Retour sur l’éruption de Kamoamoa (Hawaii) en 2011 // The Kamoamoa eruption (Hawaii) in 2011

Au cours des 35 années qu’elle a duré, l’éruption du Pu’uO’o dans la Middle East Rift Zone (MERZ) du Kilauea a été l’occasion pour les scientifiques d’améliorer leur travail de recherche et de surveillance des volcans hawaiiens. Même les éruptions de courte durée, comme celle de Kamoamoa qui a duré quatre jours en 2011, ont offert des informations importantes.
Dans les mois qui ont précédé l’éruption de Kamoamoa, la lave a rempli le cratère du Pu’uO’o. Une inflation continue a été enregistrée au sommet du Kilauea et le long de la MERZ. Au fur et à mesure que le système se pressurisait, la sismicité augmentait dans la partie supérieure de la Zone de Rift Est (East Rift Zone) et le lac de lave sommital atteignait ses niveaux les plus élevés..
Le 5 mars 2011, une secousse et une augmentation de l’activité sismique, accompagnées d’une déflation rapide du Pu’uO’o, ont été observées en début d’après-midi. Un intrusion dans la partie supérieure de la zone de rift a fait s’évacuer le magma qui se trouvait sous le Pu’uO’o. Peu de temps après, le plancher du Pu’uO’o a commencé à s’affaisser et le niveau du lac de lave sommital a chuté.
Alertés par des alarmes sismiques en temps quasi réel et des données de déformation, les scientifiques du HVO ont rapidement effectué un survol de la zone et ont pu assister au début de l’éruption de Kamoamoa entre le Pu’uO’o et le cratère Napau.
Au cours des premiers jours, l’activité éruptive a oscillé entre deux systèmes de fractures, avec des bouches dont l’activité alternait. En début de journée le 8 mars 2011, l’éruption s’est concentrée sur les deux extrémités opposées des fractures. L’activité a diminué dans l’après-midi du 9 mars, et l’épisode éruptif de Kamoamoa a pris fin vers 22h30..
Le dyke et l’éruption qui a suivi ont joué un rôle de soupape et permis l’évacuation de la pression qui s’était accumulée depuis des mois dans le système d’alimentation du Kilauea.
Pendant l’éruption, afin de compléter les données en temps quasi réel fournies par les stations de surveillance du HVO, les scientifiques ont également récolté des échantillons de lave, effectué des mesures de gaz, cartographié les coulées de lave et les fractures, pris des photos et des notes sur le terrain. Toutes ces données importantes permettent de mieux comprendre les éruptions volcaniques et leurs processus.
Les analyses de plusieurs échantillons de lave prélevés tout au long de l’éruption ont montré que la lave était initialement plus évoluée que celle collectée sur le champs de lave du Pu’uO’o avant l’éruption de Kamoamoa. Cela signifie que le dyke qui a alimenté l’éruption a d’abord émis – ou s’est mélangé à – un magma plus ancien qui était stocké dans la zone de rift. Au fur et à mesure que l’éruption s’est poursuivie et que du magma juvénile est arrivé dans le système, la composition de lave a évolué pour ressembler à celle qui avait été émise précédemment au niveau du Pu’uO’o. Il est intéressant de noter qu’une évolution semblable de la composition de la lave a été observée au début de l’éruption de 2018.
Source : USGS, HVO.

J’étais à Hawaii quelques jours avant le début de l’éruption de Kamoamoa. Vous pourrez voir ci-dessous quelques photos du puits de lave sommital, du cratère du Pu’uO’o et de l’East Rift Zone où la lave commençait déjà à s’écouler.

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The 35-year-long Pu’uO’o eruption on Kilauea’s Middle East Rift Zone (MERZ) was a remarkable opportunity for scientists to improve volcano research and monitoring. Even short-lived episodes in this eruption, like the four-day-long Kamoamoa eruption, offered important insights.

In the months leading up to the 2011 Kamoamoa eruption, lava filled Pu’uO’o crater. Steady inflation was recorded at the summit and the MERZ. As the system pressurized, seismicity increased in the upper East Rift Zone and the summit lava lake rose to the highest levels recorded before that time.

On March 5th, 2011, seismic tremor and increased earthquake activity, accompanied by rapid deflation at Pu’uO’o, began abruptly in the early afrternoon. An intrusion uprift drew magma away from beneath Pu’uO’o. Shortly after, the Pu’uO’o crater floor began to subside and the summit lava lake level dropped.

