Canicules : Qui dit vrai?

Ce matin, la chaîne de radio France Info accordait une la place importante à la vague de chaleur intense qui a envahi la France. Le mercredi 24 juin 2026, la ministre de la Transition écologique citait un bulletin de Météo-France selon lequel, après une pause de quelques jours, un nouvel épisode de forte chaleur affecterait de nouveau la France entre le 6 et le 14 juillet.

De manière assez surprenante, Christine Peña, journaliste météo, affirmait que cela était faux et que Météo France n’annonçait pas une nouvelle canicule en juillet. A noter que j’ai attiré l’attention à plusieurs reprises sur la réticence de cette journaliste à insister sur les températures supérieures à la normale dans le cadre du réchauffement climatique.

Où se trouve la vérité ?

Alors que l’été météorologique bat son plein, les premières tendances saisonnières pour juillet 2026 révélées par Météo-France convergent vers un scénario de chaleur durable sur une grande partie de l’Europe. Les dernières projections du modèle européen ECMWF et du modèle américain CFS suggèrent des températures nettement supérieures aux normales sur la France et une vaste partie du continent. Les projections montrent une anomalie chaude persistante entre le 29 juin et le 26 juillet 2026. Lorsque plusieurs agences climatiques convergent vers le même scénario plusieurs semaines à l’avance, le signal gagne généralement en crédibilité. Cela ne garantit évidemment pas un mois exceptionnellement chaud, mais renforce nettement la probabilité d’un mois globalement supérieur aux normales.

La première semaine de juillet apparaît particulièrement remarquable avec des excédents pouvant dépasser +3 à +5°C entre l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, la Hongrie ou encore les Balkans. La France se situerait également dans une masse d’air sensiblement plus chaude que la normale, avec des anomalies souvent comprises entre +1 et +3°C. Les maximales pourraient fréquemment dépasser les 30°C sur une grande partie du pays et franchir ponctuellement le seuil des 35°C lors des pics les plus marqués.

Météo France rappelle qu’une tendance mensuelle ne permet pas d’identifier précisément les épisodes de chaleur extrême. En l’état actuel des simulations, juillet 2026 présente une forte probabilité d’être plus chaud que la normale sur la France et une grande partie de l’Europe.
Comme je l’ai indiqué dans ma note précédente, l’inquiétude des météorologues réside dans les réserves de chaleur observées au sud de l’Europe et en Afrique. Si le vent tourne au sud, sous l’effet de la moindre dépression sur l’Atlantique, les prévisionnistes craignent qu’une vague de chaleur déferle à nouveau sur la France.

Source : Météo France.

Température de l’air et température ressentie

Avec le réchauffement climatique, les hivers sont devenus beaucoup moins froids en France et nous n’enregistrons plus des températures autour de -20°C en plaine. Le froid est donc beaucoup moins spectaculaire et ne fait plus guère la Une des médias. Afin de combler ce vide et donner l’impression qu’il fait tout de même froid, une nouvelle mode est en train d’apparaître, en particulier sur les réseaux sociaux, avec le « ressenti », ce que les Anglo-saxons appellent le windchill, autrement dit le refroidissement éolien.

Comme pour les sentiments où tous les individus ne ressentent pas la même chose devant un événement, ces mêmes individus n’auront pas la même perception du froid ou de la chaleur quand le mercure chute ou grimpe dans le thermomètre. Un Inuit ou un Alaskien ne réagiront pas de la même façon qu’un Méditerranéen..

Sur son site web, Météo-France nous explique que la ‘température ressentie’ ne doit pas être confondue avec la ‘température de l’air‘ indiquée par un thermomètre. Cette dernière est la seule valable d’un point de vue scientifique.

La ‘température ressentie‘ correspond à la sensation de froid ou de chaleur ressentie par une personne. Cet indice appelé « Indice de confort thermique » dépend des conditions météorologiques, mais aussi d’autres facteurs tels que les vêtements portés, le type d’activité pratiquée et l’acclimatation à un certain milieu.

En météorologie, la ‘température de l’air‘ est mesurée avec un thermomètre ou une sonde placé à 1,50 m. du sol, dans un abri permettant la circulation de l’air et protégeant le capteur des précipitations et des rayonnements du soleil et de la terre.

Comme je l’indiquais plus haut, la perception physiologique de la température varie fortement d’un individu à l’autre. Elle n’est pas directement mesurable avec un instrument et dépend d’autres facteurs météorologiques comme le vent, l’humidité, l’exposition au rayonnement du soleil ou de l’environnement. Ces facteurs combinés déterminent le ‘confort thermique’, c’est-à-dire la sensation plus ou moins intense de froid ou de chaud. On utilise couramment le terme générique « indice de confort thermique » pour y faire référence.

L’avantage de l »indice de confort thermique’ est qu’il permet de mieux estimer l’inconfort procuré à l’organisme et le risque associé à une activité spécifique. En cas de fortes chaleurs, il permettra de mieux protéger des ouvriers travaillant sur des chantiers en plein air ou des couvreurs sur des toitures.

