Le Kilauea et la légende de Pele

Comme vous avez pu vous en rendre compte, je mentionne souvent la déesse Pele lorsque j’écris des notes à propos d’Hawai’i et en particulier du volcan Kilauea. Je dois dire que j’aime beaucoup les récits et légendes qui entourent la maîtresse du feu sur l’archipel.

De nombreux textes racontent la naissance des îles Hawai’i, mais tous placent Pele au centre du mythe. L’un d’eux explique comment Pele frappa l’océan de son bâton Pa’oa pour y faire apparaître un volcan qui deviendra plus tard l’île de Kaua’i. Namakaokahai, sœur de Pele et déesse de l’océan, finit par s’irriter du tempérament tempétueux de sa sœur et des hurlements de son volcan. Les sœurs se querellèrent, et Namakaokahai quitta Kauai en laissant Pele pour morte, mais cette dernière survécut et créa ensuite Oahu. Les querelles reprirent, et une fois encore, Namakaokahai prit le dessus. Mais Pele ne se laissa pas abattre ; elle créa Maui avant de s’installer sur la Grande Ile, au cœur du volcan Kilauea. Réalisant que Pele ne pouvait être raisonnée, Namakaokahai conclut un pacte. Elle laissa à Pele la Grande Ile pour demeure, en déclarant qu’elle s’occuperait de réparer les dommages commis sur les autres îles.

Pele vit donc au fond du cratère du Halema’uma’u (« la maison des fougères ») qui couronne le Kilauea. Elle y apparaît souvent sous les traits d’une très belle jeune fille. Elle ère aussi le long de la côte mais ressemble alors à une vieille femme très laide. C’est elle qui provoque toutes les activités volcaniques de l’île. Très colérique, elle ouvre des cratères d’un simple coup de talon à la moindre contrariété et déverse des flots de lave sur ceux qui osent la contredire, avant de les transformer en porc, en arbre, en fougère ou en poisson. Les gouttelettes de basalte noires et luisantes qui s’abattent autour des cratères actifs sont les larmes de Pele,  tandis que les filaments de lave fluide qui s’accrochent partout sont les cheveux de Pele.

Encore aujourd’hui, beaucoup d’Hawaiiens vouent un culte assidu à la déesse Pele et des cérémonies sont organisées en son honneur sur la lèvre de l’Halema’uma’u où sont lancées des offrandes pour s’attirer les bonnes grâces de la déesse. Quand je me suis rendu sur le champ de lave actif en février, un jeune habitant de Kalapana m’a accompagné pour traverser des terres appartenant à sa famille et, lorsque nous sommes arrivés devant les coulées, il s’est arrêté et a prononcé en hawaiien ce qui m’a semblé être une prière. Il m’a expliqué que ses paroles s’adressaient à Pele ; il lui demandait d’être bienveillante et de ne pas détruire sa maison.

La croyance en Pele peut se manifester très concrètement au moment des éruptions. C’est ainsi qu’en 1977, alors qu’une coulée menaçait de détruire la petite ville de Kalapana, les volcanologues se virent refuser le droit de dévier la rivière de lave car cela allait à l’encontre des volontés de la déesse !  

Me concernant, je raconte dans l’une de mes Volcanecdotes comment je me suis retrouvé prisonnier des nuages de gaz au fond du Pu’uO’o en compagnie de quelques autres fous de volcans, ainsi que notre échec pour retrouver une bouteille de whisky dissimulée à proximité du cratère pour fêter cette expédition. Nous sommes tous persuadés que c’était le prix à payer à Pele pour pouvoir sortir vivants de cet enfer.

Il est fortement déconseillé aux visiteurs du Kilauea de prélever des morceaux de lave pour les rapporter chez eux en guise de souvenirs. Cela ne plait pas à Pele qui peut accabler de malheurs les coupables dans les mois qui suivent. Une boîte postale est d’ailleurs mise à leur disposition pour qu’ils puissent restituer son bien à la déesse.

Lors de mon dernier séjour à Hawai’i, j’ai pris cette photo étrange au sein des coulées qui  s’étalaient à proximité de Kalapana. Ces langues de lave ressemblent aux doigts d’une main. Peut-être Pele me tendait-elle la sienne en guise d’au revoir avant de disparaître de l’Halema’uma’u et du Pu’uO’o quelques jours plus tard….

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(Photo: C. Grandpey)