La COP 21 face à un sacré défi // The Paris Climate Conference : a real challenge

drapeau francaisLes participants à la prochaine COP 21 sur le climat à Paris auront du pain sur la planche! Son but est de réduire à un maximum de 2 ° C l’augmentation de la température moyenne dans le monde au cours des années à venir. Le problème est que les températures ont déjà largement dépassé celles de l’an dernier qui constituaient un record, et 2015 sera probablement l’année la plus chaude de l’histoire, ce qui va à l’encontre de l’affirmation de certains hommes politiques qui affirment que le réchauffement climatique s’est arrêté.
La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) vient d’indiquer que le mois de septembre 2015 a été le plus chaud jamais enregistré depuis 1880, année où le suivi des températures a commencé à l’échelle mondiale. L’agence fait également remarquer que la période de janvier à septembre a été la plus chaude de tous les temps.
La cause immédiate de cette chaleur record est le phénomène climatique El Niño, au cours duquel l’océan libère d’immenses quantités de chaleur dans l’atmosphère. Toutefois, les températures actuelles dépassent tellement celles de la dernière manifestation de El Niño en 1997 et 1998 que les scientifiques affirment que ces températures record ne sauraient se produire sans l’ajout des émissions humaines de gaz à effet de serre.
Les effets combinés de El Niño et du réchauffement par effet de serre ont déjà profondément perturbé les conditions météorologiques à travers le monde. Ils ont probablement contribué à la sécheresse et aux incendies de forêt en Indonésie, à la sécheresse en Australie et à l’urgence alimentaire dans certaines parties de l’Afrique, avec une sévère sécheresse en Ethiopie. Il ne serait pas surprenant que ces effets s’intensifient dans les prochains mois quand El Niño va atteindre son niveau maximum avant de diminuer progressivement. Si l’on se réfère au passé, on peut penser que El Niño générera des quantités inhabituelles de pluie et de neige dans le sud-ouest américain et en Californie, ce qui soulagera cet Etat en proie à la sécheresse, mais avec un risque d’inondations et de coulées de boue.
Au cours des dix derniers mois, la hausse des températures à travers le monde a provoqué une vague de chaleur au printemps en Inde et au Pakistan, avec la mort de plusieurs milliers de personnes. Les températures ont atteint 47 ° C dans certaines parties de l’Inde. Les effets sur le monde naturel ont également été sévères. La forte hausse des températures des océans a provoqué le blanchissement des récifs coralliens dans le monde, et beaucoup risquent de ne pas s’en remettre.
Les scientifiques se sont longtemps demandés si le réchauffement climatique induit par l’homme modifiait la fréquence ou l’intensité des épisodes El Niño, mais la relation entre ces deux phénomènes n’a pas pu être établie. Il semblerait qu’ils soient indépendants et interfèrent mutuellement.
La chaleur record de 2014 et 2015 va à l’encontre de l’idée que le problème des émissions de gaz à effet de serre est résolu, comme continuent à le clamer certains hommes politiques de Washington. Lors de mon dernier séjour dans l’Ouest des Etats-Unis cet été, j’ai eu l’occasion de parler du climat avec les populations locales. J’ai été très surpris de voir à quel point les gens sont conditionnés par leur gouvernement à l’idée que le réchauffement climatique actuel est dû à un cycle naturel et que les activités humaines ne sont pas responsables. Il ne fait guère de doute que ce sera la théorie avancée par messieurs Obama et Poutine (entre autres) au cours de la COP 21 vu que leur intérêt est de voir la planète continuer à se réchauffer pour mettre à jour des ressources minérales dans l’Arctique et y ouvrir de nouvelles routes de navigation
Adapté d’un article dans le journal Alaska Dispatch News.

