Incendies zombies dans l’Arctique // Zombie wildfires in the Arctic

Le 18 septembre 2013, j’ai publié une note intitulée «Mystérieux incendie au cœur de l’Alaska.» Au mois de septembre 2012, un incendie a été repéré à environ 40 km au nord-est de Eagle, village de moins de 100 habitants, accessible par la route uniquement pendant les mois d’été. Après la première neige, un survol de l’incendie le 15 Octobre 2012 a révélé une caldeira d’origine inconnue en train de se consumer et de former un trou noir au milieu de la neige blanche immaculée. Les autorités ont indiqué que la cause la plus probable était un gisement d’huile de schiste qui s’était probablement enflammé sous la montagne et brûlait maintenant régulièrement en prenant de l’ampleur. Peut-être plus inquiétante, il y a la possibilité que ce feu souterrain émette du dioxyde de soufre (SO2) qui peut causer des problèmes respiratoires. L’air froid de l’hiver alaskien n’a pas empêché le feu de brûler par une température de 60 ° C en dessous de zéro.

On sait très peu de choses sur la nature de l’incendie proprement dit. Quelle importance peut-il prendre? Combien de temps peut-il durer? Si le problème persiste, ou si le feu prend de l’envergure, le petit village de Eagle, loin de tout, pourrait devenir une ville fantôme.

De la même façon, on a la preuve que les incendies arctiques sans précédent observés au cours de l’été 2019 ont survécu à l’hiver sous la forme de « feux zombies ». Les feux se sont rallumés au mois de mai, alors que la neige est encore en train de fondre.

Les incendies dans l’Arctique contribuent à la fonte du permafrost et envoient dans l’atmosphère d’importantes quantités carbone, exacerbant de ce fait le réchauffement climatique, lui-même responsable de ces incendies.

Maintenant que les températures augmentent dans la région et que la neige fond, l’analyse des images satellitaires montrant les brûlis de l’année dernière et des incendies qui ont éclaté en mai 2020 confirment que de nombreux incendies survenant en Sibérie en ce moment sont en réalité des « incendies zombies », autrement des résurgences d’incendies de l’année passée qui ont conservé un vestige d’activité sous terre. En effet, ces incendies peuvent continuer de couver dans le sous-sol sans montrer de signes visibles d’activité au-dessus du sol.

L’analyse d’images satellitaires Sentinel-2 de l’Agence Spatiale Européenne a imontré des empreintes d’incendies actifs en 2019 et des points chauds en 2020 laissant supposer que les incendies avaient repris sur les mêmes zones  immédiatement après la fonte des neiges cette année. Il faut savoir que le sous-sol de la toundra est très riche en tourbe,ce qui favorise la reprise des incendies.

La nouvelle concernant ces « incendies zombies » survient au moment où un rapport de l’Alaska Fire Science Consortium vient d’annoncer que de tels incendies étaient bien plus fréquents au cours de ces deux dernières décennies. De plus, les chercheurs ont constaté que les « incendies zombies » étaient plus susceptibles de se produire l’année suivant une année de grands incendies.

Le fait que davantage d’incendies survivent ainsi à l’hiver est une mauvaise nouvelle pour le changement climatique. En effet, cela implique une augmentation des émissions nettes de carbone, car ces incendies, par leur nature, couvent dans le sol et la tourbe et consument des réservoirs de carbone sur de longues périodes.

Source : Alaskan press.

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On September 18th, 2013, I published a post entitled « Mysterious Fire in Interior Alaska”. In September 2012, a fire was identified about 40 km northeast of Eagle, a village with less than 100 residents, accessible by road only during the summer months. After the first snowfall, an overflight of the fire on October 15th, 2012 revealed a caldera of unknown origin burning and forming a black hole in the middle of the white snow. Authorities said the most likely cause was a shale oil deposit that had probably ignited under the mountain and is now burning regularly as it grows. Perhaps more concerning, there is the possibility that this underground fire will emit sulfur dioxide (SO2) which can cause respiratory problems. The cold Alaskan winter did not prevent the fire from burning at a temperature of minus 60°C.
Very little is known about the nature of the fire. How large can it become? How long can it last? If the problem persists, or if the fire gets bigger, the little village of Eagle, far from everything, could become a ghost town.

