Piton de la Fournaise : «L’exposition thermique et toxique» serait la cause de la mort des randonneurs

Les résultats de l’autopsie des deux randonneurs qui ont perdu la vie sur le Piton de la Fournaise ne vont pas dans le sens de l’hypothèse que j’ai formulée précédemment. Ce ne serait pas la foudre qui aurait provoqué la mort des deux jeunes. La procureure a annoncé que leur décès était dû « à l’exposition thermique et toxique liée à la proximité du volcan », donc à la chaleur et aux gaz. Elle a ajouté : « Ce n’est pas encore très précis », et d’autres analyses de prélèvements complémentaires doivent avoir lieu. Ces premiers éléments restent encore à être affinés. Néanmoins la famille tient à ce que peu d’informations précises soient diffusées. Quoi qu’il en soit, il n’y a eu aucune intervention extérieure d’un tiers dans le décès de ces deux étudiants. Il n’y aura donc pas d’enquête criminelle.

Ce rapport d’autopsie semble (ce n’est qu’une hypothèse) vouloir dire que les deux garçons se sont aventurés au cœur des coulées et des nuages de gaz sans la moindre protection. S’ils portaient des masques à gaz, cela signifie qu’ils étaient inadaptés ou insuffisants. Il faut toutefois se montrer très prudent et ne rien affirmer tant que les résultats complets des analyses ne seront pas communiqués. Le lieu exact de la découverte des corps n’a pas été précisé non plus.

Cette tragédie est l’occasion – avec le risque de me faire traiter de rabat-joie – de rappeler quelques consignes de prudence avant de s’aventurer sur un volcan.

La première est de respecter les consignes officielles, à savoir l’autorisation ou l’interdiction d’accès au site éruptif. L’interdiction va sembler « liberticide » (le mot à la mode) aux yeux de certains, mais elle peut être cruciale quand il va s’agir des assurances. La plupart des compagnies refuseront de mette la main au portefeuille pour des individus qui n’ont pas respecté la loi ! Dans le cas présent, la porte d’accès à l’Enclos Fouqué était fermée. Une conséquence inévitable du drame va être le renforcement des contrôles par la gendarmerie, avec des verbalisations à la clé.

Une autre consigne de prudence élémentaire est de consulter les bulletins météo (météo montagne de préférence) avant d’entamer une randonner sur un site volcanique. Même si la foudre ne semble pas être la cause du drame à la Réunion, il ne faut jamais partir en montagne – et encore moins sur un volcan – si des orages sont annoncés. (La Réunion était en vigilance pluies et orages ces derniers jours). Certaines laves sont riches en fer et se trouver dans de telles zones au moment d’un orage est suicidaire. Mon expérience de l’Etna me l’a vite fait comprendre. Un jour que je me trouvais sur la Montagnola en compagnie d’un scientifique français, il m’a montré les impacts de foudre sur la roche. Comme je l’indiquais précédemment, j’ai assisté au rapatriement de deux jeunes randonneurs tués par un orage que j’avais évité de justesse sur le volcan. Les services météorologiques réunionnais ont recensé 500 impacts de foudre pendant la nuit du 22 au 23 avril.

A côté des orages, le brouillard et les fortes intempéries peuvent mettre en détresse un randonneur. La technologie ayant évolué, il est recommandé d’avoir avec soi un bon GPS de randonnée. La fonction retour et l’utilisation des waypoints permettent de retrouver facilement son chemin. Cela suppose, évidemment, que l’on a prévu des vêtements chauds en cas de besoin, ainsi que de l’eau et quelque nourriture, comme des barres énergétiques, le temps que le temps se découvre, ou que des secours arrivent.

Les gaz volcaniques peuvent représenter un autre danger. J’ai toujours dans mon sac à dos un masque à gaz avec les cartouches appropriées, en complément du casque traditionnel qui permet de se protéger d’éventuelles projections de petites bombes et autres lapilli. Le gaz le plus dangereux est le CO2, même si les concentrations ne semblent pas mortelles sur le Piton de la Fournaise. Ce sont surtout les nuages de SO2 qui peuvent poser le plus de problèmes, mais le port d’un bon masque permet en général de s’en protéger.

