Fonte accélérée des glaciers islandais // Accelerated melting of Icelandic glaciers

Dans une note publiée le 29 mai 2025, j’expliquais que les glaciers islandais continuent de fondre et disparaître à un rythme effréné. 70 des 400 glaciers du pays ont disparu à jamais. Le Met Office islandais explique qu’en seulement un quart de siècle, la couverture de glace a diminué d’environ 10 % et que l’épaisseur des glaciers diminue en moyenne d’un mètre par an. La perte de masse glaciaire en Islande est l’une des plus élevées au monde.
Pour sensibiliser le public à la gravité du problème, les Islandais ont inauguré le premier « cimetière de glaciers » au monde. Ce cimetière commémore les glaciers sur l’île et dans le monde qui ont disparu ou sont menacés par le réchauffement climatique. Le site comprend 15 pierres tombales, sculptées dans la glace par le sculpteur sur glace islandais Ottó Magnússon.

Crédit photo: Nations Unies

La fonte rapide des glaciers met en péril non seulement les paysages naturels du pays, mais aussi son avenir économique. Si l’eau de fonte des glaciers bonifie actuellement la capacité hydroélectrique de l’Islande, fournissant environ 73 % de son électricité, les scientifiques prévoient un pic de fonte d’ici 40 à 50 ans. À ce moment-là, l’eau de fonte diminuera,et réduira inévitablement la production énergétique nationale.
Les scientifiques ont effectué certaines projections qui montrent que l’Islande pourrait ne plus être recouverte de glace d’ici 200 ans.

Le Solheimajöjull, un glacier au recul ultra rapide (Photo : C. Grandpey)

Un article publié fin juillet 2025 dans l’Iceland Monitor nous apprend que de nouvelles images satellites du Skeiðarárjökull, une langue glaciaire du Vatnajökull, révélées par le programme Copernicus, montrent que le glacier a reculé d’environ 500 mètres à un kilomètre au cours des huit dernières années, autrement dit depuis la prise des premières photos.
Une tendance similaire est observée pour l’ensemble des glaciers islandais, qui perdent environ dix milliards de tonnes de masse par an. Le Skeiðarárjökull recule de 50 à 100 mètres chaque année, parfois même davantage.
D’après les données de l’Institut des sciences de la Terre de l’Université d’Islande, basées sur des mesures du bilan de masse concernant l’ensemble de la surface du Skeiðarárjökull, le glacier rétrécit d’un à deux kilomètres cubes par an depuis 1995. Le recul des glaciers s’est considérablement accéléré vers le milieu des années 1990.

Vue du Skeiðarjökull (Photo: C. Grandpey)

Les glaciologues islandais confirment que le réchauffement atmosphérique est le principal facteur de recul des glaciers en Islande. Les chutes de neige hivernales restent à peu près les mêmes, mais la fonte pendant les étés chauds dépasse de loin ce qui était observé auparavant.

Source : Iceland Review, Copernicus, Université d’Islande.

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In a post written on 29 May 2025, I explained that Iceland’s glaciers continue to vanish at a rapid pace, with 70 of the nation’s 400 glaciers lost.

The Icelandic Met Office explains that in just a quarter of a century, ice cover has shrunk by roughly 10%, and glacial thickness is declining by an average of one metre annually. The rate of glacial mass loss is among the highest in the world.

To raise awareness of the severity of the issue, some Icelanders have opened the world’s first “glacier graveyard”. The graveyard commemorates both local and global glaciers lost or endangered by global warming. The site includes 15 tombstones, carved from ice by Icelandic ice sculptor Ottó Magnússon, that pay tribute to Switzerland’s extinct Pizol and Iceland’s Okjökull, among others.

Glaciers melting at such a fast rate does not just jeopardise the country’s natural landscape, but also its economic future. While glacier runoff currently boosts Iceland’s hydroelectric capacity, providing around 73% of its electricity, scientists predict a peak in meltwater within 40–50 years. When that time comes, runoff will decline, reducing energy output nationwide.

Some projections suggest Iceland might become ice-free within 200 years.

An article publised in the Iceland Monitor by the end of July 2025 explains us that striking new satellite images of Skeiðarárjökull, a glacial tongue of Vatnajökull, from the Copernicus program, show that the glacier has retreated by about half a kilometer to one kilometer over the past eight years since earlier images were taken.

A similar trend is evident across Iceland’s glaciers, which are collectively losing about ten billion tonnes of mass annually. Skeiðarárjökull is retreating by 50–100 meters each year, sometimes even more.