HVO alerted by near real-time seismic alarms and deformation data, quickly conducted an overflight of the area and witnessed the start of the Kamoamoa eruption between Pu’uO’o and Napau craters.

In the first few days, eruptive activity shifted around two fissure systems with vents repeatedly starting and stopping. Early on March 8th, the eruption focused on the two opposite ends of the fissures. The activity waned in the afternoon of March 9th, and around 10:30 p.m. the Kamoamoa eruptive episode was over.

The dike and subsequent eruption acted as a pressure release valve of Kilauea’s magma plumbing system that had been pressurizing for months.

During the eruption, to supplement the near real-time data from HVO monitoring stations, scientists also collected lava samples and gas measurements, mapped lava flows and ground cracks, took photos and detailed field notes. These important data sets help to better understand volcanic eruptions and their processes.

Analyses of multiple lava samples taken throughout the eruption showed that the erupted lava was initially more evolved than the lava collected on the Pu’uO’o flow fields prior to the Kamoamoa eruption. This means that the dike which fed the eruption either pushed out, or mixed with, a body of cooler magma that had been stored in the rift. As the eruption continued, the lava compositions began to resemble those previously erupted at Pu’uO’o, as juvenile lava flushed through the system. This is what happened in the beginning of the 2018 eruption.

Source : USGS, HVO.

I was in Hawaii a few days before the start of the Kamoamoa eruption. Here are some photos of the summit lava pit crater, the Pu’uO’o crater and the East Rift Zone where lava was already beginning to flow.

Photos : C. Grandpey

Volcans du monde // Volcanoes of the world

  Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde:

La situation doit être surveillée. On ne sait jamais! Un essaim sismique intense est enregistré le long du système de fissures volcaniques de Manadas dans la partie nord-ouest de l’île de São Jorge (Açores / Portugal).
L’essaim a commencé à 17h19 (heure locale) le 19 mars 2022. Trois secousses ont été enregistrés au cours des 2 minutes suivantes, avec des magnitudes allant de M2,8 à M2,9. Au cours des 24 heures suivantes, plus de 700 séismes de faible magnitude ont été enregistrés dans la région.
Le CIVISA indique que tous les séismes sont d’origine tectonique. L’événement le plus significatif a atteint M3.2 le 20 mars. Il a été ressenti par les populations de São Jorge et de l’île de Pico.
L’essaim sismique actuel rappelle à la population ceux qui ont précédé l’éruption de 2021 à La Palma.
L’île de São Jorge, où l’activité sismique est observée actuellement, mesure 54 km de long et seulement 6 km de large. Il est principalement basaltique. Elle a été façonnée par des éruptions fissurales qui ont débuté dans la partie orientale de l’île. Les deux tiers ouest de l’île présentent de jeunes coulées de lave alimentées par des fissures ressemblant à celles de l’île voisine de Pico. La lave a été émise en 1580, avec des coulées qui ont atteint l’océan. En 1808, une série d’explosions a eu lieu à partir de bouches le long de la crête centre-sud de l’île.
Des éruptions sous-marines ont également été signalées à plusieurs reprises à partir de bouches éruptives au large des côtes sud et sud-ouest.
La dernière éruption sur l’île de São Jorge a eu lieu en 1808.
Source : Centre d’information et de surveillance sismovolcaniques des Açores (CIVISA), Smithsonian Institution.

São Jorge vue depuis l’espace (Source: NASA)

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Le SERNAGEOMIN indique que la sismicité est en hausse sous le volcan Lonquimay (Chili) depuis le 9 mars 2022. Les événements sont situés entre 2 et 7 km du cratère et à des profondeurs entre 4 et 11 km du sommet. La sismicité au niveau de ce volcan est habituellement liée à la dynamique des fluides. Aucun changement n’a été détecté concernant la déformation de surface et les émissions de SO2.

Le niveau d’alerte est passé du Vert au Jaune le 21 mars 2022. La dernière éruption de ce volcan a duré de 1988 à 1990, avec un VEI 3.
Source : SERNAGEOMIN.

