Glaciers d’Alaska: Chronique d’une mort annoncée // Alaska’s glaciers: The story of an inevitable death

drapeau francaisCe n’est un secret pour personne. J’ai rédigé une série d’articles à ce sujet et j’essaye de faire passer le message à l’occasion de mes conférences : Glaciers et banquise sont en train de fondre à une vitesse incroyable et j’ai les pires craintes pour les générations à venir.

Selon les calculs effectués par des scientifiques de l’Université de l’Alaska à Fairbanks et publiés la semaine dernière dans le Journal of Glaciology, la moitié de l’immense champ de glace qui recouvre les montagnes dans le sud-est de l’Alaska et en Colombie-Britannique aura perdu plus de la moitié de sa surface d’ici la fin du 21ème siècle et n’existera plus avant la fin du siècle suivant. Par exemple, le Juneau Ice Field, d’une superficie de 3885 kilomètres carrés, cinquième plus grand champ de glace de l’hémisphère occidental, va perdre une masse de glace importante au cours du 21ème siècle, avant de perdre le reste pendant le 22ème siècle.
Ces calculs supposent que les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale continuent à augmenter jusqu’en 2060, puis se mettent à diminuer lorsque de nouvelles sources d’énergie remplaceront les combustibles fossiles. Ce scénario, baptisé Representative Concentration Pathway 6.0, ou RCP 6.0, est actuellement l’hypothèse la plus réaliste pour l’avenir. Il se pourrait même qu’elle soit optimiste.
Un scénario plus pessimiste, le RCP 8.5, considère que les émissions de carbone continueront à leur rythme actuel sans aucun changement de politique pour les réduire.
Si le scénario RCP 6.0 se confirme au cours des prochaines décennies, d’ici 2099 le champ de glace de l’Alaska aura perdu 58 à 68% de son volume par rapport à 2010, et 57 à 63% de sa superficie par rapport à cette même année. Les chercheurs ajoutent que si aucune modification climatique n’intervient par la suite, « le champ de glace aura disparu en 2200. Les montagnes seront là, mais pas la glace. »
Si ces prévisions se confirment, ce sera la fin d’un champ de glace autrefois considéré comme impénétrable, à tel point qu’un homme politique alaskien en 1982 a émis l’idée de faire disparaître les glaciers avec des armes nucléaires pour faire place à une route et d’autres développements économiques tels que la prospection de l’or!
Si le Juneau Ice Field semble être moins affecté par la fonte, l’étude montre que le glacier de Yakutat, plus petit et à plus basse altitude, est susceptible de disparaître beaucoup plus tôt, probablement d’ici la fin de ce siècle.
Les chercheurs de l’Université de Fairbanks pensent qu’un revirement climatique pourrait sauver le Juneau Ice Field, mais que sa taille serait de toute façon fortement réduite. Si le réchauffement climatique pouvait être freiné et si l’on avait un retour à la situation telle qu’elle était entre 1971 et 2010, le Juneau Ice Field se stabiliserait à 86% de son volume actuel.
Les recherches récentes prennent en compte une étude publiée en 2013 dans la revue Earth System Science Data qui a utilisé des décennies de mesures sur deux glaciers pour montrer les changements intervenus au cours du demi-siècle écoulé. S’agissant du Taku Glacier, la masse de glace a augmenté et le glacier s’est épaissi entre 1946 et 1985, mais cette tendance s’est inversée entre 1986 et 2011, avec une perte de masse à un rythme deux fois plus rapide que la croissance des décennies précédentes. En ce qui concerne le Lemon Creek Glacier, les mesures depuis 1953 montrent une perte de masse et un amincissement d’une trentaine de mètres sur un laps de temps de 55 ans.
Source: Alaska Dispatch News.
J’ai eu l’occasion de montrer le recul des glaciers de l’Alaska lors d’une exposition en novembre dernier au Festival Photo de Montier-en-Der, dans le nord-est de la France. Plusieurs voyages en Alaska au cours de la dernière décennie m’ont permis de voir à quelle vitesse les glaciers fondent. Par exemple, il suffit de regarder les photos satellites du Columbia Glacier mises en ligne pas la NASA (http://earthobservatory.nasa.gov/IOTD/view.php?id=84630) pour avoir une idée de la catastrophe. Je vais retourner en Alaska en août et septembre, avec des visites à plusieurs glaciers, dont le Juneau Ice Field. Je compte prendre des photos pour confirmer que les glaciers vont disparaître si aucune mesure efficace n’est prise pour réduire la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

