Impact du réchauffement climatique sur les températures en France

Afin de montrer l’impact du réchauffement climatique sur les températures en France, France Info a proposé un tableau de bord mis à jour quotidiennement. On y retrouve l’écart entre les températures du jour et les températures de référence, au niveau national et dans 30 stations de Météo France.

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/infographies-climat-fait-il-chaud-ou-froid-pour-la-saison-comparez-la-meteo-du-jour-a-l-historique-des-temperatures-des-dernieres-decennies_5703086.html

C’est bien, mais il ne faudrait pas oublier que la France est un petit territoire à l’échelle du globe terrestre et qu’elle n’est donc pas LA référence climatique que certains voudraient lui attribuer.

En France, selon Météo-France, la température a déjà grimpé de 1,7°C par rapport à l’ère préindustrielle (1850-1900). La hausse pourrait atteindre +3,8°C d’ici à 2100, dans le cas d’un scénario dit « modéré », qui correspond aux politiques publiques actuelles. Fin Novembre 2024, le Premier Ministre a déclaré que « la France doit anticiper une vie avec +2,7°C en 2050. Le précédent plan d’adaptation (2018-2022) prévoyait un réchauffement de 1,5°C à +2°C d’ici 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle. Toutefois, au vu de l’accélération de la hausse des températures, les prévisions ont dû être corrigées. La France hexagonale se prépare désormais, d’ici à la fin du siècle, à un réchauffement de +4°C, à côté de +3°C en moyenne à l’échelle mondiale. Le calendrier de hausse de la température prévoit +2°C en 2030, et +2,7°C en 2050. Selon cette trajectoire de réchauffement climatique, les glaciers alpins situés en France auront disparu d’ici 2100. Le risque de sécheresse sera multiplié par trois à l’horizon 2030 par rapport aux années 1960, et multiplié par 4 d’ici 2100. »

L’article de France Info nous rappelle qu’un climat qui se réchauffe se caractérise par un excès de jours anormalement chauds et un déficit de jours anormalement froids. Désormais, une grande majorité des journées sont plus chaudes, voire beaucoup plus chaudes, que celles observées en France il y a une ou deux générations à peine. Ces dix dernières années, les températures ont été plus chaudes les deux tiers du temps (244 jours sur 365 en moyenne). L’année 2022 constitue un record, avec plus de 80% de journées plus chaudes par rapport aux températures de référence sur la période 1971-2000. Cette période a été choisie car il s’agit d’une période au cours de laquelle l’influence humaine sur le climat a déjà commencé mais pouvait encore être « masquée » par les fluctuations spontanées du climat. C’est à partir des années 2000 que les effets de l’influence humaine se révèlent partout et à toutes les saisons.

Ces dernières décennies en France, les écarts de températures se sont accentués à la hausse. C’est ce que montrent les « warming stripes » ci-dessous. En bleu, sont représentées les années plus froides que la référence 1971-2000 ; en rouge, les années plus chaudes. La frise de 1971 à 2022 montre clairement un climat qui se réchauffe au niveau national et dans toutes les régions.

 

Evolution des écarts à la moyenne des températures annuelles depuis 1971, en France métropolitaine (Source : Météo France)

À l’échelle de la planète, 2024 est en passe de devenir l’année la plus chaude de tous les temps.

Émissions et concentrations de CO2 toujours en hausse

C’est ce qui s’appelle enfoncer une porte ouverte car on le savait depuis longtemps. En pleine COP 29, une étude publiée le 13 novembre 2024 est censée nous apprendre que nous émettons toujours plus de carbone. Selon les projections du Global Carbon Project, quelque 37,4 milliards de tonnes de CO2 seront émises en 2024 par l’humanité. Les émissions atteignent un nouveau sommet, avec une hausse de 0,8% par rapport à 2023 et rien n’indique que la tendance va s’inverser. Comme je l’ai écrit précédemment, l’Accord de Paris qui prévoyait de limiter durablement à 1,5 degré le réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle est une douce illusion. Il ne faut pas se voiler la face ; le but ne sera jamais atteint. Les émissions liées au pétrole, gaz et charbon augmentent, portées par la Chine, l’Inde et la grande majorité des pays du monde.