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drapeau-anglaisThe participants in the next climate conference in Paris will have a lot of work ahead of them! The aim of the COP21 is to reduce to a maximum of 2°C the increase in global temperatures in the years to come. The problem is that global temperatures are already running far above last year’s record-setting level and 2015 will probably be the hottest year in the historical record, undermining political claims that global warming had somehow stopped.
The National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) has announced that last September was the hottest September on record since 1880, when tracking began at a global scale. The agency also announced that the January-to-September period had been the hottest such span on the books.
The immediate cause of the record-breaking warmth is a strong El Niño weather pattern, in which the ocean releases immense amounts of heat into the atmosphere. But temperatures are running so far ahead of those during the last strong El Niño, in 1997 and 1998, that scientists said the records would not be occurring without an underlying trend caused by human emissions of greenhouse gases.
The combined effects of El Niño and greenhouse warming are already deeply disturbed weather patterns worldwide, likely contributing to dry weather and forest fires in Indonesia, to drought in Australia and to food emergency across parts of Africa, including a severe drought in Ethiopia. Those effects are likely to intensify in coming months as the El Niño reaches its peak and then gradually subsides. Past patterns suggest that the El Niño will send unusual amounts of rain and snow to the American Southwest and to California, offering some relief for that parched state but also precipitating floods and mudslides.
Earlier this year, the global warmth contributed to a spring heat wave in India and Pakistan that killed several thousand people, with temperatures hitting 47°C in parts of India. The effects on the natural world have also been severe, with extreme ocean temperatures bleaching coral reefs around the world, and many of them likely to suffer lasting damage.
Scientists have long wondered whether human-induced global warming would alter the frequency or severity of El Niños, but so far, that does not seem to be the case. Instead, it looks as if they are independent and adding to each other.
The record-setting warmth of 2014 and 2015 has undermined the idea that the problem of greenhouse emissions had somehow solved itself, though some Washington politicians continue to repeat the claims. During my last stay in Western U.S.A., I had the opportunity to talk about the climate with local people. I was greatly surprised to see how strongly they are conditioned by the government to the notion that the current global warming is due to a natural cycle and that human activities are not responsible for it. There is little doubt this will be Mr. Obama’s and Mr. Putin’s theories (among others) during the COP 21 as their interest is to see global warming increase to uncover mineral resources in the Artic where new navigation routes will be available!
Adapted from an article in the Alaska Dispatch News.

Coraux

Exemple de blanchissement des récifs coralliens à Heron Island, sur la Grande Barrière de Corail

(Crédit photo : Wikipedia).

Cleveland & Shishaldin (Iles Aléoutiennes / Alaska)

drapeau francaisDeux volcans des Aléoutiennes sont maintenant sous haute surveillance suite à une hausse récente de leur activité.
Comme je l’ai écrit précédemment, les images satellites ont révélé une hause de température au niveau du cratère du Cleveland. Certaines images laissent penser qu’il y a une extrusion de lave dans le cratère avec formation d’un nouveau dôme. L’AVO a élévé le niveau d’alerte à « Vigilance » et la couleur de l’alerte aérienne est désormais Jaune.

Un scénario identique affecte maintenant le Shishaldin. L’AVO a détecté une hause de la température sur les images satellites et il se peut que de la lave soit en train de s’accumuler au fond du cratère. Le Shishaldin est le volvan le plus aut des Aléoutiennes avec plus de 2700 mètre au-dessus du niveau de la mer. Le niveau d’alerte volcanique est là aussi à « Vigilance » et l’alerte aérienne est Orange car le volcan émet parfois de petits panaches de cendre.
Malgré cette hausse d’activité des deux volcans, l’AVO ne prévoit pas d’éruption majeure des volcans de la chaîne des Aléoutiennes.

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drapeau anglaisTwo volcanoes are now under Watch in the Aleutians because of recent renewed signs of activity.
As I put it before, satellite imagery shows elevated surface temperatures in the summit crater at Cleveland Volcano. Some of the images suggest that new lava has been extruded forming a small lava dome in the volcano summit crater. AVO has raised the alert level for Cleveland to ‘advisory.’  The aviation colour code has also been set to Yellow.

A similar scenario is occurring at Mt. Shishaldin. AVO has recorded increased temperatures in satellite imagery and there may be active magma pooling deep inside the summit crater. Shishaldin is the tallest volcano in the Aleutians, towering more than 2,700 metres above sea level. The alert level has been set to ‘watch.’ The aviation colour code is Orange as the volcano occasionally emits small amounts of ash.
Despite the recent increase in activity, AVO says there is no indication of any major eruption from any of the volcanic centres throughout the Aleutian Chain.

Trous sibériens et réchauffement climatique

Voici deux informations intéressantes et qui demandent à être confrontées. D’un côté, certains font remarquer – alors que nous sommes seulement à la fin du mois de juillet !- que l’été 2014 aux Etats-Unis est l’un des plus froids de l’histoire, avec une moyenne des températures qui a du mal à atteindre 90 degrés Fahrenheit (32 degrés Celsius). Semblable fraîcheur avait été enregistrée en 1992, peu de temps après l’éruption du Pinatubo aux Philippines. En remontant dans le temps, un seul été dans les années 1880 peut rivaliser avec les températures de 1992 et 2014. Bien sûr, les négationnistes du réchauffement climatique vont s’empresser d’ajouter que l’hiver 2013-2014 dans le nord-est des Etats-Unis a été l’un des plus rigoureux de l’histoire, en oubliant de mentionner qu’en Alaska les températures n’ont jamais été aussi élevées !