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Les dernières nouvelles ne sont pas bonnes et la tendance au réchauffement ne semble pas près de arrêter. Le 31 mars 2016, une température record de 21,6 ° C a été enregistrée à l’aéroport de Klawock dans le sud-est de l’Alaska. Du jamais vu à cette époque de l’année ! D’autres villes ont, elles aussi, établi des records. La météo de l’Alaska a récemment été marquée par des événements exceptionnels. En décembre, une tempête a fait grimper les températures au pôle Nord de 20 degrés Celsius au-dessus de la normale pour cette période de l’année. Les deux derniers hivers ont été anormalement chauds, et ces températures particulièrement élevées devraient se prolonger au moins jusqu’en mai 2016. Conséquence logique, le premier incendie de forêt a été observé dans la partie centrale de l’Alaska. Il s’est propagé en grande partie à cause du manque de neige dans la région, ce qui inquiète pour les mois à venir qui seront probablement marqués par une accélération du dégel du pergélisol… et de la fonte des glaciers!

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drapeau anglaisIt’s no secret. I have written a series of articles about it and I try to spread the message during my lectures: Glaciers and the sea ice are melting at an incredible speed and I have the worst fears for the future generations.

According to calculations by experts at the University of Alaska Fairbanks published last week in the Journal of Glaciology, the massive ice field that caps the mountains in south-eastern Alaska and neighbouring British Columbia will be more than half gone by the end of the century and vanish entirely by the end of next century. For instance, the 3,885-square-kilometre Juneau Ice Field, the fifth-largest ice field in the Western Hemisphere, will lose substantial amounts of mass during the 21st century and then lose the rest of it in the 22nd century.

The calculations assume that global greenhouse gas emissions will continue rising until 2060, then declining as new energy sources replace fossil fuels. That emission scenario, called Representative Concentration Pathway 6.0, or RCP 6.0, is a realistic assumption for the future. It might even be considered optimistic.

A more pessimistic scenario, called RCP 8.5, considers carbon emissions continuing at their current rate with no policy changes to reduce them.

If the RCP 6.0 scenario plays out over the coming decades, the ice field by 2099 will have lost 58 percent to 68 percent of its 2010 ice volume and 57 percent to 63 percent of its 2010 area. If the climate holds steady after that, “the ice field is eliminated by 2200,” the study says. “The mountains would be there, but no ice.”

If that happens, it will be the end of an ice field once considered so impenetrable that an iconic Alaska politician in 1982 emitted the idea of obliterating the glaciers with nuclear weapons to make way for a road and other economic development such as gold prospection!

While the Juneau Ice Field seems to be less affected by the melting, research shows that the smaller and lower Yakutat Ice Field is likely to disappear much sooner, probably by the end of this century.

The University of Fairbanks researchers believe a climate turnaround could save the Juneau Ice Field, albeit in smaller form. If future warming were averted enough to keep the climate as it was from 1971 to 2010, the ice field would stabilize at 86 percent of its present-day volume.

Recent research includes a study published in 2013 in the journal Earth System Science Data, which used decades of measurements from two glaciers to show the changes at the entire ice field over the past half-century. At Taku Glacier, mass actually grew and the ice thickened from 1946 to 1985, but that trend reversed from 1986 to 2011, when mass loss started at a rate twice that of the previous decades’ growth. At Lemon Creek Glacier, measurements since 1953 show mass loss and a thinning of about 30 metres over 55 years.

Source: Alaska Dispatch News.

I showed the decline of Alaskan glaciers during an exhibition last November at the Photo Festival of Montier-en-Der, in north-eastern France. Several trips to Alaska during the last decade allowed me to see how fast the glaciers are melting. For instance, you just need to see NASA’s satellite photos of the Columbia Glacier ((http://earthobservatory.nasa.gov/IOTD/view.php?id=84630) to get an idea of the disaster. I will be in Alaska in next August and September, with visits to several glaciers, among which the Juneau Ice Field. I expect to take photos to confirm that glaciers are going to disappear if no measures are taken to reduce the amount of greenhouse gases in the atmosphere.

