Bon anniversaire, Monsieur Pu’uO’o! // Happy birthday, Mr. Pu’uO’o!

Aujourd’hui 3 janvier 2018 marque le 35ème anniversaire de l’éruption du Pu’uO’o sur l’East Rift Zone du Kilauea. Depuis son début en 1983, l’éruption a donné naissance à une série de processus volcaniques spectaculaires allant des somptueuses fontaines de lave dans le cratère aux majestueuses entrées de la lave dans l’Océan Pacifique.
Aujourd’hui, l’activité se poursuit de manière stable, même si elle est plutôt réduite ces jours-ci. Aucune lave n’entre actuellement dans l’océan sur le site de Kamokuna et les quelques coulées éphémères sur la plaine côtière demandent de longues marches d’approche pour les atteindre et les admirer. Le niveau du lac de lave dans l’Overlook Crater de l’Halemau’u oscille généralement entre 30 et 40 mètres sous la lèvre du cratère, en fonction des épisodes d’inflation et de déflation de l’édifice volcanique. Aucun changement significatif n’a été observé dans le cratère du Pu’uO’o. Le HVO indique que « l’incandescence persiste au niveau des points chauds qui existent depuis longtemps dans le cratère et au niveau du petit lac de lave dans la partie ouest du cratère ».
Source: HVO.

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Today January 3rd 2018 marks the 35th anniversary of the Pu’uO’o eruption on Kilauea Volcano’s East Rift Zone. Since it began in 1983, the eruption has produced a range of dramatic volcanic processes ranging from high lava fountains to majestic ocean entries.

Today, activity is going on in a stable way, although it is rather low these days. No lava is currently entering the ocean at Kamokuna and the few breakouts on the coastal flat demand long walks to be reached and admired. The level of the lava lake in Halemau’u’s Overlook Crater usually oscillates between 30 and 40 metres beneath the crater rim, according to the inflation and deflation episodes of the volcanic edifice. No significant changes have been observed at Pu’uO’o. HVO indicates that “glow persists at long-term sources within the crater and from a small lava pond on the west side of the crater”.

Source: HVO.

 Activité du lac de lave du Pu’uO’o observée en 2007 (Photo : C. Grandpey)

Kilauea (Hawaii) : Causes du tarissement de l’entrée de lave dans l’océan // Why lava is no longer entering the ocean

Comme je l’ai écrit dans ma note précédente sur le Kilauea, la lave émise par l’éruption du Pu’uO’o sur l’East Rift Zone n’entre plus dans l’océan depuis plusieurs semaines sur le site de Kamokuna. La dernière entrée de lave a été observée le 17 novembre 2017. Aujourd’hui, on n’observe que de petites coulées éphémères sur le champ de lave formé par la coulée principale 61g entre la source et la plaine côtière.
Pendant près de 16 mois à partir du 26 juillet 2016, la lave s’est écoulée dans un réseau de tunnels jusqu’à l’océan sur le site de Kamokuna. Elle a édifié un nouveau delta, ou bien s’est déversée directement dans l’océan sous la forme d’une cascade spectaculaire issue d’une ouverture de 1 à 2 mètres de diamètre dans la falaise littorale.
Le delta de lave est probablement devenu inactif en raison de trois facteurs simultanés:
– Tout d’abord, de nombreuses coulées éphémères sur le champ de lave entre le Pu’uO’o et l’océan ont fait chuter la quantité de lave atteignant la côte. De nombreuses arrivées de lave dans la partie supérieure du tunnel existant au cours de l’été dernier ont donné naissance à un nouveau tunnel dans la partie Est de la coulée 61g, ce qui a contribué à dévier la lave de son parcours initial et l’a éloignée du delta sur le littoral.
– Ensuite, à partir de la mi-novembre, les inclinomètres au sommet du Kilauea ont enregistré deux épisodes significatifs de déflation suivis d’une alternance de phases de déflation et d’inflation. Ces phénomènes se sont accompagnés d’une diminution, voire d’une interruption, de l’apport de magma au niveau du Pu’uO’o. Il y a donc eu une réduction de la quantité de lave pénétrant dans le réseau de tunnels, ce qui a diminué encore davantage le volume atteignant la plaine côtière.
– Enfin, à la mi-novembre, un ou plusieurs blocages se sont produits le long du tunnel de lave le plus à l’ouest sur la plaine côtière, ce qui a empêché la lave d’atteindre le littoral. Plusieurs sorties de lave à moins de 100 mètres de la falaise ont alimenté le delta au cours des derniers mois, mais après le 14 novembre, le débit de lave est devenu trop faible pour atteindre l’océan. Aucune activité de surface n’a été observée dans cette zone depuis le 22 novembre.
Source: USGS / HVO

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As I put it on my previous note on Kilauea Volcano, lava erupting from Pu’uO’o on the East Rift Zone has not entered the ocean or reached the Kamokuna lava delta during the past month. The last lava entry was observed on November 17th 2017. Instead, small lava flows are scattered across the 61g flow field, breaking out from the lava-tube network between the source and the coastal plain.

