Kilauea (Hawaii / Etats Unis)

drapeau francais.jpg7 heures (heure française): Les graphiques des tiltmètres de l’Halema’uma’u et du Pu’uO’o montraient depuis la mi-journée du 27 mars une parfaite harmonie dans une phase de dégonflement. Cette harmonie a pris fin ce matin car le sommet du volcan est entré dans une phase de gonflement sans réaction parallèle de l’East Rift Zone. Aucune lave n’est visible pour le moment au fond du pit crater de l’Halema’uma’u et le niveau de la lave a baissé dans le Pu’uO’o. On ne peut d’ailleurs guère parler de lac dans ce cratère. Il s’agit davantage d’un épanchement de lave alimenté épisodiquement par une double source dans la partie centre-ouest de la bouche.

Après trois semaines de calme complet sur le Kilauea, il semble donc que l’on soit entré dans une nouvelle alternance de phases de gonflement et dégonflement du volcan, avec des variations concomitantes du niveau de la lave dans l’Halema’uma’u et le Pu’uO’o. L’activité semble cependant moins intense que précédemment car aucune lave ne s’écoule actuellement vers l’océan.

Les deux sites actifs sont officiellement interdits d’accès et étroitement surveillés par les rangers qui bénéficient des indications données par les pilotes d’hélicoptères d’agences de voyages sur les contrevenants éventuels. De toute façon, le Pu’uO’o est difficile à atteindre et je déconseille à des personnes ne connaissant pas le secteur de s’y aventurer.

16 heures (heure française): Suite à la nouvelle phase de gonflement, la lave est à nouveau visible (grâce à la webcam) à l’intérieur du pit crater de l »Halema’uma’u, mais pour combien de temps? En effet, la courbe du tiltmètre a déjà commencé à s’infléchir.

drapeau anglais.jpg7:00(French time): tiltmeter graphs of Halema’uma’u and Pu’uO’o had both shown a deflation phase since March 27th. The situation changed this morning as the summit of Kilauea started to inflate without any response of the East Rift Zone.  No lava can be seen this morning at the bottom of the pit crater in Halema’uma’u and it has gone down in Pu’uO’o. There is not really a pond in the crater; lava has just been spreading over the floor, starting from two episodic sources in the centre-western part of the vent

After three weeks of quiescence on Kilauea, it seems a new series of D/I events has started, with corresponding variations of the level of lava in Halema’uma’u and Pu’uO’o. However, activity seems to be less intense than in the past as no lava is currently travelling towards the ocean.

Access to the active sites is officially prohibited and under the control of the rangers who also get information about possible visitors from the helicopter pilots of travel agencies. Anyway, Pu’uO’o is very difficult to reach and I would not advise people who do not know the area to visit it.  

16:00 (French time): Further to the current inflation episode, lava can again be seen (through the webcam) in Halema’uma’u pit crater. However, it might not be for a long time as the tiltmeter is already curving round.

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Poursuite de la phase de dégonflement du Pu’uO’o (en bleu) et nouvelle phase de gonflement du sommet du Kilauea (en vert).
[Avec l’aimable autorisation du HVO]

Un nouveau voyage au centre de la Terre?

On peut lire dans le Daily Mail du 29 mars 2011 qu’une équipe de chercheurs du Centre Océanographique de Southampton (Angleterre) et de l’Université de Montpellier (France) a l’intention de procéder à un forage qui atteindra pour la première fois le manteau terrestre et permettra d’en obtenir des échantillons. Ces derniers devraient permettre d’en savoir davantage sur les origines de notre planète.

L’opération consistera à percer la roche sur quelque 8000 mètres dans le plancher océanique, là où la croûte terrestre est la moins épaisse, en prenant en compte des températures allant jusqu’à 300 °C (ce qui est suffisamment chaud pour rendre inutilisables les forets les plus modernes) et des pressions atteignant 2 000 atmosphères, ce qui équivaut à une pression de plus de 21 000 000 kilogrammes par mètre carré. L’opération de forage s’annonce donc difficile et n’est pas gagnée d’avance.

Pour acquérir un échantillon, les scientifiques devront s’appuyer sur des foreuses sans riser (foreuses qui utilisent deux tuyaux pour l’évacuation des gaz), ce qui signifie qu’ils devront pomper l’eau de mer dans le trou, à travers la tige de forage, avec une pression suffisante pour forcer les gravas à remonter à la surface, afin qu’ils puissent être examinés.

Le forage pourrait non seulement donner des indications intéressantes sur la composition du manteau terrestre, mais aussi révéler la nature de la couche – ou discontinuité – de Moho qui est la limite entre la  croûte terrestre et le  manteau supérieur de la Terre. De plus, les roches du manteau devraient fournir de précieuses indications sur la tectonique des plaques qui est à l’origine des tremblements de terre, des tsunamis et des éruptions.