S’agissant de la lave émise par un volcan effusif comme le Piton de la Fournaise à la Réunion ou le Kilauea à Hawaii, le principal risque est de se faire encercler par des coulées. L’autre risque est de faire trempette dans la lave si la voûte trop fragile d’un tunnel cède sous votre poids. Pour le reste, la chaleur insupportable de la lave indique les zones dans lesquelles il est déconseillé de pénétrer. Il faut bien sûr regarder où l’on met les pieds et veiller à ne par chuter dans une fracture éruptive comme cela est arrivé sur le Piton de la Fournaise en 2003 et a coûté la vie à un étudiant de 22 ans.

Photo: C. Grandpey

Prévision éruptive par les variations thermiques d’un volcan // Eruptive prediction through the thermal fluctuations of a volcano

On peut lire sur le site web The Watchers un article intéressant sur une nouvelle méthode imaginée par des scientifiques du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA et de l’Université de l’Alaska (UA) et qui pourrait être utilisée pour essayer de prévoir les éruptions volcaniques.

Les volcanologues s’appuient en général sur des signes avant-coureurs tels que l’augmentation de l’activité sismique, des changements dans les émissions gazeuses et la déformation du sol pour dire qu’un volcan est susceptible d’entrer en éruption. Cependant, la prévision éruptive est difficile car chaque volcan possède un comportement qui lui est propre. La situation est d’autant plus complexe qu’un petit nombre de volcans actifs dans le monde possèdent des systèmes de surveillance dignes de ce nom.

À l’aide de données satellitaires, les scientifiques du JPL et de l’UA ont proposé une nouvelle méthode qui pourrait rendre la prévision volcanique plus fiable. Elle se base sur une augmentation subtile mais significative des émissions de chaleur autour d’un volcan dans les années qui précèdent une éruption. Cela permet de constater qu’un volcan s’est réveillé, souvent bien avant l’apparition des autres signes mentionnés ci-dessus.

L’équipe scientifique a analysé plus de 16 années de données sur le rayonnement thermique capté par les instruments MODIS (Moderate Resolution Imaging Spectroradiometer) à bord des satellites Terra et Aqua de la NASA sur plusieurs types de volcans qui sont entrés en éruption au cours des 20 dernières années. En dépit du fait que l’on a affaire à différents types de volcans, les résultats sont identiques. Dans les années précédant une éruption, la température de surface émise par la majorité des volcans a augmenté de 1°C par rapport à son état normal. Elle a ensuite diminué après chaque éruption.

Les scientifiques pensent que cette hausse de température peut résulter de l’interaction entre les systèmes hydrothermaux et les réservoirs magmatiques. Lors de l’ascension du magma à l’intérieur de l’édifice volcanique, les gaz se diffusent à la surface et peuvent dégager de la chaleur. De même, ce dégazage peut favoriser la remontée des eaux souterraines et la circulation hydrothermale, ce qui peut faire s’élever la température du sol.

Cette approche pourrait fournir de nouvelles informations sur le comportement des volcans, en particulier si on l’associe à des informations provenant d’autres satellites et  d’autres modèles. Les chercheurs ont découvert que les données thermiques se superposaient aux données semblables de déformation, mais avec un certain décalage dans le temps.

Bien que cette nouvelle méthode de prévision éruptive ne réponde pas à toutes les questions, elle ouvre la porte à de nouvelles approches de télédétection, en particulier pour les volcans isolés ou éloignés, souvent dépourvus de systèmes locaux de surveillance. .

Il faut noter que les mesures InSAR de déformation de la surface du sol permettent également aux observatoires volcanologiques du monde entier d’identifier les volcans les plus susceptibles d’entrer en éruption, ainsi que ceux qui devraient être instrumentés pour des observations plus approfondies.

Référence: « Large-scale thermal unrest of volcanoes for years prior to eruption » – Girona, T., et al. – Nature Geoscience.