For nearly 16 months beginning on July 26th, 2016, lava travelled through a lava-tube network into the ocean at Kamokuna. Lava alternately built new land into the ocean or poured directly into the ocean as a great lava fall coming out of an opening 1 to 2 metres in diameter in the sea-cliff.

The lava delta probably became inactive because of the combination of three factors:

– First, many scattered breakouts from the lava-tube network between Pu’uO’o and the delta effectively decreased the amount of lava reaching the coast. A series of breakouts from the upper section of tube this past summer developed into a second tube on the east side of the 61g flow, diverting an increasing volume of lava from the primary tube and ultimately, the delta.

– Second, starting in mid-November, tiltmeters at the summit of Kilauea recorded two sharp deflationary trends followed by alternating deflation-inflation episodes. These tilt patterns have corresponded well to a decrease in the supply of magma or an interruption in supply of magma to the Pu’uO’o vent. Less lava erupting from the vent results in less lava entering the tube network, further diminishing the volume reaching the coastal plain in either branch of the tube network.

– Finally, by mid-November one or more restrictions along the west lava tube on the coastal plain blocked the entire underground lava stream from reaching the delta. Several breakouts from the tube within 100 metres of the sea cliff had flowed onto the delta or into the ocean in recent months but after November 14th, these flows were too small to make it that far. No active flows in this area have occurred since November 22nd.

Source: USGS / HVO

Image thermique de la coulée 61g le 12 décembre2017. Les couleurs bleue et verte indiquent les températures les plus basses, tandis que les couleurs orange et rouge révèlent les zones les plus chaudes. Le réseau de tunnels est indiqué par des lignes blanches. (Source: HVO)

Quelques nouvelles d’Hawaii // Some news of Hawaii

Voici quelques nouvelles à l’attention des chanceux qui vont passer les vacances de Noël à Hawaï. Il semble que le temps s’améliore depuis quelques jours après la météo désastreuse et les nombreuses inondations qui ont eu lieu sur la Grande Ile et à Maui, avec d’abondantes chutes de neige sur le Mauna Loa et le Mauna Kea.
En ce qui concerne l’activité volcanique, l’éruption du Kilauea continue au sommet et au niveau du Pu’uO’o sur l’East Rift Zone. La coulée de l’épisode 61g donne naissance à des sorties de lave plus ou moins éphémères sur le pali et sur la plaine côtière, principalement à la base du pali. Cela suppose des marches d’approche longues et difficiles pour atteindre la lave. Il est conseillé aux touristes de porter des chaussures robustes et d’emporter beaucoup d’eau. Je recommanderais aussi des gants en cuir en cas de chute sur la lave coupante. Ces coulées de lave actives ne présentent aucune menace pour les zones habitées.
L’entrée de lave dans l’océan sur le site de Kamokuna est actuellement inactive. Il est donc inutile de louer un bateau pour s’approcher car aucun panache de vapeur n’est observé depuis la fin novembre.

Au sommet du Kilauea, la surface du lac de lave dans le cratère de l’Halema’uma’u se trouve à une trentaine de mètres sous la lèvre de l’Overlook Crater. Le meilleur point d’observation est la terrasse du Musée Jaggar. En effet, tous les sentiers à l’intérieur de la caldeira ont été fermés au public.
Aucun changement significatif n’a été récemment observé dans le cratère du Pu’uO’o dont l’accès est également interdit au public. Une incandescence persiste au niveau des sources de chaleur dans le cratère et à partir d’un petit lac de lave dans la partie ouest. Il est à noter que les pilotes d’hélicoptères qui travaillent pour les agences de voyages signalent régulièrement aux rangers la présence de visiteurs dans la zone interdite au public.
Source: HVO.

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Here is some news for the attention of the lucky tourists who will spend the Christmas holidays in Hawaii. It looks as if the weather is getting better than in the past days when numerous floods occurred on both the Big Island and Maui, with much snow on Mauna Loa and Mauna Kea.

