Nouvelles du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion)

Dans son dernier bulletin du 5 décembre 2020, l’OVPF indique que suite à la crise sismique du 4 décembre, le nombre de séismes sous le Piton de la Fournaise continue de diminuer. De plus, aucune variation d’émission de CO2 dans sol ou de SO2 dans l’air n’est enregistrée

En revanche, il semblerait que l’inflation de l’édifice volcanique sit en train de recommencer uite à l’intrusion du 4 décembre. A confirmer

Le niveau d’alerte reste à 1, avec fermeture de l’Enclos.

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Selon moi et moi seul, ces intrusions à répétition non suivies d’une sortie de la lave en surface me confortent dans l’idée que l’éruption du mois d’avril au Piton Voulvoul, avec émission abondante de lapilli et de cheveux de Pélé correspondait à la purge définitive d’une poche magmatique superficielle (Un phénomène identique a été observé à Hawaii à la fin de l’éruption de la Fissure 8 du Kilauea durant l’éruption de 2018). Le re-remplissage de cette chambre ne se fera pas d’un seul coup, ce qui explique les remontées de magma des profondeurs, avec intrusions magmatiques sans sortie de lave à la surface. La pression n’est effectivement pas suffisante pour que cela se produise. A moins que la chambre superficielle ait atteint son niveau de remplissage, je pense qu’il y aura probablement  d’autres « éruptions avortées » (même si je n’aime pas trop cette expression dans le cas présent) avant qu’une vraie éruption soit observée.

Photo : C. Grandpey

Séisme sur le Mauna Loa (Hawaii) // Earthquake on Mauna Loa (Hawaii)

L’Observatoire des volcans d’Hawaii (HVO) a enregistré un séisme de M 4.1 sous le flanc nord-ouest du Mauna Loa le 4 décembre 2020 à 7h44 (heure locale). L’épicentre a été localisé à environ 22 km à l’est-nord-est de Honaunau-Napo’opo’o, à une profondeur d’environ 5 km.

De légères secousses ont été ressenties sur la Grande Ile, sans qu’aucun dégât n’ait été signalé aux bâtiments ou aux structures.

Cependant, des répliques sont possibles.

Selon le HVO, le séisme n’a eu aucun effet apparent sur le comportement du Kilauea ou du Mauna Loa.

Le niveau d’alerte volcanique du Mauna Loa reste à Advisory (surveillance conseillée). Le dernier séisme survient alors que les scientifiques continuent de suivre les petits essaims qui se produisent de temps à autre sous le sommet du Kilauea. Le HVO explique que plus de 80 séismes ont été détectés entre le 29 et le 30 décembre 2020. L’événement le plus significatif avait une magnitude de M3,0, mais la plupart avaient une magnitude inférieure à M 1,0. Les scientifiques expliquent que ces essaims à faible profondeur ne signifient pas pour autant qu’une éruption est imminente.

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The Hawaiian Volcano Observatory (HVO) recorded an M 4.1 earthquake located beneath Mauna Loa’s northwest flank on December 4th, at 7:44 a.m. (local time).

The epicentre was located about 22 km east-northeast of Hōnaunau-Nāpō’opo’o, at a depth of about 5 km depth.

Light shaking has been reported across the Island of Hawai’I, with no damage reported to buildings or structures. However, aftershocks are possible.

According to HVO, the earthquake had no apparent effect on the behaviour of Kilauea or Mauna Loa volcanoes. The Volcano Alert Level for Mauna Loa will remain at Advisory.

This event comes as scientists continue to track clusters of quakes below Kilauea’s summit.

HVO said more than 80 quakes were detected between December 29th and 30th, 2020. The most significant event had a magnitude M3.0, but most were less than M 1.0. Scientists explain that the clusters of shallow quakes do not mean an eruption is imminent.

Source : HVO

Agitation du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) et de la Montagne Pelée (Martinique)

Dans mon dernier bulletin sur l’activité volcanique dans le monde, je reprochais au Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) son manque d’activité. Piqué au vif, le volcan a réagi le 4 décembre au matin avec une crise sismique accompagnée d’une déformation rapide de l’édifice. Dans un bulletin émis à 5h30 (heure locale), l’OVPF indiquait que le magma était en train de quitter le réservoir et se propageait vers la surface. Une éruption était même probable à brève échéance dans les prochaines minutes ou heures.