Likewise, there is evidence that the unprecedented Arctic fires observed in the summer of 2019 survived the winter in the form of « zombie fires ». The fires started again in May, while the snow was still melting.
Arctic fires are contributing to the melting of permafrost and sending large amounts of carbon into the atmosphere, thereby exacerbating global warming, which is itself responsible for these fires.
Now that temperatures are increasing in the region and the snow is melting, analysis of satellite images showing last year’s burns and fires that started in May 2020 confirm that many fires occurring in Siberia at the moment are in reality « zombie fires », the resurgence of fires of the past year which have preserved some underground activity. Indeed, these fires can continue to smolder in the subsoil without showing visible signs of activity above the ground.
Analysis of Sentinel-2 satellite images from the European Space Agency showed traces of active fires in 2019 and hot spots in 2020, suggesting that fires had resumed in the same areas immediately after the snow melted this year. One should keep in mind that the subsoil of the tundra is very rich in peat, which favours the resumption of fires.
The news about these « zombie fires » comes at a time when an Alaskan Fire Science Consortium report just announced that such fires have been much more common in the past two decades. In addition, the researchers found that « zombie fires » were more likely to occur the year after a year of large fires.
The fact that more fires survive this way in winter is bad news for climate change. Indeed, this implies an increase in net carbon emissions, because these fires, by their nature, smoulder in the  peat and consume carbon pools over long periods.
Source: Alaskan press.

Image satellite montrant le réveil d’un incendie qui avait couvé dans le sous-sol arctique pendant tout l’hiver (Source : Copernicus)

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde. La situation est restée relativement calme ces derniers jours.

L’INGV indique que l’activité s’est intensifiée au niveau du Nouveau Cratère SE (NCSE) de l’Etna ces derniers jours, avec des panaches de cendres plus denses correspondant peut-être à l’agrandissement de la bouche numéro 3. Des explosions stromboliennes projetant des matériaux hors du cratère et sur ses flancs sont également enregistrées.
L’activité explosive dans la Voragine (VOR) est relativement faible et discontinue. Le cône principal n’a pratiquement pas changé et produit de modestes émissions de cendres. Une forte activité explosive au niveau d’un cône situé à l’est du cône principal génère beaucoup de cendres et projette des matériaux qui retombent sur la lèvre Ouest de la Voragine ainsi que sur la terrasse Sud de la Bocca Nuova.
Source: INGV.

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La couleur du niveau d’alerte est Jaune sur 3 volcans surveillés par l’Alaska Volcano Observatory (AVO).
Le Shishaldin reste actif, avec un panache de vapeur visible sur les images de la webcam et de faibles anomalies thermiques  sur les images satellites. Des épisodes de tremor et des séquences sismiques basse fréquence sont parfois détectés par le réseau sismique local, mais aucune activité explosive n’a été enregistrée. Bien que l’activité soit actuellement à un niveau bas, elle est susceptible de s’intensifier sans prévenir.
Aucune activité significative n’a été détectée sur le Semisopochnoi par les stations sismiques locales ou les images satellites.
De petits séismes locaux continuent à être enregistrés sur le Great Sitkin. Aucune activité n’a été observée sur les images satellites et sur la webcam.