According to data from the Institute of Earth Sciences at the University of Iceland, based on mass balance measurements across the entire ice surface of Skeiðarárjökull, the glacier has been shrinking by one to two cubic kilometers per year since 1995. The retreat of glaciers accelerated notably around the mid-1990s.

Icelandic glaciologists do confirm that atmospheric warming is the main factor driving glacier retreat in Iceland. Winter snowfall remains about the same, but melting during warm summers far exceeds what was previously observed.

Source : Iceland Review, Copernicus, University of Iceland.

Réchauffement climatique : des satellites européens pour cartographier la Terre et mesurer le CO2

Alors que les États-Unis de Donald Trump se désengagent des questions climatiques, l’Union Européenne – grâce à l’Agence spatiale européenne (ESA) – prend le chemin inverse. .

Dans la nuit du 25 au 26 juillet 2025 a eu lieu à Kourou (Guyane) le lancement de plusieurs satellites essentiels pour le suivi du réchauffement climatique et de ses conséquences. Cinq microsatellites placés à bord de la fusée Vega-C ont décollé de la base spatiale européenne et rejoint l’espace. Ils permettront de cartographier la Terre en 3D et d’évaluer les flux de dioxyde de carbone à l’échelle européenne. Les quatre satellites de la constellation CO3D permettront de mieux comprendre à quelle vitesse les glaciers fondent, quel sera le niveau des océans dans les prochaines années et à quel rythme le littoral s’érode. En effet, les quatre satellites ont pour mission de: cartographier la Terre en trois dimensions. Comme l’explique un scientifique, on pourra ainsi reconstruire précisément le relief d’un bassin-versant, on verra les chemins qu’empruntent les eaux de pluie pour rejoindre leur cours d’eau et la modification de ces chemins au cours du temps, Au final, on pourra mieux anticiper les risques d’inondation. La nouvelle constellation satellitaire va répondre à un vrai besoin car on n’a jamais eu la capacité d’obtenir une vision 3D de l’ensemble de la planète à travers des observations spatiales. Sa durée de vie est d’environ huit ans.

Le satellite MicroCarb, lui aussi à bord de la fusée, a pour mission cartographier les sources et puits de dioxyde de carbone à travers la planète. Un tel instrument est nécessaire pour affiner les données sur le réchauffement climatique. Grâce à lui, on pourra mieux comprendre, par exemple, pourquoi certaines années, la végétation absorbe plus de carbone que d’autres, et où sont les principaux puits de carbone ; sont-ils plutôt dans les zones boréales ou au contraire dans les zones de moyennes latitudes ? Comme l’explique un chercheur : « Cela va nous permettre de mieux comprendre l’évolution annuelle du dioxyde de carbone dans l’atmosphère. »

Il s’agit du troisième lancement de l’année depuis le centre spatial guyanais, et le deuxième lancement de Vega C. Un prochain lancement, avec le lanceur Ariane 6, est prévu courant août.

NDLR : Les mesures satellitaires viendront donc en complément de celles effectuées au sommet du Mauna (Loa (Hawaï) et traduites par la Courbe de Keeling à laquelle je fais souvent référence. Là encore, avec la politique climatique de Donald Trump, rien ne dit que la Courbe de Keeling sera éternelle. Il sera donc très utile d’avoir ces mesures satellitaires pour connaître les fluctuations du CO2 dans l’atmosphère..

Source : France Info et ESA.

 

Lancement de la susée Vega-C avec les satellites MicroCarb et CO3D (Source : CNES, ESA).

Islande : l’éruption faiblit mais continue // Iceland : the eruption is declining but continuing

La dernière mise à jour du Met Office islandais (25 juillet 2025) indique que l’activité volcanique a diminué depuis la veille, mais reste actuellement relativement stable, avec des coulées de lave qui se dirigent vers l’est et le sud-est depuis la dernière bouche active sur la fissure éruptive. Le champ de lave couvre une vaste zone et s’épaissit progressivement. Une fine croûte s’est formée à la surface de la lave récemment émise. Elle peut se rompre soudainement et provoquer des sorties de lave rapides et soudaines. Il est donc crucial de maintenir une distance de sécurité avec cette zone et toute visite à proximité du site doit tenir compte de ce risque. Ce danger est particulièrement présent dans la partie sud du champ de lave, près de Sandhóll.

Les mesures de déformation du sol n’indiquent aucun changement ces derniers jours, sans soulèvement ou affaissement sous Svartsengi.

