendant la Seconde Guerre mondiale. L’affaire semble bien mal engagée quand on sait que le président Donald Trump est déterminé à désengager les Etats-Unis de l’Accord de Paris. A cela s’ajoute l’incapacité de l’Union européenne à s’entendre sur l’objectif de neutralité carbone en 2050.

Au train où vont les choses, il semble plus que probable que le changement climatique précipitera la fin de la civilisation capitaliste mondiale alimentée par les énergies fossiles.

Source : France Info et médias américains.

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As expected (see my note of July 28th, 2019), the historic heat wave that has struck Europe has settled on the Nordic countries. Alerts have been released in Norway, Sweden and Finland. The World Meteorological Organization (WMO) predicts that heat transfer from Europe to Greenland will increase temperatures and accelerate ice melt.
In northern Norway, the city of Laksfors recorded a temperature of 35.6°C on  July 27th, matching the national record set in Nesbyen in 1970. The Norwegian Meteorological Institute also reported « tropical nights »in different parts of southern Norway. This means that temperatures did not drop below 20°C overnight.
In Sweden, the small town of Markusvinsa, in the north of the country, reached a record of 34.8°C on July 26th, the highest temperature recorded in the country this year and the highest in the Far North since 1945.
The Finnish police meanwhile urged early last week motorists to pay attention to moose, more and more of them cross the roads to find water to quench their thirst, because of the heat.

In the wake of these repeated heat waves, several scientists say that the next few months will be decisive in convincing states to really engage in the fight against climate change. According to them, the succession of intense heat waves and floods that hit Europe and other continents this summer foreshadow what tomorrow’s world will be like if men persist in not meeting the challenge of climate change. These dramatic events should act as a booster, as negotiations on how to implement the commitments made in 2015 under the Paris Agreement are entering a decisive phase.
While scientific studies show, one after the other, a much faster than expected acceleration of the consequences of climate change, such as melting ice and rising sea levels, even the objectives agreed at COP21 seem insufficient to contain the global temperature rise to 1.5°C above the level of the pre-industrial era. Last October, the IPCC warned that CO2 emissions should start to drop by 2020 to have a chance to achieve this goal. UN Secretary-General Antonio Guterres said it would be « suicidal » to do nothing. With these strong words, the Portuguese diplomat hopes to trigger reactions at the next world climate conference (COP25) in November in Chile.
The major challenge remains to convert the commitments made by States during COP 21 into concrete actions. So far, none of the major economies has really begun to change. According to an American climatologist, this implies that governments give the energy transition the same priority as the mobilization of industry during the Second World War. The case seems to be in bad shape when we know that President Donald Trump is determined to disengage the United States from the Paris Agreement. Added to this is the inability of the European Union to agree on the objective of carbon neutrality in 2050.
As things go, it seems more than likely that climate change will precipitate the end of the world capitalist civilization fueled by fossil fuels.
Source: France Info and US news media.

Photo: C. Grandpey