En face de ces propos, on apprend qu’un second trou géant vient d’être découvert dans le sol sibérien, à une cinquantaine de kilomètres du premier, découvert à la mi-juillet 2014. Il est légèrement plus petit que le précédent qui avait une trentaine de mètres de diamètre et 50 à 70 mètres de profondeur.

Les scientifiques russes pensent que la cause de l’ouverture de ces deux orifices à la surface du sol sibérien est le réchauffement climatique qui accélère de manière alarmante la fonte du permafrost, ce qui a pour effet de relâcher brutalement du gaz,  à la manière de l’ouverture d’un bouchon de champagne.

Ces découvertes appellent une double remarque :

1) Ces trous sont des indicateurs visibles du réchauffement climatique, car ils se trouvent au niveau du permafrost (ou pergélisol), une zone constamment gelée qui rétrécit comme peau de chagrin à l’heure actuelle. J’ai eu l’occasion d’attirer à plusieurs reprises l’attention sur ce phénomène à propos de l’Alaska où certaines forêts s’écroulent (elles ont été baptisées « drunken forests », les forêts ivres) car les racines ne sont plus retenues par le sol gelé. Les routes subissent elles aussi de plein fouet les effets de la fonte du permafrost ; il suffit de traverser l’Alaska ou le Yukon pour s’en apercevoir.

2) Le gaz libéré dans l’atmosphère lors de la formation de ces trous est du méthane (CH4). Au même titre que le dioxyde de carbone (CO2), le CH4 est un gaz à effet de serre. Toutefois, son potentiel de réchauffement global est 21 fois supérieur au CO2. Selon les scientifiques russes, « on entre dans un cercle vicieux: de plus en plus de méthane est dégagé dans l’atmosphère, ce qui augmente les températures, donc le pergélisol se réduit et de nouvelles poches de méthane éclatent. » J’avais attiré l’attention sur ce phénomène gazeux dans une note publiée le 20 mai 2014.

Une étude publiée en 2012 avait déjà montré que les rejets de carbone issus du permafrost seront plus rapides que ceux prévus par les modèles présentés à l’époque. Selon les dernières estimations, les quelque 18,8 millions de km2 de sols gelés dans le Grand Nord retiennent environ 1.700 milliards de tonnes de carbone organique, soit deux fois la quantité présente dans l’atmosphère aujourd’hui.

Trou-siberie

Crédit photo: Service de presse du gouverneur YaNAO / Marya Zulinova

Drunken-forest

« Forêt ivre » en Alaska  (Photo:  C.  Grandpey)

Volcans, vents et réchauffement climatique // Volcanoes,winds and global warming

drapeau francaisL’information a été diffusée par de nombreux medias à travers le monde au moment où je mettais en ligne ma note intitulée « Parenthèse arctique »: Après deux décennies d’augmentation rapide des températures de la planète, on assisterait à une pause surprenante (pompeusement appelée « hiatus » par certains) depuis une douzaine d’années. C’est du moins le point de vue d’une équipe scientifique sous la férule du Massachusetts Institute of Technology (MIT), bien connu pour ses réserves à propos du réchauffement climatique, attitude qui s’explique probablement par les liens étroits qui unissent l’Institut et les grosses groupes industriels nord-américains

Dans un rapport mis en ligne le 9 février via la revue Nature Climate Change, des chercheurs affirment que l’augmentation du CO2 ne modifierait pas le climat autant que le laissent supposer les modélisations climatiques diffusées jusqu’à présent. Ils reconnaissent toutefois qu’une ou deux décennies de températures stables ou en baisse ne vont pas à l’encontre du réchauffement global que l’on observe sur la planète.

D’après l’équipe scientifique, les volcans seraient la cause principale du « hiatus ». Selon une climatologue du MIT, « si l’on observe les éruptions volcaniques de la dernière décennie, on est forcé de reconnaître qu’elles ont été significatives ».

Les vents seraient une autre cause du « hiatus ». D’après le rapport, au cours des 20 dernières années, les alizés (vents qui soufflent de l’est vers l’ouest) se sont intensifiés comme jamais auparavant et ont fait se déplacer les eaux de surface chaudes vers l’ouest où elles convergent et s’accumulent à des profondeurs de plus en plus grandes. Dans le Pacifique Est, les eaux de surface chaudes sont remplacées par des eaux froides qui remontent des profondeurs et se propagent vers l’ouest, vers le Pacifique Central, ainsi que le long des côtes d’Amérique du Nord et du Sud. Les scientifiques estiment qu’au cours des 20 dernières années ce processus a suffisamment refroidi le climat pour expliquer la moitié de la différence observée entre les températures globales de surface mesurées et celles modélisées.