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L’Agence météorologique japonaise (JMA) indique que de puissantes éruptions ont été observées au niveau du cratère Minamidake du Sakurajima (Japon) au cours des derniers jours. L’une d’elles, le 27 avril 2020, a généré un panache de cendres qui s’est élevé à plus de 3000 mètres au-dessus du cratère et a projeté des blocs jusqu’à 600 – 900 mètres de hauteur. D’autres explosions ont été enregistrées les 1er, 7, 8 et 11 mai avec de semblables panaches de cendres denses et la projection de blocs jusqu’à 1 000 mètres du cratère. L’incandescence est actuellement visible la nuit.
Les émissions de SO2 s’élèvent en moyenne à 2 300 tonnes par jour.
Le niveau d’alerte est maintenu à 3 depuis le 5 février 2016. Les habitants et les touristes sont priés à ne pas entrer dans la zone de danger.
Source: JMA.

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L’Observatoire Volcanologique et Sismologique de la Guadeloupe (OVSG) indique qu’au cours du mois d’avril 2020 on a enregistré sur la Soufrière  275 séismes d’origine volcanique, localisés essentiellement sous et autour du dôme, entre 0.1 et 6.9 km de profondeur sous le sommet.

Depuis le début de l’année 2018 on assiste à un processus cyclique d’injection de gaz magmatiques profonds à la base du système hydrothermal à une profondeur entre 2 et 3 km sous le sommet. Cela génère un processus répétitif de surchauffe et de surpression du système hydrothermal qui se traduit par des perturbations de la circulation des fluides hydrothermaux. Il en résulte une fluctuation de l’activité fumerollienne et une augmentation des essaims sismiques. Certains événements sont ressentis par la population, comme une secousse de M4.1 le 27 avril 2018. L’OVSG détecte également des déformations de faible amplitude et limitées au dôme de La Soufrière.

Toutefois, ces phénomènes ne sont pour l’instant pas clairement associés à une anomalie des autres paramètres de surveillance qui pourrait indiquer une éventuelle ascension du magma. La probabilité d’une activité éruptive à court terme reste faible.

Source : OVSG.

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Le HVO indique que l’activité sismique a augmenté ces derniers jours sur le Loihi, le volcan sous-marin au large de la côte sud de la Grande Ile d’Hawaï. Plus de 100 événements – dont 79 séismes de magnitude  M2 et 19 séismes de magnitude M3 et plus – ont été détectés les 11 et 12 mai 2020, mais rien n’indique qu’une éruption sous-marine s’est produite. La dernière activité majeure du Loihi a eu lieu en 1996. Les expéditions sous-marines qui ont fait suite à cette activité ont découvert que la zone sommitale du volcan s’était effondrée pour former un nouveau cratère d’environ 550 m de diamètre et 275 m de profondeur. Des bouches hydrothermales ont été observées dans le nouveau cratère, ainsi que des preuves d’une récente émission de lave.
Il est difficile de savoir exactement ce qui se passe actuellement sur le Loihi, mais l’intensification actuelle de l’activité sismique dans la région ne constitue pas une menace pour les Hawaiiens..
Il convient de noter qu’il n’y a pas de relation directe entre l’essaim sismique enregistré en ce moment sur le Loihi et l’augmentation de la sismicité observée à Pahala au cours de l’année écoulée. Il n’y a pas non plus de lien avec la sismicité observée sur le flanc sud du Kilauea.
Source: USGS / HVO.

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Une femme qui était entrée illégalement dans le Parc National de Yellowstone (Etats-Unis) a dû être transportée par avion vers un hôpital de l’Idaho où elle a été traitée pour des blessures, notamment des brûlures, après être tombée dans une source thermale du Parc. La femme n’avait pas l’autorisation d’entrer dans le Parc qui est fermé aux visiteurs depuis le 24 mars en raison de la pandémie de coronavirus. D’après la presse locale, elle était en train de prendre des photos près du Vieux Fidèle et serait tombée dans une source chaude en reculant, un peu comme les personnes qui tombent d’une falaise en faisant une autofoto.
Source: Bozeman Daily Chronicle.

