Nouvel épisode éruptif sur l’Etna (Sicile) // New eruptive episode on Mt Etna (Sicily)

Le 19 mai 2021 vers 2h20 (heure locale), l’INGV a enregistré une reprise de l’activité strombolienne dans le Cratère SE de l’Etna. Une heure plus tard, cette activité s’est intensifiée, avec l’apparition de fontaines de lave.

Image webcam L.A.V.E.

Le phénomène s’est accompagné d’une forte hausse du tremor éruptif. Vers 4h30 ce matin, une petite coulée de lave avançait sur le versant SO du volcan.

L’intensité du tremor a ensuite chuté et est en train de retrouver une valeur normale.

Source : INGV.

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On May 19th, 2021 at about 2:20 a.m. (local time), INGV recorded a resumption of Strombolian activity in Mt Etna’s SE Crater. An hour later, this activity intensified, with lava fountains. The phenomenon was accompanied by a sharp rise in the eruptive tremor. Around 4:30 am this morning, a small lava flow was advancing on the SW slope of the volcano. The intensity of the tremor then dropped and is returning to normal values.

Source: INGV.

 

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde:

L’éruption du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) continue. Le tremor montre des valeurs stables, avec toutefois une certaine baisse au cours des dernières 48 heures. Les très mauvaises conditions météo ne permettent pas de faire de bonnes observations sur le terrain. La mort des deux jeunes randonneurs va probablement mettre un terme, au moins pendant un certain temps, aux très belles images de l’éruption. Les données satellitaires confirment que le front de coulée est figé dans les Grandes Pentes, en amont du Cratère Bonnet. Le champ de lave s’étend latéralement. La coulée atteint une longueur de 3,5 km.

Source : OVPF.

Photo : C. Grandpey

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Un article paru le 21 avril 2021 dans le journal La Sicilia nous apprend que le Stromboli (Sicile) continue de donner un spectacle avec de fréquentes explosions projetant des matériaux incandescents. Malheureusement, les restrictions de déplacement liées à la pandémie de Covid-19 ne permettent pas aux touristes de profiter du spectacle depuis 400 m d’altitude, le point d’observation le plus haut autorisé actuellement.

Les guides de Stromboli ont toutefois pu atteindre le sommet du volcan pour accompagner des équipes de équipes de télévision. L’activité éruptive est qualifiée de moyenne à élevée par l’INGV. Elle se concentre essentiellement dans la zone cratèrique centre-sud où les guides ont repéré trois points d’émission, avec des gerbes qui montent à environ 250 m de hauteur.

Il convient de rappeler que des explosions de forte intensité sont susceptibles de se produire à tout moment, ce qui justifie les restrictions d’accès pour le public en général .

Source : La Sicilia.

Source: INGV

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Même si une explosion ponctuelle n’est pas exclue, il semble bien que l’éruption de La Soufrière de St Vincent soit en train de marquer le pas. Aucun événement significatif n’a été observé depuis l’explosion du 22 avril. La sismicité de présente que quelques événements longue période, hybrides ou volcano-tectoniques. Aucun épisode de tremor n’est enregistré. Les images  montrent la possible formation ou croissance d’un dôme ou d’une aiguille de lave (comme sur la Montagne Pelée en 1902), mais cette dernière hypothèse n’a pas été confirmée lors d’un survol du volcan le 26 avril. Le plancher du cratère émettait seulement des panaches de gaz et de vapeur. Le cratère semble rempli à ras bord de tephra, ce qui pourrait favoriser le déclenchement de coulées pyroclastiques. L’UWI prévient que de nouvelles séquences explosives peuvent se produire sans prévenir.

L’heure est maintenant au bilan. La situation est catastrophique à St Vincent, tant sur le plan économique qu’humain, avec des difficultés de disponibilité et d’accessibilité de la nourriture. Comme je l’indiquais précédemment, les pertes agricoles sont estimées à plus de 150 millions de dollars. Le Ministre de l’Agriculture a déclaré : «Nous sommes confrontés à une catastrophe dans l’agriculture, la pêche, les infrastructures routières et dans d’autres domaines.» Les autorités locales comptent sur l’aide internationale et celle des autres îles de la Caraïbe.

