Tongariro (Nouvelle Zélande)

On peut se demander (deux blogonautes viennent de me poser la question) comment de nos jours, avec tous les instruments dont nous disposons, une éruption comme celle du Tongariro peut se déclencher et surprendre les volcanologues.

Avant tout, j’aimerais répéter ce que je dis lors de mes interventions en public : Aujourd’hui, nous ne savons pas prévoir une éruption volcanique ! Certes, les instruments nous alertent sur les humeurs des volcans mais nous ne sommes pas capables de dire comment se déroulera l’éruption proprement dite. Même sur des volcans comme le Kilauea ou le Piton de la Fournaise, les scientifiques en poste dans les observatoires se font parfois surprendre par la soudaineté des événements.

Au Tongariro, c’est une fois encore la soudaineté de l’éruption – de l’explosion devrais-je dire – qui a surpris tout le monde, d’autant plus que l’événement a eu lieu tard dans la soirée, vers 23h50 (heure locale). Pourtant, en y regardant bien, certains indices ont montré au cours des semaines précédentes que la situation était en train d’évoluer sur le volcan. Les sismographes se sont agités et les fumerolles ont émis des gaz volcaniques dans des proportions non négligeables. Ces indices montraient que du magma était en train de monter des profondeurs. Le problème, c’est qu’une intrusion magmatique ne débouche pas obligatoirement sur une éruption. El Hierro (Iles Canaries) vient de le confirmer parfaitement.

Une fois l’intrusion magmatique terminée, les sismos se sont calmés et, au bout de quelques jours, le niveau d’alerte a été abaissé.

Pas de chance – les volcanologues néo-zélandais ne pouvaient pas le prévoir – le magma est entré en contact avec des sources hydrothermales, ce qui a bien sûr provoqué une montée en pression colossale de la vapeur jusqu’au moment où la cocotte-minute a explosé. Les projections incandescentes dont font état plusieurs témoignages correspondent à la « tête » de l’intrusion magmatique mais les analyses ont révélé que la plupart des matériaux éjectés ne sont pas d’origine juvénile. De toute façon, leur couleur et celle de la cendre ne laissent aucun doute quant à l’origine phréato-magmatique de l’éruption.    

Une nouvelle explosion est-elle susceptible de se produire ? Personne ne le sait ! Tout dépendra de ce qui se passe en sous-sol. Si l’explosion a « purgé » la nappe phréatique qui sommeillait en aval du Te Mari Crater, il ne se passera rien d’autre, au moins pendant quelque temps. Par contre, si les sources hydrothermales fournissent un nouvel apport d’eau, il y a de fortes chances pour que de la vapeur s’accumule à nouveau et que le couvercle saute un jour ou l’autre. Les dernières observations font état d’émissions de SO2 (2100 tonnes/jour), de CO2 et de H2S au niveau des bouches éruptives, ce qui confirme la présence du magma en sous-sol. Il y a actuellement une épée de Damoclès sur la région du Tongariro et il est fort raisonnable d’attendre avant d’autoriser à nouveau l’accès au Tongariro Crossing.

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Le Tongariro Crossing: une randonnée longue mais pas très difficile, avec des paysages superbes.

(Photo: C. Grandpey)

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