La carte ci-dessous montre l’évolution des contours du nouveau champ de lave entre le 18 et le 23 juillet. La majeure partie de la lave s’est écoulée vers le sud-est en direction de Fagradalsfjall et a progressivement rempli les dépressions à la base de la montagne, au nord et au sud.

Source : Met Office.

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The Icelandic Met Office’s latest update (July 25th, 2025) indicayes that volcanic activity has decreased since the day before but has remained relatively stable since then, with continued lava flow to the east and southeast from the main crater.The lava field covers a large area and is mostly thickening. A thin crust has formed on top of the flowing lava, which may rupture suddenly and cause rapid lava surges without warning. It is therefore crucial to maintain a safe distance from the lava, and any visits near the site should take this hazard into account. This danger is especially present in the southern part of the lava field, near Sandhóll.

Ground deformation measurements indicate no changes in recent days, with no signs of uplift or subsidence beneath Svartsengi.

The map below shows how the outlines of the new lava field changed between July 18 and July 23. Most of the lava has flowed southeast toward Fagradalsfjall and has gradually filled depressions along the base of the mountain, both to the north and south.

Source : Met Office.

Subduction et séismes en Alaska // Subduction and earthquakes in Alaska

Un puissant séisme de magnitude M7,3 a été enregistré sur la péninsule d’Alaska le 16 juillet 2025. Largement ressenti dans l’État, le séisme a déclenché une alerte tsunami et des évacuations d’urgence dans de nombreuses localités côtières.
La réaction humaine à ce séisme a été rapide et coordonnée. Quelques minutes après l’événement, le Centre d’alerte aux tsunamis a émis une alerte couvrant une zone de 1 100 kilomètres le long de la côte sud de l’Alaska. Les zones habitées entre Sand Point et Unalaska, ont rapidement activé les procédures d’évacuation et les habitants se sont dirigés vers des zones plus élevées par mesure de précaution.

 

Photos : C. Grandpey

Heureusement, ce séisme n’a entraîné que des variations infimes du niveau de l’eau et les dégâts signalés sont restés minimes. Le système d’alerte tsunami a fonctionné comme prévu : les autorités ont réduit l’alerte moins d’une heure après le séisme, avant de l’annuler quelques heures plus tard. Toutefois, les voyageurs et la population doivent s’attendre à une poursuite de l’activité sismique dans la région. L’USGS indique qu’au moins un séisme de magnitude M6,0 ou plus est possible au cours des prochains jours, ainsi que des séismes de moindre ampleur.

Ce séisme en Alaska rappelle la position de l’État dans l’une des régions les plus sismiques du monde. L’Alaska subit les effets de la subduction de la plaque Pacifique sous la plaque nord-américaine. Comme je l’ai écrit dans une note publiée le 26 janvier 2016, l’arc des Aléoutiennes en est la parfaite illustration. Il s’étend sur environ 3 000 km, depuis le golfe d’Alaska à l’est jusqu’à la péninsule du Kamtchatka à l’ouest. La subduction est responsable de la naissance des îles Aléoutiennes et, au large, de la fosse des Aléoutiennes dont la profondeur peut dépasser 7 800 mètres.

Vue de l’ensemble des volcans le long de la zone de subduction entre l’Alaska et le Kamchatka (Source : Alaska Volcano Observatory)