Il ne faut donc pas s’étonner si les concentrations de CO2 dans l’atmosphère suivent la même tendance à la hausse. Elles ne diminueront pas tant que les émissions ne chuteront pas. De toute façon, à supposer que nous cessions subitement, par un coup de baguette magique, d’émettre des gaz à effet de serre, il faudra plusieurs décennies avant que l’atmosphère retrouve un semblant d’équilibre. La fée n’existant pas, le renouveau climatique n’est pas pour demain !

 Les concentrations de CO2 enregistrées sur le Mauna Loa (Hawaï) ne cessent d’augmenter comme on peut le voir sur deux années de la Courbe de Keeling. Elles atteignent en ce moment 422,80 ppm. (Source : Scripps Institution)

Comme à son habitude la presse apporte une touche positive à ces mauvaises nouvelles. Il ne faudrait pas que la société sombre dans la déprime! Les journalistes ont cru déceler quelques signaux positifs. Ils nous expliquent que les émissions de la Chine progressent toujours, mais très peu, et beaucoup moins qu’en 2023. Les énergies renouvelables gagnent du terrain dans ce pays, tout comme aux États-Unis. Ils ajoutent que l’Union européenne, elle, est l’une des meilleurs élèves de la planète avec une chute de 8% des émissions en 2023. C’est bien, mais de toute évidence ces progrès ne suffisent pas à compenser les émissions polluantes.

Source: Presse nationale.

En France, la déclaration faite par le Premier ministre dans le Rhône le 25 octobre 2024 (les journalistes l’ont largement négligée) n’incite guère à l’optimisme. Michel Barnier a expliqué que « la France doit anticiper une vie avec +2,7°C en 2050. […] La France hexagonale se prépare désormais, d’ici à la fin du siècle, à un réchauffement de +4°C, à côté de +3°C en moyenne à l’échelle mondiale. Le calendrier de hausse de la température prévoit +2°C en 2030, et +2,7°C en 2050. Selon cette trajectoire de réchauffement climatique, les glaciers alpins situés en France auront disparu d’ici 2100. Le risque de sécheresse sera multiplié par trois à l’horizon 2030 par rapport aux années 1960, et multiplié par 4 d’ici 2100. »

Événements extrêmes et réchauffement climatique

Devant les événements climatiques dévastateurs, la presse catastrophage et nécrophage a un formidable don de dualité. D’un côté, les journalistes décrivent avec force détails la destruction causée par les phénomènes atmosphériques extrêmes. D’un autre côté, devant la peur suscitée au sein de la population par les images de désolation (est-ce que ça peut nous arriver?) la presse se veut rassurante et se trouve parfois à la limite du déni du réchauffement climatique.

C’est ce qui vient de se passer à l’issue des pluies torrentielles qui se sont abattues sur le sud-est de l’Espagne. D’un côté, on nous parle de dégâts immenses et de dizaines de victimes, avec des images parfois difficilement soutenables. D’un autre côté, on nous explique que « tous les épisodes (extrêmes] ne sont pas liés au réchauffement » climatique.

Cela s’appelle jouer avec les mots. Tous les intervenants (scientifiques et secouristes) sont d’accord pour dire que les phénomènes météorologiques sont en train de devenir de plus en plus violents. Certains diront que les épisodes cévenols ou méditerranéens ont toujours existé. C’est indéniable, mais le réchauffement climatique les rend plus intenses et donc plus destructeurs. Dans le cas des tempêtes qui ont affecté le sud de la France et l’Espagne, c’est le réchauffement rapide de la Mer Méditerranée (mer fermée) qui est la cause des extrêmes. L’eau se réchauffe très vite et, par évaporation, l’air chaud se charge d ‘humidité et déverse des déluges de pluie en arrivant au contact des reliefs.

Il suffit d’évoquer quelques uns des derniers événements extrêmes pour se rendre compte de leur violence :

Le 2 octobre 2020, la tempête Alex déclenchait un déluge dévastateur sur plusieurs vallées des Alpes-Maritimes, provoquant une catastrophe aux lourdes conséquences : dix morts, huit disparus, des maisons dévastées, des routes emportées par les eaux, des ponts détruits et des centaines de sinistrés. Selon Météo-France, on a eu affaire à « une véritable bombe météo ». Les inondations d’octobre 2020 ont fait 217 millions d’euros de dégâts.

Les 14 et 15 juillet 2021, l’est de la France, l’ouest de l’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg ont fait face à un phénomène météorologique lié à la dépression « Bernd », qui a entraîné des inondations exceptionnelles, un grand nombre de victimes, et d’importants dégâts.