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A la suite de reconnaissances de terrain effectuées le 13 mai 2020 par les autorités compétentes, le préfet de La Réunion a décidé de revenir en phase de « vigilance » du dispositif ORSEC du Piton de la Fournaise. En conséquence, l’interdiction d’accès du public à la partie haute de l’Enclos a été levée. Toutefois, cet accès reste strictement limité aux trois sentiers balisés suivants :
– le sentier Pas de Bellecombe – Formica Léo – sentier Rivals –  Cratère Caubet.
– le sentier Pas de Bellecombe – Formica Léo – sentier d’accès au site d’observation du cratère Dolomieu (accès par le Nord du cratère).
– le sentier Kapor jusqu’au Piton Kapor.

Par ailleurs, le sentier Rivals est ouvert à la circulation jusqu’au niveau du cratère Caubet. La portion entre le cratère Caubet et Belvédère sur Château Fort reste interdite d’accès.

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Alors que le typhon « Vongfong » – connu localement sous le nom d’Ambo – est en train de s’abattre sur les Philippines, le PHIVOLCS met en garde sur le risque de lahars post-éruptifs dans les ravines qui entament les flancs du Mayon. Les très fortes précipitations peuvent remobiliser les dépôts laissés par les coulées pyroclastiques. Ces coulées de boue peuvent menacer les localités sur les moyennes et basses pentes, dans la partie aval des ravines où elles peuvent causer de gros dégâts.
Mayon est entré pour la dernière fois en éruption entre janvier et mars 2018.

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Here is some news of volcanic activity around the world. The situation has been relatively quiet during the past days.

INGV indicates that activity at Mt Etna’s New SE Crater (NSEC) increased in recent days, with more dense ash plumes, possibly with the enlargement of vent number 3. Strombolian explosions ejecting material out of the crater and onto the flanks are also recorded

Explosive activity at Voragine (VOR) is relatively mild and discontinuous. The main cone is almost unchanged and produces modest ash emissions. Strong explosive activity at a cone located E of the main cone produces a lot of ash, and ejects material that falls on the W edge of VOR as well as on the S terrace of Bocca Nuova.

Source: INGV.

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The alert level is Yellow on 3 volcanoes monitored by the Alaska Volcano Observatory (AVO).

Unrest continues at Shishaldin with a steam plume visible in webcam images and barely elevated surface temperatures in satellite views. Occasional periods of tremor and low frequency earthquakes are detected on the local seismic network, but no explosive activity has been recorded. Although activity is currently at low levels, it could escalate with little warning.
No significant activity was detected at Semisopochnoi on local seismic stations, or satellite images.

Small local earthquakes have continued at Great Sitkin over the past daye. No activity was observed in satellite and webcam images.

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The Japan Meteorological Agency (JMA) indicates that powerful eruptions have been observed at Minamidake Crater of Sakurajima volcano (Japan) over the past days.  One of them on April 27th, 2020 generated an ash plume that rose more than 3,000 metres above the crater and ejected blocks 600 to 900 metres high. More explosions were recorded on May 1st, 7th, 8th and 11th with similar dense ash plumes and the ejection of blocks as far as 1000 metres from the crater. Incandescence is currently visible at night.

SO2 emissions average about 2,300 tons per day.

The alert level has been kept at 3 since February 5th, 2016. Residents and tourists are asled not to enter the danger zone.

Source: JMA.

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The Volcanological and Seismological Observatory of Guadeloupe (OVSG) indicates that during April 2020, 275 volcanic earthquakes were recorded on the Soufrière, located mainly under and around the dome, 0.1-6.9 km deep beneath the summit.
Since the beginning of 2018 there has been a cyclic process of injection of deep magma gases at the base of the hydrothermal system at a depth of 2-3 km beneath the summit. This generates a repetitive process of overheating and overpressure of the hydrothermal system which results in disturbances in the circulation of hydrothermal fluids. This results in a fluctuation in fumarolic activity and an increase in seismic swarms. Some events are felt by the population, such as an M 4.1 earthquake on April 27th, 2018. The OVSG also detects small amplitude deformations, limited to the dome of La Soufrière.
However, these phenomena are not yet clearly associated with an anomaly in the other monitoring parameters which could indicate a possible magma ascent. The likelihood of short-term eruptive activity remains low.
Source: OVSG.