Source : Médias d’information locaux.

Source: UWI

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Après plusieurs semaines de calme, il semble que l’Etna (Sicile) ait envie de rappeler que c’est un volcan actif. Ces derniers jours, on a observé une hausse du tremor et la webcam L.A.V.E. montrait de l’incandescence au sommet du Cratère SE. On pouvait voir le 27 avril au soir une belle activité strombolienne sur l’une des webcams en streaming. Affaire à suivre

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Alors que l’éruption fissurale se poursuit sur la péninsule de Reykjanes (Islande), deux séismes ont été ressentis par les habitants de Reykjavik le 24 avril 2021 sur le coup de midi. D’une magnitude de M 3,0 et M 3,1, les épicentres se trouvaient à l’extrémité SO du lac Kleifarvatn. Le Met Office islandais indique qu’ils ne sont pas en mettre en relation avec l’éruption. Au vu des images fournies par les webcams, cette dernière semble moins spectaculaire qu’à ses débuts. Le double cône au nord de la fracture éruptive a cessé toute activité. En revanche, la bouche la plus au sud projette maintenant des lambeaux de lave à une cinquantaine de mètres de hauteur, au lieu d’une quinzaine de mètres auparavant. Le débit éruptif global est relativement constant à environ 6 mètres cubes par seconde. On estime qu’environ 18 millions de mètres cube de lave ont été émis depuis le 19 mars. Le 22 avril, le champ de lave présentait une superficie de plus d’un kilomètre carré avec une épaisseur moyenne de 16 mètres, mais pouvant atteindre une cinquantaine de mètres par endroit. Les dernières analyses confirment que le magma vient directement du manteau, ce qui pousse certains scientifiques à dire que l’éruption pourrait encore durer plusieurs mois, voire plusieurs années, mais on a vu ces derniers mois qu’il fallait se montrer prudent avec les prévisions sur la péninsule de Reykjanes.

A noter que les Islandais voudraient profiter de cette longue éruption pour essayer de contrôler, voire de détourner la trajectoire d’une coulée, un peu comme ils l’ont fait à Heimaey en 1973. Un tel projet pourrait s’avérer utile si un jour une coulée de lave venait à menacer une zone habitée. Une telle initiative présente toutefois un aspect juridique car détourner le cours de la lave signifie protéger une zone, mais détruire une autre qui aurait été épargnée.

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Dans un mail reçu le 22 avril, l’Alaska Volcano Observatory (AVO) indiquait que l’activité éruptive était en hausse sur le Semisopochnoi (Aléoutiennes / Alaska). Les images satellites montraient un panache de cendre qui s’étirait sur environ 80 km en direction du sud. La couleur de l’alerte aérienne a été élevée à Orange et le niveau d’alerte volcanique à Vigilance.

Source : AVO.

Source : AVO

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Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous en trouverez d’autres (en anglais) en lisant le bulletin hebdomadaire de la Smithsonian Institution :

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

The eruption of Piton de la Fournaise (Reunion Island) continues. The tremor shows stable values, but has somewhat decreased during the past 48 hours. The poor weather conditions do not allow good observations on the ground. The deaths of the two young hikers are likely to put an end, at least for a while, to the nice photos of the eruption. Satellite data confirms that the lava flow front has stopped in the Grandes Pentes, upslope from Cratère Bonnet. The lava field extends laterally. The lava flow is 3.5 km long.

Source: OVPF.

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An article published on April 21st, 2021 in the newspaper La Sicilia informs us that Stromboli (Sicily) continues to give a show with frequent explosions projecting incandescent materials. Unfortunately, travel restrictions linked to the Covid-19 pandemic do not allow tourists to enjoy the show from 400m above sea level, the highest vantage point currently allowed. Stromboli guides were however able to reach the summit of the volcano to accompany teams of television crews. The eruptive activity is rated medium to high by INGV. It is mainly concentrated in the south-central crater area where guides have spotted three emission points, with projections rising up to about 250 m in height. It should be remembered that high intensity explosions may occur at any time, which justifies the access restrictions for the general public.