Après une année 2022 historiquement sèche, la situation pluviométrique s’est totalement inversée en seulement deux ans, à cause des pluies incessantes sur le territoire depuis la fin de l’année 2023. L’année 2023 a été marquée par des pics de chaleur record et des inondations hors norme en Europe, L’agence Copernicus parle de précipitations « très au-dessus de la moyenne » et d’inondations dévastatrices, comme dans le Pas-de-Calais. Les débits des rivières européennes ont atteint des records en décembre. En tout, ces inondations ont touché près de deux millions d’Européens et sont responsables à 80% des pertes économiques liées aux catastrophes naturelles.

Six personnes sont décédées dans le Gard et en Ardèche les 9 et 10 mars 2024 après de violentes intempéries provoquées par la tempête Monica. Elles ont gonflé les cours d’eau et provoqué de graves inondations. Depuis début février 2024, la France a été frappée par trois « épisodes méditerranéens », pourtant rares en hiver. Là encore, l’air chaud chargé d’humidité provenant notamment de la mer Méditerranée s’est refroidi en heurtant les reliefs montagneux, avec la formation de fortes précipitations.

Les 25-27 octobre 2024, un double épisode méditerranéen inondait le quart Sud-Est de la France et le Nord de l’Italie Dans la nuit du jeudi 24 au vendredi 25 octobre 2024, des orages diluviens ont affecté une partie du Var. La station de Cannet-des-Maures a mesuré 197 mm dont 101,3 mm en l’espace de 30 minutes, record absolu de pluie sur 30 minutes en France métropolitaine.

Moins de 48 heures après, de nouveaux violents orages ont frappé à nouveau le Var. Entre le 25 et le 26 octobre, les cumuls de pluie ont atteint par endroit autour de 100 mm, correspondant à 3 semaines de pluie d’un mois d’octobre.

Le déluge dans la région de Valence (Espagne) est venu couronner le mois d’octobre.

A l’occasion de chacun de ces événements extrêmes, une expression est récurrente : « Du jamais vu !». Cela montre bien que, si ces événements sont habituels, leur violence est inhabituelle et c’est là qu’il faut se tourner vers le réchauffement climatique. Il ne sert à rien de chercher et trouver des excuses plus ou moins crédibles. Les faits sont là pour le prouver : nous nous dirigeons vers d’autres épisodes extrêmes dont nous ne connaissons pas l’ampleur. Ne pas oublier la tempête de décembre 1999 !

La seule solution pour éviter que des dizaines de personnes périssent chaque fois est d’éduquer la population et de mettre en place des mesures de prévention. Ce ne sera pas facile car l’Europe avec son climat tempéré n’est pas habituée à de telles situations. Comme le faisait remarquer très justement le colonel Besson des Pompiers de l’Urgence Internationale (PUI) sur France Info, les pays asiatiques habitués aux typhons et autres événements naturels extrêmes savent comment réagir. Pourquoi pas nous ? Éducation et prévention prendront du temps et demanderont des sommes colossales. Une première étape consistera peut-être à changer les mentalités…

Crécy-la-Chapelle (Seine-et-Marne) après le passage de la tempête Kirk, le 11 octobre 2024 (Source: presse nationale).

Septembre 2024 : le 2ème mois de septembre le plus chaud // September 2024 : second hottest September

Selon l’agence climatique européenne Copernicus, Septembre 2024 a été le 2ème mois de septembre le plus chaud jamais enregistré en Europe et dans le monde, poursuivant une série de plus d’un an de températures exceptionnelles qui rend « quasiment certain que 2024 sera l’année la plus chaude jamais mesurée », devant le record déjà établi en 2023. Septembre 2024 s’est caractérisé par des précipitations extrêmes qui se produisent de plus en plus souvent, et sont aggravées par une atmosphère et une masse océanique plus chaudes. Ainsi, la température trop élevée de l’eau dans le Golfe du Mexique a favorisé le développement d’ouragans atteignant le niveau maximal  5 sur l’échelle Saffir-Simpson. Les dégâts occasionnés par des phénomènes extrêmes sont immenses, avec des localités quasiment rasées de la surface de la Terre.

