Et si une éruption secouait Yellowstone ? // What if an eruption shook Yellowstone ?

Suite à l’explosion hydrothermale qui a secoué le Biscuit Basin à Yellowstone le 23 juillet 2024, beaucoup d’Américains se demandent aujourd’hui quel serait l’impact d’une éruption volcanique sur leur territoire.  Il y a quelques semaines, je montrais une vidéo du Parc national de Yellowstone à la fin de ma conférence sur les risques volcaniques. Une personne dans le public m’a demandé ce qui se passerait si une éruption se produisait à Yellowstone. J’ai répondu que personne ne le sait vraiment. À l’heure où l’on n’est pas capable de prévoir les éruptions, il est difficile de savoir ce qui se passerait si l’une d’elles se produisait à Yellowstone. La plupart des modèles tendent à montrer qu’il s’agirait d’une éruption majeure car le volcan n’est pas entré en éruption depuis très longtemps. Cependant, nous savons aussi que toutes les éruptions du Yellowstone n’ont pas causé de dégâts majeurs. La théorie la plus répandue dit qu’il s’agirait d’un événement 100 fois plus puissant que l’éruption du Pinatubo aux Philippines en 1991.

Vue partielle de la caldeira de Yellowstone : le Norris Geyser Basin (Photo : C. Grandpey)

La région du Parc national de Yellowstone a connu trois éruptions de grande ampleur au cours de l’histoire de la Terre. La plus importante s’est produite il y a 2,1 millions d’années et a propulsé 2 450 kilomètres cubes de matériaux. C’est la raison pour laquelle Yellowstone est considéré comme un « supervolcan ». La dernière éruption majeure de Yellowstone remonte à environ 640 000 ans. La dernière de la série a eu lieu il y a 70 000 ans. Certains scientifiques affirment que le volcan est « en retard » dans son cycle éruptif. Avant d’affirmer cela, il faudrait s’assurer que les cycles éruptifs existent !

On peut observer dans le Parc National de Yellowstone les vestiges des éruptions du passé (Photo : C. Grandpey)

Sous le supervolcan de Yellowstone, les scientifiques ont détecté deux chambres magmatiques à plusieurs kilomètres sous la surface (voir mes notes du 19 avril 2023, du 26 avril 2015 et du 25 avril 2028).

Cette coupe sud-ouest / nord-est sous Yellowstone a été obtenue grâce à l’imagerie sismique. (Source : Université de l’Utah)

Si une éruption devait se produire, la chaleur en provenance des profondeurs de la Terre commencerait à faire fondre la roche sous la surface. Cela créerait un mélange de magma, de roches, de vapeur, de dioxyde de carbone et d’autres gaz sous pression.
Cette pression finirait par pousser le sol pour former un dôme, avec des fissures en bordure. Lorsque cette pression s’évacuerait à travers les fissures, les gaz dissous exploseraient, entraînant la vidange de la chambre magmatique.
Une telle éruption tuerait immédiatement jusqu’à 90 000 personnes et répandrait une couche de matériaux de 3 mètres d’épaisseur jusqu’à 1 600 kilomètres du Parc. Les sauveteurs auraient probablement du mal à atteindre le site de l’éruption car les cendres bloqueraient tous les points d’entrée. La propagation des cendres et des gaz dans l’atmosphère bloquerait la plus grande partie du trafic aérien.
Une conséquence tout aussi effrayante serait « l’hiver nucléaire » qui, selon certains experts, pourrait affecter les États-Unis et d’autres régions du monde. Les gaz riches en soufre libérés par le volcan envahiraient l’atmosphère où ils se mélangeraient à la vapeur d’eau. La brume de gaz qui envelopperait les États Unis ne se contenterait pas de faire obstacle à la lumière du soleil ; elle ferait aussi chuter les températures. La baisse des températures affecterait l’approvisionnement alimentaire des États-Unis en décimant les récoltes dans les Grandes Plaines, le grenier du pays.
La bonne nouvelle est qu’une éruption de cette ampleur est peu susceptible de se produire de notre vivant. Comme je l’ai écrit plus haut, la dernière grande éruption de Yellowstone a eu lieu il y a environ 640 000 ans, et l’United States Geological Survey (USGS) affirme que la probabilité que l’événement se renouvelle est très, très faible. Selon l’USGS, la chambre magmatique située sous la caldeira de Yellowstone n’est en fusion qu’à 5 à 15 %, ce qui signifie qu’il n’y a probablement pas suffisamment de lave pour alimenter une nouvelle éruption.
Source  : médias d’information scientifique américains.