Ensuite, comme à son habitude, le Piton a joué avec les nerfs des scientifiques et la crise sismique a pris fin vers 5h54 (heure locale). Aucune déformation n’était alors observée sur le volcan qui reste cependant en alerte de niveau 1. En conséquence, les sentiers de la partie haute de l’Enclos Fouqué sont fermés.

Que va-t-il se passer maintenant ? Mystère ! L’OVPF reste vigilant car « compte tenu de la fragilisation du milieu lors des derniers épisodes intrusifs, une reprise d’activité rapide à moyenne échéance reste possible. » Même sur un volcan bien surveillé comme le Piton de la Fournaise, la prévision éruptive reste problématique.

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 Depuis quelques mois les scientifiques de l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de Martinique (OVSM) observent une reprise de certaines formes d’activité sur la Montagne Pelée.
Trois nouveaux types d’activité ont été enregistrés ou captés sur le volcan. Par exemple, les 8 et 9 novembre 2020, on a observé des remontées de gaz. C’est pourquoi le nouveau directeur de l’Observatoire a demandé le passage en vigilance Jaune pour la Montagne Pelée. C’est le troisième niveau sur une échelle qui en compte 5.
En septembre 2020, 51 secousses de type volcano-tectonique avaient déjà été enregistrées sur la Pelée. Leur nombre est en augmentation constante depuis novembre 2019.

Ces nouvelles informations ont été communiquées aux maires du secteur (Saint-Pierre, Morne-Rouge, Carbet, Ajoupa-Bouillon…) lors d’une réunion à la préfecture le 4 décembre 2020.

Source : Martinique la 1ère.

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Voici quelques explications supplémentaires justifiant le passage de la Montagne Pelée à l’alerte de couleur Jaune (2ème niveau d’alerte sur une échelle qui en compte 4).

Il ne faudrait pas oublier, tout d’abord, que le volcan a connu au moins 4 éruptions au cours des 250 dernières années : des éruptions phréatiques en 1792 et en 1851, et deux éruptions magmatiques, dont celles de 1902 à 1905, ainsi que la dernière, de 1929 à 1932.

Depuis l’installation de réseaux d’observation modernes à partir de 1980, la sismicité d’origine volcanique sous la Montagne Pelée est restée très faible, avec quelques dizaines de séismes par an. Des essaims sismiques ont été enregistrés en 1980, en 1985-1986, en 2007 et en 2014. Ces derniers ont pu être reliés directement à des séismes de forte magnitude dans l’arc antillais.

L’augmentation de la sismicité d’origine volcanique superficielle (jusqu’à 4-5 km sous le sommet) observée depuis avril 2019, se situe au-dessus du niveau de base qui caractérise la Montagne Pelée. Les analyses de l’OVSM permettent de conclure qu’elle n’est pas associée à des séismes tectoniques majeurs tels qu’en 2007 et 2014. Il se pourrait donc que cette hausse récente de la sismicité soit due à des modifications de l’activité du système hydrothermal sous la Montagne Pelée.

De plus, en avril 2019, une sismicité volcanique est apparue en profondeur autour et sous la Montagne Pelée (à plus de 10 km sous le niveau de la mer). Elle pourrait correspondre à l’arrivée en profondeur de fluides magmatiques.

Enfin, des signaux de tremor ont été observés les 8 et 9 novembre 2020. Selon l’OVSM, ils pourraient correspondre à une réactivation du système hydrothermal, peut-être à cause des fortes précipitations lors de cette période, mais cette hypothèse reste à confirmer.

Il faut toutefois noter que l’on n’observe pas de déformation de l’édifice volcanique.

Les trois types de signaux sismiques d’origine volcanique trahissent un changement de comportement du système volcanique, avec une augmentation par rapport au niveau de base observé sur plusieurs décennies.

C’est pour cela que l’IVSM a décidé de renforcer sa vigilance et recommande le passage au niveau d’alerte Jaune à partir du 4 décembre 2020. Ce niveau d’alerte entraîne un renforcement des moyens d’observation déployés par l’OVSM et une mobilisation de moyens supplémentaires pour analyser en temps réel l’évolution du système volcanique.

La préfecture de Martinique a suivi cette préconisation et la zone de la Montagne Pelée passe au niveau jaune d’alerte volcanique à compter du 4 décembre 2020.