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The latest news is not good and the warming tendency does not seem ready to stop. On March 31st 2016, a record 21.6°C was recorded at Klawock Airport in Southeast Alaska, which had never been seen on any record. Other towns across Southeast Alaska saw record-daily-high temperatures. Alaska’s weather recently has been chock full of notable events. In December, a storm brought temperatures at the North Pole to 20 degrees Celsius higher than the normal point for that time of year. The last two winters have been unseasonably warm, and unusually high temperatures are set to last all the way through May 2016.As a consequence, the first wildfire was observed in Central Alaska. It spread partly because of a lack of snow in the area, sparking concerns about the rest of the upcoming fire season, with a likely acceleration of the thawing of the permafrost… and the melting of the glaciers!

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Photos: C. Grandpey

Pompéi, entre grandeur et décadence // Pompeii, between greatness and decadence

drapeau francaisA plusieurs reprises sur ce blog, j’ai attiré l’attention du public sur l’état de délabrement de Pompéi, merveilleux témoignage de la vie romaine au début de notre ère, avant que la ville soit détruite par l’éruption du Vésuve en 79 après JC.
Afin de faire face au problème de la délinquance, une armée d’ « espions » a été recrutée pour patrouiller au milieu des ruines dans le cadre de l’opération « Gola Profonda » (Gorge Profonde). Le travail des dénonciateurs est de recenser les délits, y compris les faits et gestes de la mafia, la Camorra napolitaine, qui est fort intéressée par les 100 millions d’euros investis dans l’ancien site afin de le rénover et de lui épargner un délabrement total. En 2012, l’Union européenne a promis d’accorder près de 75 millions d’euros à Pompéi, avec une somme supplémentaire de 30 millions accordée par le gouvernement italien. Malheureusement, la pénurie de personnel et des problèmes administratifs n’ont pas permis d’utiliser les 75 millions d’euros européens avant la date limite qui avait été fixée à décembre 2015. Le délai a finalement été prolongé d’un an.

L’utilisation de ces sommes fait débat et de nombreuses anomalies sont apparues. En 2013, la police de Campanie a arrêté le chef d’une entreprise de restauration de Pompéi et a enquêté sur les activités de quatre hauts fonctionnaires qui sont soupçonnés d’avoir gonflé les prix lors des travaux de restauration du Teatro Grande. Les ingénieurs travaillant sur le site avaient déjà été mis à l’index de leur profession et des matériaux de qualité suspecte ont été utilisés dans la reconstruction du théâtre.
A Naples et dans sa banlieue, la mafia contrôle plusieurs secteurs de l’économie. A 25 km de Pompéi se trouve le port de Naples qui sert de QG à la Camorra. La mafia a la main sur tout, depuis la drogue jusqu’aux projets de construction, en passant par le ramassage des ordures. En Avril 2013, la  Guarda di Finanza, épaulée par des carabiniers, s’est rendue dans le site de Pompéi pour se rendre compte de l’impact des activités de la Camorra.

En dépit de ces problèmes, certains signes montrent que Pompéi est en train de se redresser. Au cours des derniers mois, six maisons ont rouvert aux visiteurs après leur restauration, ce qui a contribué à convaincre les autorités de l’UE de prolonger le délai d’utilisation des crédits.
A côté de la restauration des maisons, il est absolument indispensable d’installer un nouveau système d’évacuation des eaux. Lors des fortes précipitations, l’eau ne s’évacue pas et est absorbée par certaines parties du site. En 2010, cela a entraîné l’effondrement d’un grand bâtiment Via dell’Abbondanza, la rue principale de Pompéi.
Source: The Independent.

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drapeau anglaisSeveral times on this weblog, I have drawn public attention to the dilapidated state of Pompeii, a marvellous testimony of Roman life at the beginning of our era, before the city was destroyed by the eruption of Vesuvius in 79 AD.

In order to face the delinquency problem, an army of spies has been recruited to patrol among the ruins in what is being called “Operation Deep Throat”. The whistleblowers’ job is to look out for the crimes that are committed, as well as the local Camorra Mafia which is keen to get its hands on some of the 100 million euros being poured into the ancient site in a bid to save it from permanent collapse.

In 2012, the European Union promised to stump up nearly 75 million euros, with the Italian government contributing another 30 million. However, staff shortages and administrative problems meant Pompeii was unable to spend the EU’s €75m by the December 2015 deadline for the project, which has been extended for another year. But there were already concerns about how the millions were being spent.

