Pendant le 21ème paroxysme de l’Etna, le 4 mars vers 9h45 (heure locale), on a pu voir sur l’image de la webcam EtnaTrekking une fracture s’ouvrir dans l’espace qui sépare le Cratère SE des premières pentes de la Bocca Nuova. Au contact de la neige qui recouvrait cet endroit, la lave a tout d’abord fait naître un panache de vapeur qui, en grossissant, a commencé à glisser le long de la pente en donnant un spectacle particulièrement fascinant.

Dans ma note du lendemain, j’indiquais un lien vers une vidéo montrant ce que j’appelais « une coulée pyroclastique ». Je n’étais d’ailleurs pas le seul, car d’autres sites volcaniques utilisaient cette expression, y compris le titre de la vidéo :
http://www.youtube.com/watch?v=aXbzbPlnAF4&feature=player_embedded
En repensant à cette scène magnifique, je me dis que le terme « coulée pyroclastique » n’était pas approprié. Si l’on se réfère à l’une des définitions d’une coulée pyroclastique, on se rend compte qu’il s’agit d’un « mélange à haute température (plusieurs centaines de degrés Celsius) de gaz volcaniques, de vapeur d’eau et de particules solides dues à un processus de fragmentation magmatique en cours, relativement dense, qui s’écoule à grande vitesse (au départ à plusieurs centaines de km/h) au voisinage du sol, fortement soumis à la gravité et guidé par la topographie du terrain. Ce type d’écoulement résulte souvent de l’effondrement d’un panache volcanique ».
Cette définition ne correspond pas au phénomène observé sur l’Etna. Il n’y avait que très peu, voire pas, de particules produites par une fragmentation magmatique. Les particules qui se mêlaient à la vapeur d’eau provenaient essentiellement de dépôts présents au sol depuis longtemps. Ces nuages sombres de particules ne sont d’ailleurs apparus que vers la fin de l’épisode. Le mécanisme de formation de cette coulée n’était donc pas ‘pyroclastique’ ; il était surtout ‘phréatomagmatique’, avec interaction de la lave et de l’eau générée par la fonte de l’épaisse couche de neige ou de glace. Il est même probable que la partie inférieure de ladite coulée ressemblait davantage à un lahar. Si l’on avait pu introduire un thermomètre dans le panache, il n’aurait pas révélé une température élevée, contrairement à celle des vraies coulées pyroclastiques, comme celle qui a tué les Krafft sur l’Unzen au Japon. Enfin, la vitesse de progression du nuage de vapeur n’était pas très rapide, probablement quelques dizaines de km/h.
Il en va de même des coulées de lave dans la Valle del Bove. Au contact de la neige encore présente en cette saison, elles font s’élever des nuages de vapeur. Certains parlent là encore de coulées pyroclastiques, mais c’est inexact, même si, vus latéralement, ces phénomènes ressemblent physiquement – en taille réduite- à des coulées pyroclastiques.
Pour les raisons énumérées ci-dessus, Boris Behncke (INGV Catane) trouvait lui aussi inappropriée l’appellation « coulée pyroclastique » pour définir l’épisode du 4 mars. Je pense personnellement qu’il serait préférable d’utiliser des expressions telles que « pseudo coulée pyroclastique » ou simplement « coulée phréatomagmatique ».
Imaginons l’ouverture de la fracture entre le cône SE et la pente de la Bocca Nuova au cœur de la saison estivale quand la neige a disparu. Q’aurions-nous vu ? Tout simplement une coulée de lave s’échapper d’une nouvelle fracture et parcourir quelques centaines de mètres vers l’aval. Il n’y aurait pas eu de panaches de vapeur, juste quelques nuages signalant le dégazage de la coulée.
Une vraie coulée pyroclastique, c’est autre chose, comme on peut s’en rendre compte sur cette photo du Mayon (Philippines) prise le 15 septembre 1984:

Ce n’est pas souvent que l’on peut voir l’Ile Pagan. Cette photo a été prise le 6 mars 2012 par l’un des astronautes à bord de l’ISS qui se trouvait alors à environ 480 km au SSO. On peut voir le volcan actif dans la partie nord de l’île qui présente deux volcans séparés par un isthme. L’activité confirme le dernier bulletin du GVN qui faisait état d’ »un panache de gaz et de vapeur qui s’étirait sur 204 km en direction du SSO ».
Here is a rare view of Pagan Island seen from the ISS on March 6th 2012. One can see the active volcano in the northernmost part of the island which includes two volcanoes separated by an isthmus. Activity corresponds with the GVN’s latest report indicating « a gas-and-steam plume, with possible ash content, drifting 204 km SSW. » The ISS was located over the Pacific Ocean approximately 480 kilometres to the southeast of Pagan Island when the image was taken
Au retour d’une campagne en Antarctique, le navire de recherche océanographique « Las Palmas » a réalisé le jeudi 12 avril 2012 des relevés bathymétriques au large de la côte de la Restinga afin de mettre à jour les données concernant l’éruption sous-marine.
Back from a mission in Antarctica, the research ship « La Palmas » performed on Thursaday April 12th 2012 bathymetric measurements off La Restinga in order to update the data about the current submarine eruption.