Si la ‘température ressentie’ est exprimée par un nombre ressemblant à une température, il s’agit d’un indice sans unité, pas d’une température réelle. Elle n’a donc rien d’officiel. L’indice Windchill utilisé représente une sensation de froid sur la peau. De son côté, l’indice Humidex représente un inconfort dû à la chaleur et l’humidité.

Pour le froid, le calcul du Windchill (ou indice de refroidissement éolien) dépend du vent et de la température de l’air. Plus le vent est fort, plus le Windchill est bas. À Météo-France, le Windchill est indiqué à partir du moment où les températures sont inférieures à 10°C.

Inversement, dans des conditions chaudes, le calcul de l’Humidex dépend de la température et de l’humidité de l’air. Plus l’humidité est importante, plus la température ressentie est élevée. À Météo-France, l’Humidex est indiqué à partir du moment où les températures sont supérieures à 15°C.

Source : Météo-France.

Certains sites comme Météociel permettent de calculer la température ressentie en introduisant certains facteurs comme la température de l’air et la vitesse du vent.

Une douceur anormale sur la France

La France est en passe de connaître des températures hors norme pour un mois de décembre au cours des prochains jours. C’est ce que vient d’écrire Météo France. Il est prévu entre 15 et 16°C à Limoges et jusqu’à 20°C du côté de Biarritz. Le constat est sans appel, 13 mois de décembre sur 15 ont été plus doux que la normale depuis le mois de décembre 2010 qui avait été marqué par un temps très froid, correspondant au dernier Noël blanc sur de nombreuses régions.

Météo France constate qu’avec le réchauffement climatique, les épisodes de grande douceur sont de plus en plus fréquents en décembre. L’année dernière on relevait 24°C le 1er décembre en Haute-Garonne. En décembre 2023, on observait à la mi-décembre 24°C à Cannes et 25°C en Corse. Le mois de décembre 2015 a été le plus doux jamais observé depuis 1900 avec un excédent de +3,5°C en moyenne sur la France. A Paris, la barre des 10°C a été dépassée 27 jours sur 31 avec 4 jours où la barre des 15°C a été atteinte.

L’agence météorologique a également remarqué que le nombre de jours de gelées diminue tandis que les vagues de froid sont de plus en plus rares. Il faut remonter à 2010 pour avoir de sévères gelées avec -13°C à Clermont-Ferrand, -16°C à Nancy et -18°C à Strasbourg. Depuis cet épisode de grand froid, on observe que de brefs coups de froid.

Ce mois de décembre 2025 est bien parti pour être très doux. C’est d’ailleurs ce que l’on pouvait lire dans les prévisions saisonnières de Météo France. Avec des températures supérieures de 5 à 6°C aux normales de saison à partir de dimanche et pour le début de semaine prochaine, cette période de grande douceur va peser lourd dans la balance… Ce mois de décembre pourrait finir avec un excédent d’au moins +1,5°C à l’échelle nationale. Il ne faudrait pas oublier que le niveau de référence des normales saisonnières a été relevé en juin 2022. Sur la période 1991-2020, la nouvelle normale de température moyenne annuelle en France est de près de 12,97°C, en hausse d’un peu plus de 0,4°C par rapport à 1981-2010 (12,55°C).

Dans le même temps, plusieurs régions des États Unis connaissent des épisodes hivernaux sévères dus à des ruptures du vortex polaire qui envoient des langues d’air froid sur le Nouveau Continent. Les températures ont fortement chuté (parfois jusqu’à -25°C) et la neige est tombée en abondance sur le Midwest et le nord-est du pays.

Sale temps pour les Alpes et la zone d’accumulation des glaciers (Photo: C. Grandpey)

Fréquence et intensité des ouragans // Frequency and intensity of the hurricanes

Aux États Unis, les prévisionnistes de la NOAA prévoient une activité cyclonique supérieure à la normale dans le bassin atlantique cette année. Ils prévoient 30 % de probabilité d’une saison proche de la normale, 60 % de probabilité d’une saison supérieure à la normale et 10 % de probabilité d’une saison inférieure à la normale.

