« La Glace et le Ciel » : L’aventure glaciaire de Claude Lorius

Si je demandais aux personnes autour de moi si elles connaissent Claude Lorius, la plupart ouvriraient de grands yeux car ce monsieur ne fait pas partie des people ou des personnalités médiatisées. Pourtant, Claude Lorius est un éminent scientifique qui a apporté autant à la glaciologie que Haroun Tazieff à la volcanologie ou le Commandant Cousteau à l’océanographie.

L’excellente chaîne de télévision Ushuaia TV diffuse en ce moment (dates des programmes en suivant ce lien : https://www.ushuaiatv.fr/programmes/entre-ciel-et-terre-le-cambodge-%C3%A0-ciel-ouvert-59548) un documentaire intitulé La Glace et le Ciel réalisé par Luc Jacquet bien connu pour son film La Marche de l’Empereur.

Dans La Glace et le Ciel, le réalisateur met en scène l’aventure de Claude Lorius qui est parti en 1957 étudier les glaces de l’Antarctique. Il nous raconte « l’histoire d’une vie extraordinaire consacrée à percer au plus profond des glaces de l’Antarctique les secrets bien gardés du climat. »

Claude Lorius, chercheur au laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement de Grenoble, dut affronter pendant presque vingt ans mépris, moqueries et railleries quand il abordait le thème du dérèglement climatique et la responsabilité de Homme dans ce phénomène naturel. Il eut à subir les foudres du Commandant Cousteau et de Claude Allègre à la fin des années 80 suite à la publication dans la revue Nature de trois articles qui prouvaient la corrélation entre la concentration de gaz carbonique et l’élévation moyenne des températures du globe.

La Glace et le Ciel raconte en détail la vie du chercheur, du premier hivernage dans la base Charcot en 1957, un an d’isolement sous la glace pour trois scientifiques sur un continent encore inconnu, jusqu’aux carottages de Vostok dans les années 80, qui allaient apporter les preuves tant attendues. En particulier, les analyses des bulles d’air emprisonnées dans les carottes de Vostok ont mis en évidence la relation étroite entre les concentrations en gaz carbonique et en méthane et la température. Les climats interglaciaires sont caractérisés par des teneurs en CO2 de 280 ppmv (partie par million en volume) alors qu’en période glaciaire, l’atmosphère n’en contenait que 180 ppmv. Le méthane, issu des fermentations en zones inondées (marais, rizières), lui oscille entre 650 et 350 ppbv (partie par milliard) entre les périodes chaudes et froides respectivement.

La bande-annonce du film se trouve à cette adresse: https://youtu.be/maLCce3dF2U

Courbes de Vostok : Variations des températures (en rouge), du méthane (en vert) et du CO2 (en bleu) au cours des 400 000 dernières années.

Il est intéressant de mettre en parallèle la courbe de Keeling qui montre les variations de CO2 avant 1958 par le biais des carottes de glace, et après 1958, au vu des relevés effectués au sommet du Mauna Loa (Hawaii). On remarquera que les quantités de CO2 sont en constante augmentation et qu’elles atteignent actuellement plus de 411 ppm (parties par million) !! Le Président Trump a sûrement raison : il faut donner le champ libre à la production et à la combustion des combustibles fossiles. Notre planète le remerciera un jour à sa façon !

Courbe de Keeling actualisée le 23 mai 2018

Kilauea (Hawaii): Les fractures du désespoir // The fissures of despair

Comme je l’ai écrit à maintes reprises, l’éruption le long de la Lower East Rift Zone a ouvert une vingtaine de fractures qui émettent des projections et des coulées de lave. Une cinquantaine de maisons et autres bâtiments ont été détruits par la lave. Toutes les fractures ne vomissent pas de la lave, mais elles peuvent causer des dégâts importants.
Ainsi, lorsqu’un couple a retrouvé sa maison dans les Leilani Estates, l’homme et la femme ont découvert une fracture de 3 mètres de large et 150 mètres de long qui cisaillait leur terrain et se prolongeait jusque sous leur maison. Le couple avait hérité de la maison que le mari avait construite avec son père en 1990. Le couple envisageait de la transmettre à leurs enfants, âgés aujourd’hui de 11 et 12 ans mais, de toute évidence, cela ne sera pas possible.
Quand le couple a quitté la maison en toute hâte il y a quelques semaines, il n’a pris que les photos et les documents les plus importants. L’homme et la femme ont tout laissé derrière eux. Les déformations du sol ont déplacé la maison d’au moins 1,20 mètre et elle penche maintenant d’un côté. Tous leurs effets personnels restés dans la maison sont  rendus inutilisables par le dioxyde de soufre.
La maison de leur voisin, achetée pour 335 000 dollars en avril 2017, est toujours debout, même s’il ne peut plus vivre à l’intérieur. La fracture traverse sa propriété et se prolonge dans celle du couple et de l’autre côté de la rue. L’homme savait que sa propriété avait été recouverte par la lave il y a plusieurs siècles, mais il ne s’attendait pas à ce que cela se reproduise un an après l’achat de sa maison.
Voici une photo de la maison avec la fracture qui passe dessous. Il y a aussi une vidéo de l’endroit mais je n’indiquerai pas le lien. Je ne supporte pas de voir des badauds venir prendre des photos d’un endroit où les gens connaissent une grande détresse après avoir tout perdu. C’est du pur voyeurisme. Soit dit en passant, j’avais lu que la subdivision des Leilani Estates était fermée au public par peur du vandalisme, avec des points de contrôle sur toutes les routes d’accès … Quelqu’un peut-il m’expliquer la présence des gens en train de prendre des photos sur la propriété que l’on voit dans la vidéo? ?
Source: Honolulu Star Advertiser.

