Signes d’un océan sur la planète Mars ? // Signs of an ocean on Mars ?

Depuis la nuit des temps, les hommes espèrent découvrir de l’eau sur la planète Mars, ce qui leur permettrait d’y poser le pied et même d’y vivre. Aujourd’hui, une nouvelle étude laisse supposer qu’Olympus Mons, le plus haut volcans de l’univers, était autrefois bordé par un océan, ce qui expliquerait les stries que l’on peut observer à la surface de la planète. Les chercheurs pensent qu’une portion de sol ridée située à proximité de la région nord d’Olympus Mons s’est formée lorsque de la lave à très haute température s’est échappée du sommet du volcan il y a des millions d’années. Ils pensent que cette lave s’est répandue sur la glace et l’eau au pied de la montagne, provoquant des glissements de terrain. Certains de ces glissements de terrain se sont probablement étendus jusqu’à environ 1 000 km du volcan et se sont plissés en durcissant avec le temps.
Même si les stries à la surface de la planète sont connues depuis longtemps, le rôle de l’eau dans leur formation n’a jamais été vraiment prouvé. La nouvelle étude conforte la théorie la plus répandue selon laquelle l’eau liquide coulait autrefois sur la planète rouge. Cette dernière est devenue un monde désertique,sans rien à sa surface, à l’exception des calottes de glace à ses pôles.
La parcelle de sol froissé visible dans les nouvelles images est connue sous le nom de Lycus Sulci (sulci est un mot latin signifiant rainures parallèles). Elle a été photographiée en janvier 2023 par l’orbiteur Mars Express de l’Agence spatiale européenne qui recherchait des traces d’eau dans le sous-sol de la planète.
Ces nouvelles informations arrivent quelques semaines après la découverte au mois de juillet (voir ma note du 3 août 2023) de gigantesques falaises ou escarpements autour d’Olympus Mons. Les chercheurs pensent que ces falaises marquent un ancien rivage à l’intérieur duquel se trouvait autrefois une grande dépression où s’agitait l’eau liquide. Les dernières études soutiennent cette idée en expliquant que la partie inférieure de la montagne s’est effondrée lorsque la glace et l’eau à sa base sont devenues instables suite à la rencontre de la lave en provenance de l’intérieur du volcan.
Lycus Sulci, la parcelle de sol froissé observée dans les nouvelles images, s’étend sur plus de 1 000 km depuis Olympus Mons et s’arrête juste avant le cratère Yelwa, une dépression de 8 km nommée d’après une ville du Nigeria.
Les chercheurs affirment que les rainures dans le sol montrent « jusqu’où les glissements de terrain se sont éloignés des flancs du volcan avant de se stabiliser ».
Bien que ce soit une possibilité, les nouvelles observations ne permettent pas de déterminer si la région de Lycus Sulci a rendu la vie possible sur Mars.
Bien que la présence d’eau liquide dans le passé de Mars soit une bonne nouvelle pour espérer trouver des signes vie, les scientifiques pensent que tous les organismes vivants qui auraient pu se développer sur une planète Mars où l’eau était présente ont péri avec la disparition des océans. D’autres chercheurs pensent que des organismes unicellulaires pourraient avoir réussi à hiberner au plus profond des calottes glaciaires de la planète, bien qu’il n’existe aujourd’hui aucune preuve de cette hypothèse.
Source : space.com.

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Since the dawn of time, men have hoped there might be some water on Mars, which would allow them to set foot and live on the planet. Today, new evidence suggests Olympus Mons was once bordered by a Martian oceanwhich would account for the streaks on the planet’s surface. Researchers say a wrinkled patch of land near Olympus Mons’ northern region likely formed when hot lava oozed out of the volcano’s summit millions of years ago. That lava is thought to have run into ice and water at the mountain’s base, resulting in landslides. Some of these landslides probably stretched about 1000 km from the volcano and wrinkled as they hardened across eons.

While the streaks on the planet’s surface have been long-studied, the role of water in their formation has remained an open question. A new study adds evidence to the prevailing theory that liquid water once flowed freely on the Red Planet, which is now a frigid desert world except for remnant ice locked within its poles.

The crumpled patch of land featured in the new images is known as Lycus Sulci (sulci is a Latin word for parallel grooves). It was snapped in January 2023 by the European Space Agency’s Mars Express orbiter while searching for signs of underground water.