Source: La Sicilia.

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Even if an occasional explosion cannot be excluded, it seems that the eruption of St Vincent’s La Soufrière is slowing down. No significant event has been observed since the explosion on April 22nd. Seismicity presents only a few long-period, hybrid or volcano-tectonic events. No episode of tremor is recorded. The images show the possible formation or growth of a lava dome or spine (as on Mount Pelee in 1902), but the latter hypothesis was not confirmed during a flight over the volcano on April 26th. The crater floor emitted only plumes of gas and steam. The crater appears to be filled to the brim with tephra, which could favour the triggering of pyroclastic flows. UWI warns that new explosive sequences can occur without warning.

Now is the time to take stock. The situation is disastrous in St Vincent, both economically and humanly, with difficulties in the availability and accessibility of food. As I mentioned earlier, agricultural losses are estimated at over $ 150 million. The Minister of Agriculture said, « We are facing a disaster in agriculture, fisheries, road infrastructure and other areas. » Local authorities are counting on international aid and that of other Caribbean islands.

Source: Local news media.

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After several weeks of calm, it seems that Mt Etna (Sicily) wants to recall that it is an active volcano. In recent days, one could observe an increase in the tremor and the L.A.V.E. webcam showed glow at the SE Crater. On the evening of April 27th, one could see a nice strombolian activity on one of the streaming webcams.

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While the fissure eruption continues on the Reykjanes peninsula (Iceland), two earthquakes were felt by residents of Reykjavik on April 24th, 2021 around midday. Measuring M 3.0 and M 3.1, the epicenters were located at the SW end of Kleifarvatn. The Icelandic Met Office says they are not in connection with the eruption. In view of the images provided by the webcams, the latter looks less spectacular than in its early days. The double cone north of the eruptive fracture has ceased all activity. In contrast, the southernmost vent now throws shreds of lava about fifty metres high, instead of fifteen metres previously. The overall eruptive flow is relatively constant at around 6 cubic metres per second. It is estimated that around 18 million cubic metres of lava have been emitted since March 19th. On April 22nd, the lava field had an area of ​​more than a square kilometre with an average thickness of 16 metres, but reaching about 50 metres in places. The latest analyses confirm that magma comes directly from the mantle, which leads some scientists to say that the eruption could still last several months, even several years, but we have seen in recent months that one should be careful with the predictions on the Reykjanes peninsula.

Icelanders would like to take advantage of this long eruption to try to control, or even divert a lava flow, a bit like they did in Heimaey in 1973. Such a project could prove useful if one day a lava flow threatened a populated area. However, such an initiative has a legal aspect because diverting the course of the lava means protecting an area, but destroying another that would otherwise have been spared.

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In an email received on April 22nd, 2021, the Alaska Volcano Observatory (AVO) indicated that eruptive activity was increasing at Semisopochnoi (Aleutians / Alaska). Satellite images showed an ash plume stretching about 80 km in a southerly direction. The aviation colour code was raised to Orange and the volcanic alert level to Watch.

Source: AVO.

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This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

Prévision éruptive : où en est-on ?

L’actualité volcanique a été particulièrement riche ces dernières semaines, avec quatre éruptions quasi simultanées sur la péninsule de Reykjanes en Islande, sur l’Etna  en Sicile, sur le Piton de la Fournaise à la Réunion et sur La Soufrière de St Vincent. Comment les scientifiques ont-ils appréhendé ces éruptions qui, pour le moment, n’ont fait aucune victime ? Il est vrai que trois d’entre elles sont effusives, avec un risque relativement faible pour la population. Il faut garder à l’esprit que la prévision éruptive ne revêt réellement de l’importance lorsque des populations sont menacées et qu’il s’agit de définir une stratégie pour les protéger.