Ce ne serait pas la première fois qu’un échantillon du manteau serait récupéré. La Nature nous en a déjà offerts grâce aux volcans et aux chaînes de montagnes. Mais ces rejets naturels ont été contraints de traverser toutes les couches avant d’atteindre la surface et ont donc été contaminés par les roches encaissantes. Avec cette future expédition, ce serait la première fois qu’un échantillon serait ramené à la surface sans être contaminé.

L’équipe franco-britannique est actuellement à la recherche d’un site adéquat dans le Pacifique pour effectuer le forage. Les chercheurs espèrent  obtenir une technologie et un financement suffisants pour commencer leur travail en 2018.

 

Kilauea (Hawaii / Etats Unis)

drapeau francais.jpgLa phase de gonflement accompagnée d’un retour de la lave dans le Pu’uO’o et dans l’Halema’uma’u a atteint son apogée et une phase de dégonflement est en cours actuellement.

La lave est toujours présente dans le Pu’uO’o mais l’alimentation a perdu de sa vigueur.

La caméra qui permet d’observer le niveau de la lave dans le pit crater de l’Halema’uma’u est restée inactive pendant quelques heures. La lave est invisible au fond de la bouche et aucune lueur n’était visible depuis le Jagger Museum pendant la nuit hawaiienne.  

Il est intéressant de noter que l’épisode de gonflement et de dégonflement s’est effectué à la fois au niveau de l’Halema’uma’u et à celui du Pu’uO’o, ce qui laisse supposer qu’il n’y a plus de déconnexion dans les circuits d’alimentation de ces deux sites actifs.

Par ailleurs, l’incendie provoqué dans la végétation par la lave de l’éruption de Kamoamoa le 5 mars dernier est maintenant maîtrisé à 80%. Les pompiers ont été aidés dans leur travail par une chute des vents et  des pluies abondantes depuis jeudi dernier.

 

drapeau anglais.jpgThe inflation phase with the return of lava within Pu’uO’o has now reached a top and a deflation episode has started.

There is still quite a lot of lava in Pu’uO’o but the feeding seems to be less vigorous.

The camera that allows to observe the Halema’uma’u pit crater was down for some hours. However, no lava can currently be seen in the vent and no glow can be seen from the Jagger Museum.

It is interesting to notice that the current D/I event occurred both at Halema’uma’u and Pu’uO’o, which means there is no longer a disconnection between the feeding systems of the two active sites.

Besides, the fire caused by the lava of the Kamoamoa eruption on March 5th is now 80% contained. Firemen were helped in their job by lighter trade winds and heavy rainfall in the past days.

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– En bleu, les épisodes de gonflement et dégonflement du Pu’uO’o
-En vert, les épisodes de gonflement et de dégonflement de la zone sommitale
(Avec l’aimable autorisation du HVO)

Séisme japonais (suite)

Bien que ce blog soit réservé aux volcans, il est intéressant de s’attarder sur le séisme exceptionnel (M.9) qui a frappé le Japon le 11 mars 2011 car il concerne la tectonique des plaques qui détermine à la fois le déclenchement des séismes et le comportement des volcans.

 

Les séismes sont particulièrement fréquents au Japon qui frémit quotidiennement. On estime que 1500 d’entre eux se produisent chaque année au Pays du Soleil Levant et l’histoire montre qu’un certain nombre a été dévastateur.

Ainsi, en 1923, le séisme de Kanto a tué plus de 100 000 personnes et on le commémore aujourd’hui à l’occasion du National Disaster Prevention Day. En 1995, le séisme de Kobe (M 6,8) a tué plus de 6 000 personnes.

 

Cette activité sismique intense est due à la position du Japon par rapport aux plaques tectoniques, ce vaste puzzle qui régit le comportement géologique de notre planète. Le pays se trouve dans une zone où les plaques Nord-américaine, Pacifique, Eurasienne et Philippine sont en contact les unes avec les autres. Le nord du Japon se trouve en grande partie au-dessus de la pointe occidentale de la plaque Nord-américaine. Le sud du Japon, quant à lui, occupe essentiellement la plaque Eurasienne.

 

L’épicentre du séisme du 11 mars se trouvait à 373 km au NE de Tokyo et à 130 km à l’est de Sendai, dans l’Océan Pacifique, près de la Fosse du Japon. Cette dernière est une zone de subduction où la plaque Pacifique (plus lourde car elle supporte le poids de l’océan) plonge sous la plaque nord américaine. C’est cette poussée colossale qui a fait se soulever la plaque nord-américaine lors du séisme.