These new insights arrive a few weeks after similar geological evidence was found in July regarding gigantic cliffs surrounding Olympus Mons (see my post of August 3rd, 2023). Researchers believe those cliffs, or escarpments as they’re called, mark an ancient shoreline inside of which lies a large depression where liquid water once swirled. The latest results support that idea, suggesting the lower part of the mountain crumbled when ice and water at its base became unstable upon encountering lava extruded from its insides.

Lycus Sulci, featured in the new images, stretches over 1,000 km from Olympus Mons and stops just short of reaching the Yelwa Crater, an 8-km Martian bowl named after a town in Nigeria.

The researchers say that the grooves that mark lava flows near the Yelwa Crater show « just how far the destructive landslides traveled from the volcano’s flanks before settling. »

Although it is a possibility, the new results do not conclude whether the Lycus Sulci region made life possible on Mars.

While the presence of liquid water in Mars’ past is good news for life in general, scientists think any living organisms that may have thrived on a once watery Mars perished along with the oceans. Other researchers suggest single-celled organisms may have managed to hibernate deep inside the planet’s ice caps, although no proof of this exists today.

Source : space.com.

Source: NASA

Nouvelle approche des volcans basaltiques // New approach to basaltic volcanoes

Une nouvelle étude publiée le 7 août 2023 dans les Proceedings de l’Académie Nationale des Sciences (PNAS) apporte une nouvelle lumière sur l’éruption des volcans basaltiques comme le Kilauea et le Mauna Loa à Hawaii.
Selon les auteurs de l’étude, les volcans situés à l’intérieur des plaques tectoniques n’entrent pas en éruption comme les scientifiques le pensaient jusqu’à présent. Les chercheurs expliquent que le magma à l’intérieur de ces volcans est propulsé vers la surface par le dioxyde de carbone, et non par l’eau, comme on le pensait généralement. Ce magma provient également de réservoirs beaucoup plus profondes qu’on ne l’avait estimé; il prend naissance dans le manteau terrestre à des profondeurs de 20 à 30 kilomètres, et non dans la croûte externe, à 7 à 13 km de profondeur.
Selon l’un des auteurs de l’étude, « cela change complètement le paradigme de la façon dont ces éruptions se produisent. En effet, dans tous les modèles volcaniques c’est l’eau qui est considérée comme principal moteur des éruptions, mais l’eau n’a pas grand-chose à voir avec ces volcans. C’est le dioxyde de carbone qui fait remonter le magma des profondeurs. »
Les chercheurs avaient déjà imaginé que le CO2 pourrait alimenter ce type d’éruption, après avoir remarqué que les éruptions extrêmement explosives n’ont pas toujours les plus fortes concentrations d’eau dans la lave. La nouvelle étude confirme cette théorie.
Cette nouvelle approche concerne des volcans basaltiques qui se trouvent à l’intérieur, plutôt qu’en bordure, des plaques tectoniques. Les volcans basaltiques émettent une lave qui a une viscosité inférieure à celle des autres volcans; elles donc plus fluide et se déplace plus rapidement. Ces volcans peuvent être très explosifs lorsqu’ils entrent en éruption, surtout si la lave est relativement froide et remonte rapidement à la surface, entraînant la formation de cristaux qui sont ensuite projetés.
Parmi les volcans basaltiques, on peut citer le Kilauea et le Mauna Loa à Hawaï, ou encore le Pico do Fogo dans l’archipel du Cap Vert dans l’océan Atlantique. Ce volcan est au cœur de la dernière étude. Il est très actif, avec 30 éruptions connues depuis le 15ème siècle. La dernière éruption a commencé le 23 novembre 2014 et s’est terminée le 8 février 2015, avec des coulées de lave qui ont recouvert plus de 4 kilomètres carrés de terres, ainsi que deux villages. (voir la description de l’éruption sur ce blog)
Les chercheurs ont analysé la composition de minuscules poches de lave en fusion emprisonnées dans les coulées du Fogo et ont découvert qu’elles contenaient de grandes quantités de CO2 qui avait été cristallisé à une pression correspondant à une profondeur de 20 à 30 km. Cela signifie que le magma provenait de l’intérieur du manteau et non de la croûte. Les résultats des analyses indiquent que les bulles de CO2 font remonter le magma des profondeurs du manteau.
L’auteur principal de l’étude explique que « sur le Fogo, c’est très certainement le dioxyde de carbone qui fait remonter rapidement le magma, et cela joue probablement un rôle important dans son comportement explosif. Le magma a une viscosité extrêmement faible ».
La découverte mise en évidence par cette étude pourrait permettre de réduire les risques générés par ces éruptions.
Vous trouverez l’étude à cette adresse :
https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2302093120

Source : Live Science via Yahoo Actualités.