Après beaucoup de questions et de tergiversations parmi les scientifiques islandais pour savoir si la sismicité enregistrée sur la péninsule de Reykjanes était due à la présence d’un dyke, et ensuite si le dyke allait donner naissance à une éruption, la lave a enfin percé la surface à 18h45 (heure locale) le 19 mars 2021. La zone de l’éruption, la Geldingadalur se situait loin des zones habitées et il a été relativement facile pour les autorités islandaises de gérer cet événement.

Un très grand nombre d’Islandais sont venus assister au spectacle. Plusieurs sentiers d’accès ont été mis en place au fur et à mesure de l’évolution des coulées de lave. Au bout de quelques jours, les scientifiques ont eu la surprise de voir de nouvelles bouches apparaître le long de la fracture éruptive, mais leur activité ne posait pas le moindre problème. Seuls les gaz auraient pu incommoder les personnes présentes, Il leur a été conseillé de veiller à avoir le vent dans le dos pour éviter tout désagrément. Contrairement au Piton de la Fournaise, « chaleur et toxicité des gaz »  n’ont tué personne en Islande. On a juste recensé quelques blessures (entorses, foulures, etc.) sans gravité.

Très peu de visiteurs étrangers ont pu observer l’éruption jusqu’à présent à cause des interdictions de circuler en vigueur dans de nombreux pays, mais aussi à cause des restrictions d’accès imposées par les autorités islandaises.

Au final, on peut dire que, s’agissant de l’éruption en cours,  la prévision éruptive n’a, pour le moment, qu’une importance très relative en Islande.

Crédit photo : http://www.ruv.is

Le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) nous offre, lui aussi, une éruption effusive depuis le 9 avril 2021. Comme à l’accoutumée, elle se déroule dans l’Enclos Fouqué et aucune population n’est menacée. Là aussi, le prévision éruptive n’a qu’une importance relative. Il en irait différemment si la lave décidait de sortir de l’Enclos et menaçait des maisons, comme cela s’est déjà produit par le passé. Malgré tout, avec une éruption effusive comme celle-ci ou celle en Islande, le risque humain est quasiment nul. On l’a vu en 2018 avec l’éruption du Kilauea (Hawaii) qui a détruit plusieurs centaines de structures, sans faire de victimes.

L’OVPF fournit quotidiennement des informations  qui permettent de bien suivre le déroulement des événements. Deux randonneurs ont perdu la vie ces derniers jours, mais ils se trouvaient dans l’Enclos dont l’accès était interdit. La cause exacte de leur décès reste à déterminer.

Source : OVPF

Après une période calme, l’Etna (Sicile) semble vouloir reprendre du service. Une activité strombolienne anime à nouveau le Cratère SE. Allons-nous assister à une nouvelle série de « paroxysmes » ? L’INGV explique qu’il n’a pas la réponse. Tant que cette activité éruptive restera concentrée dans la zone sommitale du volcan, il s’agira juste d’un beau spectacle pour les yeux. Nous sommes particulièrement gâtés par les webcams dont certaines proposent de superbes images en streaming. La situation serait plus inquiétante si des coulées de lave menaçaient des bourgades sur les flancs du volcan, comme ce fut le cas pour Zafferana Etnea au cours de l’éruption de 1991-1994. Là encore, les dégâts seraient matériels et, sauf imprudence, aucune vie humaine ne serait en jeu.

La cendre volcanique est le seul problème pour la population qui est contrainte à manier le balai au moment des paroxysmes. C’est aussi un problème pour les agriculteurs car les plantations n’apprécient guère les dépôts de cendre. En fonction de la direction du vent, l’aéroport de Catane est parfois contraint d’arrêter ses activités mais, répétons le, des vies humaines ne sont pas menacées directement par une éruption de l’Etna, donc la prévision prend, là aussi, une importance relative.