 

Vue du Lonquimay depuis l’espace (Source: Copernicus)

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Une hausse de température a été enregistrée dans le lac de cratère du Ruapehu (Nouvelle-Zélande) les 13 et 21 mars, avec une température de 31°C. Le phénomène s’est accompagné d’une hausse du tremor volcanique indiquant une augmentation du flux de gaz dans le système et un risque d’éruption. Le niveau d’alerte volcanique a été porté à 2 (sur une échelle de 0 à 5) tandis que la couleur de l’alerte aérienne reste au Vert.
Source : GeoNet.

Photo: C. Grandpey

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On observe toujours une émission de lave sur le Kilauea (Hawaii) à partir de bouches au bas de la paroi inférieure ouest du cratère de l’Halema`uma`u. Toutefois, les images de la caméra thermique montrent que la taille du lac de lave n’a rien à voir avec ce qu’il était avant l’éruption de 2018..
Source : HVO.

Source: HVO

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Deux épisodes éruptifs ont été enregistrés sur l’Anak Krakatau (Indonésie) le 24 mars 2022. Les panaches de cendre ont atteint 1200 m au-dessus du niveau de la mer.

La dernière séquence éruptive avait eu lieu le6 février 2022.

Source: CVGHM.

Photo: C. Grandpey

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L’éruption du Lewotolok (Indonésie) se poursuit avec des panaches de cendres s’élevant jusqu’à 600 m au-dessus du sommet. L’incandescence du cratère et des coulées de lave sont signalées la plupart du temps. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4).
Source : CVGHM.

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La lave est toujours présente dans le cratère Nicanor du Nevados de Chillán (Chili). Les images satellites révèlent toujours des températures élevées. L’activité sismique a régulièrement diminué depuis janvier 2022. Début mars, les émissions de SO2 étaient en moyenne de 454 tonnes par jour. Le niveau d’alerte reste au Jaune,
Source: SERNAGEOMIN.

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En République Démocratique du Congo (RDC), des images satellites montrent un épanchement de lave à partir de plusieurs bouches au fond du cratère du Nyiragongo, avec d’importantes émissions de gaz. .

La lave est présente sur le plancher du cratère du Nyamulagira. C’est ce que révélaient les images satellites entre le 8 et le 13 mars 2022. .
Sources : Observatoire Volcanologique de Goma.

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En Equateur, un niveau d’activité élevé est toujours observé sur le Reventador. Les panaches de vapeur et de cendres s’élèvent généralement jusqu’à 1 km au-dessus du sommet. L’incandescence du cratère est visible la plupart des nuits et des matériaux incandescents dévalent le flanc S du volcan.

Toujours en Equateur, une forte activité a été observée sur le Sangay entre le 15 et le 22 mars. Des panaches de gaz et de cendres s’élevaient jusqu’à 1 km au-dessus du volcan. Plusieurs anomalies thermiques sont visibles dans les données satellitaires. Des émissions de matériaux incandescents sont parfois visibles sur les images des webcams. Le réseau sismique a détecté plusieurs signaux de lahars.

L’éruption du Wolf (Galapagos / Equateur) se poursuit. Des anomalies thermiques quotidiennes indiquent des coulées de lave actives sur le flanc SSE.
Source : Instituto Geofisico.

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Le niveau d’alerte de la Soufrière Saint-Vincent a été abaissé au Vert (le niveau le plus bas) le 16 mars 2022. L’activité sismique et fumerolienne est redevenue égale ou inférieure à ce qu’elle était avant l’éruption de 2020-2021. Cependant, il est rappelé à la population qu’un risque de lahar existe lors de fortes pluies.
Source : UWI.

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Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous en trouverez d’autres (en anglais) en lisant le bulletin hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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  Here is some news of volcanic activity around the world :

The situation needs to be monitored. You never know! An intense seismic swarm is being recorded along the Manadas volcanic fissure system in the NW part of the São Jorge Island (Azores / Portugal).

The swarm started at 17:19 (local time)on March 19th, 2022. Three earthquakes were registered over the next 2 minutes, with magnitudes ranging from M2.8 to M2.9. Over the next 24 hours, more than 700 low-magnitude earthquakes were recorded in the region.

CIVISA says that all the earthquakes are of tectonic origin. The largest event was M3.2 on March 20th It was felt by the populations of São Jorge and the island of Pico.

The current seismic swarm reminds the population of the swarms that preceded the 2021 eruption at La Palma.

