Officiel: Le CO2 a battu tous les records en 2015 ! // Official: CO2 broke all records in 2015 !

drapeau-francaisJe l’ai annoncé il y a déjà pas mal de temps, mais la presse française semble le découvrir seulement maintenant : L’année 2015 a été marquée par une nouvelle hausse du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère.

Le plus grave, c’est que pour la première fois, la concentration de ce gaz à effet de serre a dépassé durant toute l’année le seuil symbolique de 400 ppm (parties par million). Le relevé du 22 octobre 2016, communiqué par l’observatoire du Mauna Loa à Hawaii, fait état de 401,77 ppm. On reste donc sur une tendance à la hausse depuis le début des relevés dans les années 1960, avec une accélération au cours des dernières décennies (voir la courbe de Keeling ci-dessous).

Il faut noter que la barre des 400 ppm avait déjà été atteinte auparavant par le CO2, en certains endroits et durant certains mois de l’année, mais jamais encore à l’échelle du globe et pour une année entière. Il ne faudrait pas oublier, parmi les responsables du réchauffement climatique, le méthane (CH4), qui a aussi atteint un nouveau pic en 2015, et le protoxyde d’azote (N02), dont les concentrations représentent désormais 121% de leur niveau à l’ère pré-industrielle.

Pour expliquer le pic de CO2 en 2015, on accuse fréquemment le phénomène El Niño qui surgit tous les 4 à 5 ans et qui a un effet de réchauffement climatique. Selon l’Organisation Météorologique Mondiale, El Niño aurait contribué à déclencher des sécheresses dans les régions tropicales et  réduit la capacité d’absorption du CO2 par les forêts et les océans. Le problème, c’est que El Niño a disparu, mais le changement climatique est toujours là ! Quelle excuse va-t-on trouver maintenant ?

Les climatologues s’accordent pour dire que la tendance à la hausse du CO2 va encore se poursuivre en 2016, avec des concentrations de CO2 qui demeureront supérieures à 400 ppm pour toute l’année. Les promesses de réduction de la température formulées au cours de la COP 21 de Paris et sa « standing ovation » semblent bien loin…!

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drapeau-anglaisI announced it quite a long time ago, but the French press seems to discover the piece of news right now: The year 2015 was marked by a further increase in carbon dioxide (CO2) in the atmosphere.
The most serious is that for the first time, the concentration of this greenhouse gas has exceeded throughout the year the symbolic threshold of 400 ppm (parts per million). The measurements of October 22nd 2016, communicated by the Mauna Loa Observatory in Hawaii, reported 401.77 ppm., confirming the upward trend that began in the1960s, with a steady increase since that time and an acceleration in recent decades (see the Keeling curve below).
One should remember that the 400 ppm CO2 threshold had already been reached before in certain places and during certain months of the year, but never across the globe and for a whole year. One should not forget, among the contributors to global warming, methane (CH4), which also reached a new peak in 2015, and nitrous oxide (N02) whose concentrations now represent 121% of their tre-industrial level.
The El Niño weather phenomenon that arises every 4 to 5 years and has a warming effect is often cited as the main culprit to explain the peak of CO2 in 2015. According to the World Meteorological Organization, El Niño helped trigger droughts in tropical regions and reduced the CO2 absorption capacity of forests and oceans. The problem is that El Niño has disappeared, but climate change is still there! What excuse shall we find now?
Climatologists agree that the trend of increase of CO2 will still continue in 2016, with CO2 levels that will remain above 400 ppm for the entire year. The temperature reduction pledges made during the COP 21 in Paris and its « standing ovation » seem to be far away …!

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La courbe de Keeling actualisée le 22 octobre 2016.

(Source: Scripps Institution of Oceanography)

Eruption du Cleveland (Alaska)

drapeau-francaisL’Alaska Volcano Observatory (AVO) vient de m’envoyer un message indiquant qu’une explosion a été détectée sur le volcan Cleveland le 24 octobre à 13h10 (heure locale par l’intermédiaire des données infrasoniques et sismiques. Les habitants de Nikolski, à 75 km du volcan, ont déclaré avoir entendu l’explosion. La couverture nuageuse n’a pas permis de détecter l’événement sur les images satellitaires et aucun signe d’un nuage éruptif n’est visible au-dessus du plafond, à 8400 m de hauteur. Le sommet du Cleveland est actuellement dans les nuages et invisible sur les images de la webcam. Les explosions précédentes se sont généralement limitées à des émissions de cendre.
La couleur de l’alerte aérienne est passée du Jaune à l’Orange.