In 2013, police in Campania arrested the head of one restoration contractor previously involved at the site and probed the activities of four senior officials, whom they suspect of paying inflated prices for restoration work on Pompeii’s Teatro Grande. Engineers employed at the site had previously been blacklisted from their profession and materials of suspect quality were used in the ancient building’s reconstruction.

In Naples and its suburbs, the mafia is controlling several sectors of the economy. Just 25 km from Pompeii, lies the southern port of Naples, the Mafia Camorra’s home base, where it has a hand in everything from drugs and construction projects to rubbish collection. In April 2013, a small army of carabinieri, finance police marched into the Pompeii site in the hunt for evidence of Camorra activity.

Despite these problems, there are some signs that Pompeii is on the up. In the past few months six ancient residences at the site have reopened to visitors following restoration – it was this sort of progress which helped persuade EU authorities to extend the deadline.

In addition to repairing individual houses, the top priority is the installation of a new drainage system. Heavy rainfall, if not removed, is absorbed by other sections of the site. In 2010 this caused a large building to collapse on Via dell’Abbondanza, Pompeii’s main street.

Source : The Independent.

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Photo: C. Grandpey

L’axe de la Lune a-t-il basculé? // Did the lunar axis shift?

drapeau francaisLe 4 mars dernier, j’ai publié une note intitulée « Un grand basculement a refaçonné la surface de la planète Mars ». Ce n’est pas l’axe de rotation de Mars qui a bougé, mais les parties externes (manteau, croûte) qui ont tourné par rapport au noyau.

Une étude similaire publiée dans la revue Nature pourrait être intitulée « Un grand basculement a refaçonné le surface de la Lune »! Des chercheurs ont mis en évidence des dépôts riches en hydrogène près des pôles de la Lune, ce qui semblerait prouver que l’axe de notre satellite se trouvait autrefois dans une position différente.
Les scientifiques pensent que ces dépôts d’hydrogène sont les restes de la glace qui s’était formée au niveau des pôles de la Lune. Mais en plus de la glace que l’on s’attend à trouver sur les pôles, les scientifiques ont découvert d’autres dépôts dans des endroits différents, situés à l’opposé l’un de l’autre. Il semblerait donc que des plaques de glace recouvraient autrefois d’autres pôles lunaires. Si tel est le cas, le nouvel axe de notre satellite s’est décalé de 5,5 degrés par rapport à l’axe d’origine. C’est comme si l’axe de la Terre était passé de l’Antarctique à l’Australie.
La Terre a connu un tel phénomène à plusieurs reprises, et de légers changements d’axe sont fréquents sur notre planète après les séismes. Ainsi, selon l’INGV, le séisme qui a secoué le Japon en 2011 a déplacé l’axe de la Terre d’une dizaine de centimètres.
Les scientifiques essaient de savoir pourquoi les pôles lunaires se sont déplacés. L’activité volcanique peut en être la raison. L’axe d’un monde est déterminé par sa masse relative, avec les régions les plus légères qui forment les pôles. Pour que l’axe se décale de façon significative, la masse doit se décaler elle aussi. Une hypothèse possible est que l’activité volcanique a fait fondre une partie du manteau de la Lune il y a environ 3,5 milliards d’années, en créant une volumineuse poche de magma plus légère que la roche plus froide qui se trouvait autour et qui a fait se déplacer lentement l’axe d’environ 200 kilomètres. On pense que le processus a eu lieu à une vitesse d’environ 2,5 centimètres par périodes de 126 ans.
Source: The Washington Post: https://www.washingtonpost.com/

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drapeau anglaisOn March 4th 2016, I released a post entitled “Great tilt gave Mars a New face.”  I explaines that the axis of rotation of Mars did not move, but the external parts (mantle, crust) rotated relative to the core.

A similar study published in the journal Nature could be entitled “Great tilt gave the Moon a new face”! Researchers point to hydrogen-filled deposits near the moon’s poles as evidence that the satellite’s axis was once in a different spot.

These hydrogen deposits are thought to be ice that formed at the moon’s poles. But in addition to the ice expected on the moon’s current poles, scientists found other deposits in different spots, located directly across from each other. Thus, it looks as if the ice patches were sitting on areas formerly known as lunar poles. If that’s the case, the new axis is shifted by 5.5 degrees. It would be as if Earth’s axis relocated from Antarctica to Australia.

The Earth has experienced this phenomenon several times, and slight axis shifts are common on our planet after earthquakes. Thus, according to the Italian INGV, the 2011 earthquake in Japan shifted the Earth’s axis by 10 centimetres.