 

En moyenne, la plaque Pacifique se déplace vers l’ouest à raison de 8 – 9 centimètres par an. C’est ce qui explique en partie le volcanisme linéaire à Hawaii mais aussi les nombreux séismes – parfois catastrophiques – qui se produisent  au Japon.

 

La rupture de faille qui a eu lieu le 11 mars s’est faite sur 322 km, le long d’une faille sous-marine d’environ 354 km de long sur une centaine de km de large. Les séismes qui se produisent à une telle échelle sont d’une extrême violence et on a du mal à s’imaginer les forces en présence. Ainsi, le séisme japonais a déplacé l’axe de la Terre, fait s’accélérer la rotation de la Terre et raccourci la journée de 24 heures de 1,8 millisecondes ! La plaque nord-américaine s’est déplacée d’environ 20 mètres entraînant avec elle toute l’île d’Honshu qui s’est déplacée d’environ 2,40 mètres !

 

Je ne reviendrai pas sur le tsunami qui a suivi le séisme, avec toutes les conséquences que l’on sait. Le séisme s’est produit à seulement 24 km de profondeur. Quand le plancher océanique s’est soulevé et s’est écarté du Japon, l’énergie libérée a donné naissance à deux vagues d’une hauteur de six mètres qui, tels des rouleaux compresseurs, ont tout écrasé sur leur passage.

 

Comme je l’écrivais au début de cette note, le volcanisme est étroitement lié à la tectonique des plaques. Deux jours après le séisme japonais, le volcan Kirishima sur l’île de Kyushu a connu une brève mais violente crise explosive. Le volcan étant déjà en période éruptive, il est difficile, voire impossible, de dire si ce brusque accès de colère a un lien avec le séisme du 11 mars. Au moment où j’écris ces lignes, aucun autre volcan de la région n’est entré en éruption.

 

Suite au séisme et au tsunami du 11 mars, la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a subi de gros dégâts et les Japonais rencontrent d’énormes difficultés pour refroidir les réacteurs et éviter une contamination à grande échelle. Sans entrer dans la polémique sur le « pour ou contre le nucléaire », on peut tout de même s’étonner qu’un pays comme le Japon, exposé à de violents séismes, ait construit 17 centrales nucléaires sur son territoire ! D’autres pays dans une situation sismique analogue sont restés plus prudents à ce niveau. La Nouvelle Zélande, par exemple, a refusé de se lancer dans l’électronucléaire et produit une partie de son électricité à partir de la géothermie. En revanche, on peut s’étonner quand l’Agence pour l’Energie Nucléaire Indonésienne (BATAN) déclare – depuis le séisme japonais – que de nombreux sites tels que Kalimantan, Bangka ou la côte nord de l’île de Java  conviendraient parfaitement à l’implantation de centrales nucléaires car ils ne sont pas exposés aux séismes, aux tsunamis ou aux éruptions volcaniques !

Pour terminer ce propos, voici un extrait de ce que déclarait Haroun Tazieff le 31 juillet 1977 dans un article du journal Le Monde que le quotidien a de nouveau publié dans son magazine du 26 mars 2011 :

« Aujourd’hui, c’est une catastrophe d’envergure […] que l’on prépare en cherchant à nous imposer un programme électronucléaire tel qu’aucun autre pays civilisé n’en voudrait. Comme dirait Alain Peyrefitte (à propos de la ligne Maginot), « c’est un chef d’œuvre coûteux, inadapté, inutile ». Coûteux car il se chiffrera par centaines de milliards de francs. Inadapté car, concentré le long des fleuves, dont il massacrera les vallées et mettra en danger les grandes cités, il obligera à transporter au loin le courant produit délibérément en excès, ce qui justifiera la construction de nouvelles, gigantesques et onéreuses lignes à haute tension. Inutile, car il est faux de prétendre que nous manquons d’énergie [….] Il est faux de prétendre qu’il faille toujours plus d’électricité, comme il est faux de prétendre qu’il n’y a plus, en France, d’autres possibilités hydroélectriques, que le charbon n’est pas rentable, que les énergies nouvelles – solaire, géothermique, marémotrice entre autres – ressortissent de la rêverie, sinon de la science-fiction. Auteur, en 1959, du premier projet d’utilisation d’énergie géothermique – en territoire français d’outre-mer – je me suis entendu répondre par les autorités « compétentes » d’EDF que la géothermie, ce n’était « pas sérieux »…Ce que j’ai pu traduire plus tard, lorsque l’expérience m’eut dessillé les yeux, par « pas susceptible d’enrichir davantage les sociétés pétrolières »….