Réflexions sur l’éruption du Sinabung (Ile de Sumatra / Indonésie)

Comme je l’indiquais précédemment, les volcanologues indonésiens ont mal interprété la situation qui a précédé l’éruption du Sinabung. Ils reconnaissent que l’événement les a surpris et qu’il a fallu évacuer en toute hâte des milliers de personnes dans les villages autour du volcan.

Personnellement, je pense que ces mesures d’évacuation auraient dû être prises dès les premiers soubresauts de ce volcan même s’il n’avait pas connu d’éruption depuis plus de quatre siècles. D’une part, on sait que plus le temps de sommeil d’un volcan de ce type est long, plus son réveil risque d’être violent. D’autre part, l’Indonésie se trouve sur la Ceinture de Feu du Pacifique, avec des « pétards » dont on connaît souvent mal l’histoire et qui peuvent exploser à tout moment.  

Pour se justifier, les autorités indonésiennes font remarquer que le Sinabung est classé en catégorie « B », ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire de le contrôler étroitement, contrairement aux volcans de catégorie « A » qui sont jugés beaucoup plus dangereux. (Il se pourrait  que le Sinabung soit transféré en catégorie « A » au vu des derniers événements.)

Ces mêmes autorités affirment que « la possibilité d’éruption d’un volcan de type « A »  peut être prévue des mois à l’avance car on dispose d’un historique de son activité sismique ». Une telle affirmation semble un peu osée.

D’une part, je pense que le mot « semaines » serait plus approprié que le mot « mois ». Il suffit de se souvenir de la confusion qui a régné autour de la non-éruption du Kelud en novembre 2007 pour savoir que les Indonésiens – comme les autre volcanologues de la planète – ne savent pas prévoir les éruptions !

D’autre part, le problème réel concerne l’évacuation de la population dont la densité est très élevée sur les pentes des volcans indonésiens. Dans une région du monde comme l’Indonésie, le principe de précaution – en l’occurrence l’évacuation de la population – doit être rapidement mis en place, tout en sachant, comme l’a démontré l’épisode du Kelud, qu’il est très difficile de maintenir des habitants dans des camps de fortune pendant une longue période.  

 

Le journal indonésien The Jakarta Post indique ce matin que le Ministère de la Santé va distribuer 30 000 masques de protection aux réfugiés dont le nombre ne cesse d’augmenter.

Une réflexion au sujet de « Réflexions sur l’éruption du Sinabung (Ile de Sumatra / Indonésie) »

  1. Tazieff disait, c’était en 1976, avant la crise de la Soufrière:

    « Le problème essentiel n’est d’ailleurs pas tant de prédire l’éclatement d’une éruption, ce qui ne présente qu’une importance pratique minime (car jamais une éruption ne débute de façon cataclysmale), mais son déroulement et l’éventualité d’un cataclysme. Mais, pour arriver à prévoir le cours d’une éruption, sa durée et sa violence, il importe de changer du tout au tout l’esprit même de la recherche volcanologique.
    Or jusqu’ici, tant au Japon qu’aux Etats-Unis ou en URSS – les ‘grands’ de la volcanologie, grands par les sommes qu’ils lui consacrent et par le nombre des volcanologues qualifiés – on ne s’efforce de prédire que le seul éclatement des éruptions.
    Cet effort est basé essentiellement sur les données des sismographes et des tiltmètres, méthode qui a donné une fois – en 1959 à Hawaï – d’excellents résultats mais qui ne peut guère avoir quelque efficacité que dans le cas d’un magma fluide montant relativement vite depuis des profondeurs de plusieurs dizaines de kilomètres. La vitesse des magmas visqueux – et ce sont ceux-là qui sont explosifs et donc dangereux pour les populations – est au contraire très basse : de l’ordre du décamètre, voire du centimètre à l’heure pour les coulées à l’air libre, donc probablement de l’ordre du micron ou moins encore dans l’intérieur du globe où les fortes pressions élèvent la viscosité. Ceci rend inefficace la prédiction de type Hawaï, basée sur la profondeur décroissante des foyers sismiques qui accompagnent la montée des magmas. Les échecs des observateurs japonais, soviétiques, australiens, ceux des spécialistes qui travaillent sur le Vésuve, ne le montrent que trop.
    Ces magmas explosifs, je suppose qu’ils sont en place depuis belle lurette dans un réservoir logé à faible profondeur quand, finalement, ils font éruption. Je crois même que l’éruption à proprement parler ne se ramène pas alors, comme dans le cas des basaltes fluides, à la simple arrivée en surface d’une colonne de magma montée rapidement des tréfonds, mais qu’elle résulte d’un processus tout autre, à savoir la différenciation qui s’est opérée dans ce réservoir superficiel. (…) A mesure qu’évoluent les conditions de température, de pression et de concentration des molécules constituant ce bain en fusion, les minéraux cristallisent les uns après les autres et les gaz, originellement dissous dans le liquide, s’individualisent en bulles. Le nombre et la taille de ces bulles augmentent tout au long de la différenciation, et un moment arrive où leur abondance et leur tension de vapeur déterminent l’éruption.
    Si ce schéma correspond plus ou moins à ce qui se passe réellement, les gaz représentent non seulement l’élément moteur de l’activité éruptive mais, de plus, par leur fugacité et par la rapidité avec laquelle ils atteignent la surface, ils constituent des courriers véloces, si l’on arrive à interpréter les messages qu’ils véhiculent, capables de fournir aux volcanologues des informations précieuses sur le processus de maturation du magma. Donc sur son éruptivité. Cela pourrait permettre de prévoir l’éclatement d’une éruption, mais aussi, chose beaucoup plus importante, son déroulement. »

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  2. joli texte Fred !!!

    Les moyens du VSI sont ridicules, les compétences souvent lacunaires et le personnel manque. Pas facile pour un pays comme l’indonésie de composer avec une 3O aine de volcanologues, souvent placés dans ddes postes à responsabilité à contre emploi en fonction de leurs diplomes. Les équipes étrangères ne les aident que sur des volcans connus comme Ijen Merapi, Krakatau. Ce qui fait qu’on oublie vite la ou ça peut faire mal !

    L’équipe d’Alain Bernard était sur place au kelud je crois qu’ils ont fait du bon boulot. Tu es dur Claude !!!

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