As far as volcanic activity is concerned, Kilauea Volcano continues to erupt at its summit and from Pu’uO’o on the East Rift Zone. The episode 61g lava flow is still producing scattered surface flow activity on the pali and on the coastal flat, mostly at the base of the pali. This means long and difficult walks to reach the lava. Tourists are advised to wear sturdy shoes and carry a lot of water along with them. I would also recommend leather gloves.

No lava is currently entering the ocean at Kamokuna. Active lava flows pose no threat to nearby communities at this time.

At the summit, the surface of the lava lake within Halema’uma’u Crater is about 30 metres beneath the rim of the Overlook Crater. The best place to observe it is the terrace of the Jaggar Museum. All trails within the caldeira have benn closed to the public.
No significant changes have recently been observed at Pu’uO’o whose access is also prohibited to the public. Glow has been persistent at long-term sources within the crater and from a small lava pond on the west side of the vent. It should be noted that helicopter pilots working for travel agencies regularly report to the rangers the presence of visitors in the area that is off limits to the public.

Source: HVO.

Coulées éphémères sur la plaine côtière (Photo: C. Grandpey)

Détournement des coulées de lave // Diversion of lava flows

Au cours de l’histoire, les hommes on tenté à plusieurs reprises de détourner des coulées de lave qui devenaient une menace pour les zones habitées. La première tentative de ce genre a eu lieu en 1669, lorsqu’un flot de lave en provenance de l’Etna menaça la ville de Catane. Cette tentative fut largement infructueuse, en partie à cause de l’opposition des citoyens de Paterno. Des tentatives pour détourner la lave du Mauna Loa sur l’île d’Hawaii ont été réalisées en 1935 et 1942. Des digues de terre ont été construites à la hâte pour détourner des coulées du Kilauea en 1955 et 1960, sans grand succès.
Le premier détournement de lave positif a eu lieu en 1973 sur l’île d’Heimaey en Islande quand une coulée de lave a’a a pu être stoppée et un port sauvé en envoyant d’importantes quantités d’eau de mer sur la coulée de lave pour entraver sa progression.
Lors de l’éruption de l’Etna en 1983, des scientifiques ont réussi, pour la première fois, à utiliser des explosifs pour détourner une importante coulée de lave. Ces efforts ont été couronnés de succès mais ont posé un problème juridique. Comme me l’a expliqué H. Tazieff un jour, «sommes-nous autorisés à envoyer la lave sur une terre qui serait autrement épargnée?
Au cours de l’éruption de l’Etna de 1991 à 1993 qui menaçait la ville de Zafferana Etnea, des explosifs ont été installés dans des tunnels de lave dans la haute Valle del Bove. Il semble que l’opération ait été un succès, même si au moment où elle a eu lieu, l’éruption avait bien baissé d’intensité. Le succès de l’opération n’a jamais vraiment été prouvé.
Comme je l’ai écrit ci-dessus, une coulée de lave a été bombardée pendant l’éruption du Mauna Loa en 1935 à Hawaii car elle aurait pu menacer la ville de Hilo. Il se dit souvent que Thomas Jaggar, fondateur de l’Observatoire des Volcans d’Hawaï, a été capable d’arrêter la coulée de lave, mais tout le monde n’en est pas aussi sûr!

L’éruption a commencé le 21 novembre 1935. Six jours plus tard, l’ouverture d’une bouche à une altitude de 2 550 mètres sur le flanc nord du Mauna Loa a envoyé une coulée de lave a’a vers le nord. Dans le même temps, de la lave pahoehoe s’accumulait pendant deux semaines à la base du Mauna Kea, puis commençait à avancer vers Hilo à une vitesse d’environ 1,6 km par jour.
Le 23 décembre, craignant que la coulée atteigne le cours supérieur de la rivière Wailuku qui alimentait en eau la ville de Hilo, Jaggar appela les responsables de la base de l’armée de l’air américaine à Oahu et leur demanda de bombarder la source de la coulée de lave. Il espérait que les tunnels ou les chenaux de lave seraient détruits, empêchant ainsi la coulée de progresser, tout en alimentant une autre coulée qui recouvrirait la même zone. Le bombardement a eu lieu le 27 décembre et la lave a cessé de couler pendant la nuit du 1er au 2 janvier 1936.
Jaggar a publiquement félicité l’armée pour sa réactivité et sa précision technique pour le largage des bombes sur les cibles sélectionnées. À son tour, Jaggar a été félicité pour la réussite de sa tentative pour sauver Hilo.
Ce que l’on sait moins, c’est qu’un géologue de l’USGS, Harold Stearns, était à bord du dernier avion qui a largué les bombes sur les zones choisies par Jaggar. A 12h40 le 27 décembre, son avion a largué deux bombes de 270 kilogrammes (chacune avec 135 kilogrammes de TNT), mais elles ont raté leur cible d’une centaine de mètres.
Dans une lettre adressée à Jaggar en janvier 1936, Stearns s’est interrogé sur l’efficacité de la tentative de bombardement. Jaggar a répondu que l’examen de la source de la coulée montrait que « ce chenal a été brisé par les bombardements et de nouvelles coulées se sont déversés sur les flancs de l’amoncellement de matériaux …. Je n’ai aucun doute que cette perforation du  tunnel source [par les bombes] a ralenti la progression du front … »
Stearns ne fut pas convaincu par la réponse de Jaggar. Dans son autobiographie parue en 1983, il a écrit au sujet du bombardement de la coulée du Mauna Loa: « Je suis sûr que c’était une coïncidence …. »
Aujourd’hui, la plupart des scientifiques sont d’accord avec les conclusions de Stearns. Le bombardement a-t-il, oui ou non, arrêté la coulée de lave du Mauna Loa en 1935 ? C’est toujours un sujet très controversé !
Source: USGS / HVO.

