Avec le réchauffement climatique, les glaciers peuvent tuer // With global warming, glaciers may kill

Avec le réchauffement climatique, les glaciers fondent de plus en plus vite. En conséquence, l’approche de ceux qui viennent vêler dans la mer ou dans un lagon devient de plus en plus dangereuse. Les derniers événements survenus à Alaska confirment que les touristes qui visitent les glaciers ont intérêt à être de plus en plus prudents.
Les corps de trois Européens – deux Allemands et un Autrichien – ont été retrouvés dans le lac devant le glacier Valdez, à environ 200 kilomètres à l’est d’Anchorage. Les cadavres ont été découverts près du front du glacier Valdez, entourés de petits icebergs, signe que les victimes ont été tuées par un effondrement du glacier qui donne naissance au lac. Les trois hommes naviguaient dans une embarcation gonflable ; elle a été retrouvée sur les lieux de l’accident, avec les autres biens des victimes.
Comme ses homologues dans la région, le glacier Columbia en particulier, le glacier Valdez recule de façon spectaculaire et il déverse sa glace dans le lac qui s’est considérablement agrandi ces dernières années. Les effondrements de glace ont déjà fait des victimes en Alaska et dans d’autres régions nordiques. Une randonneuse de 32 ans a été tuée par la chute de blocs de glace l’été dernier. Le même jour, dans un autre lieu, un garçon de 5 ans en randonnée avec sa famille a été tué par des blocs qui se sont détachés d’un glacier.
La source; Agence Reuters, via la presse américaine.

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With global warming, glaciers are melting faster and faster. As a consequence, the approach of calving glaciers is getting more and more dangerous. The latest events in Alaska do confirm that tourists who visit glaciers should be more and more careful.

The bodies of three boaters from Europe – two Germans and an Austrian – were found in Valdez Glacier Lake, about 200 kilometres east of Anchorage. The corpses were discovered near the front of Valdez Glacier, surrounded by frozen debris, a sign that the victims were killed by ice that fell from the melting glacier that feeds the lake. The three men had been boating in an inflatable canoe-type craft, which was recovered from the scene, along with the victims’ other belongings.

Valdez Glacier has been retreating dramatically and shedding ice into the lake, which is expanding. Falling glacial ice has caused other deaths in the past in Alaska and other northern regions. A 32-year-old hiker was killed after glacial ice fell on her last summer, and on the same day in a different location, a 5-year-old boy hiking with his family was killed by a large chunk that tumbled off a different glacier.

Source; Agence Reuters, via la presse américaine.

Effondrement du front du glacier Columbia, à proximité de Valdez (Photo: C. Grandpey)

J’ai réalise une petite vidéo montrant un important effondrement du front du glacier Sawyer, dans le sud de l’Alaska:

 

 

Réchauffement climatique : Le Cervin tue deux alpinistes // Global warming : Matterhorn kills two climbers

Comme je l’indique régulièrement à propos de la fonte des glaciers alpins, le permafrost de roche – qui assure la stabilité des parois – subit les effets du réchauffement climatique, se fragilise et devient donc un danger pour les alpinistes. C’est ainsi que le pilier Bonatti s’est effondré en 2005 et l’Arête des Cosmiques a subi le même sort le 22 août 2018, sans faire de victimes, heureusement.

Le bilan a été beaucoup plus lourd le 22 juillet 2019 sur le Cervin (Suisse). Deux alpinistes – un guide de montagne et son client – sont décédés à la suite de la chute d’un rocher. Au moment du drame, les deux hommes évoluaient, encordés, à environ 4300 mètres d’altitude, dans le secteur «Keuzsatz». Le pilier rocheux équipé de cordes fixes et d’ancrages sur lequel ils étaient s’est effondré. Les deux alpinistes n’avaient aucune chance de s’en sortir vivants. L’expédition de secours a été interrompue en raison des risques liés aux pierres qui se détachaient. Comme je l’indiquais précédemment, les parois sont devenues plus friables car il n’y a plus de glace pour servir de liant entre les blocs.