Le Parc National de Yellowstone est très facile d’accès et permet de découvrir des merveilles géologiques comme le Grand Prismatic (Photo : C. Grandpey)

—————————————————-

Following the hydrothermal explosion that rocked Yellowstone’s Biscuit Basin on July 23rd, 2024, many Americans are now wondering what the impact of a volcanic eruption would be on their territory. A few weeks ago, I was showing a video about Yellowstone National Park at the end of my conference about volcanic risks. A person in the audience asked me what would happen if an eruption occured at Yellowstone. I answered that nobody really knows. At a time when we are not able to predict eruptions, it is difficult to know what would happen if one of them occurred at Yellowstone. Most models tend to show that it would be a major eruption because the volcano has not erupted for such a long period of time. However, we also know that all eruptions at Yellowstone did not cause major damage. The most popular theory says that it would be a major disaster, 100 times more powerfuk than the 1991 Pinatubo eruption in the Philippines.

The Yellowstone National Park region has experienced three massive eruptions in Earth’s history. The biggest of them occurred 2.1 million years ago and resulted in 2,450 cubic kilometers of material ejected. This is the reason why Yellostone is considered as a « supervolcano. » Yellowstone’s last major eruption was about 640,000 years ago. The last one took place 70,000 years ago. Some scientists say that the volcano is « overdue » in its eruptive cycle. Before asserting this, one needs to be sure that eruptive cycles do exist !

Beneath the Yellowstone supervolcano, scientists have detected two magma chambers several kilometers beneath the surface (see my posts of 19 April 2023, 26 April 2015 and 25 April 2028).

If an eruption were to occur, heat rising from deep within Earth’s depths would begin to melt the rock just below the ground’s surface. That would create a mixture of magma, rocks, vapor, carbon dioxide and other gases under pressure.

The pressure eventually would push the ground up into a dome shape and create cracks along the edges. As that pressure was released through the cracks, the dissolved gases would explode, emptying the magma chamber.

The eruption could be expected to kill as many as 90,000 people immediately and spread a 3-meter layer of material as far as 1,600 kilometers from the park.

Rescuers probably would have a tough timereaching the site of the eruption. The ash would block off all points of entry. The spread of ash and gases into the atmosphere would stop most air travel.

Equally as frightening is the « nuclear winter » that some experts say could blanket the U.S. and other parts of the world. Sulfuric gases released from the volcano would spring into the atmosphere and mix with the planet’s water vapor. The haze of gas that could drape the country wouldn’t just dim the sunlight ; it also would cool temperatures. Falling temperatures would affect the US food supply by decimating crops in the central plains, the granary of the country.

The good news is that an eruption of this scale isn’t likely to happen in our lifetime. As I put it above, Yellowstone last erupted about 640,000 years ago, and the United States Geological Survey (USGS) says the probability that it will blow its top again is very, very low. According to the USGS, the magma chamber beneath the Yellowstone caldera is only 5 to 15 percent molten, meaning there may not be enough lava flow for more explosive eruptions to occur.

Source : US scientific news media.

La cendre de l’Etna : un poison pour la Sicile // Mount Etna’s ash: a poison for Sicily

Lorsque se produit un paroxysme de l’Etna, la cendre volcanique devient un poison pour les bourgades autour du volcan, en particulier celles situées sous le vent. Des retombées sont souvent observées à Catane où elles pertubent sérieusement le fonctionnement de l’aéroport.

C’est ce qui s’est passé le 14 août 2024 quand la Voragine a piqué une crise, avec des fontaines et une coulée de lave et une colonne de cendres qui est montée jusqu’à une dizaine de kilomètres d’altitude. Poussé par la vent, le panache s’est dirigé vers l’est-sud-est.

Le trafic aérien à l’aéroport Fontanarossa a été perturbé et réduit à seulement quelques vols en attendant que se termine l’épisode éruptif. Tout est redevenu normal une fois que les pistes ont été nettoyées. Lors de chaque paroxysme il est demandé aux passagers de ne pas se rendre à l’aéroport sans avoir vérifié le statut de leur vol auprès de la compagnie aérienne. Les vols au départ peuvent être annulés et ceux à l’arrivée sont parfois détournés vers Palerme. Les vacances commencent mal pour les touristes qui avaient prévu de visiter le sud de la Sicile !
La situation est également problématique pour la population. A chaque épisode éruptif, il faut sortir les balais et évacuer la cendre qui a envahi cours et trottoirs. Le 15 août, il a été demandé aux habitants de Catane de ne pas déposer de sacs de cendres volcaniques devant chez eux, et encore moins dans la rue. A partir du 16 août, la collecte était possible soit au Centre Municipal de Collecte de via Galatioto à Picanello, et devant l’Institut Carlo Gemmellaro du Corso Indipendenza.