S’agissant des températures, la température moyenne de l’air en surface en septembre 2024 a été de 16,17 °C, soit 0,73 °C au-dessus de la moyenne de septembre 1991-2020, et 1,54 °C au-dessus du niveau préindustriel. La température moyenne mondiale des 12 derniers mois (octobre 2023 – septembre 2024) est la deuxième plus élevée jamais enregistrée pour une période de 12 mois.
L’anomalie de température moyenne mondiale depuis le début de l’année (janvier-septembre 2024) est de 0,71 °C supérieure à la moyenne de 1991-2020, ce qui est le niveau le plus élevé jamais enregistré pour cette période et 0,19 °C plus chaud que la même période en 2023. Il est donc presque certain que 2024 sera l’année la plus chaude jamais enregistrée.

En septembre 2024, une grande partie de l’Europe a connu des précipitations supérieures à la moyenne. Aujourd’hui, c’est le sud-est des États Unis qui doit faire face à des précipitations extrêmes avec les ouragans Helene et Milton. Le mois de septembre 2024 a été également plus humide que la moyenne en Afrique du Nord, au nord-est de la Russie, à l’est de la Chine, au nord-ouest de l’Australie, à l’extrême sud de l’Afrique et à l’extrême sud du Brésil. Taïwan et les Philippines ont été touchés par le typhon Krathon et le Pakistan a été gravement touché par la mousson. Les inondations ont tué plus de 200 personnes au Népal (voir ma note précédente).
À l’inverse, le temps a été plus sec que la moyenne en Irlande, dans le nord du Royaume-Uni et dans la majeure partie de l’Europe de l’Est. Des conditions plus sèches que la moyenne ont été observées dans l’ouest des États Unis avec des chaleurs extrêmes en Arizona, dans l’extrême est de la Russie et dans le nord-est de la Chine, dans l’est de l’Australie, dans la majeure partie de l’Afrique australe et en Amérique du Sud où une sécheresse sévère affecte le bassin de l’Amazone.

Selon les données provisoires, l’étendue quotidienne de la glace de mer arctique a atteint son 6ème minimum annuel le plus bas tandis que l’étendue mensuelle de la glace de mer s’est classée au 5ème rang, à 19 % en dessous de la moyenne.
La glace de mer antarctique montre une valeur mensuelle inférieure de 7 % à la moyenne ; c’est la deuxième étendue la plus basse pour septembre, après septembre 2023.
Source : Copernicus.

Photo: C. Grandpey

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According to the European climate agency Copernicus, September 2024 was the 2nd warmest September ever recorded in Europe and worldwide, continuing a series of more than a year of exceptional temperatures that makes it « almost certain that 2024 will be the warmest year ever », ahead of the record already set in 2023. September 2024 was characterized by extreme precipitation that occurs more and more frequently, and is aggravated by a warmer atmosphere and warmer oceans. For example, the excessively high water temperature in the Gulf of Mexico favored the development of hurricanes reaching the maximum level 5 on the Saffir-Simpson scale. The damage caused by extreme events is immense, with municipalities were virtually wiped off the surface of the Earth.

In terms of temperature, the average surface air temperature in September 2024 was 16.17 °C, which is 0.73 °C above the September 1991-2020 average and 1.54 °C above the pre-industrial level. The global average temperature for the past 12 months (October 2023-September 2024) is the second warmest on record for a 12-month period.
The global average temperature anomaly since the beginning of the year (January-September 2024) is 0.71 °C above the 1991-2020 average, which is the highest level on record for this period and 0.19 °C warmer than the same period in 2023. It is therefore almost certain that 2024 will be the warmest year on record.

In September 2024, much of Europe experienced above-average rainfall. Today, the southeastern United States is facing extreme rainfall with Hurricanes Helene and Milton. September 2024 was also wetter than average in North Africa, northeastern Russia, eastern China, northwestern Australia, southernmost Africa, and southernmost Brazil. Taiwan and the Philippines were hit by Typhoon Krathon, and Pakistan was severely affected by the monsoon. Floods killed over 200 people in Nepal (see my previous post).
Conversely, Ireland, northern United Kingdom, and most of Eastern Europe were drier than average. Drier than average conditions were observed in the western United States with extreme heat in Arizona, far eastern Russia and northeastern China, eastern Australia, most of southern Africa and South America where severe drought is affecting the Amazon basin.

According to provisional data, the daily extent of Arctic sea ice reached its 6th lowest annual minimum while the monthly extent of sea ice ranked 5th, 19% below average.
Antarctic sea ice showed a monthly value 7% below average; this is the second lowest extent for September, after September 2023.
Source: Copernicus.