Source: NOAA

L’agence prévoit un total de 13 à 19 tempêtes (vents de 65 km/h ou plus). Parmi celles-ci, 6 à 10 devraient se transformer en ouragans (vents de 120 km/h ou plus), dont 3 à 5 ouragans majeurs (catégorie 3, 4 ou 5 ; avec des vents de 180 km/h ou plus). La NOAA a un niveau de fiabilité de 70 % dans ces fourchettes.
La NOAA et le National Weather Service (Service météorologique national) utilisent les modèles météorologiques les plus avancés et des systèmes de suivi des ouragans les plus performants pour fournir aux Américains des prévisions et des alertes de tempête en temps réel. Comme l’ont montré les importantes inondations causées par les ouragans Helene et Debby en 2024, les impacts des ouragans peuvent s’étendre à l’intérieur des terres bien au-delà des communautés côtières.
La saison 2025 devrait être supérieure à la normale en raison d’une conjonction de facteurs, notamment la persistance de conditions ENSO neutres (El Niño South Oscillation), des températures océaniques supérieures à la moyenne sous l’effet du réchauffement climatique, des prévisions de faible wind shear (cisaillement du vent) et le risque d’une activité accrue de la mousson d’Afrique de l’Ouest, principal point de départ des ouragans dans l’Atlantique (c’est le cas avec Melissa). Tous ces éléments tendent à favoriser la formation de tempêtes tropicales.

Source : NOAA.

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 En France, avec son habituelle frilosité devant le réchauffement climatique, Météo France indique qu’avec un recul de seulement une cinquantaine d’années, il est important de rester prudent sur la climatologie des cyclones.

Cependant, tout comme la NOAA, l’agence reconnaît que depuis les années 1970, on observe une augmentation de l’activité cyclonique tropicale dans l’Atlantique nord, en lien avec une anomalie chaude de la température de surface de la mer sur ce bassin. Par contre, Météo France rechigne toujours à admettre l’origine anthropique ou naturelle de cette anomalie océanique qui «  peut être liée à une variabilité naturelle à des échelles multi-décennales, mais certaines études mettent en avant la contribution de la baisse des concentrations des aérosols (en réponse aux normes environnementales mises en place à la fin du 20ème siècle). » La fréquence des cyclones dans ce bassin semble augmenter plus fortement dans les années 2000. En 2020, un nombre inédit de 30 systèmes cycloniques a été observé.

Météo France ajoute que les rapports successifs du GIEC documentent toujours plus la complexité des changements qui pourraient se produire à l’avenir sur le développement et le cycle de vie des cyclones tropicaux. Selon les météorologues français, il très difficile de simuler l’évolution des cyclones sous l’effet du réchauffement climatique. En effet, beaucoup de modèles qui simulent l’évolution du climat à l’échelle du globe ont des résolutions d’une centaine de kilomètres, ce qui est trop grossier pour bien représenter ces phénomènes. Néanmoins, l’arrivée récente de modèles à plus haute résolution (les Américains en possèdent, pas les Français, semble-t-il!) permet de disposer d’un ensemble de simulations climatiques sur lesquelles on peut s’appuyer pour délivrer des messages robustes.

Source : Météo France.

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In the United States, NOAA forecasters predict above-normal hurricane activity in the Atlantic basin this year. They predict a 30% chance of a near-normal season, and a 10% chance of a below-normal season.
The agency predicts a total of 13 to 19 storms (winds of 65 km/h or greater). Of these, 6 to 10 are expected to become hurricanes (winds of 120 km/h or greater), including 3 to 5 major hurricanes (Category 3, 4, or 5; with winds of 180 km/h or greater). NOAA has a 70% confidence level in these ranges.

NOAA and the National Weather Service use the most advanced weather models and hurricane tracking systems to provide Americans with real-time storm forecasts and warnings. As the significant flooding caused by Hurricanes Helene and Debby in 2024 demonstrated, hurricane impacts can extend inland well beyond coastal communities.
The 2025 season is expected to be above normal due to a combination of factors, including continued neutral ENSO (El Niño Southern Oscillation) conditions, above-average ocean temperatures driven by global warming, forecasts of weak wind shear, and the potential for increased activity in the West African monsoon, the primary source of Atlantic hurricanes (as seen with Melissa). All of these factors tend to favor the formation of tropical storms.
Source: NOAA.

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In France, with its usual cautious attitude toward global warming, Météo France indicates that with only about fifty years of hindsight, it is important to remain cautious about cyclone climatology.
However, like NOAA, the agency acknowledges that since the 1970s, there has been an increase in tropical cyclone activity in the North Atlantic, linked to a warm sea surface temperature anomaly in this basin. However, Météo France still hesitates to admit the anthropogenic origin of this oceanic anomaly, which « may be linked to natural variability on multi-decadal scales, but some studies highlight the contribution of the decline in aerosol concentrations (in response to environmental standards implemented at the end of the 20th century). » The frequency of cyclones in this basin appears to have increased more sharply in the 2000s. In 2020, an unprecedented number of 30 cyclonic systems were observed. Météo France adds that successive IPCC reports increasingly document the complexity of the changes that could occur in the future in the development and life cycle of tropical cyclones. According to French meteorologists, it is very difficult to simulate the evolution of cyclones under the effect of global warming. Indeed, many models that simulate climate change on a global scale have resolutions of around 100 kilometers, which is not accurate enough to adequately represent these phenomena. However, the recent arrival of higher-resolution models (the Americans have them, but the French do not, it seems!) provides a set of climate simulations that can be used to deliver robust messages.
Source: Météo France.