São Jorge Island where the seismic activity is observed is 54 km long and only 6 km wide. It is mainly basaltic. It was formed by fissure eruptions beginning in the eastern part of the island. The western two-thirds of the island contain youthful, fissure-fed lava flows resembling those on neighboring Pico Island. Lava was emitted in 1580, with flows that reached the ocean. In 1808 a series of explosions took place from vents along the south-central crest of the island.

Submarine eruptions were also reported on several occasions from vents off the S and SW coasts.

The last eruption on São Jorge Island took place in 1808.

Source: Center for Seismovolcanic Information and Surveillance of the Azores (CIVISA), Smithsonian Institution.

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SERNAGEOMIN indicates that seismicity has been increasing under Lonquimay volcano (Chile) since March 9th, 2022. The earthquakes are located between 2 and 7 km from the crater and at depths between 4 to 11 km from the summit..Seismicity at the volcano is commonly associated with the dynamics of fluids. No changes have been detected about surface deformation and SO2 emissions.

The alert level was raised from Green to Yellow on March 21st, 2022. The last eruption of this volcano lasted from 1988 to 1990, with a VEI 3.

Source: SERNAGEOMIN.

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An increase in temperature was recorded at Mt Ruapehu‘s crater lake (New Zealand) by March 13th and 21st, with temperature of 31°C. The heating cycle was accompanied by strong levels of volcanic tremor, indicating increased gas flux though the system, and an increased likelihood of eruptive activity. The volcanic alert level was raised to 2 (on a scale from 0-5) and the aviation color code remains at Green.

Source: GeoNet.

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Lava effusion is still observed from vents in the lower W wall of Kilauea’s Halema`uma`u Crater (Hawaii) but the images provided by the thermal camera show that the size of the lava lake has nothing to do with what it was before the 2018 eruption.

Source: HVO.

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Two eruptive episodes were recorded at Anak Krakatau (Indonesia) on March 24th, 2022, with ash plumes up to 1200 m above sea level. .

The last eruption had taken place on February 6th, 2022.

Source: CVGHM.

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The eruption at Lewotolok (Indonesia) continues with ash plumes rising as high as 600 m above the summit. Crater incandescence and lava effusion are reported on most days. The alert level remains at 3 (on a scale of 1-4).

Source: CVGHM.

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Lava is still observed in Nevados de Chillán’s Nicanor Crater (Chile), together with elevated thermal temperatures identified in satellite images. Seismic activity has steadily declined since January. In early March, SO2 emissions averaged 454 tons per day. The alert level remains at Yellow,

Source: SERNAGEOMIN.

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In the Democratic Republic of Congo (DRC), satellite images show lava effusion from vents on Nyiragongo’s crater floor, accompanied by significant gas emissions. .

Active lava on Nyamulagira’s crater floor was visible in satellite images between March 8th and 13th, 2022. .

Sources: Observatoire Volcanologique de Goma.

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In Ecuador, a high level of activity continues at Reventador. Steam-and-ash plumes usually rise as high as 1 km above the summit. Crater incandescence is visible most nights and incandescent material descends the S flank of the volcano.

Still in Ecuador, a high level of activity was observed at Sangay between March 15th and 22nd. Gas and ash plumes rose as high as 1 km above the volcano. Multiple daily thermal anomalies over the volcano were visible in satellite data. Emissions of incandescent material were occasionally visible in webcam images. The seismic network detected lahar signals.

The eruption at Wolf (Galapagos / Ecuador) continues. Daily thermal anomalies indicate active lava flows on the SSE flank.

Source: Instituto Geofisico.

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The alert level for Soufrière St. Vincent was lowered to Green (the lowest level) on March 16th, 2022. Seismic and fumarolic activity are at or below background levels recorded prior to the 2020-2021 eruption. However, the public is reminded about lahar hazards during heavy rains.

Source: UWI.

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This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

Un gravimètre quantique absolu (AQG) sur le Kilauea (Hawaii) // An Absolute Quantum Gravimeter on Kilauea Volcano (Hawaii)