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HVO indicates that seismic activity has increased at Loihi, the submarine volcano off the south coast of Hawaii Big Island. More than 100 events – including 79 M2 quakes and 19 M3 quakes and above – were detected on May 11th and 12th, 2020, but there is no indication that a submarine eruption has occurred. Loihi’s last major activity took place in 1996. Subsequent undersea expeditions to the area discovered that the volcano’s summit area had collapsed to form a new crater about 550 m across and 275 m deep. Hydrothermal vents were observed in the new crater, and evidence was found of newly erupted lava.

It is difficult to determine what exactly is currently happening at Loihi, but the current increased seismic activity in the area does not pose a threat to Hawaii residents.

It should be noted that there is no direct relationship between the current Loihi swarm and the ongoing increased seismicity observed in Pahala over the past year. It is also unrelated to seismicity observed on the south flank of Kilauea.

Source: USGS / HVO.

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A woman who illegally entered Yellowstone National Park (United States) had to be airlifted to an Idaho hospital where she was treated for injures including burns after she fell into a thermal spring in the Park. The woman did not have permission to enter park, which has been closed to visitors since March 24th because of the coronavirus pandemic. She was reportedly taking pictures near Old Faithful and fell into a thermal feature while backing up, a bit like people who fell from a cliff while doing selfies.

Source : Bozeman Daily Chronicle.

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Following a field reconnaissance carried out on May 13th, 2020 by the competent authorities, the prefect of Reunion Island has decided to return to the « Vigilance » (Watch) phase for Piton de la Fournaise. Consequently, the ban on public access to the upper part of the Enclos has been lifted. However, this access remains strictly limited to the following three marked trails:
– Pas de Bellecombe trail – Formica Léo – Rivals trail – Caubet Crater.
– Pas de Bellecombe trail – Formica Léo – access trail to the Dolomieu crater observation site (access from the north of the crater).
– Kapor trail to Piton Kapor.

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With typhoon « Vongfong » – locally known as Ambo – making landfall in the Philippines,  PHIVOLCS warned that it may generate post-eruption lahars on major channels draining Mayon volcano’s edifice by incorporating loose material from pyroclastic flow deposits. Lahars can threaten communities along the middle and lower slopes and downstream of the drainages, with the risk of major damage.

Mayon last erupted between January and March 2018.

L’activité sismique sur le Loihi (Source: USGS / HVO)