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A new study published on August 7th, 2023 in the Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) brings a new approach to the eruption of basaltic volcanoes like Kilauea and Mauna Loa in Hawaii.

According to the authors oof the study, volcanoes that sit within tectonic plates don’t erupt how scientists thought they did. They explain that magma within these volcanoes is propelled up and out of the ground by carbon dioxide, not by water, as was previously thought. This magma also shoots up from much deeper reserves than previously estimated, originating in Earth’s mantle at depths of 20 to 30 kilometers, rather than in the outer crust, 7 to 13 km deep.

A co-author of the research says that « this completely changes the paradigm of how these eruptions happen, All volcanic models have been dominated by water as the main eruption driver, but water has little to do with these volcanoes. It’s carbon dioxide that brings this magma from the deep Earth. »

Researchers had already suggested that CO2 may fuel this type of eruption, tipped off by the finding that extremely explosive eruptions don’t always have the highest concentrations of water in the lava, but the new study finally confirms this theory.

The discovery relates to basaltic volcanoes that sit within tectonic plates rather than on their edges. Basaltic volcanoes spew lava that has a lower viscosity than other volcanoes, meaning it is more fluid and travels faster. These volcanoes can be highly explosive when they erupt, especially if the lava is relatively cool and whooshes up to the surface rapidly, leading to the formation of crystals that are then flung across the landscape.

Examples of basaltic volcanoes include Kilauea and Mauna Loa in Hawaii, as well as Pico do Fogo in the Cabo Verde archipelago in the Atlantic Ocean, which is at the heart of the latest study. Pico do Fogo is a very active volcano, with 30 known eruptions since records began in the 15th century. The last eruption began on November 23rd, 2014 and came to an end on February 8th, 2015, with lava flows covering more than 4 square kilometers of land and two villages. (see the description of the eruption on this blog)

The researchers analyzed the composition of tiny pockets of molten lava trapped in rocks on Fogo and found that they contained high amounts of CO2 that had been crystallized at a pressure consistent with a depth of 20 to 30 km. This implied that the magma had risen from within the mantle rather than from the crust. The results of the analyses indicate that CO2 bubbles drive magma up from deep within the mantle.

The lead author of the study explains that « at Fogo the magma must be driven up fast by the carbon dioxide and this likely plays a significant role in its explosive behaviour. The magma has extremely low viscosity. »

The discovery could help mitigate the danger posed by these eruptions.

You will find the study at this address :

https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2302093120

Source : Live Science via Yahoo News.

Image satellite de l’éruption du Fogo en 2014 (Source : NASA)

Conséquences économiques de la sécheresse mondiale : le canal de Panama // Economic consequences of global drought: The Panama Canal

Dans son bilan sur la situation hydrogéologique en France au 1er avril 2023, le BRGM indique qu' »après plusieurs semaines sans pluie efficace, les précipitations de mars ont engendré des épisodes de recharge sur les secteurs les plus arrosés, notamment à l’ouest du territoire. Cependant ces pluies ont eu peu d’impact sur l’état des nappes. La situation demeure peu satisfaisante sur une grande partie du pays : 75% des niveaux des nappes restent sous les normales mensuelles (58% en mars 2022) avec de nombreux secteurs affichant des niveaux bas à très bas. […] Pour les prochains mois, la recharge 2022-2023 déficitaire risque d’impacter l’ensemble des nappes. De nombreux secteurs présentent un risque avéré de sécheresse durant la période estivale. »

Cette sécheresse n’est pas propre à la France et de nombreux autres pays sont impactés. Certes, les abondantes chutes de neige et de pluie on permis d’améliorer la situation en Californie, mais c’est l’arbre qui cache la forêt.