Scientists are trying to know why the lunar poles moved.  Volcanic activity may be to blame. A world’s axis is determined by its relative mass, with its lightest regions forming the poles. For the axis to shift so significantly, the mass would have to shift, too. A possible hypothesis is that volcanic activity melted some of the moon’s mantle about 3.5 billion years ago, creating a giant, hot blob of magma that was lighter than the colder rock around it and that slowly shifted the moon’s axis about 200 kilometres. It is thought that the movement occurred at a rate of about 2.5 centimetres every 126 years.

Source: The Washington Post: https://www.washingtonpost.com/

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Photo: C. Grandpey

Il y a 70 ans: Le séisme du 1er avril 1946 en Alaska // 70 years ago: The April 1st 1946 earthquake in Alaska

drapeau francaisLe séisme du Vendredi Saint 1964 en Alaska est l’un des plus puissants jamais observé dans le monde, avec une magnitude de M 9,2 sur l’échelle de Richter. Il a fait 115 victimes dans cet Etat. Le tsunami qu’il a déclenché a tué 14 personnes en Californie et a causé des dégâts importants le long de la côte ouest des États-Unis
Un autre événement – beaucoup moins connu – a également affecté l’Alaska au petit matin du 1er avril 1946. Ce jour-là, la terre s’est fracturée au coeur de la fosse des Aléoutiennes, à 140 km plus au sud. Une immense portion du plancher océanique s’est soulevée et a envoyé une immense masse d’eau de mer à travers le Pacifique Nord. Le séisme a été particulièrement violent, de l’ordre de M 8,1. Le tsunami qui en a résulté a tué 159 personnes à Hawaii, a provoqué la noyade d’un nageur à Santa Cruz, fracassé des bateaux de pêche au Chili et détruit une cabane en Antarctique. La forme arquée des Aléoutiennes a protégé une grande partie de l’Alaska, mais cinq hommes en poste au phare du Cap Scotch sur l’île Unimak ont perdu la vie.
Une vague de 40 mètres de haut a frappé le phare à 02h18, ne laissant apparaître que la fondation de la structure en béton armé. Les scientifiques ont longtemps pensé que la vague avait été provoquée par une rupture au niveau d’une faille, mais un chercheur de U.S Geological Survey à Denver a récemment décelé un amoncellement de roches sur le plancher océanique qui semble avoir été provoqué par un important glissement de terrain sous-marin. Ce glissement de terrain aurait généré la vague géante qui a frappé le phare.
Au moment du séisme, un électricien des gardes-côtes était en poste sur l’île Unimak où il réparait un appareil de radiogoniométrie. Il était en train de lire dans sa couchette tôt ce matin-là dans un bâtiment situé sur une terrasse à une trentaine de mètres au-dessus du phare. Lorsque le séisme s’est produit, il a raconté que le bâtiment craquait et gémissait bruyamment tandis que des objets s’agitaient sur les étagères. La secousse a duré entre 30 et 35 secondes. L’électricien a pensé que ce pouvait être une éruption du volcan Shishaldin. Il a regardé à l’intérieur des terres en pensant voir la lueur de l’éruption mais il ne vit que les étoiles. 20 minutes après la première secousse, une autre se produisit, plus courte mais aussi plus forte que la précédente.
Quelques minutes plus tard, une vague frappa le bâtiment où se trouvait l’électricien. Il a entendu «un grondement terrible, suivi presque immédiatement d’un coup violent contre le flanc du bâtiment », tandis que 10 centimètres d’eau pénétraient dans la structure. Il s’est alors précipité dans la salle de contrôle pour envoyer un message d’urgence indiquant que des hommes avaient été frappés par un raz de marée et devraient probablement abandonner la station. Il est ensuite sorti et a essayé de marcher dans l’obscurité jusqu’au bord de la falaise au-dessus du phare. Il ne vit aucune lumière au-dessous de lui. La corne de brume était silencieuse. Le phare avait disparu.
A l’aube le lendemain matin, plusieurs hommes descendirent la colline qui avait été fortement entamée par le tsunami (voir l’image ci-dessous). L’océan s’était calmé et avait repris son visage habituel. Les hommes commencèrent à fouiller autour de l’emplacement du phare. Au sommet d’une colline derrière le phare ils découvrirent un pied humain, amputé à la cheville, quelques petits morceaux d’intestin qui appartenaient apparemment à un être humain, et ce qui semblait être une rotule. Trois semaines plus tard, un technicien a découvert un autre corps. D’autres hommes rassemblèrent et identifièrent les restes de l’un des hommes qui étaient en poste dans le phare grâce à ses pommettes hautes et à sa barbiche. Ils trouvèrent aussi la cuisse droite et le pied d’un autre homme. Ces restes ont été réunis dans de vieux sacs de courrier et placés dans un cercueil en bois brut. Le corps complet a été placé dans un cercueil individuel. Trois jours plus tard, juste avant que les hommes quittent Unimak, ils ont enterré leurs camarades. Les tombes ont été clairement indiquées par des croix en bois blanc sur lesquelles ils ont fixé solidement des plaques en laiton où figurent les noms des victimes. Ces hommes ont été tués par un tsunami local, proche des côtes, causé par un glissement de terrain sous-marin, l’une des menaces les plus grandes et les plus imprévisibles qui menacent les villages côtiers de l’Alaska lors des grands tremblements de terre.