Ce n’est donc pas, comme souvent, la surpopulation et l’inexpérience des alpinistes qui sont à l’origine d’un accident sur le Cervin. C’est la montagne elle-même qui a cédé sous les pas de ceux qui l’arpentaient. Aux yeux des guides locaux, ce constat est terriblement inquiétant. Les chutes de pierres et les écroulements sont des dangers moins prévisibles que les avalanches. Quelques jours après la catastrophe, le passage a été sécurisé et à nouveau équipé de cordes fixes, mais les guides appréhendent tout de même les prochaines ascensions. Comme l’a déclaré l’un d’eux : «Ça peut tomber ailleurs. Peut-être qu’il faudra éviter ces altitudes à l’avenir et viser des sommets moins prisés. Mais ils attirent moins les clients.»

Source : Presse helvétique

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As I regularly point out about the melting of alpine glaciers, rock permafrost – which ensures the stability of the walls – undergoes the effects of global warming, becomes fragile and then a danger to mountaineers. Thus the Bonatti Pillar collapsed in 2005 and the Cosmic Ridge suffered the same fate on August 22nd, 2018, fortunately without casualties.
The toll was much heavier on July 22nd, 2019 on the Matterhorn (Switzerland). Two mountaineers – a mountain guide and his client – died as a result of the fall of a rock. At the time of the tragedy, the two men were climbing, roped, at about 4300 metres a.s.l., in the « Keuzsatz » area. The rock pillar equipped with fixed ropes and anchors on which they were collapsed. The two mountaineers had no chance of escaping alive. The relief expedition was interrupted because of the risks associated with the stones coming off. As I put it before, the walls have become more friable because there is no more ice to serve as a binder between the blocks.
The cause of the accident on the Matterhorn was not, as often, the overpopulation and the inexperience of climbers. It was the mountain itself that gave way in the footsteps of those who walked it. In the eyes of the local guides, this observation is terribly disturbing. Falling rocks and collapses are less predictable hazards than avalanches. A few days after the disaster, the passage was secured and again equipped with fixed ropes, but the guides still apprehend the next climbs. As one of them said, « It can happen elsewhere. Maybe it will be necessary to avoid these altitudes in the future and climb less popular peaks. But they attract less customers.  »
Source: Swiss news media.

Les glaciers fondent à perte de vue à proximité du Cervin et la montagne devient de plus en plus dangereuse.

(Photos: C. Grandpey)

Les morses et le réchauffement climatique // Walruses and global warming

Des images extraites du documentaire « Notre planète » sur Netflix montrent quelque 250 morses en train de se précipiter d’une falaise de 80 mètres de hauteur et mourir en contrebas. La scène se passe au cap Kozhevnikova, dans le district autonome de Tchoukotka, dans l’extrême nord-est de la Russie. Les réalisateurs attribuent cette hécatombe à la raréfaction de la banquise, due au réchauffement climatique. Ce n’est pas l’avis de certains scientifiques.

Dans mon dernier livre « Glaciers en Péril », un chapitre est consacré aux effets du réchauffement climatique sur la faune arctique. J’y explique que les animaux des régions arctiques sont parmi les premières victimes de la fonte de la glace. Les communautés qui vivent dans la Mer de Béring voient depuis plusieurs années une forte baisse de la population de morses qui constituent une part importante de leur nourriture. Les chasseurs et les scientifiques ont remarqué que les morses se sont éloignés des terrains de chasse traditionnels. La hausse des températures a fait fondre la glace sous laquelle les animaux avaient l’habitude de plonger et sur laquelle ils venaient se reposer. Ils ont migré vers des espaces situés plus au nord.

En septembre 2009, des centaines de morses ont été trouvés morts sur la côte nord-ouest de l’Alaska. La découverte coïncidait avec les rapports scientifiques précisant que la glace de l’Océan Arctique avait atteint le troisième niveau le plus bas jamais enregistré. Le Centre pour la Diversité Biologique a déclaré que le recul de la banquise prive les femelles et leurs petits de leur habitat naturel, de sorte qu’ils sont obligés d’atteindre le rivage et se rassemblent en groupes importants en compagnie des gros mâles. Lorsque quelque chose les effraye – l’activité humaine par exemple – des bousculades (« stampedes »)  peuvent se produire et on pense que les jeunes morses ont péri sous le poids des adultes.