Catastrophes glaciaires // Glacial disasters

Le réchauffement climatique augmente le risque d’effondrements catastrophiques de glaciers. L’eau de fonte générée par des étés plus chauds constitue une réelle menace. Un exemple de ce phénomène est survenu en 2013 avec l’effondrement soudain d’un pan de 500 mètres de long sur le glacier de Flat Creek en Alaska. Les blocs de glace sont tombés en cascade dans une vallée heureusement déserte dans le Parc National de Wrangell-St Elias. Les sercices du Parc font remarquer qu’un événement semblable s’est produit au même endroit deux ans plus tard.
Personne n’a été blessé au cours de ces effondrements glaciaires en Alaska, mais des événements semblables ont été observés dans des régions moins isolées au cours des deux dernières décennies, avec des morts à la clé. Quelque 140 personnes ont été tuées et un village entier a été englouti en 2002 lorsque des masses de glace se sont détachées du glacier Kolka  dans la région d’Ossétie du Nord (Russie). En juillet 2016, un amas de glace et de roches s’est détaché du glacier Aru et a parcouru une vallée étroite du Tibet, tuant neuf bergers et des centaines de moutons et de yaks.
Une étude publiée par les chercheurs du l’Université de Colorado à Boulder dans la revue Geology a révélé que les deux effondrements glaciaires en Alaska se sont produits au plus fort de la saison de fonte estivale. Cela laisse penser que ces événements hautement destructeurs pourraient se produire plus fréquemment avec le réchauffement climatique.
Un projet de recherche a été lancé pour étudier ce qui s’est passé à Flat Creek. Pour ce faire, les scientifiques ont utilisé différents outils comme l’imagerie satellite, les mesures sur le terrain, les modèles numériques de variations de niveau et la modélisation des eaux de fonte. Les images satellitaires haute résolution collectées il y a dix ans montrent qu’un gonflement anormal de 70 mètres de hauteur était présent sur la langue du glacier avant le premier effondrement de 2013. La partie inférieure de la langue glaciaire était très mince et collée par le gel sur le soubassement du glacier. Cette langue gelée a probablement bloqué la glace en provenance de la partie supérieure du glacier, ce qui a provoqué le gonflement. Cela a également ralenti l’évacuation de l’eau de fonte qui s’est accumulée sous le glacier. L’augmentation de pression de cette eau accumulée sous le glacier a provoqué la rupture soudaine de la langue, avec deux très importantes masses de matériaux qui ont recouvert chacune environ trois kilomètres carrés de forêts vieilles de 400 ans.
La ressemblance entre les effondrements glaciaires en Alaska et au Tibet montre qu’ils sint dus une cause commune. D’autres effondrements ont été observés ailleurs dans le monde. Cela montre bien que de telles phénomènes pourraient se produire de plus en plus fréquemment à cause du réchauffement climatique.
Source: The Independent.

En France, au-dessus de Saint-Gervais (Haute-Savoie), le glacier de Tête Rousse fait partie de ces glaciers dont le comportement peut être catastrophique. En 2010, on a découvert une énorme poche d’eau sous la glace, à 3200 mètres d’altitude. Les autorités ont alors décidé de mettre en place une spectaculaire opération de pompage pour éviter une catastrophe. Tout le monde avait en tête le drame du 12 juillet 1892 quand la rupture d’une poche glaciaire avait entraîné une gigantesque vague de 300 000 mètres cubes qui avait enseveli les thermes de Saint-Gervais et fait au moins 175 victimes.

Depuis 2010, le glacier de Tête Rousse est placé sous haute surveillance. Avec le réchauffement climatique, on sait que la fonte de la glace s’est accélérée. On a récemment décelé la présence de deux nouvelles poches d’eau, à une profondeur plus grande que prévu. L’une aurait un volume de 20 à 25 000 mètres cubes, l’autre de près de 15 000, soit un volume total d’environ 40 000 mètres cubes.. C’est moins que les 65 000 mètres cubes de 2010, mais c’est suffisant pour que la menace soit prise très au sérieux. Le maire de St Gervais estime aujourd’hui que 2300 personnes pourraient mourir en cas de nouvelle déferlante provoquée par la vidange brutale de la poche d’eau glaciaire. En 2010, grâce aux opérations de pompage,, le volume d’eau présent dans la cavité avait été ramené à 10.000 m3. Aujourd’hui, de nouvelles mesures sont en train d’être prises pour éviter que l’eau continue de s’accumuler.

Si la fonte et le recul des glaciers vous intéressent, je vous conseille fortement de regarder l’émission très pédagogique de C’est pas sorcier réalisée en 2006 et consacrée à ce sujet. Jamy Gourmaud et Frédéric Courant y expliquent parfaitement cette libération de poches d’eau sous-glaciaires.

https://www.youtube.com/watch?v=7Oymnk-hPk0

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With global warming, there is an increasing the risk of catastrophic glacier detachments. Meltwater generated by warmer summers is posing a new threat. An example of this pnenomenon is the 500-metre-long slab of the Flat Creek glacier (Alaska) broke off suddenly in August 2013 and cascaded down a mountain valley in the remote Wrangell-St. Elias National Park and Preserve. A similar event was documented at the same location two years later by the National Park Service.