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drapeau-anglaisThe Alaska Volcano Observatory (AVO) has just sent me a message indicating that an explosion was detected at Cleveland Volcano in both infrasound and seismic data on October 24th at 13:10 (local time). Residents in Nikolski, 75 km from the volcano, reported hearing the explosion. Cloudy weather obscures the volcano in satellite images; however no evidence of an eruption cloud is detected above the weather cloud deck height 8,400 m. The summit is currently obscured by cloudy weather in web camera images. Previous Cleveland explosions have typically produced ash emissions.
The aviation colour code has been raised from Yellow to Orange.
A map showing Alaska's Aleutian Islands, and highlighting the Mount Cleveland volcano.

Source: AVO.

Séisme sur la dorsale de Gakkel (Océan Arctique) ! // An earthquake on the Gakkel Ridge (Arctic Ocean) !

drapeau-francaisC’est un événement très rare. Un séisme de M 4,7 a été enregistré sous les volcans qui occupent la partie orientale de la Dorsale de Gakkel, près du Pôle Nord géographique, dans l’Océan Arctique, à 18h47 (TU) le 22 octobre 2016. L’hypocentre a été localisé par l’USGS à une profondeur de 10 km. L’épicentre se situe à environ 500 km au sud du Pôle Nord géographique. La dernière éruption volcanique dans cette région a eu lieu en 1999.
La Dorsale de Gakkel est la zone d’accrétion la plus lente jamais observée sur Terre, avec un écartement d’environ 6 millimètres par an. La dorsale se trouve à la frontière entre la plaque nord-américaine et la plaque eurasienne. Les scientifiques ont identifié la Dorsale de Gakkel en 1950 et on pensait qu’elle n’était pas volcanique jusqu’en 1999, année où on a enregistré le plus important essaim sismique jamais observé sur une dorsale médio-océanique. L’essaim comportait 252 événements, dont 11 avec une magnitude supérieure à M 5. Une cartographie réalisée par sonar en mai 1999 a identifié un cône à l’extrémité ouest d’une ligne de volcans qui correspondait à la localisation moyenne des épicentres de l’essaim sismique.
De nouvelles observations à l’aide d’un sonar en 2001 ont révélé deux volcans jamais observés précédemment dans le secteur, ainsi que des cheminées hydrothermales.
Une mission d’observation en juillet 2007, a fourni une bathymétrie détaillée de la région et baptisé les volcans dont le Oden (foyer sismique de 1999), le Thor, et le Loke. Le Oden et le Loke étaient recouverts d’une fine couche de matériaux pyroclastiques, également observés dans l’ensemble de la zone d’étude. On pense que ces matériaux ont été produits par une éruption au cours de l’essaim sismique de1999. Il s’agit des premiers dépôts pyroclastiques jamais découverts à une telle profondeur océanique (environ 5 km), avec des pressions très fortes qui inhibent la formation de vapeur. L’expédition a également découvert des «tapis» étranges de communautés microbiennes incorporant au moins une demi-douzaine de nouvelles espèces.
Source: The Watchers..

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drapeau-anglaisIt is a rare event. An M 4.7 earthquake was registered under East Gakkel Ridge undersea volcanoes, near the Geographic North Pole, in the Arctic Ocean, at 18:47 UTC on October 22nd, 2016. The hypocenter was reported by USGS at a depth of 10 km. The epicenter was located about 500 km south of the Geographic North Pole The last known volcanic eruption in this area took place in 1999.

The Gakkel Ridge is the slowest known spreading ridge on Earth, with a rate of less than 1 cm per year. It is a divergent tectonic plate boundary between the North American Plate and the Eurasian Plate. Scientists identified it in 1950 and believed it was non-volcanic until 1999 when it experienced the largest ever earthquake swarm at a mid-oceanic ridge. The swarm included 252 events, among which 11 had a magnitude above M 5. Sonar mapping conducted in May 1999 identified a cone at the western end of a line of volcanoes that corresponded to the average location of the epicentres

A sonar survey in 2001 revealed two previously undiscovered volcanoes at this location.

A survey in July 2007 provided detailed bathymetry and named selected features, including the Oden (location of the 1999 seismicity), Thor, and Loke cones. Both Oden and Loke were covered with a light dusting of pyroclastic material, which was also found throughout the survey area, thought to be products of an eruption during the 1999 swarm. These were the first pyroclastic deposits ever found in such deep water, at oppressive pressures that inhibit the formation of steam. The expedition also discovered what they called bizarre ‘mats’ of microbial communities containing a half dozen or more new species.

Source: The Watchers.