Après quelques jours de repos sur le rivage, les morses ont besoin de regagner la mer pour se nourrir. Sur les images du documentaire, on comprend que leurs mouvements sont particulièrement restreints, car les individus sont tous collés les uns aux autres. Il leur est donc difficile de redescendre les pentes par le même chemin.

Les morses ont l’habitude de se regrouper pour notamment se prémunir contre d’éventuelles attaques. Comme je l’ai écrit plus haut, lors de l’attaque d’un ours polaire, de l’irruption d’un chasseur ou de l’approche d’un navire ou d’un avion à basse altitude, des bousculades sont parfois observées.  En 2007, une vingtaine d’ursidés ont déjà provoqué la chute de morses du haut d’une falaise, dans la même région que celle montrée par le documentaire. Dans ce mouvement de panique et cet effort pour regagner la mer, les individus les plus frêles trouvent parfois la mort. Les plus jeunes se retrouvent piétinés par les adultes, et même les adultes se retrouvent coincés, et meurent par la suite. Les réalisateurs du documentaire n’ont pas décelé une telle menace au cours du tournage.

Selon une scientifique, la présence d’un très grand nombre de morses au sommet d’une falaise est due au fait qu’il n’y avait plus suffisamment d’espace pour tout le monde au pied de cette même falaise. « La présence en hauteur de ces morses n’a rien de naturel ». Pour elle, cela est dû à une raréfaction des espaces disponibles pour ces animaux, suite à la fonte de la banquise et de la glace de mer où ces animaux avaient pour habitude de se rassembler. Le réchauffement climatique porte donc une part de responsabilité dans la mort des morses qui n’était absolument pas un suicide collectif.

Source : France Info, Glaciers en péril.

Lorsque les morses sont présents, une webcam montre les rassemblements à Round Island, en Alaska :

https://explore.org/livecams/walrus/walrus-cam-round-island

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Images from the documentary « Our Planet » on Netflix show some 250 walrus rushing from a cliff 80 metres high and dying below. The scene takes place at Cape Kozhevnikova, in the Chukotka Autonomous District, in the far north-east of Russia. The film directors attribute this hecatomb to the rarefaction of the sea ice, due to global warming. This is not the opinion of some scientists.
In my latest book « Glaciers en Peril« , a chapter is devoted to the effects of global warming on Arctic wildlife. I explain that Arctic animals are among the first victims of melting ice. The communities that live in the Bering Sea have seen for many years a sharp decline in the walrus population that is an important part of their food. Hunters and scientists have noticed that walruses have moved away from traditional hunting grounds. Rising temperatures melted the ice under which the animals used to dive and on which they came to rest. They migrated to areas further north.
In September 2009, hundreds of walruses were found dead on the northwest coast of Alaska. The discovery coincided with scientific reports that the ice in the Arctic Ocean had reached the third lowest level ever recorded. The Center for Biological Diversity has stated that the retreat of the ice sheet is depriving females and their young of their natural habitat, so that they are forced to reach the shore and gather in large groups in the company of large males. When something scares them – human activity for example – stampedes can happen and young walruses are thought to have died under the weight of adults.
After a few days of rest on the shore, walruses need to return to the sea to feed. On the images of the documentary, we understand that their movements are particularly restricted, because the individuals are all glued to each other. It is therefore difficult for them to go down the slopes in the same way.
Walruses are used to group together to guard against possible attacks. As I wrote above, during the attack of a polar bear, the appearance of a hunter or the approach of a ship or a plane at low altitude, stampedes are sometimes observed. In 2007, about 20 polar bears caused the fall of walruses from the top of a cliff, in the same region as that is shown by the documentary. In this panic and effort to regain the sea, the frailest people sometimes dies. The youngest are trampled by adults, and even adults get stuck, and die later. The directors of the documentary did not detect such a threat during filming.
According to a scientist, the presence of a large number of walruses at the top of a cliff is due to the fact that there was not enough space for everyone at the foot of the same cliff. « The presence at height of these walruses is not natural ». For her, this is due to a scarcity of space available for these animals, following the melting of the sea ice where these animals used to gather. Global warming is therefore partly responsible for the death of the walruses, which was certainly not a collective suicide.
Source: France Info, Glaciers at Risk.