No one was hurt in either of the ice surges in Alaska, but similar glacier detachments in less remote areas in the last two decades have been deadly. Some 140 people were killed when masses of ice broke loose from the Kolka glacier and buried an entire village in Russia’s North Ossetia region in 2002. In July 2016, a wall of ice and rocks from the Aru glacier gushed down a narrow valley in Tibet, killing nine herders and hundreds of sheep and yaks.

A study published by the Colorado Boulder researchers in the journal Geology found both Alaskan detachments occurred at the height of the summer melt seasons and suggests these highly destructive events could occur more frequently with global warming.

A research project was launched to investigate what had happened at Flat Creek. Scientists used a variety of tools, including satellite imagery, field measurements, digital elevation models, and meltwater modelling, to piece together what happened. Ten-year-old, high-resolution satellite images showed that an unusual, 70-metre-high ice bulge existed on the glacier’s tongue prior to the first detachment in 2013. The lowermost part of the glacier tongue was very thin, stagnant, and firmly frozen to the glacier bed. This frozen tongue probably blocked ice flowing down from higher on the glacier, forcing it to bulge; it also slowed meltwater drainage, allowing the water to pool under the glacier. The resulting increase in water pressure under the glacier eventually caused the tongue to suddenly detach, resulting in two mass flows so large that they each buried about three square kilometres of 400-year-old forest.

The similarity of the glacier detachments in Alaska and Tibet suggest they shared a common cause. Other detachments elsewhere in the world have also been discovered, suggesting that large-scale glacier detachments may be exacerbated by global warming.

Source: The Independent.

In France, above Saint-Gervais (Haute-Savoie), the Tête Rousse glacier is one of this type of glacier. In 2010, a huge pocket of water was discovered under the ice, at an altitude of 3,200 meters. The authorities then decided to set up a spectacular pumping operation to avoid a disaster. Everyone had in mind the drama of July 12, 1892 when the rupture of a glacial pocket had led to a gigantic wave of 300,000 cubic meters which had buried the thermal baths of Saint-Gervais and claimed at least 175 victims.
Since 2010, the Tête Rousse glacier has been under close surveillance. With global warming, we know that the melting of the ice has accelerated. Two new pockets of water have recently been detected at a depth greater than expected. One would have a volume of 20 to 25,000 cubic meters, the other nearly 15,000, for a total volume of around 40,000 cubic meters. This is less than the 65,000 cubic meters of 2010, but it is enough for the threat to be taken very seriously. The mayor of St Gervais estimates today that 2300 people could die in the event of a new wave caused by the brutal emptying of the ice pack. In 2010, thanks to pumping operations, the volume of water present in the cavity was reduced to 10,000 m3. Today, new measures must be taken to prevent water from continuing to accumulate.

Schéma  expliquant le processus de la catastrophe du 12 juillet 1892 à Saint Gervais (Source : Joseph Vallot).

Vues du front du glacier d’Argentière en 2018, à comparer avec les imagess proposées par C’est pas sorcier en 2006. (Photos : C. Grandpey)

La fonte des glaciers en Alaska // Glacier melting in Alaska

 A l’attention de ceux qui auraient encore des doutes sur les effets dévastateurs du changement climatique d’origine anthropique, voici une vidéo qui montre en accéléré le recul des glaciers de l’Alaska. Le montage a été réalisé par un glaciologue de l’Université de Fairbanks à l’aide d’images envoyées par le programme satellitaire NASA-USGS Landsat au cours des 48 dernières années. La vidéo a été mise en ligne le 9 décembre 2019.

 https://youtu.be/E4Zc_KuXMkA

Comme je l’ai indiqué dans plusieurs notes, j’ai eu l’occasion d’observer les glaciers d’Alaska depuis les airs et de les approcher en bateau. L’un des reculs les plus spectaculaires est celui du glacier Columbia que l’on atteint depuis le petit port de Valdez, là où aboutit l’oléoduc trans-alaskien. Il avait belle allure jusqu’en 1972. C’est l’époque où les gaz à effet de serre ont commencé à modifier la donne et où la catastrophe a commencé, comme pour beaucoup d’autres glaciers de la planète, dans nos Alpes en particulier.