Il en va différemment lorsqu’il s’agit d’un volcan explosif situé dans une zone de subduction, comme La Soufrière à St Vincent-et-les-Grenadines. Cela faisait plusieurs semaines que les scientifiques s’inquiétaient car on observait la croissance d’un dôme de lave dans le cratère du volcan, juste à côté de celui laissé par l’éruption de 1979. Personne ne savait comment ce dôme allait évoluer. Allait-il cesser de croître sans autre conséquence ? Allait-il continuer sa croissance et déborder du cratère en déclenchant des coulées pyroclastiques ? Allait-il exploser ? Personne n’avait la réponse. On savait que l’une de ces hypothèses était probablement la bonne, mais laquelle ? Prévision éruptive nulle !

Le 8 avril 2021, les scientifiques de l’Université des Antilles (UWI) en charge de la surveillance du volcan ont observé une très forte intensification de la sismicité. Ils ont alerté les autorités et il a été décidé – en appliquant le principe de précaution – d’évacuer la population dans la zone nord de l’île, celle qui était le plus sous la menace du volcan. La décision était la bonne car le 9 avril, un très volumineux panache de cendre s’échappait du cratère, avec des très importantes retombées de cendre.

On peut dire que les scientifiques de l’UWI ont eu beaucoup de chance car l’éruption aurait pu débuter plus rapidement et différemment, dès le 8 avril, avec des coulées pyroclastiques. La situation aurait alors pris une autre tournure au niveau humain. Par bonheur, les coulées pyroclastiques se sont produites plusieurs jours plus tard , et uniquement sue le versant ouest de La Soufrière.

Les dégâts causés par la cendre sont immenses et il faudra très longtemps pour que St Vincent retrouve une situation acceptable. Heureusement, l’aide internationale et celle des autres îles de la Caraïbe permettent d’amortir le choc.

Cela fait plusieurs jours que le volcan s’est calmé, mais l’UWI prévient que des sursauts d’activité restent possibles et demande à la population de rester très vigilante.

Quelque 13 000 personnes ont été déplacées par l’éruption. Environ  6 200 vivent dans des abris temporaires et doivent faire face aux problèmes habituels de promiscuité et de santé, en sachant que l’épidémie de Covid-19 n’arrange pas les choses.

On peut donc dire que, pour le moment – contrairement à l’éruption de 1902 et ses 1600 victimes – l’éruption de La Soufrière se passe sans perte humaine, en dépit des difficultés de la prévision éruptive sur ce type de volcan. Le principe de précaution a été mis en œuvre et c’est une sage décision.

Source : UWI

Histoire de gaz : des puits de pétrole à l’activité de l’Etna // A story of gas : from oil wells to activity on Mt Etna

Suite à ma note du 27 mars 2021 sur l’importance des gaz volcaniques dans le processus éruptif de l’Etna, un fidèle visiteur de mon blog a apporté des éclaircissements supplémentaires extrêmement intéressants.

Dans le courrier qu’il m’a obligeamment envoyé ces derniers jours, il fait référence « à la lointaine époque où il apprenait son métier dans une entreprise d’exploitation pétrolière. » Il a alors eu accès à un document décrivant diverses techniques d’extraction du pétrole et, parmi celles-ci, la technique dite du « gas-lift », ou « bubble-pump », qui consiste à rendre artificiellement éruptif un puits de pétrole qui ne l’est pas, ou qui ne l’est plus. Il « suffit » pour cela d’injecter au fond du puits, à la base de la colonne de remontée du pétrole, des bulles de gaz sous pression…
Le document fait toutefois remarquer qu’il ne faut pas voir dans cette technique le fait que les bulles, qui ont tendance à remonter spontanément vers la surface, entraînent dans leur remontée le pétrole dans lequel elles « baignent.» C’est leur présence au sein de la colonne de pétrole qui permet de l’alléger et facilite sa remontée.

Intuitivement, on comprend facilement que, pour faire remonter le liquide contenu dans une colonne verticale, il est nécessaire de vaincre le poids total du liquide contenu dans cette colonne ; or, si l’on parvient à y ajouter du gaz en quantité importante, sous forme de bulles, le poids total du liquide contenu dans la colonne diminue, et le liquide peut remonter sous l’action d’une poussée beaucoup plus faible. C’est ce qui permet l’extraction du pétrole d’un puits où la pression est insuffisante, ou bien de faire remonter l’eau d’une nappe captive dont la pression est trop faible.