When walruses are present, a webcam shows the gatherings in Round Island, Alaska:
https://explore.org/livecams/walrus/walrus-cam-round-island

Capture d’écran de la webcam de Round Island

Eruptions 2018: Un lourd bilan // A heavy toll

Selon le Centre de recherches sur l’épidémiologie des désastres (CRED), on a comptabilisé en 2018 281 événements liés au climat et à la géophysique. Ils incluent des séismes et des tsunamis, des tempêtes, des inondations, des éruptions volcaniques, des sécheresses et des températures extrêmes, ainsi que des incendies de forêt. Au total, ces catastrophes naturelles ont causé la mort de 10 733 personnes et affecté 61 millions de personnes dans le monde. Cependant, on constate en 2018 la poursuite de la tendance à la baisse du nombre de décès par rapport aux années précédentes. Cela démontre probablement l’amélioration des niveaux de vie et une meilleure gestion des catastrophes.
L’activité volcanique a été assez élevée en 2018. Cela a entraîné plus de décès que pendant les 18 années précédentes combinées. L’un des événements les plus meurtriers s’est produit en juin, lorsque Fuego est entré en éruption au Guatemala. Le dernier bilan du CONRED le 22 août 2018 était de 169 morts et 256 disparus.
Plus tard en décembre, l’éruption de l’Anak Krakatau en Indonésie a déclenché un tsunami. Le dernier bilan en date du 2 janvier 2019 était de 437 morts, 14 059 blessés et 16 disparus.
Source: CRED, The Watchers..

Ces chiffres montrent que notre capacité à prévoir des événements volcaniques majeurs reste faible. Les volcanologues guatémaltèques ont été critiqués pour ne pas avoir su anticiper le déclenchement de coulées pyroclastiques meurtrières. Leurs homologues indonésiens n’ont pas subi le même sort, mais force est de reconnaître qu’ils n’avaient pas prévu l’effondrement d’un flanc de l’Anak Krakatau et les vagues meurtrières qui ont suivi.

Aujourd’hui, la plupart des rapports d’activité se contentent de résumer l’activité éruptive et ses conséquences. On évacue les populations, mais trop souvent après le déclenchement des éruptions. C’est ce qui vient de se passer à Manam. Il arrive aussi que l’on évacue des populations et qu’il ne se passe rien ; c’est ce qui s’est passé il y a quelques mois quand l’Agung menaçait de se mettre en colère. Certes, la volcanologie a progressé au cours du siècle écoulé, mais il reste beaucoup à faire !

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According to the Centre for Research on the Epidemiology of Disasters (CRED), there were 281 climate-related and geophysical events in 2018. These include earthquakes and tsunamis, storms, floods, volcanic eruptions, droughts and extreme temperatures, wildfires. Altogether, they caused the deaths of 10 733 people and affected 61 million people across the world. However, the ongoing trend of lower death tolls from previous years continued into 2018, potentially demonstrating the efficacy of improved standards of living and disaster management.

Volcanic activity was quite high in 2018. It resulted in more deaths than in the previous 18 years combined. The most deadly events occurred in June, when Fuego erupted in Guatemala. CONRED’s last toll on 22 August, 2018 was 169 deaths and 256 missing.

Later in December, the eruption of Anak Krakatau in Indonesia triggered a tsunami. The last toll on January 2nd, 2019 was 437 dead, 14 059 injured and 16 missing.

Source: CRED, The Watchers.

These figures show that our ability to predict major volcanic events remains low. Guatemalan volcanologists have been criticized for failing to anticipate the triggering of deadly pyroclastic flows. Their Indonesian counterparts were not criticised, but it is clear that they did not anticipate the collapse of a flank of Anak Krakatau and the deadly waves that followed.
Today, most activity reports simply sum up eruptive activity and its consequences. People are evacuated, but too often after an eruption has started. This is what has just happened in Manam. Authorities sometimes evacuate people and nothing happens; this was the case a few months ago when My Agung threatened erupt. Even though volcanology has progressed in the last century, much remains to be done!

En comparant les images des volcans (ici le Fuego et l’Anak Krakatau) avant et après les éruptions, il est facile de comprendre – mais trop tard – pourquoi ces événements ont tué tant de personnes.