Source : OVSM.

Affaires à suivre…

La Montagne Pelée et Saint Pierre (Photo : C. Grandpey)

Le méthane, le poison de l’Arctique // Methane, the Arctic poison

Une expédition scientifique internationale a passé 40 jours à bord du navire de recherche Akademik Keldysh et parcouru une distance de près de 6 000 milles marins dans les mers de Laptev et de Sibérie orientale. Pour la première fois, les scientifiques ont réussi à prélever des échantillons de sédiments de fond dans un champ de percolation de méthane près du delta de la Lena, l’un des grands fleuves de Sibérie. La région représente le plus grand gisement mondial de pergélisol sous-marin et d’hydrates de méthane à faible profondeur.

Les zones d’émission de méthane occupent de plus en plus de surface le long de la plateforme océanique arctique de Sibérie orientale, avec une concentration atmosphérique de méthane qui atteint 16 à 32 ppm, ce qui est jusqu’à 15 fois supérieur à la moyenne planétaire de 1,85 ppm.

L’équipe de 69 scientifiques en provenance de dix pays a observé et analysé des ensembles ​​de bulles remontant d’une profondeur d’environ 300 mètres le long d’une pente sous-marine de 150 km dans la Mer de Laptev. Les centaines d’analyses chimiques effectuées à bord du navire de recherche ont confirmé des concentrations élevées de méthane.

L’expédition scientifique a aussi permis de découvrir des petites cavités et des cratères enfouis profondément dans les sédiments de la plateforme qui borde les mers de Laptev et de Sibérie orientale. Ces cratères émettent en abondance des bulles et de forts signaux de méthane. Les chercheurs ont en particulier découvert un champ de cratères dans le plancher de la partie peu profonde de la mer de Laptev. Certains d’entre eux présentent un diamètre d’une trentaine de mètres. Ils ont l’apparence de trous dans le pergélisol et ils ont été formés par de puissantes émissions de méthane. Deux autres zones de percolation intense de méthane ont été découvertes en mer de Sibérie orientale dans les sillons tracés par les icebergs en se déplaçant.

L’expédition a cartographié plus de 1000 grands champs de percolation de méthane. Les chercheurs pensent que les émissions de gaz à ce stade n’ont pas encore d’impact important sur le méthane atmosphérique et le climat de la planète, mais ces énormes sources de carbone et autres gaz à effet de serre sont bien actives.

Dans la conclusion de leur rapport d’observation, les scientifiques expliquent qu’ils doivent maintenant déterminer exactement dans quelles proportions évoluent ces champs d’émission de méthane.

Source: The Siberian Times.

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An international scientific expedition spent 40 days on board the Akademik Keldysh research vessel, covering a distance of nearly 6,000 nautical miles in the Laptev and the East Siberian seas.. For the first time the scientists managed to take samples of bottom sediments in a methane seep near the delta of River Lena, one of Siberia’s giant waterways. The region is the world’s largest deposit of subsea permafrost and shallow methane hydrates.

Fields of methane discharge continue to grow all along the East Siberian Arctic Ocean Shelf, with concentration of atmospheric methane above the fields reaching 16-32 ppm. This is up to 15 times above the planetary average of 1.85 ppm.

The team of 69 scientists from ten countries documented bubble clouds rising from a depth of around 300 metres along a 150-km undersea slope in the Laptev Sea, and confirmed high methane concentrations by hundreds of onboard chemical analysis.

A second discovery included pockmarks and craters sunk deep in shelf sediments of both the Laptev and East Siberian seas, actively venting bubbles and strong methane signals.

One of the new discoveries was a field of sea bottom craters in the shallow part of the Laptev Sea, some of them 30 metres in diameter. They look like holes in the permafrost and they were formed by massive methane discharge. Two more powerful seeps emitting methane through iceberg furrows were discovered in the East Siberian Sea.’

The expedition mapped over 1,000 large seep fields. The researchers think these emissions at this stage have not yet any large impact on global atmospheric methane and climate, yet these huge carbon/greenhouse gas capacitors are clearly active.

In the conclusion of their observation report, the scientists explain that they need to figure out exactly how much the fields of methane discharge are growing.

Source: The Siberian Times.

Zone explorée par la mission scientifique (Source : Tomsk Polytechnic University)

Emission de méthane dans la mer de Laptev (Source : TPU)