On peut aussi voir le phénomène d’un point de vue différent, en considérant la pression. Si la colonne « allégée » par la présence de gaz est bloquée à son sommet, même partiellement, on observe que la pression intérieure au sommet de la colonne est beaucoup plus élevée qu’à l’extérieur. Pour faire le calcul intuitivement, on peut s’appuyer sur le fait que l’on aura la même différence de pression si toutes les bulles sont regroupées en une ou plusieurs poches de gaz de grande extension ; or on observe que la pression à l’intérieur d’une poche de gaz – à peu près immobile – est la même partout, et que si la poche a une grande extension verticale, la pression dans la partie supérieure est extrêmement proche de celle qui règne dans la partie inférieure ; on dit alors que le gaz transmet intégralement les pressions. En conséquence, si l’on a dans la colonne une succession de poches de gaz, la pression à la base de chaque poche est transmise à son sommet, et de proche en proche, cela peut conduire à une pression extrêmement élevée au sommet de la colonne.

A partir de ces constations dans l’univers du pétrole, on peut extrapoler et penser que l’ascension du magma dans la cheminée d’un volcan  peut être facilitée par un phénomène analogue, du fait de la présence de gaz dissous ou de vapeur d’eau sous forte pression. Une pression colossale en provenance des profondeurs expliquerait sur l’Etna l’apparition de ces fontaines de lave de plusieurs centaines de mètres de hauteur. Cela expliquerait sur d’autres volcans le risque d’explosion catastrophique d’un dôme formant un bouchon dans un cratère obstrué.

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Following my post of March 27th, 2021 on the importance of volcanic gases in Mt Etna’s eruptive process, a visitor to my blog has sent me some extremely interesting additional insight. In his kind letter to me over the past few days, he refers to « the distant days when he was learning his trade in an oil company. He then “had access to a document describing various oil extraction techniques and, among these, the technique known as » gas-lift « , or » bubble-pump « , which consists in artificially giving a new life to an oi well which was not, or no longer active. To reach this goal, it “suffices” to inject pressurized gas bubbles at the bottom of the well, at the base of the oil column.

The document points out, however, that this technique should not be understood as the fact that the bubbles, which tend to rise spontaneously to the surface, carry along as they rise the oil in which they « bathe. » It is their presence in the oil column that lightens it and facilitates its ascent.

Intuitively, it is easy to understand that, in order to bring up the liquid contained in a vertical column, it is necessary to overcome the total weight of the liquid contained in this column; however, if gas is successfully added to it in large quantities, in the form of bubbles, the total weight of the liquid in the column decreases, and the liquid can rise again under the action of a much lower thrust. This is what allows oil to be extracted from a well where the pressure is insufficient, or to raise water from a captive aquifer whose pressure is too low …

One can also see the phenomenon from a different point of view, looking at the pressure. If the column that is « lightened » by the presence of gas is blocked at its top, even partially, one can observe that the internal pressure at the top of the column is much higher than at the outside. To do the calculation intuitively, one can rely on the fact that there will be the same pressure difference if all the bubbles are grouped together in one or more large gas pockets; however, one can observe that the pressure inside a gas pocket – almost motionless – is the same everywhere, and that if the pocket has a large vertical extension, the pressure in the upper part is extremely close to that in the lower part; one can then say that the gas fully transmits the pressure. Consequently, if there is a succession of gas pockets in the column, the pressure at the base of each pocket is transmitted to its top, and step by step, this can lead to an extremely high pressure at the top of the column..

From these observations in the world of oil, one can extrapolate and think that the ascent of magma in the conduit of a volcano can be facilitated by a similar phenomenon, due to the presence of dissolved gas or vapour submitted to high pressure. A huge pressure from the depths would account for the lava fountains several hundred metres high on Mt Etna. This would also explain on other volcanoes the risk of a catastrophic explosion when a dome forming a plug is obstructing a crater.

Photo : C. Grandpey