La sécheresse à grande échelle peut avoir de graves conséquences économiques. C’est ainsi que les autorités panaméennes ont limité le trafic maritime dans le canal de Panama en raison d’une grave sécheresse qui épuise les réserves d’eau de deux lacs artificiels qui alimentent cette voie navigable vitale. Les deux lacs ont connu une chute de leur niveau d’eau allant jusqu’à 7 mètres entre le 21 mars et le 21 avril 2023. .
Pour la cinquième fois au cours de la période de sécheresse actuelle, les autorités en charge du canal de Panama ont restreint le passage des plus gros navires, avec un impact sur les revenus générés par le canal et des inquiétudes quant à son fonctionnement sur le long terme.
Maillon essentiel du transport maritime mondial, le canal voit environ six pour cent du trafic maritime de la planète, principalement en provenance des États-Unis, de la Chine et du Japon. Les 200 millions de litres d’eau douce nécessaires pour faire passer chaque navire dans les écluses proviennent des deux lacs mentionnés plus haut. En 2022, plus de 14 000 navires transportant 518 millions de tonnes de marchandises ont emprunté le canal, apportant avec eux 2,5 milliards de dollars au Trésor panaméen.
La crise de l’eau en cours est particulièrement inquiétante car les réserves d’eau douce ont atteint seulement 3 milliards de mètres cubes en 2019, bien en deçà des 5,25 milliards nécessaires au bon fonctionnement du canal. Si cette situation perdure, l’incertitude opérationnelle va inciter les compagnies maritimes à rechercher des itinéraires alternatifs. Il est donc urgent de trouver des solutions à long terme pour garantir le fonctionnement du canal.
Les scientifiques mettent en garde contre d’éventuels conflits liés à l’eau entre le canal et les populations locales en raison de l’expansion urbaine désordonnée autour de la ville de Panama. Le bassin du canal de Panama alimente en eau plus de la moitié des 4,3 millions d’habitants du pays. Les pénuries d’eau ont déjà causé des problèmes d’approvisionnement dans diverses régions du pays, déclenchant de nombreuses manifestations.
Le service météorologique panaméen et l’institut d’hydrologie avertissent que le phénomène climatique El Niño prévu dans les mois à venir devrait réduire encore davantage les précipitations au second semestre 2023.

Source : The Watchers.

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In its report on the hydrogeological situation ib=n France on April 1st, 2023, BRGM indicates that « after several weeks without effective rain, the rainfall in March caused episodes of recharge in the wettest sectors, particularly in the west of the countrry. However, these rains had little impact on the state of the groundwater. The situation remains unsatisfactory over a large part of France: 75% of groundwater levels remain below monthly normals (58% in March 2022) with many sectors showing low to very low levels. […] For the next few months, the 2022-2023 recharge deficit is likely to impact all the aquifers. Many sectors present a proven risk of drought during the summer period. »
This drought is not unique to France and many countries around the world are affected. Admittedly, the abundant snowfall and rain helped to improve the situation in California, but it is the tree that hides the forest.

The large-scale drought can have severe economic consequences. For instance, Panama’s authorities have limited shipping traffic in the Panama Canal due to a severe drought that depletes the water reserves of two artificial lakes supplying the vital waterway. The two lakes have seen significantly reduced water levels by as much as 7 meters between March 21st and April 21st, 2023. .

The Panamanian Canal Authority has restricted the passage of the largest ships for the fifth time during this drought season, impacting the canal’s revenue and raising concerns over its long-term operations.

As a crucial part of global maritime shipping, the canal sees approximately six percent of global shipping traffic, primarily from the United States, China, and Japan. The 200 million liters of fresh water required to move each ship through the canal’s locks up to 26 meters above sea level come from these two lakes. In 2022, over 14 000 ships carrying 518 million tons of cargo traversed the canal, contributing $2.5 billion to the Panamanian treasury.

The ongoing water crisis has already set off alarm bells, as the freshwater supplies dwindled to just 3 billion cubic meters in 2019, far below the 5.25 billion needed for the canal’s operations. This operational uncertainty may prompt shipping companies to seek alternative routes, emphasizing the need to find long-term solutions to guarantee the canal’s functioning.

Experts warn of potential water conflicts between the canal and local populations due to the disorderly urban expansion around Panama City. The Panama Canal basin supplies water to over half of the country’s 4.3 million population, and water shortages have caused supply issues in various parts of the country, sparking numerous protests.

The Panama weather service and the hydrology institute, warn that the El Niño climate phenomenon that is predicted in the coming months is likely to further reduce rainfall in the second half of the year.

Source : The Watchers.