La dernière rubrique Volcano Watch publiée par le l’Observatoire des Volcans d’Hawaii, le HVO est consacrée à l’Absolute Quantum Gravimeter AQG) – gravimètre quantique absolu – un nouvel instrument de haute technologie que vient d’acquérir l’observatoire. Il est en cours d’installation, de test et d’étalonnage avant d’être installé au sommet du Kilauea. L’AQG a la capacité de mesurer d’infimes variations de masse sous la surface du sol et peut donc aider à détecter les processus volcaniques en profondeur.
Tous les objets ont une masse et donc un champ de gravité. L’attraction gravitationnelle de la Terre est légèrement plus forte dans les zones qui ont plus de masse et légèrement plus faible dans les zones avec moins de masse. Le rôle des gravimètres est donc de mesurer l’attraction gravitationnelle. S’agissant des volcans, les gravimètres permettent aux scientifiques de détecter les changements subtils de gravité causés par les mouvements du magma. Une gravité plus forte peut indiquer la présence d’un plus importante quantité de magma sous la surface du sol.
Il existe deux principaux types de gravimètres : relatif et absolu.
Les gravimètres relatifs sont les plus courants. Ils contiennent un poids attaché à un ressort vertical sensible. La gravité étire le ressort et la quantité d’étirement est proportionnelle aux variations de g, la gravité locale. Le gravimètre relatif mesure la différence de gravité entre différents emplacements. Malheureusement, ces instruments souffrent d’un effet de « dérive », qui ajoute du bruit aux mesures effectuées sur plus de quelques semaines à quelques mois, et leur précision diminue progressivement.
Les gravimètres absolus mesurent directement l’accélération de la pesanteur. Les gravimètres absolus à chute libre, le type le plus courant, utilisent des lasers pour mesurer l’accélération en chute libre d’un réflecteur en coin de cube relâché à maintes reprises dans une chambre sous vide. Contrairement aux gravimètres relatifs, les gravimètres absolus n’ont pas d’effet de dérive et ne se dégradent pas en précision avec le temps. Cependant, ils sont de grande taille, ont des éléments mécaniques fragiles, nécessitent une alimentation électrique suffisante et ne sont pas conçus pour être utilisés dans des conditions difficiles sur le terrain, les volcans par exemple. Les gravimètres absolus portables ne peuvent pas effectuer des mesures continues sur le long terme et ne sont pas suffisamment sensibles pour détecter les petits changements nécessaires à la surveillance des volcans.
Semblable aux gravimètres absolus à chute libre, le nouvel AQG du HVO mesure l’accélération d’une petite masse d’épreuve dans le vide. Cependant, l’AQG surmonte les limites des gravimètres absolus à chute libre classiques et se caractérise par la chute d’un nuage d’atomes à très basse température. Des atomes de rubidium, piégés par des lasers, sont refroidis à une température proche du zéro absolu. Cela permet des mesures continues précises et à long terme. L’AQG est également compact et peut être déployé sur des volcans actifs et fonctionner en continu sans effet de «dérive».
Un tel modèle d’AQG a été installé sur le flanc nord du volcan de l’Etna, un volcan qui entre fréquemment en éruption. L’instrument a enregistré avec succès, et sur plusieurs mois, des données de haute qualité, malgré des vibrations parasites.
À la suite de la spectaculaire éruption du Kilauea en 2018, le HVO a commencé à reconstruire le réseau gravitaire continu. Un gravimètre a été réinstallé sur le plancher du cratère de l’Halema’uma’u en juin 2021. En avril 2022, il est prévu d’installer deux gravimètres relatifs sur d’autres sites du Kilauea.
La combinaison du nouveau gravimètre quantique absolu (AQG), de nouveaux gravimètres continus et des mesures habituelles sur le terrain devrait faire progresser l’utilisation des mesures de gravité pour surveiller le comportement des volcans hawaïens.
Source : USGS / HVO.

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The latest Volcano Watch released by the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) is dedicated to the

Absolute Quantum Gravimeter AQG), a new high tech instrument acquired by the observatory. It is undergoing set up, testing and calibration before installation at the summit of Kilauea. The AQG has the ability to measure very small mass changes beneath the ground surface, which can help detect underground volcanic processes.

All objects have a mass and therefore a gravity field. Earth’s gravitational pull is slightly stronger in areas with more mass and slightly weaker in areas with less mass. Gravimeters measure gravitational attraction. As far as volcanoes are concerned, gravimeters help scientists detect subtle changes in gravity caused by magma movements. The measurement of stronger gravity can indicate more magma below the ground surface.

There are two main types of gravimeters: relative and absolute.

Relative gravimeters are the most common. They contain a weight attached to a sensitive vertical spring. Gravity stretches the spring, and the amount of stretch is proportional to the measurement of local gravity. The relative gravimeter measures the difference of gravity between various locations. Unfortunately, these instruments suffer from “drift,” which adds noise to measurements conducted over more than a few weeks-to-months, and their accuracy gradually decreases.