L’histoire sismique de l’Alaska est particulièrement riche. Le premier événement très puissant survenu le long de l’arc au 20ème siècle fut un séisme de magnitude M8,6 sur l’île Shumagin le 10 novembre 1938. Cet événement a été provoqué par la rupture d’une portion de l’arc d’environ 300 km et provoqué un petit tsunami enregistré jusqu’à Hawaï.
Le séisme de magnitude M8,6 sur l’île Unimak le 1er avril 1946, dans la partie centrale de l’arc des Aléoutiennes, s’est caractérisé par une rupture lente suivie d’un tsunami dévastateur à grande échelle dans le Pacifique, jusqu’aux côtes de l’Antarctique. Bien que les dégâts causés par les secousses sismiques aient été localement peu importants, la vague du tsunami est montée jusqu’à 42 mètres sur l’Ile Unimak et des vagues ont fait des victimes à Hilo (Hawaï). [Voir ma note du 1er avril 2015 à propos de cet événement]
Le puissant séisme suivant a eu lieu dans la partie centrale de l’arc des Aléoutiennes, près des Iles Andreanof le 9 mars 1957, avec une magnitude de M 8.6. La longueur de la rupture a été d’environ 1200 km, ce qui en fait la plus longue zone de répliques jamais observée le long de l’arc. D’importants dégâts ainsi que des tsunamis ont été observées sur les îles Adak et Unimak, avec des vagues d’environ 13 mètres de hauteur.
Le séisme le plus puissant a été enregistré le 27 mars 1964 dans le Prince William Sound avec une magnitude de M 9.2. C’est actuellement le deuxième plus puissant séisme enregistré dans le monde après celui de M 9,5 au Chili en mai 1960. Il a été généré par une rupture d’environ 700 km entre le Prince William Sound au nord-est et l’extrémité sud de l’île Kodiak au sud-ouest. La secousse principale a été ressentie dans une grande partie de l’Alaska, ainsi que dans certaines parties du Territoire du Yukon et de la Colombie Britannique au Canada. Des dégâts très importants ont été observés à Anchorage avec les glissements de terrain qui ont suivi. Le séisme a également déclenché un tsunami dévastateur qui a causé des dégâts le long du Golfe d’Alaska, de la côte Ouest des États-Unis, et à HawaÏ. Plus de 250 personnes ont été tuées.
Source : USGS.

Aujourd’hui, personne n’a oublié la catastrophe du Vendredi Saint 1964 (Photo : C. Grandpey)

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A powerful M 7.3 earthquake struck offshore of Alaska’s Peninsula on July 16th, 2025 ; The quake was felt widely, prompting immediate tsunami warnings and evacuations across multiple coastal communities.

The human response was swift and coordinated. Within minutes of the earthquake, the National Tsunami Warning Center issued a tsunami warning covering a 1,100-kilometer stretch of Alaska’s southern coast. Communities from Sand Point to Unalaska quickly activated evacuation procedures, with residents moving to higher ground as a precautionary measure. Fortunately, this Alaska earthquake generated only minimal water level changes and damage reports remained minimal. The warning system worked as designed ; officials downgraded the tsunami warning to an advisory within an hour, and completely canceled all alerts a few hours later. Naturally, travelers and residents should prepare for continued seismic activity in the region. The USGS indicates that at least one magnitude 6 or greater earthquake is possible in the foreseeable future , as well as smaller earthquakes.

This Alaska earthquake serves as a reminder of the state’s position in one of the world’s most seismically active regions. Alaska undergoes the subduction of the Pacific plate beneath the North American plate. The Aleutian arc is the perfect evidence of this phenomenon. It extends approximately 3,000 km from the Gulf of Alaska in the east to the Kamchatka Peninsula in the west. The subduction is responsible for the generation of the Aleutian Islands and the offshore Aleutian Trench which can be more than 7800 metres deep.
The seismic story of Alaska is particularly rich. The first very powerful event along the arc during the 20th century was the November 10th 1938 M8.6 Shumagin Island earthquake. This event ruptured an approximately 300 km long stretch of the arc and generated a small tsunami that was recorded as far south as Hawaii.
The April 1st, 1946 M8.6 Unimak Island earthquake, located in the central Aleutian arc, was characterized by slow rupture followed by a devastating Pacific-wide tsunami that was observed as far south as the shores of Antarctica. Although damage from earthquake shaking was not severe locally, tsunami run-up heights were recorded as high as 42 metres on Unimak Island and tsunami waves in Hilo (Hawaii) also resulted in casualties. [See my note of April 1st 2015 about this event]
The next powerful earthquake occurred along the central portion of the Aleutian arc near the Andreanof Islands on March 9th 1957, with a magnitude of M8.6. The rupture length of this event was approximately 1200 km, making it the longest observed aftershock zone of all the historic Aleutian arc events. Significant damage and tsunamis were observed on the islands of Adak and Unimak with tsunami heights of approximately 13 metres.
The most powerful earthquake was the March 27th 1964 M9.2 Prince William Sound earthquake, currently the second largest recorded earthquake in the world. The event had a rupture length of roughly 700 km extending from Prince William Sound in the northeast to the southern end of Kodiak Island in the southwest. Significant shaking was felt over a large region of Alaska, as well as in parts of western Yukon Territory, and British Columbia in Canada. Property damage was the largest in Anchorage with the ensuing landslides. The earthquake also triggered a devastating tsunami that caused damage along the Gulf of Alaska, the West Coast of the United States, and in Hawaii. More than 250 people got killed.
Source : USGS.