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One can read on the website The Watchers an interesting article about a new method that could be used to try and predict volcanic eruptions.

Scientists at NASA’s Jet Propulsion Laboratory (JPL) and the University of Alaska (UA) have developed a new method that may lead to earlier predictions of volcanic eruptions.

Up to now, volcanologists have referred to warning signs such as an increase in seismic activity, changes in gas emissions, and sudden ground deformation to say that a volcano was likely to erupt in the future. However, forecasting eruptions is difficult because each volcano displays its own behaviour. The situation is all the more complex as a small number of the world’s active volcanoes have monitoring systems in place.

Using satellite data, scientists at JPL and UA came up with a new method that might make volcanic prediction more reliable. It is is based on a subtle but significant increase in heat emissions over large areas of a volcano in the years leading up to its eruption. It allows to see that a volcano has reawakened, often well before any of the other signs have appeared.

The scientific team studied more than 16 years of radiant heat data from the Moderate Resolution Imaging Spectroradiometers (MODIS) instruments aboard NASA’s Terra and Aqua satellites for several types of volcanoes that erupted in the last 20 years. Despite the differences among the volcanoes, the results were the same. In the years leading up to an eruption, the radiant surface temperature over the majority of the volcanoes increased by 1°C from its normal state. Then, it decreased after each eruption.

Scientists believe that the thermal increase may result from the interaction between hydrothermal systems and magma reservoirs. When magma rises through a volcano, the gases diffuse to the surface and can give off heat. Similarly, this degassing can promote the up-flow of underground water and hydrothermal circulation, which can heat up soil temperature.

The new method may provide more insight into volcano behaviour, especially when combined with information from other satellites and models. The researchers found that the thermal time series very much mimicked the deformation time series but with some time separation.

Although the research does not answer all of the questions, it opens the door to new remote sensing approaches, especially for distant volcanoes which are devoid of local monitoring systems.

The InSAR ground-surface deformation measurements also help allow volcano observatories around the world to identify which volcanoes are most probably to erupt, as well as which should be instrumented for closer observations.

Reference : « Large-scale thermal unrest of volcanoes for years prior to eruption » – Girona, T., et al. – Nature Geoscience.

Image thermique du Parc National de Yellowstone (délimité en rouge). A gauche l’image du Parc en couleurs réelles. A droite l’image thermique avec les températures les plus élevées en blanc. (Source :  Goddard Space Flight Center de la NASA).

Yellowstone ne sera pas forcément le volcan le plus facile pour la détection des variations thermiques.

Morts sur le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion)

Les corps de deux jeunes randonneurs âgés de 19 ans, étudiants de l’Université de La Réunion, ont été découverts le jeudi 22 avril au matin sur le Piton de la Fournaise, à proximité du site éruptif. Des autopsies doivent être réalisées le 23 avril.

Disparus depuis le 20 avril, les deux garçons étaient recherchés depuis le lever du jour. Les corps ont finalement été découverts vers 11h50 à proximité du cône éruptif. Selon la procureure, il est impossible pour l’heure de connaître l’origine de la mort qui pourrait aussi bien être due à des gaz toxiques qu’à la foudre. Selon le commandant du PGHM, les randonneurs étaient partis avec du matériel pour dormir, de quoi s’alimenter et un réchaud.

Cette tragédie ne va pas accélérer l’ouverture de l’Enclos Fouqué en période éruptive, comme certains l’ont demandé à plusieurs reprises. Les autorités rappellent que l’accès à l’Enclos reste interdit depuis le début de l’éruption, le 9 avril dernier. Elles appellent à la responsabilité de tous les randonneurs et rappellent également l’interdiction de bivouac et de circulation après 18h. Les forces de l’ordre préviennent qu’elles n’hésiteront pas à faire de la répression à l’avenir.

Les gendarmes expliquent que le volcan est une zone extrêmement étendue, sans végétation. Avec le brouillard, on peut se perdre facilement. Le contexte orageux de ces derniers jours était un danger supplémentaire.