Absolute gravimeters directly measure the acceleration of gravity. Free-fall absolute gravimeters, the most common type, use lasers to measure the free-fall acceleration of a small reflecting prism in a vacuum. Unlike relative gravimeters, absolute gravimeters do not drift nor degrade in accuracy over time. However, they are large in size, have delicate mechanical parts, require an ample power supply, and are not designed for use in harsh field conditions such as volcanoes. Those that are field portable are not capable of long-term continuous measurements or sensitive enough to detect the small changes needed for volcano monitoring.

Similar to the free-fall absolute gravimeters, HVO’s new AQG measures the acceleration of a small test mass in a vacuum. However, the AQG overcomes the limitations of classical free-fall absolute gravimeters by dropping clouds of laser-cooled rubidium atoms instead of small prisms. This allows for accurate and long-term continuous measurements. The AQG is also compact in size and can be deployed in the field at active volcanoes and run continuously without “drift.”

The same model of AQG has been installed on the north flank of Mount Etna volcano in Italy, which frequently erupts. The instrument has successfully recorded many months of high-quality data despite high vibration noise levels.

Following the 2018 Kīlauea events, HVO started rebuilding the continuous gravity network. One gravimeter was reinstalled on Halemaʻumaʻu crater floor in June 2021. In April 2022, there are plans to install two additional continuous relative gravimeters at other locations on Kilauea.

The combination of the new Absolute Quantum Gravimeter, new continuous gravimeters, and ongoing campaign measurements makes the future of using gravity measurements to monitor hazards of Hawaiian volcanoes quite promising.

Source : USGS / HVO.

Vue du gravimètre quantique absolu (Source : HVO)

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde:

L’activité du Bezymianny (Kamtchatka) s’est intensifiée le 14 mars 2022, avec une nouvelle émission de lave visqueuse au niveau du dôme. Cette activité s’est accompagnée de petites coulées pyroclastiques et de panaches de cendres s’élevant jusqu’à 4,5 km d’altitude. L’éruption se poursuivait dans la matinée du 15 mars et s’est intensifiée le 16 de ce même mois, avec des panaches de cendre jusqu’à plus de 11 km d’altitude. Ils sont susceptibles d’affecter les vols internationaux ainsi que les aéronefs volant à basse altitude. La couleur de l’alerte aérienne reste à Orange.

Source: KVERT.

L’éruption du Bezymianny le 15 mars 2022 vue depuis l’espace (Source: Copernicus / Sentinel-2)

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L’éruption du Kilauea (Hawaii) vient d’entrer dans un temps faible avec une tendance déflationniste du sommet. En conséquence, aucune lave active n’est visible en ce moment dans le cratère de l’Halema’uma’u. En attendant sa probable réapparition d’ici quelques jours…

Source: HVO.

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L’éruption du Fuego (Guatemala) continue avec une dizaine d’explosions chaque jour, accompagnées de la projection de matériaux incandescents. Les panaches de cendres montent à plus un kilomètre au-dessus du sommet. On observe toujours des coulées pyroclastiques qui impactent les cultures et la végétation. Des retombées de cendres et des ondes de choc continuent d’affecter les localités proches du volcan.

Source: INSIVUMEH.

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La lente émission de lave se poursuit sur le Great Sitkin (Aléoutiennes / Alaska) avec une très faible sismicité. Des températures de surface élevées sont identifiées de temps en temps sur les images satellites. La couleur de l’alerte aérienne et le niveau d’alerte volcanique restent respectivement à Orange et Watch (Vigilance).
Source : AVO.

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L’éruption du Pavlof (Alaska) continue au niveau d’une bouche située sur le flanc supérieur E, avec de petites explosions. Une image satellite montre des températures de surface très élevées près de la bouche active, mais la couverture nuageuse a parfois entravé les observations. Le 14 mars 2022, des images satellites ont montré une petite émission de lave au niveau de la bouche active. Le niveau d’alerte volcanique reste à Watch (Vigilance) et la couleur de l’alerte aérienne est maintenue à Orange.
Source : AVO.

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L’éruption du volcan Ibu (Indonésie) se poursuit avec des panaches de cendres s’élevant de 200 à 1 000 m au-dessus du sommet. Des avalanches parcourent 100 à 400 m sur les pentes N et NO du volcan. Le niveau d’alerte reste à 2 (sur une échelle de 1 à 4), et le public est invité à rester à au moins 2 km du cratère actif.
Source : CVGHM.