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As I put it many times before, the eruption along the Lower East Rift Zone opened about 20 fissures that produced spatter and lava flows. About fifty houses and other structures have been destroyed by lava. However, all the fissures do not produce lava, but they can cause major damage.

When a family returned to thei home in Leilani Estates, they found a 3-metre wide crack running over a length of 150 metres through their backyard and beneath their house. The family inherited the house the husband built with his father in 1990. The couple had envisioned eventually passing their home on to their children, now aged 11 and 12, but it will probably be impossible.

When the family scrambled to evacuate a couple of weeks ago, they only took their photographs and most important documents. They left everything else behind. The house has shifted at least 1.20 metres and is now leaning to one side. All of their remaining belongings are ruined by the sulphur dioxide.

The home of her neighbour is still standing, though he can no longer live in the house he bought for $335,000 in April 2017. The crack runs from his backyard into the couple’s property and across the street. The man knew his poperty was covered by lava hundreds of years ago, but he did not expect it to happen a year after he bought his house.

Here is a photo of the house with the crack running under it. There is also a video of the place but I won’t indicate the link. I can’t bear seeing people flocking and taking photos of a place where people are in great distress for having lost everything. This is sheer voyeurism. By the way, I had read that the subdivision of the Leilani Estates was closed to the public for fear of vandalism, with checkpoints on all the access roads… Can someone explain me what the people taking photos are doing on the property shown in the video?

Source: Honolulu Star Advertiser.

La Nature est puissante et impitoyable (Crédit photo; Presse hawaienne)

Vers une crise sanitaire dans le District de Puna ? // Toward a health crisis in the Puna District?

En raison des gaz volcaniques – SO2 et H2S, entre autres – qui ont envahi le District de Puna, de nombreuses personnes souffrent de problèmes respiratoires et d’autres maladies chroniques. Comme je l’ai écrit précédemment, le problème respiratoire le plus récent est la «laze» – ou brume de lave – qui se forme quand la lave très chaude se mélange à l’eau de mer froide pour produire un panache de vapeur où cohabitent de l’acide chlorhydrique et des particules de verre.
Pire encore, les habitants de Puna étaient déjà exposés aux maladies respiratoires avant l’éruption actuelle et ils ont tendance à avoir moins de ressources pour faire face à leurs maladies. Selon les services sanitaires, le taux de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) est plus élevé chez les adultes de 45 ans et plus dans le District de Puna ; une personne sur 10 vit avec la maladie, contre environ 6% dans les autres îles. Environ 20% des adultes et 25% des enfants sont asthmatiques, contre 17,5% et 16,8% respectivement dans l’ensemble de l’État.
Avec les maladies respiratoires, le District de Puna a le deuxième taux de pauvreté le plus élevé de l’État d’Hawaï et ces deux facteurs sont souvent étroitement liés. Il y a plus de pauvreté dans les districts de Puna et Kau qu’ailleurs dans l’Etat sauf à Waianae. Un médecin a déclaré: « Si vous considérez des personnes déjà désavantagées parce qu’elles sont confrontées à des taux anormalement élevés d’asthme, de maladies cardiaques et de maladies pulmonaires à cause de disparités économiques et ethniques, et que vous y ajoutez  une éruption volcanique, vous êtes sûr d’avoir une crise  »
L’urgence volcanique aggrave les problèmes de santé au sein de la population vulnérable de Puna, en particulier les personnes âgées, les enfants et les personnes souffrant de maladies respiratoires préexistantes. Ces personnes sont deux fois plus susceptibles de développer une maladie respiratoire aiguë lorsqu’elles sont exposées à des niveaux élevés de SO2.
Maintenant que les gens ont été évacués de leurs maisons, on va assister à une crise de santé comportementale. Le problème est rendu plus aigu par une pénurie de médecins et de spécialistes en soins primaires. Il n’y a que trois médecins à temps plein pour toute la zone. Il n’y aurait pas assez de médecins pour prendre soin de la population dans des circonstances normales, et les circonstances actuelles sont loin d’être normales. La Croix-Rouge américaine a effectué plus de 1 100 interventions médicales et de santé mentale auprès des personnes qui sont venues lui rendre visite. Un porte-parole de l’organisation a déclaré: « Nous n’avons pas les services médicaux dont nous avons besoin et la santé d’un grand nombre de personnes est mise en danger. C’est très stressant, mais nous essayons de faire face. J’ai peur que ces gens souffrent et le pire est à venir. »
Source: Honolulu Star Advertiser.