Le commandant du PGHM insiste sur le message de prévention autour des randonnées à l’intérieur de l’Enclos. Elles sont interdites en période d’éruption, comme c’est le cas ces jours-ci. La meilleure solution est d’aller voir le volcan la journée, ou tôt le matin à partir de 6h, au niveau du Piton de Bert.

Source : Presse réunionnaise.

Personnellement, même si je ne connais pas les circonstances de la découverte des corps, je pense que les deux jeunes ont été foudroyés. Il y a une vingtaine d’années, j’ai eu l’occasion d’aider à la recherche de deux jeunes randonneurs qui ont été foudroyés côte à côte sur l’Etna. C’est le sujet de l’une des Volcanecdotes que je raconte dans un ouvrage aujourd’hui épuisé. Si les randonneurs avaient été tués par les gaz sur ce volcan, ils ne seraient pas morts aussi vite ensemble. Le SO2 n’entraîne pas une mort aussi rapide en milieu ouvert et ventilé, comme c’est le cas sur le Piton. Seule une nappe de CO2 aurait pu tuer aussi vite. Que je sache, on ne relève pas de telles concentrations de ce gaz sur le volcan. Il va être très intéressant d’avoir les résultats des autopsies.

Photo : C. Grandpey

La Soufrière de St Vincent : un calme trompeur // St Vincent’s La Soufriere : a deceptive calm

Selon les scientifiques de l’UWI, la période actuelle est souvent celle qui cause le plus de décès lors d’une éruption. Ils insistent sur le fait que même si l’activité éruptive traverse une accalmie, cela ne signifie pas que l’éruption est terminée. La zone rouge reste extrêmement dangereuse, même pendant ces accalmies, car personne ne sait combien de temps elles vont durer. D’autres explosions peuvent se produire en quelques minutes sans aucun signe avant-coureur. Le meilleur exemple est l’explosion qui a secoué le volcan le 20 avril après une accalmie de 41 heures.

Les géologues de l’UWI préviennent que le volcan pourrait à nouveau entrer en éruption dans une semaine, que l’on assiste ou non à la formation d’un dôme, ce qui reste une possibilité. Ils pensent aussi que le volcan n’a émis que le tiers des matériaux qu’une telle éruption est susceptible de produire.

Les scientifiques expliquent que lorsqu’un volcan entre dans ce genre de schéma éruptif où il semble ne rien se passer, les gens ont tendance à baisser la garde et deviennent imprudents. C’est alors qu’ils se font surprendre par une explosion.

Il existe beaucoup de points de vue à St Vincent, que ce soit dans les secteurs sous le vent ou au vent, pour observer La Soufrière. Il ne faut surtout pas que les gens se rendent à Rabacca comme ils le font souvent. En effet, Rabacca est l’une des principales ravines empruntées par les coulées pyroclastiques, mais aussi les lahars. La zone est à éviter à tout prix.

Source: UWI.

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UWI scientists also warn that the current period is often the one that causes the most deaths during an eruption. Scientists insist that although eruptive activity is going through a lull, it does not mean the eruption is over. Everywhere in the Red Zone is extremely dangerous, even during these lulls because nobody knows how long they will last. More explosions may happen within minutes without any other indication. The best example is the explosion tht shook the volcano on April 20th after a 41-hour lull.

UWI geologists warn that the volcano could erupt again within a week, whether or not it succeeds in building a dome, as it seems to be trying to do. They believe the volcano has only emitted one-third of the new material it is supposed to produce during the current eruption.

The scientists explain that when a volcano goes into this sort of pattern where it seems not to be doing very much, people tend to drop their guard and they do things that they should not be doing and they get caught out, even though they have been evacuated before. There are plenty of vantage points on both the leeward and windward sides of St. Vincent to observe La Soufriere and people do not need to go to Rabacca as they often do. Indeed, Rabacca is one of the primary paths for pyroclastic flows to come down. It is also a primary path for lahars. The area should be avoided at all cost.

Source : UWI.

Crédit photo : UWI