 

Image du canal de Panama. Carte et vue schématique en coupe du canal, illustrant la séquence d’écluses et de passages (Source: Wikipedia)

Vers une disparition du Grand Lac Salé (Utah) // Great Salt Lake prone to disappear in Utah

Il y a quelques années, j’atterrissais à Salt Lake City pour me rendre dans le Parc National de Yellowstone en traversant auparavant le Parc National du Grand Teton. Dans les minutes précédant l’arrivée dans la capitale de l’Utah, j’apercevais par le hublot la vaste étendue du Grand Lac Salé. Avec le réchauffement climatique, la taille du lac se réduit comme peau de chagrin. Selon un rapport rédigé par des chercheurs de l’Université Brigham Young et publié en janvier 2023, le Grand Lac Salé risque de disparaître d’ici cinq ans, ce qui mettrait en péril les écosystèmes et exposerait des millions de personnes à la poussière toxique du lac devenu sec.
Le rapport a révélé que l’utilisation abusive de l’eau dans la région a réduit le lac à seulement 37% de son ancien volume. La méga-sécheresse qui affecte l’ouest des États-Unis et qui est aggravée par le réchauffement climatique, a accéléré la disparition de l’eau à une vitesse beaucoup plus rapide que ne l’avaient prévu les scientifiques. Les mesures de conservation actuelles sont très insuffisantes pour remplacer l’énorme volume d’eau que le lac a perdu chaque année depuis 2020.
Le rapport appelle l’Utah et les États voisins à réduire leur consommation d’eau d’un tiers, voire de moitié, afin que cette dernière, apportée par les ruisseaux et les rivières, puisse s’écouler directement dans le lac au cours des deux prochaines années. Sinon, le Grand Lac Salé se dirige vers une disparition inévitable.

L’agriculture représente plus de 70 % de l’utilisation de l’eau dans l’Utah. Une grande partie va à la culture du foin et de la luzerne pour nourrir le bétail. 9% sont absorbés par l’extraction minière. Les villes utilisent également 9 % de cette eau pour faire fonctionner les centrales électriques et irriguer les pelouses. Il y a tellement de demande en eau sur le parcours des rivières de l’État qu’au moment où elles atteignent le Grand Lac Salé, elles sont quasiment à sec. Au cours des trois dernières années, le lac a reçu moins d’un tiers de son apport normal en eau car une grande quantité a été détournée à d’autres fins. En 2022, sa surface a chuté à un niveau record et elle se trouvait à 3 mètres en dessous du niveau minimum.
Avec un apport moindre d’eau douce, le lac est devenu si salé qu’il est aujourd’hui toxique, même pour les crevettes indigènes et les mouches qui réussissent à y vivre. Cela met en danger les 10 millions d’oiseaux qui font escale chaque année sur le lac au cours de leur migration à travers le continent américain.
Avec la baisse catastrophique de son niveau, le lac peut perturber le système météorologique qui assure l’alimentation des montagnes en pluie et en neige ; aujourd’hui, le manque d’eau prive de neige les pistes de ski de l’Utah. Il menace aussi une activité industrielle d’un milliard de dollars qui extrait du magnésium, du lithium et d’autres minéraux de la saumure du lac.
En perdant son eau, le Grand Lac Salé expose à l’air libre plus de 2 000 kilomètres carrés de sédiments contenant de l’arsenic, du mercure et d’autres substances dangereuses qui peuvent être balayées par le vent et terminer leur course dans les poumons de quelque 2,5 millions de personnes vivant près des rives du lac. Environ 90 % du lit du lac sont protégés par une fine croûte de sel qui empêche la poussière de s’échapper. Mais plus le lac s’assèche, plus cette croûte s’érode, exposant des sédiments plus dangereux à l’air libre.
Les chercheurs ont été surpris par la rapidité d’assèchement du Grand Lac Salé. La plupart des modèles scientifiques prévoyaient que le phénomène ralentirait au fur et à mesure que le lac se réduirait en taille et deviendrait plus salé, car l’eau salée s’évapore moins facilement que l’eau douce. Le changement climatique d’origine anthropique a entraîné une hausse des températures moyennes de plus de 2 degrés Celsius dans le nord de l’Utah depuis le début des années 1900 et a rendu la région plus sujette à la sécheresse. Des études montrent que ce réchauffement représente environ 9% de la baisse des débits des cours d’eau qui arrivent dans le lac. Les relevés satellitaires montrent également une baisse importante des eaux souterraines sous le lac car la sécheresse permanente épuise les aquifères de la région.
Si les humains n’utilisaient pas autant d’eau, le lac pourrait peut-être résister au changement climatique, mais la pression combinée de la sécheresse et de la surconsommation rend cela impossible.
Le nouveau rapport, rédigé par plus de 30 scientifiques de 11 universités et autres instituts de recherche, recommande que les rejets d’urgence des réservoirs d’eau de l’Utah soient autorisés pour faire remonter le niveau du lac au cours des deux prochaines années.
Les conditions météorologiques du début de l’année 2023 ont peut-être donné au Grand Lac Salé une chance de survivre. Après une série de tempêtes en décembre, le manteau neigeux de l’État est déjà à 170 % du niveau normal de janvier. Si cette neige persiste et que les précipitations se poursuivent pendant le reste de l’hiver, cela permettra à l’Utah d’éviter de réduire drastiquement sa consommation d’eau. Les autorités locales espèrent que le lac n’a pas dépassé le point de non-retour.
Source : Yahoo Actualités, The Washington Post.

Le dernier rapport confirme une alerte que j’avais diffusée sur ce blog le 7 décembre 2021 :

Le Grand Lac Salé (Utah) menacé par le réchauffement climatique // The Great Salt Lake (Utah) under the threat of climate change

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A few years ago, I landed in Salt Lake City on my way to Yellowstone National Park, previously crossing Grand Teton National Park. In the minutes before arriving in the capital of Utah, I could see the vast expanse of the Great Salt Lake through the window. With global warming, the size of the lake is shrinking. According to a report, led by researchers at Brigham Young University and published in January 2023, the Great Salt Lake is on track to disappear within five years, imperiling ecosystems and exposing millions of people to toxic dust from the drying lake bed.

The report found that unsustainable water use has shrunk the lake to just 37 percent of its former volume. The ongoing mega-drought that is affecting U.S. West and that is made worse by climate change, has accelerated its decline to rates far faster than scientists had predicted. Current conservation measures are absolutely insufficient to replace the huge volume of water the lake has lost annually since 2020.

The report calls on Utah and nearby states to curb water consumption by a third to a half, so as water can flow from streams and rivers directly into the lake for the next couple of years. Otherwise, the Great Salt Lake is headed for irreversible collapse.

Agriculture accounts for more than 70 percent of the state’s water use, much of it going to grow hay and alfalfa to feed livestock. Another 9 percent is taken up by mineral extraction. Cities use another 9 percent to run power plants and irrigate lawns. There are so many claims on the state’s rivers that, by the time they reach the Great Salt Lake, there’s very little water left. Over the last three years, the lake has received less than a third of its normal stream flow because so much water has been diverted for other purposes. In 2022, its surface sank to a record low, 3 meters below the minimum healthy level.

With less freshwater flowing in, the lake has grown so salty that it’s becoming toxic even to the native brine shrimp and flies that manage to live there. This in turn endangers the 10 million birds that rely on the lake for a rest stop as they migrate across the continent each year.

The vanishing lake may short-circuit the weather system that cycles rain and snow from the lake to the mountains and back again, depriving Utah’s ski slopes. It threatens a billion-dollar industry extracting magnesium, lithium and other critical minerals from the brine.

The Great Salt Lake has also exposed more than 2,000 square kilometers of sediments laced with arsenic, mercury and other dangerous substances, which can be picked up by wind and blown into the lungs of some 2.5 million people living near the lakeshore. About 90 percent of the lake bed is protected by a thin crust of salt that keeps dust from escaping. But the longer the lake remains dry, the more that crust will erode, exposing more dangerous sediments to the air.

Researchers have been taken aback by the rapid pace of the Great Salt Lake’s decline. Most scientific models projected that the shrinking would slow as the lake became smaller and saltier, since saltwater evaporates less readily than freshwater. But human-caused climate change has increased average temperatures in northern Utah by more than 2 degrees Celsius since the early 1900s and made the region more prone to drought. Studies suggest this warming accounts for about 9 percent of the decline in stream flows into the lake. Satellite surveys also show significant declines in groundwater beneath the lake, as ongoing drought depletes the region’s aquifers.

If humans were not using so much water, the lake might be able to withstand these shifts in climate, but the combined pressure of drought and overconsumption makes it impossible.

The new report, drafted by more than 30 scientists from 11 universities and other research institutions, recommends that emergency releases from Utah’s reservoirs should be authorized to get the lake up to a safe level over the next two years.

The weather in 2023 may have given the Great Salt Lake a chance to survive. After a series of December storms, the state’s snowpack is already at 170 percent of normal January levels. If that snow persists and precipitation continues through the rest of the winter, it would enable Utah to avoid making drastic cuts to water consumption. Local authorities hope tthat the lake has not past a point of no return – yet.

Source : Yahoo News, The Washington Post.

The report confirms an alert I had released on this blog on December 7th, 2021 (see above).

Le Grand Lac Salé en juin 1985 (Source : NASA)

 

Le Grand Lac Salé en juillet 2022 (Source : NASA)