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Because of the volcanic gases – SO2 and H2S, among others – that have invaded Lower Puna, many people are suffering from respiratory illness and other chronic diseases. As I put it before, the most recent respiratory concern is “laze” — or lava haze — when hot lava mixes with cold seawater to produce a plume of steam laced with hydrochloric acid and glass particles. Making matters worse, Puna residents had a higher incidence of respiratory illnesses before the recent eruption and tend to have fewer resources to deal with their illnesses.

According to the Health Department, the rate of chronic obstructive pulmonary disease (COPD) is higher in Puna’s adult population 45 years and older, with 1 in 10 living with the condition, compared with about 6 percent across the islands. About 20 percent of adults and 25 percent of children have been diagnosed with asthma, versus the statewide average of 17.5 percent and 16.8 percent, respectively.

Together with the respiratory illnesses, the District of Puna has the second-highest poverty rate in the State of Hawaii and these two factors are often closely connected. There is more poverty in the Puna and Kau districts than anywhere else in the state except for Waianae Said one doctor: “If you take people already at a disadvantage because they have higher rates of asthma, heart disease and lung disease because of economic and ethnic disparities and on top of it you hit them with a volcanic eruption, now you’re talking about a crisis.”

The volcanic emergency is worsening the health of Puna’s vulnerable population, particularly seniors, children and those with pre-existing respiratory illnesses. They are twice as likely to develop acute respiratory disease when exposed to high levels of SO2.

Now that people are displaced from their homes, there will be a behavioural health crisis. The problem is made more difficult by a severe shortage of primary-care doctors and specialists. There are only three full-time doctors to cover the entire area. There would not be enough doctors to take care of the population under normal circumstances, and circumstances are far from normal. The American Red Cross has had more than 1,100 medical and mental health service visits with clients. A spokesman of the organisation said: “We don’t get the medical support that we need. So many people’s health is in jeopardy. It’s very stressful, but we’re all trying to get through it. I’m afraid that they are suffering the worst is yet to come.”

Source : Honolulu Star Advertiser.

Les gaz volcaniques représentent un réel danger pour la population du District de Puna (Crédit photo: USGS)

L’immobilier à Lower Puna (Hawaii) // Real estate at Lower Puna (Hawaii)

La plupart des familles qui ont été évacuées des Leilani Estates sont impatientes de retourner vivre dans leurs maisons, à condition qu’elles ne soient pas détruites par de nouvelles coulées de lave. Ce comportement peut sembler étrange car peu de gens seraient enclins à retourner vivre dans une région qui est menacée en permanence par une éruption.
La raison pour laquelle ces familles espèrent retrouver leurs domiciles, même si elles vivent à proximité d’un champ de lave encore chaud, est très simple et facile à comprendre ; c’est une raison strictement économique.
La presse hawaïenne donne l’exemple d’une famille qui paie un loyer de 650 dollars par mois pour une maison avec trois chambres et une salle de  bain. Le couple de locataires explique que « c’est seulement en mettant leurs ressources en commun qu’ils peuvent rester dans cette maison ».
Une autre famille vit à Lower Puna depuis près de deux ans et paye un loyer de 500 dollars par mois pour une maison de deux chambres avec une grande cour et beaucoup d’arbres fruitiers. La même maison à Hilo coûterait au moins trois fois autant. Ces locataires ont essayé d’acheter la maison et ont essayé d’obtenir un prêt, mais la banque leur a fait remarquer que la maison était située dans la Zone de Lave 1 et qu’elle ne pouvait donc pas leur accorder le prêt.

Source : Presse hawaienne.

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 Most of the families who evacuated from the Leilani Estates are impatient to go back and live in their houses provided they are not destroyed by new lava flows. This behaviour might seem strange, because few people would be inclined to return to live in such an area which is under the permanent threat of an eruption.

The reason why these families hope: to move back to their houses, even if they may be living in the shadow of a freshly baked lava field, is very simple: economics.

The Hawaiian press gives the example of a family who pays $650 a month for three bedrooms and one bath. They say that “it’s only by pooling their resources that they’re able to stay at the house.”

Another family has lived in Lower Puna for almost two years, paying $500 a month for a two-bedroom, one-bath house with a big yard and lots of fruit trees. The same type of house in Hilo would cost at least three times that much. They tried to the buy the place, and went to try to get a loan for it but the bank told them the house was located in Lava Zone 1, so it could not grant them a loan.

Source: Hawaiian newspapers.

Voici deux photos montrant un quartier des Leilani Estates avant et après l’éruption:

Here are two photos of a neighbourhood in the Leilani Estates before and after the eruption:

Crédit photo: USGS