Adapté d’un article de l’Alaska Dispatch News.

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drapeau anglaisThe 1964 Good Friday Earthquake in Alaska was one of the most powerful ever observed in the world with an M 9.2 magnitude on the Richter scale. It killed 115 persons in Alaska. The tsunami it triggered killed 14 more people in California and caused major damage along the western coast of the U.S.

Another event – more discreetly mentioned – also affected Alaska in the early morning of April 1st 1946. On that day – ironically called April Fools’ Day – the earth ruptured deep within the Aleutian Trench 140 km to the south. An immense block of ocean floor rose, moving saltwater across the North Pacific.

The earthquake was huge, at least M 8.1. The resulting tsunami killed 159 people in Hawaii, drowned a swimmer in Santa Cruz, banged up fishing boats in Chile and wrecked a hut on Antarctica. The curve of the Aleutians protected much of Alaska, but five men stationed at the Scotch Cap lighthouse on Unimak Island lost their lives.

A 40-metre-high wave struck the lighthouse at 2:18 a.m., leaving nothing but the foundation of the reinforced concrete structure. Though scientists long thought the wave was due to the earthquake rupture, a U.S. Geological Survey researcher in Denver recently showed a mountain of rocks on the sea floor that appears to be from a massive underwater landslide. That slide may have created the giant wave that hit the lighthouse.

At the moment of the earthquake, a Coast Guard electrician was stationed on Unimak Island to maintain a radio direction-finding system. He was reading in his bunk early that morning in a building located on a terrace about 30 metres above the lighthouse. When the earthquake struck, he said the building creaked and groaned loudly and objects were shaken from the shelves. It lasted approximately 30 to 35 seconds. He thought it was a possible eruption of Shishaldin volcano. So, he looked inland for the glow of a possible eruption but saw nothing but stars. 20 minutes after the first earthquake, a second quake was felt, shorter but more severe than the first one.

Minutes later, the wave struck the electrician’s quarters. In his words, “a terrible roaring sound was heard, followed almost immediately by a very heavy blow against the side of the building” while about 10 centimetres of water got into the structure. He went to the control room and broadcast a priority message stating they had been struck by a tidal wave and might have to abandon the station. He then stepped outside and tried to walk in the darkness as far as the edge of the hill above the lighthouse. He saw no lights below. The foghorn was silent. The Light Station had been completely destroyed.

At dawn the next morning, several men descended the scarred hillside (see image below). The ocean had calmed, looking no different than on any other day. The group searched the surrounding area. On top of a hill behind the Light Station they found a human foot, amputated at the ankle, some small bits of intestine which were apparently from a human being and what seemed to be a human knee cap. Three weeks later, a technician discovered another body. Others gathered and identified one of the men who were stationed in the lighthouse from his high cheekbones and goatee. Searchers then found the right thigh and foot of another man. These remains were gathered in old mail sacks and placed in a rough coffin. The complete body was placed in an individual coffin. Three days later, just before the men left Unimak, they buried their comrades. The graves were plainly marked with white wooden crosses with brass plates securely attached. They were victims of a near-field local tsunami caused by an underwater landslide, one of the greatest and most unpredictable threats to Alaska coastal villages during big earthquakes.

Adapted from an article in the Alaska Dispatch News.

Phare-AleoutLes restes du phare du Cap Scotch après le tsunami du 1er avril 1946  (Source: NOAA)