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En réponse au rapport du MIT, voici des graphiques publiés par le Mauna Loa Observatory, centre de recherche de premier plan qui mesure et rassemble des données sur les modifications atmosphériques depuis les années 1950.

Temperatures-Mauna-Loa-01

Temperatures-Mauna-Loa-02

Temperatures-Mauna-Loa-03

Temperatures-Mauna-Loa-04

Le premier graphique montre les effets des dernières éruptions sur l’absorption d’énergie solaire. La première chose qui saute aux yeux, c’est qu’il n’y a pas eu d’éruption majeure depuis l’an 2000. La dernière en date est celle du Pinatubo en 1991. Contrairement à ce que prétend la scientifique du MIT, je ne suis pas certain que les effets cumulés des dernières éruptions, mineures dans leur ensemble, aient eu un effet significatif sur le climat de la planète ! On connaît les capacités d’absorption de l’atmosphère et le graphique montre que les effets de l’éruption du Pinatubo n’ont été que de courte durée.

Les autres graphiques montrent l’évolution des températures au cours des dernières années sur le Mauna Loa d’une part et dans la basse troposphère d’autre part, à la fois au niveau du Mauna Loa et de l’ensemble de l’hémisphère nord (NH).

Si l’on regarde ces graphiques, en particulier ceux concernant la troposphère, on n’observe pas vraiment une tendance au refroidissement. De toute façon, s’il y avait eu refroidissement, la calotte glaciaire et les glaciers auraient inévitablement réagi, ce qui n’est pas le cas.

S’agissant de l’influence des alizés, je ne suis pas suffisamment compétent pour faire des commentaires. Toutefois, ce qui est écrit me rappelle la théorie de Sénèque qui pensait que les vents provenaient de cavités à l’intérieur de la Terre.

Je suis prêt à admettre que le réchauffement climatique connaît des fluctuations, mais les mots ‘pause’ ou ‘hiatus’ me semblent exagérés !

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drapeau anglaisThe piece of news was widely spread by the media around the world at the moment when I released my note entitled “Arctic digression”: After two decades of rapid increases in the earth’s temperatures, an unexpected pause (pompously called “hiatus”) is supposed to have occurred during the past 12 years. At least, this is the opinion of a team of scientists led by the Massachusetts Institue of Technology (MIT) which has always negated the idea of global warming. Its links with US industries clearly accounts for this attitude.

In a report published on February 9th via the online edition of Nature Climate Change, the researchers argue that the climate may not be as easily altered by rising CO2 levels as climate models suggest. However, they concede that one or two decades of relatively stable, or even cooling, surface temperatures don’t represent the long-term trends over which global warming is occurring.

According to the team, the first cause of the so-called “hiatus” lies with the volcanoes. Said one MIT climate scientist: “Looking at the past decade’s volcanic eruptions, I don’t think they can be left out as not being significant. »

Another cause could be the trade winds. According to the report, over the past 20 years, the westward-blowing trade winds have intensified to unprecedented levels and have carried warm surface waters west, where they converge and accumulate at ever-deeper depths. In the eastern Pacific, the warm surface waters are replaced with cold water welling up from the deep ocean and spreading west into the central Pacific as well as along the coasts of South and North America. The team estimates that over the past 20 years this process has cooled the climate sufficiently to account for about half of the difference between global surface temperatures as measured and as modelled.

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As an answer to the MIT report, there are graphs (see above) released by the Mauna Loa Observatory, a premier atmospheric research facility which has been continuously monitoring and collecting data related to atmospheric changes since the 1950s.

The first graph shows the effects of past eruptions on the solar energy absorption. The first thing to be noticed is that there have not been any major eruptions since 2000. The last major event was the eruption of Mount Pinatubo in 1991. Contrary to what the above-mentioned scientist said, I’m not sure that the cumulated effects of all the most recent minor eruptions had a significant effect on the world’s climate! We know the absorption capabilities of the atmosphere and the graph clear shows that a major eruption like Mount Pinatubo’s only had short-lived effects.

The other graphs show the evolution of temperatures at the Mauna Loa Observatory and in the lower troposphere, both on Mauna Loa and in the Northern Hemisphere (NH), in recent years.

Looking at the graphs, especially those related to the troposphere, there does not seem to be any significant cooling trend. Should there be any cooling, the icefield and the glaciers would have responded, but I’m afraid they didn’t.

Concerning the influence of the trade winds, I am not qualified enough to comment it. However, it reminds me of Sénèque’s theory about the winds which were supposed to come from cavities within the Earth’s interior…

I agree that there may be some fluctuation in the global warming tendency but speaking of a pause or hiatus is certainly exaggerated.

Mauna-Loa-Observatory

L’observatoire du Mauna Loa  (Photo:  C. Grandpey)