Dès les années 1980, on voit le Columbia reculer toujours plus rapidement. En 2019, au moment où la vidéo a été diffusée, il a reculé de plus de 20 kilomètres par rapport à 1972. Entre mes deux visites de 2009 et 2013, la morphologie de sa partie frontale avait totalement changé

En 2015, j’exposais des photos des glaciers d’Alaska au festival Nature de Montier-en-Der. James Balog*, photographe naturaliste américain, exposait lui aussi des images du Columbia dans un autre site du festival. La très intéressante conversation que nous avons eue a abouti aux mêmes conclusions pessimistes sur l’avenir des glaciers et des banquises dans le monde.

Dans le sud de l’Alaska, j’ai eu l’occasion de faire d’autres approches par la mer. Comme le Columbia, le glacier Sawyer fond de manière spectaculaire. Ainsi, il avait reculé de quelque 600 mètres entre juin et septembre 2016 quand je l’ai observé !

J’adore assister au vêlage d’un glacier. J’éprouve autant d’émotion que devant un volcan en éruption. De tels phénomènes permettent de relativiser et confirment que l’Homme n’est pas grand-chose par rapport aux forces de la Nature…

*James Balog et son équipe ont filmé au Groenland le plus important vêlage glaciaire jamais observé par l’Homme.

https://youtu.be/oXe7T4SQNts

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For those who still have doubts about the devastating effects of anthropogenic climate change, here is a video showing the accelerating retreat of the glaciers of Alaska. The editing was carried out by a glaciologist at the University of Fairbanks using images sent by the NASA-USGS Landsat satellite program over the past 48 years. The video was uploaded on December 9th, 2019.
https://youtu.be/E4Zc_KuXMkA

As I explained in several posts, I have had the opportunity to observe Alaskan glaciers from the air and approach them by boat. One of the most spectacular retreats is that of the Columbia Glacier. You can reach the glacier from the small port of Valdez which is also the end of the Trans-Alaskan oil pipeline. The glacier looked fine until 1972. It was the time when greenhouse gases began to change the game and when the disaster began, as for many other glaciers on the planet, in our Alps in particular.
As early as the 1980s, the Columbia retreated ever faster. In 2019, when the video was released, it fell more than 20 kilometers from 1972. Between my two visits in 2009 and 2013, the morphology of its front part had totally changed
In 2015, I was exhibiting photos of Alaskan glaciers at the Montier-en-Der Nature festival. James Balog *, an American naturalist photographer, also exhibited photos of the Columbia glacier at another site of the festival. The very interesting talk we had led to the same pessimistic conclusions about the future of glaciers and sea ice around the world.
In southern Alaska, I have had the opportunity to take other approaches by sea. Like the Columbia, the Sawyer Glacier is melting dramatically. Thus, it had shrunk by some 600 metres between June and September 2016 when I observed it!
I love watching the calving of a glacier. I feel as much emotion as in front of an erupting volcano. Such phenomena put into perspective and confirm that Man is not much compared to the forces of Nature …

* James Balog and his team filmed the biggest ice calving ever seen by humans in Greenland.
https://youtu.be/oXe7T4SQNts

Le glacier Columbia en 2009

Le glacier Columbia en 2019

Le Glacier Sawyer en 2016

Beaucoup de glaciers de montagne sont en phase d’effondrement en Alaska

(Photos: C. Grandpey)