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Toujours en Indonésie, l’éruption du Lewotolok continue. Des panaches de cendres s’élèvent jusqu’à 1 km au-dessus du sommet. L’incandescence du cratère, des coulées de lave et des grondements sont également signalés. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4) et il est demandé au public de rester à 3 km du cratère sommital et à 4 km du cratère sur le flanc SE.
Source : CVGHM.

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Le dôme de lave au sommet du Merapi (Indonésie) s’est effondré les 9 et 10 mars 2022, envoyant des coulées pyroclastiques jusqu’à 5 km au SE dans la ravine de la rivière Gendol. Des panaches de cendres se sont élevés à au moins 3 km au-dessus du sommet, avec retombées signalées dans plusieurs villages sous le vent. Le volume total de l’effondrement est estimé à 646 000 mètres cubes, ce qui porte le volume du dôme restant à environ 2 582 000 mètres cubes.
L’extrusion du dôme de lave SO continue; le volume du dôme est estimé à 1,58 million de mètres cubes, sans changement par rapport aux semaines précédentes.
Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4) et le public est prié de rester à 3-5 km du sommet, selon les endroits.
Source : BPPTKG.

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Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous en trouverez d’autres (en anglais) en lisant le bulletin hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

Activity at Bezymianny (Kamchatka) increased on March 14th, 2022, with new viscous lava flowing out of the dome. This activity was accompanied by small pyroclastic flows and ash plumes rising up to 4.5 km a.s.l. The eruption was continuing in the morning of March 15th and intensified on March 16th with ash plumes rising up to 11.6 km. The ash could affect international and low-flying aircraft,. The aviation color code is kept at Orange.

Source: KVERT.

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The eruption of Kilauea (Hawaii) is currently very low with a deflationary trend at the summit of the volcano. As a result, no active lava is currently visible in Halema’uma’u crater. However, it will probably reappear in a few days…
Source: HVO.

 

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The eruption of Fuego (Guatemala) continues with a dozen explosions each day, accompanied by the projection of incandescent materials. Ash plumes rise over one kilometer above the summit. There are still pyroclastic flows that impact crops and vegetation. Ashfall and shock waves continue to affect municipalities near the volcano.
Source: INSIVUMEH.

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Slow lava effusion continues at Great Sitkin (Aleutians / Alaska) with very low seismicity. Elevated surface temperatures are periodically identified in satellite images. The aviation color code and the volcano alert level remain at Orange and Watch, respectively.

Source: AVO.

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The eruption at a vent located on Pavlof’s upper E flank (Alaska) continues, with small explosions. A satellite image showed highly elevated surface temperatures near the vent, but cloud cover sometimes prevented observations. On March 14th, 2022, satellite images showed minor lava effusion at the vent. The volcano alert level remains at Watch and the aviation color code is kept at Orange.

Source: AVO.

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The eruption at Ibu (Indonesia) continues with ash plumes rising 200-1,000 m above the summit. Avalanches travel 100-400 m down the N and NWslopes of the volcano. The Alert Level remains at a 2 (on a scale of 1-4), and the public is asked to stay at least 2 km away from the active crater.

Source: CVGHM.

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Still in Indonesia, the eruption at Lewotolok continues. Ash plumes rise as high as 1 km above the summit. Crater incandescence, lava effusion and rumbling sounds are also reported. The Alert Level remains at 3 (on a scale of 1-4) and the public is asked to stay 3 km away from the summit crater and 4 km away from the crater on the SE flank.

Source: CVGHM.

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The lava dome at the summit of Mt Merapi (Indonedia) collapsed on March 9th and 10th, 2022, sending pyroclastic flows as far as 5 km SE down the Gendol drainage. Ash plumes rose at least 3 km above the summit, with ashfall reported in several villages downwind. The total volume that collapsed was an estimated 646,000 cubic meters, making the volume of the remaining dome material about 2,582,000 cubic meters.
Extrusion at the SW lava dome continues; the volume of the dome is estimated at 1.58 million cubic meters, similar to the previous few weeks.

The Alert Level remains at 3 (on a scale of 1-4), and the public is asked to stay 3-5 km away from the summit.

Source: BPPTKG.

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This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm