Panique à Courchevel (Savoie) // Panic in Courchevel (Savoie, France)

C’est, semble-t-il le journal Le Monde qui a révélé le pot aux roses. On apprend que la retenue d’eau de la Loze, en amont d’un hameau de Courchevel (Savoie), s’affaisse à grande vitesse. À l’origine, cette réserve collinaire été construite en 2020 à 2 270 mètres d’altitude pour la somme de 5,7 millions d’euros pour garantir l’enneigement des 3,2 kilomètres de la célèbre piste de l’Éclipse à Courchevel, pour les championnats du monde de ski alpin 2023 et pour les JO Alpes 2030.

Vue de la réserve collinaire de la Loze (Source : Société Bianco)

Piste de ski de l’Éclipse

Il ne faut pas se voiler la face : les habitants d’un petit hameau en contrebas de la gigantesque retenue d’eau auraient pu être tout simplement engloutis. L’infrastructure qui stocke 170 000 mètres cubes d’eau menace de s’effondrer car elle s’affaisse à raison de 15 centimètres par an.

À l’époque du réchauffement climatique et du manque de neige sur les massifs, une telle réserve est essentielle pour alimenter les enneigeurs d’une station de ski comme Courchevel. Quand des problèmes apparaissent, on n’en parle pas trop fort pour ne pas faire fuir les touristes. Pourtant les signes d’affaissement de la retenue de la Loze ne sont pas nouveaux. Selon les journaux, des signaux alarmants étaient apparus dès le début. Les premières faiblesses avaient été détectées dès la mise en eau. La première année, en 2022, un léger tassement avait été attribué à la récente mise en service. Le problème, c’est que la situation n’a jamais cessé de s’aggraver et une expertise plus poussée a été décidée. Les experts ont conclu à une défaillance structurelle du barrage, liée à l’évolution thermique du sous-sol. Cette évolution a une double cause : l’ensemble du glacier rocheux sur lequel est construite la retenue d’eau fond à grande vitesse à cause du réchauffement climatique, et il y a la chaleur générée par la réserve d’eau. C’est ce phénomène qui fragilise la partie du barrage côté digue, en surplomb de la pente qui domine le hameau qui abrite 90 chalets et huit résidences hôtelières.

Devant l’urgence de la situation, la préfecture de Savoie a ordonné une vidange partielle, puis quasi totale, de la réserve fin 2025. Dans un premier temps, 146 000 mètres cubes d’eau ont été conservés dans la retenue, puis 132 000, et finalement 25 000 mètres cubes. Selon les experts, ce risque aurait dû être pris au sérieux dès le début, puisque la fonte du glacier de la Loze est due autant au réchauffement global des Alpes qu’à la retenue elle-même qui a agi comme un radiateur géant.

On sait que les lacs artificiels peuvent représenter un vrai risque pour les populations environnantes. La presse régionale rappelle le cas du lac artificiel qui s’est créé après l’éboulement du glacier du Birch, en Suisse, avec la destruction quasi totale du village de Blatten en mai 2025 (voir ma note du 29 mai 2025).

Source : presse nationale et régionale.

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Les articles de presse font état du « glacier rocheux » sur lequel a été construite la réserve collinaire. Un glacier rocheux est une masse de débris rocheux contenant de la glace. Qui dit glacier dit mouvement. C’est le fluage de la glace interstitielle qui est à l’origine du mouvement et donc des morphologies spectaculaires souvent rencontrées sur ce type de glacier.

Glacier rocheux du Laurichard, au-dessus du col du Lautaret (Photo : C. Grandpey)

Il faut toutefois noter que la vitesse de progression d’un glacier rocheux est beaucoup plus lente que celle d’un glacier fait uniquement de glace. Elle de l’ordre de quelques décimètres à quelques mètres par an, contre 100 à 200 mètres par an pour les ‘vrais’ glaciers des Alpes. À noter que les glaciers rocheux ne voient pas leur front reculer ; ils ne peuvent que progresser vers l’aval. Il est bien évident que la vitesse de progression d’un glacier rocheux varie en fonction du pourcentage de la pente.

Les experts nous expliquent que les glaciers rocheux peuvent aussi “mourir” en s’immobilisant si la glace interne fond, par exemple à cause du réchauffement climatique. On peut supposer que les géologues avaient étudié ces paramètres et estimé que le glacier rocheux de la Loze ne présentait pas de risque de mouvement, mais ils avaient probablement sous-estimé le dégel du glacier sous l’effet double du réchauffement climatique et de l’impact thermique de la masse d’eau.

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It seems that the newspaper Le Monde broke the story. The Loze reservoir, located upslope from a hamlet in Courchevel (Savoie), is rapidly subsiding. This hillside reservoir was originally built in 2020 at an altitude of 2,270 meters for €5.7 million to guarantee snow cover on the 3.2-kilometer-long Éclipse ski slope in Courchevel for the 2023 Alpine World Ski Championships and the 2030 Alpine Olympics. There’s no point in denying the seriousness of the situation: the inhabitants of a small hamlet below the gigantic reservoir could have been simply swallowed up. The infrastructure, which stores 170,000 cubic meters of water, is threatening to collapse as it is subsiding at a rate of 15 centimeters per year.

In an era of global warming and snow shortages in the mountains, such a reservoir is essential to supply the snow cannons of a ski resort like Courchevel. When problems arise, they are kept quiet so as not to scare away tourists. Yet, the signs of subsidence in the Loze reservoir are not new. According to newspapers, alarming signals appeared from the very beginning. The first weaknesses were detected as soon as it was filled. In the first year, 2022, a slight sinking was attributed to the filling of the reservoir. The problem is that the situation has steadily worsened, and a more in-depth investigation was commissioned. The experts concluded that there was a structural failure of the dam, linked to the thermal evolution of the subsoil. This evolution has a dual cause: the entire rock glacier on which the reservoir is built is melting rapidly due to global warming and the heat generated by the reservoir itself. This phenomenon is weakening the section of the dam on the embankment side, overlooking the slope that dominates the hamlet, home to 90 chalets and eight hotel residences.
Faced with the urgency of the situation, the Savoie prefecture ordered a partial, then almost total, draining of the reservoir by the end of 2025. Initially, 146,000 cubic meters of water were retained in the reservoir, then 132,000, and finally 25,000 cubic meters. According to experts, this risk should have been taken seriously from the outset, since the melting of the Loze glacier is due as much to global warming in the Alps as to the reservoir itself, which acted like a giant radiator.

It is well known that artificial lakes can pose a real risk to surrounding populations. The regional press recalls the case of the artificial lake created after the collapse of the Birch glacier in Switzerland, which resulted in the near-total destruction of the village of Blatten in May 2025.
Source: national and regional press.

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Newspaper articles refer to the « rock glacier » upon which the hill reserve appears to have been built. A rock glacier is a mass of rocky debris containing ice. Glaciers are inherently dynamic, and the movement of interstitial ice is what causes this movement and, consequently, the spectacular formations often found on this type of glacier. It should be noted, however, that the rate of advance of a rock glacier is much slower than that of a glacier composed solely of ice. Its rate is on the order of a few decimeters to a few meters per year (compared to 100 to 200 meters per year for the ‘true’ glaciers of the Alps). It should be noted that rock glaciers do not have their terminus retreating; they can only advance downhill. It is quite clear that the rate of advance of a rock glacier varies depending on the percentage of the slope.

Experts explain that rock glaciers can also « die » by coming to a standstill if the internal ice melts, for example, due to global warming. We can assume that the experts had studied these parameters and estimated that the Loze rock glacier did not present a risk of movement, but they had probably underestimated the glacier’s thawing under the combined effect of global warming and the thermal impact of the water mass.

Vidange du lac glaciaire du Rosolin (Savoie)

C’est une des conséquences du réchauffement climatique. La fonte des glaciers entraine la formation de lacs. J’ai évoqué dans des notes précédentes les dangers que faisaient planer le lac du glacier de Tête Rousse sur la ville de St Gervais (23 avril 2019); ou encore le lac du glacier du Grand Marchet sur Pralognan-la-Vanoise (5 juillet 2025).

Aujourd’hui, la presse régionale nous apprend qu’à Tignes (Savoie), des travaux ont repris pour vidanger le lac du Rosolin apparu en 2019 au niveau du front du glacier de la Grande Motte. Des travaux ont déjà été effectués en 2023, avec la vidange de 75.000 mètres cubes d’eau grâce à une tranchée creusée dans la roche. Cette tranchée a permis à l’eau de s’évacuer et donc le niveau du lac a baissé. Un dispositif de siphonnage incluant 150 mètres de tuyaux a ensuite été installé, avec des tuyaux qui dirigent l’eau du lac côté Vanoise, dans le Doron de Prémou. Le dispositif permet d’évacuer 200 litres d’eau par seconde. A terme, l’objectif est de vidanger complètement le lac du Rosolin pour protéger les habitants de Tignes et éviter une catastrophe. Le glacier de la Grande Motte fond à une vitesse vertigineuse. En 40 ans, il a perdu 70% de son volume.

Source : presse régionale.

Crédit photo: presse régionale

Le Nyiragongo après l’éruption // Nyiragongo Volcano after the eruption

Outre Manche, The Guardian est un peu l’équivalent de notre Paris Match : le poids des mots, le choc des photos ! C’est dans cet esprit que le journal britannique a publié une intéressante galerie de photos du Nyiragongo, dans le sillage de l’éruption du 22 mai 2021. Une équipe de scientifiques de l’Observatoire de Goma, accompagnée de rangers armés pour des raisons de sécurité, a escaladé le volcan pour aller observer le cratère. Les photos ne montrent pas le fond du cratère, mais il semble évident que le lac de lave a disparu, suite à sa vidange de la fin mai. L’auteur de l’article nous indique que « le cratère émet une sorte de grondement basse fréquence ponctué d’explosions. De nuit, on observe des restes de lave incandescente au fond du cratère. »

https://www.theguardian.com/world/gallery/2021/jun/15/taking-the-pulse-of-dr-congos-nyiragongo-volcano-in-pictures

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Across the Channel, The Guardian is a bit like our Paris Match: the weight of words, the shock of photos! It was with this state of mind that the British newspaper published an interesting photo gallery of Nyiragongo, in the wake of the eruption of May 22nd, 2021. A team of scientists from the Goma Observatory accompanied by armed rangers for seacurity reasons, climbed the volcano to observe the crater. The photos do not show the bottom of the crater, but it seems obvious that the lava lake has disappeared, following its drainage in late May. The author of the article tells us that « the crater emits a sort of low-frequency growl punctuated by explosions. At night, residues of glowing lava can be seenat the bottom. »

https://www.theguardian.com/world/gallery/2021/jun/15/taking-the-pulse-of-dr-congos-nyiragongo-volcano-in-pictures

Il faudra attendre probablement plusieurs mois avant que le rougeoiement du lac de lave illumine à nouveau le ciel au-dessus du cratère du Nyiragongo (Crédit photo: Wikipedia)

Les leçons de l’éruption du Kilauea en 2018 (Hawaii) // The lessons of the 2018 Kilauea eruption (Hawaii)

Dans une note précédente, j’ai expliqué que les volcanologues du HVO étaient en train d’acquérir de nouvelles informations suite à l’analyse de l’éruption du Kilauea dans la Lower East Rift Zone (LERZ). Un nouvel article de la série Volcano Watch nous apprend que les effondrements de la zone sommitale du volcan en 2018 sont également riches d’enseignements.
Dès le début du mois d’avril 2018, le volcan a montré les signes d’un changement dans son comportement, mais les données fournies par les instruments étaient trop vagues pour prévoir ce qui allait se passer. Elles faisaient seulement état d’une augmentation de la pression dans le système magmatique entre le sommet du Kilauea et le cône du Pu’uO’o.
Le 30 avril 2018, la lave est sortie brièvement d’une fracture sur le flanc ouest du Pu’uO’o. Le magma a ensuite pris le chemin de la LERZ, laissant derrière lui un trou béant dans le cratère du Pu’uO’o qui a émis un impressionnant panache de poussière en se vidant.
Le magma qui se trouvait sous le Pu’uO’o s’est immédiatement dirigé vers la LERZ où le sol s’est légèrement soulevé, avec des séismes qui indiquaient la trajectoire suivie par la roche en fusion vers la surface.
Le 3 mai 2018, la lave a percé la surface dans les Leilani Estates, marquant le début de la plus grande éruption dans la LERZ du Kilauea depuis plus de 200 ans.
Au cours des semaines suivantes, le lac de lave qui se trouvait au sommet, dans l’Overlook Crater de l’Halema’uma’u, s’est vidangé tandis que le magma s’écoulait dans la LERZ, comme si une soupape s’était ouverte au fond de l’Overlook Crater. Aidé par la différence d’altitude de près de 900 mètres entre le sommet et la LERZ, le lac de lave s’est vidé régulièrement et le sommet de Kilauea s’est effondré en s’affaissant. Ce processus s’est accompagné d’une forte sismicité.
La vidange du lac de lave a entraîné des éboulements quasi permanents dans l’Overlook Crater vidé de son contenu. Des explosions ont généré d’impressionnantes colonnes de cendre, avec parfois des retombées de gros blocs sur le plancher de l’Halema’uma’u.
À la fin du mois de mai, les explosions au sommet du Kilauea ont été remplacées par des effondrements épisodiques. Au total, 62 événements d’effondrement ont secoué la zone sommitale en déclenchant des séismes qui ont à plusieurs reprises atteint une magnitude de M 5.3, occasionnant des dégâts au bâtiment du HVO et au Jaggar Museum. Les routes, les réseaux d’alimentation en eau et les fondations de certaines maisons dans le village de Volcano ont également été endommagés.
Un an après, les scientifiques du HVO continuent d’analyser les données de l’éruption sommitale du Kilauea. Avant 2018, les modèles indiquaient que l’activité explosive observée au sommet était provoquée par l’interaction entre les eaux souterraines et la haute température du conduit d’alimentation situé sous la caldeira du Kilauea. En revanche, les analyses de plusieurs explosions observées en 2018 laissent supposer que les gaz magmatiques sont le moteur de ces explosions.
Au lieu de s’effondrer d’un seul coup, on s’est rendu compte en 2018 que la caldeira du Kilauea pouvait s’affaisser progressivement sur de longues périodes, avec une déflation du sommet générant une forte sismicité qui constitue un risque majeur.
Les scientifiques ont également constaté que, dans certaines conditions, le sommet de Kilauea et la LERZ peuvent être reliés étroitement. Ceci est corroboré par l’équivalence approximative entre le volume de lave émis dans la LERZ et le volume du vide laissé par l’effondrement sommital ; tous deux sont de l’ordre de 1 kilomètre cube.

Une étude menée par un groupe international de scientifiques a révélé que la vitesse de propagation des ondes sismiques au sommet du Kilauea a montré des variations mesurables avant l’activité éruptive de 2018. Cette découverte représente un paramètre intéressant dans la prévision d’une future activité éruptive.
Source: USGS / HVO.

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In a previous post, I explained that US geologists at HVO are gaining new insights from the Kilauea eruption in the Lower Esat Rift Zone. A new Volcano Watch article indicates that they are also learning a lot from the volcano’s 2018 summit collapses.

As soon as early April 2018, the volcano showed signs that change was coming, but the data provided by the instruments were too elusive to predict what was to happen. They only tracked an increasingly pressurized magmatic system between Kilauea’s summit and the Pu’uO’o cone.

On April 30th, 2018, lava emerged briefly from a crack on the cone’s west flank before the remaining magma drained into the East Rift Zone.  The Pu’uO’o crater collapsed, leaving a bottomless, empty cavity.

The magma which was beneath Pu’uO’o immediately headed toward the Lower East Rift Zone (LERZ) where the ground heaved slightly in response, with earthquakes indicating the path followed by the molten rock as it pushed downrift and toward the surface.

On May 3rd, lava erupted within the Leilani Estates. It marked the beginning of the largest eruption on Kilauea’s LERZ in over 200 years.

Over the next weeks, the summit lava lake withdrew deeper into the volcano as magma emptied into the LERZ, as if a valve had been opened at the bottom of the Overlook Crater. Aided by the nearly 900 metre elevation difference between the summit and the LERZ, the lava lake steadily drained and Kilauea’s summit collapsed inward. This in turn prompted elevated seismicity.

Recession of the lava lake resulted in near-constant rockfalls into the now empty Overlook Crater  Explosions sent impressive columns of ash into the sky, sometimes littering the ground around Halema’uma’u with dense blocks of rock.

By late May, Kilauea summit explosions were replaced by episodic collapse events. All told, 62 collapse events rocked Kilauea’s summit, triggering several M 5.3 earthquakeswhich caused damage at the HVO building, the Jaggar Museum. Roads and water system and residential foundations in Volcano were also damaged.

A year later, HVO scientists continue to process data from the 2018 eruption at the summit of Kilauea. Prior to 2018, models indicated that explosive summit activity was driven by steam explosions produced by the interaction between groundwater and the hot conduit below Kilauea’s caldera. But data from several 2018 explosions suggest that magmatic gas is the primary driver.

Rather than necessarily occurring as one big drop, the Kilauea caldera collapse can proceed incrementally over long periods of time, with ground shaking during sustained, rapid summit deflation and episodic collapse posing a major hazard.

Under certain conditions, Kilauea’s summit and the LERZ can be extremely well-connected through the core of the rift zone. This is supported by the rough equivalence of the LERZ erupted volume and the summit collapse void, both on the order of 1 cubic kilometre.

A study led by an international group of scientists has found evidence that seismic velocity – the speed at which seismic waves travel – within Kīlauea’s summit showed measurable changes leading up the 2018 activity. This finding potentially offers another means to forecast eruptive activity.

Source : USGS / HVO.

Panache de cendre et de poussière émis par le Pu’uO’o lorsque le plancher du cratère s’est effondré après l’évacuation du magma vers la LERZ (Crédit photo : USGS / HVO)

Panache de cendre émis par l’Overlook Crater de l’Halema’uma’u pendant la vidange du lac de lave (Crédit photo : USGS / HVO)