Dans une note publiée le 6 août 2024, j’expliquais que les autorités essayent de trouver des solutions pour faciliter la vie des Siciliens au moment des retombées de cendres de l’Etna. Ainsi, le maire de Catane a proposé une solution qui prévoit « une optimisation des coûts, amortis dans le temps, en recourant à l’achat de véhicules permettant le nettoyage des rues, des regards et caniveaux, ainsi que des bâtiments scolaires. » Ces véhicules seraient achetés par la métropole catanaise et leur utilisation serait coordonnée par la Protection Civile. Cela permettrait aux maires d’économiser des millions d’euros. La mesure a été accueillie favorablement au cours d’une réunion des maires concernés par l’impact de la cendre. Il faut maintenant attendre sa mise en application…

Source : La Sicilia.

Photo: C. Grandpey

——————————————————–

When Mt Etna erupts, volcanic ash becomes a poison for the towns around the volcano, especially those located downwind. Ashfall is often observed in Catania where it seriously disrupts the operation of the airport.
This is what happened on August 14th, 2024 when the Voragine erupted, with lava fountains and a lava flow and an ash column that rose up to ten kilometers above sea level. Pushed by the wind, the plume drifted east-southeast.
Air traffic at Fontanarossa airport was disrupted and reduced to only a few flights while waiting for the eruptive episode to end. Everything returned to normal once the runways were cleared. During each paroxysm, passengers are asked not to go to the airport without checking the status of their flight with the airline. Departing flights may be cancelled and arriving flights are sometimes diverted to Palermo. A bad start for tourists who had planned to visit southern Sicily!
The situation is also problematic for the population. At each eruption, brooms have to be taken out to remove the ash that has invaded courtyards and pavements. On August 15th, the inhabitants of Catania were asked not to leave bags of volcanic ash in front of their homes, and even less in the street. From August 16th, collection was possible either at the Municipal Collection Center in via Galatioto in Picanello, or in front of the Carlo Gemmellaro Institute in Corso Indipendenza.
In a post published on August 6th, 2024, I explained that the authorities are trying to find solutions to make life easier for Sicilians at the time of ashfall from Mt Etna. Thus, the mayor of Catania has proposed a solution that provides for « an optimization of costs, amortized over time, by resorting to the purchase of vehicles for cleaning streets, manholes and gutters, as well as school buildings. » These vehicles would be purchased by the Catania metropolitan area and their use would be coordinated by the Civil Protection. This would allow mayors to save millions of euros. The measure was welcomed during a meeting of mayors affected by the impact of the ash. They must now wait for its implementation…
Source: La Sicilia.

Nouveau paroxysme sur l’Etna (Sicile) // New paroxysm on Mt Etna (Sicily)

Depuis 19 heures (heure locale), on observe une intensification de l’activité strombolienne dans la Voragine de l’Etna avec un nuage de cendre qui se dirige vers l’ESE. Comme je l’ai indiqué précédemment, on a observé une hausse du tremor ces derniers jours et le déclenchement de ce nouveau paroxysme n’est donc pas vraiment une surprise. La source du tremor se trouve à l’est de la Voragine à une altitude d’environ 3000 mètres. Comme précédemment, l’activité strombolienne évolue en fontaines de lave.

Capture d’écran de l’image webcam

——————————————————

Since 19:00 (local time), one can observe an intensification of the Strombolian activity in Mt Etna’s Voragine with an ash cloud that is heading ESE. As I have indicated previously, an increase in the tremor has been observed in recent days and this new paroxysm is therefore not really a surprise. The source of the tremor is located to the east of the Voragine at an altitude of about 3000 meters. As before, Strombolian activity is turning into lava fountains.

Nouveau paroxysme sur l’Etna (Sicile) // New paroxysm at Mt Etna (Sicily)

La hausse de l’activité strombolienne que j’ai signalée ces deux derniers jours le laissait entrevoir; un nouveau paroxysme a secoué la Voragine de l’Etna ce 4 août 2024 au matin, avec la même évolution que lors des événements précédents : activité strombolienne évoluant en fontaines de lave et un panache de cendres qui, ce matin, se dirigeait vers l’ESE où les habitants devront à nouveau sortir les balais! Reste maintenant à savoir où se produira le prochain événement éruptif: Sicile ou Islande, en sachant que le Kilauea (Hawaii) n’a pas forcément dit son dernier mot!

Image thermique du paroxysme (Source: INGV)

—————————————–

The increase in Strombolian activity that I reported in the last two days suggested that a new paroxysm would occur at Mt Etna’s Voragine. It did on the morning of August 4th, 2024, with the same evolution as during the previous events: Strombolian activity evolving into lava fountains and an ash plume that, this morning, was heading ESE where people will have to get out their brooms again! Let’s see now where the next eruptive event will occur : Sicily or Iceland, knowing that Kilauea (Hawaii) has not necessarily said its last word!

Source: INGV