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Vue des principales caractéristiques bathymétriques et topographiques de l’Océan Arctique avec la Dorsale de Gakkel à droite de la carte. (Source: Wikipedia)

Islande: A la recherche de l’énergie à grande profondeur // Iceland: Looking for very deep energy

drapeau-francaisUne opération de forage jusqu’à 5 kilomètres de profondeur est actuellement en cours au cœur des anciennes coulées de lave de la péninsule de Reykjanes, dans le sud-ouest de l’Islande. Le forage, qui pénètre une extension terrestre de la dorsale médio-atlantique, a débuté le 12 août 2016.
À la fin de cette année, l’Iceland Deep Drilling Project (IDDP) devrait permettre de réaliser le puits de forage le plus chaud au monde, avec des températures atteignant entre 400 et 1000°C. Le magma issu des profondeurs rencontre et chauffe l’eau de mer qui s’est infiltrée sous le plancher océanique. Le forage pourrait rencontrer l’équivalent terrestre des «fumeurs noirs», sources chaudes le long de la dorsale, qui sont saturées en minéraux tels que l’or, l’argent et le lithium.
A 5 km de profondeur, les pressions sont élevées, plus de 200 fois le niveau atmosphérique. Selon les sociétés productrices d’énergie qui sont derrière le projet, l’eau apparaîtra sous la forme de « vapeur supercritique. » [NB : On parle de fluide supercritique lorsqu’un fluide est chauffé au-delà de sa température critique et lorsqu’il est comprimé au-dessus de sa pression critique]. La vapeur supercritique n’est ni liquide ni gaz et elle détient beaucoup plus d’énergie thermique que l’un ou l’autre.
Un puits capable de capter une telle vapeur pourrait avoir une capacité énergétique de 50 mégawatts, contre 5 MW pour un puits géothermique classique. Cela signifie que quelque 50 000 foyers pourraient être alimentés, contre 5000 seulement à partir d’un seul puits.
Le puits actuel est le second foré dans le cadre de l’IDDP. Le précédent, sur le site géothermique du Krafla, dans le nord-est de l’Islande, a atteint tout à fait par hasard le magma à un peu plus de 2 km de profondeur en 2009. Le magma à très haute température a été brièvement utilisé pour chauffer l’eau froide envoyé dans le puits afin de déterminer la quantité d’énergie qui pourrait être générée et pour se rendre compte si la technologie était opérationnelle. Ce puits de forage n’a jamais fourni d’énergie au réseau islandais, mais jusqu’à sa fermeture pour des problèmes de corrosion, il a été le puits géothermique le plus puissant jamais bien percé, avec une production de 30 MW.
L’Islande tire déjà la totalité de son énergie de combustibles non fossiles, mais ses centrales géothermiques jouent un  rôle secondaire par rapport à ses grandes centrales hydroélectriques qui produisent les trois quarts de l’électricité du pays. Cela pourrait changer. En effet, si la vapeur supercritique peut être obtenue grâce à des forages profonds, la production d’énergie atteindra un ordre de grandeur bien différent. A une plus grande échelle, les techniques en cours de développement en Islande pourraient être adoptées par d’autres pays à travers le monde.
Source: The New Scientist.

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drapeau-anglaisA rig is currently drilling 5 kilometres into the rugged landscape of old lava flows in Reykjanes, at the south-west corner of Iceland. Drilling began on August 12th.

By the end of the year, the Iceland Deep Drilling Project (IDDP) hopes to have created the hottest hole in the world, hitting temperatures anywhere between 400 and 1000 °C. The drilling will penetrate a landward extension of the Mid-Atlantic Ridge. At that depth, magma that moves from below through volcanic activity meets and heats seawater that has penetrated beneath the ocean bed. The drilling could find the landward equivalent of “black smokers”, hot underwater springs along the ridge saturated with minerals such as gold, silver and lithium.

At that depth, pressures are high, more than 200 times atmospheric levels.  The consortium of energy companies behind the project expects the water to be in the form of “supercritical steam”, which is neither liquid nor gas and holds much more heat energy than either.

A well that can successfully tap into such steam could have an energy capacity of 50 megawatts, compared to the 5 MW of a typical geothermal well. This would mean some 50,000 homes could be powered, versus 5,000 from a single well.

It will be the IDDP’s second deep well. The first, in the Krafla geothermal field of north-east Iceland, unexpectedly struck magma at just over 2 km down in 2009. The hot magma was briefly used to heat cold water sent down the well to test how much energy could be generated and that the technology worked. It never supplied power to the Icelandic grid, but until it was shut down after corrosion problems, it was the most powerful geothermal well ever drilled, generating 30 MW.

Iceland’s electricity is already entirely powered by non-fossil-fuel sources. But its string of geothermal power plants plays a second role compared to its large hydroelectric power stations, which generate three-quarters of the country’s electricity. That could change. If supercritical steam can be obtained in deep boreholes, it will make an order of magnitude difference to the amount of geothermal energy the wells can produce. There could be global benefits, too, if the techniques being developed in Iceland are adopted elsewhere.

Source:  The New Scientist.

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Centrale géothermique dans le nord-est de l’Islande (Photo: C. Grandpey)