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Throughout history, men have tried several times to divert lava flows that were becoming a threat to populated areas. The first attempt was this kind occurred in 1669, when a flow from Mount Etna volcano threatened the city of Catania. This attempt was largely unsuccessful, in part due to opposition by citizens of another town, Paterno. Attempts to divert lava flows from Mauna Loa Volcano on the island of Hawaii by aerial bombing were made in 1935 and 1942. Earthen barriers were hurriedly constructed in attempts to divert flows from Kilauea Volcano, Hawaii in 1955 and 1960, with little success.

The first successful lava diversion took place in 1973 on the island of Heimaey (Iceland), when a thick lava flow was impeded and a harbour saved by pumping massive quantities of seawater over advancing aa lava.

During the 1983 eruption of Etna, Italian scientists managed, for the first time, to use explosives to divert a major lava flow. These efforts were fairly successful, although they posed a legal problem. As H. Tazieff told me one day, “are we allowed to send lava on a land that would otherwise pe spared?”

During the 1991-93 eruption of Mt Etna that was becoming a threat to the city of Zafferana Etnea, explosives were lowered in tunnels in the upper Valle del Bove. It seems the operation was a success, but by the time it occurred, the eruption was far less intense and the success of the operation has never really been proved.

As I put it above, bombings of a lava flow were performed during the 1935 eruption of Mauna Loa in Hawaii in an attempt to stop a lava flow that might have threatened the city of Hilo. A widely-held belief is that Thomas Jaggar, founder of the Hawaiian Volcano Observatory, was able to stop the lava flow. But everybody is not so sure !

The eruption began on November 21st, 1935. Six days later, an unusual breakout at an elevation of 2,550 metres on the north flank of Mauna Loa sent a’a lava to the north. Pahoehoe lava ponded at the base of Mauna Kea for two weeks before advancing toward Hilo at a rate of about 1.6 km per day.

On December 23rd, fearing that the flow would reach the headwaters of the Wailuku River, which supplied water for the town of Hilo, Jaggar called on the United States Army Air Corps, based on Oahu, to bomb the lava flow source. His hope was that the lava tubes or channels could be destroyed, thereby robbing the advancing flow while feeding another flow that would re-cover the same area. The flow was bombed on December 27th, and lava stopped flowing during the night or early morning of January 2nd, 1936.

Jaggar publicly praised the Army for its responsiveness and technical accuracy in delivering the bombs to his selected targets. In turn, Jaggar was praised for his successful experiment and saving Hilo.

What is not widely known is that a USGS geologist, Harold Stearns, was on board the last plane to deliver bombs to Jaggar’s targeted areas. At 12:40 p.m. on December 27th, his plane dropped two 270-kilogram bombs (each with 135 kilograms of TNT), but they hit a hundred metres from their target.

In a letter to Jaggar in January 1936, Stearns questioned the effectiveness of the bombing. Jaggar wrote back that later examination of the flow’s source showed that “This channel was broken up by the bombing and fresh streams poured over the side of the heap…. I have no question that this robbing of the source tunnel slowed down the movement of the front….”

Stearns remained unconvinced. In his 1983 autobiography, he wrote about bombing the Mauna Loa flow: “I am sure it was a coincidence….”

Modern thinking mostly supports Stearns’ conclusion. Whether or not the bombing stopped the 1935 Mauna Loa lava flow remains a controversial topic today.

Source : USGS / HVO.

Préparation de l’opération « Thrombose » sur l’Etna en 1993.

(Photos: C. Grandpey)