Cleveland & Shishaldin (Iles Aléoutiennes / Alaska)

drapeau francaisDeux volcans des Aléoutiennes sont maintenant sous haute surveillance suite à une hausse récente de leur activité.
Comme je l’ai écrit précédemment, les images satellites ont révélé une hause de température au niveau du cratère du Cleveland. Certaines images laissent penser qu’il y a une extrusion de lave dans le cratère avec formation d’un nouveau dôme. L’AVO a élévé le niveau d’alerte à « Vigilance » et la couleur de l’alerte aérienne est désormais Jaune.

Un scénario identique affecte maintenant le Shishaldin. L’AVO a détecté une hause de la température sur les images satellites et il se peut que de la lave soit en train de s’accumuler au fond du cratère. Le Shishaldin est le volvan le plus aut des Aléoutiennes avec plus de 2700 mètre au-dessus du niveau de la mer. Le niveau d’alerte volcanique est là aussi à « Vigilance » et l’alerte aérienne est Orange car le volcan émet parfois de petits panaches de cendre.
Malgré cette hausse d’activité des deux volcans, l’AVO ne prévoit pas d’éruption majeure des volcans de la chaîne des Aléoutiennes.

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drapeau anglaisTwo volcanoes are now under Watch in the Aleutians because of recent renewed signs of activity.
As I put it before, satellite imagery shows elevated surface temperatures in the summit crater at Cleveland Volcano. Some of the images suggest that new lava has been extruded forming a small lava dome in the volcano summit crater. AVO has raised the alert level for Cleveland to ‘advisory.’  The aviation colour code has also been set to Yellow.

A similar scenario is occurring at Mt. Shishaldin. AVO has recorded increased temperatures in satellite imagery and there may be active magma pooling deep inside the summit crater. Shishaldin is the tallest volcano in the Aleutians, towering more than 2,700 metres above sea level. The alert level has been set to ‘watch.’ The aviation colour code is Orange as the volcano occasionally emits small amounts of ash.
Despite the recent increase in activity, AVO says there is no indication of any major eruption from any of the volcanic centres throughout the Aleutian Chain.

Trous sibériens et réchauffement climatique

Voici deux informations intéressantes et qui demandent à être confrontées. D’un côté, certains font remarquer – alors que nous sommes seulement à la fin du mois de juillet !- que l’été 2014 aux Etats-Unis est l’un des plus froids de l’histoire, avec une moyenne des températures qui a du mal à atteindre 90 degrés Fahrenheit (32 degrés Celsius). Semblable fraîcheur avait été enregistrée en 1992, peu de temps après l’éruption du Pinatubo aux Philippines. En remontant dans le temps, un seul été dans les années 1880 peut rivaliser avec les températures de 1992 et 2014. Bien sûr, les négationnistes du réchauffement climatique vont s’empresser d’ajouter que l’hiver 2013-2014 dans le nord-est des Etats-Unis a été l’un des plus rigoureux de l’histoire, en oubliant de mentionner qu’en Alaska les températures n’ont jamais été aussi élevées !

En face de ces propos, on apprend qu’un second trou géant vient d’être découvert dans le sol sibérien, à une cinquantaine de kilomètres du premier, découvert à la mi-juillet 2014. Il est légèrement plus petit que le précédent qui avait une trentaine de mètres de diamètre et 50 à 70 mètres de profondeur.

Les scientifiques russes pensent que la cause de l’ouverture de ces deux orifices à la surface du sol sibérien est le réchauffement climatique qui accélère de manière alarmante la fonte du permafrost, ce qui a pour effet de relâcher brutalement du gaz,  à la manière de l’ouverture d’un bouchon de champagne.

Ces découvertes appellent une double remarque :

1) Ces trous sont des indicateurs visibles du réchauffement climatique, car ils se trouvent au niveau du permafrost (ou pergélisol), une zone constamment gelée qui rétrécit comme peau de chagrin à l’heure actuelle. J’ai eu l’occasion d’attirer à plusieurs reprises l’attention sur ce phénomène à propos de l’Alaska où certaines forêts s’écroulent (elles ont été baptisées « drunken forests », les forêts ivres) car les racines ne sont plus retenues par le sol gelé. Les routes subissent elles aussi de plein fouet les effets de la fonte du permafrost ; il suffit de traverser l’Alaska ou le Yukon pour s’en apercevoir.

2) Le gaz libéré dans l’atmosphère lors de la formation de ces trous est du méthane (CH4). Au même titre que le dioxyde de carbone (CO2), le CH4 est un gaz à effet de serre. Toutefois, son potentiel de réchauffement global est 21 fois supérieur au CO2. Selon les scientifiques russes, « on entre dans un cercle vicieux: de plus en plus de méthane est dégagé dans l’atmosphère, ce qui augmente les températures, donc le pergélisol se réduit et de nouvelles poches de méthane éclatent. » J’avais attiré l’attention sur ce phénomène gazeux dans une note publiée le 20 mai 2014.

Une étude publiée en 2012 avait déjà montré que les rejets de carbone issus du permafrost seront plus rapides que ceux prévus par les modèles présentés à l’époque. Selon les dernières estimations, les quelque 18,8 millions de km2 de sols gelés dans le Grand Nord retiennent environ 1.700 milliards de tonnes de carbone organique, soit deux fois la quantité présente dans l’atmosphère aujourd’hui.

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Crédit photo: Service de presse du gouverneur YaNAO / Marya Zulinova

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« Forêt ivre » en Alaska  (Photo:  C.  Grandpey)

Volcans, vents et réchauffement climatique // Volcanoes,winds and global warming

drapeau francaisL’information a été diffusée par de nombreux medias à travers le monde au moment où je mettais en ligne ma note intitulée « Parenthèse arctique »: Après deux décennies d’augmentation rapide des températures de la planète, on assisterait à une pause surprenante (pompeusement appelée « hiatus » par certains) depuis une douzaine d’années. C’est du moins le point de vue d’une équipe scientifique sous la férule du Massachusetts Institute of Technology (MIT), bien connu pour ses réserves à propos du réchauffement climatique, attitude qui s’explique probablement par les liens étroits qui unissent l’Institut et les grosses groupes industriels nord-américains

Dans un rapport mis en ligne le 9 février via la revue Nature Climate Change, des chercheurs affirment que l’augmentation du CO2 ne modifierait pas le climat autant que le laissent supposer les modélisations climatiques diffusées jusqu’à présent. Ils reconnaissent toutefois qu’une ou deux décennies de températures stables ou en baisse ne vont pas à l’encontre du réchauffement global que l’on observe sur la planète.

D’après l’équipe scientifique, les volcans seraient la cause principale du « hiatus ». Selon une climatologue du MIT, « si l’on observe les éruptions volcaniques de la dernière décennie, on est forcé de reconnaître qu’elles ont été significatives ».

Les vents seraient une autre cause du « hiatus ». D’après le rapport, au cours des 20 dernières années, les alizés (vents qui soufflent de l’est vers l’ouest) se sont intensifiés comme jamais auparavant et ont fait se déplacer les eaux de surface chaudes vers l’ouest où elles convergent et s’accumulent à des profondeurs de plus en plus grandes. Dans le Pacifique Est, les eaux de surface chaudes sont remplacées par des eaux froides qui remontent des profondeurs et se propagent vers l’ouest, vers le Pacifique Central, ainsi que le long des côtes d’Amérique du Nord et du Sud. Les scientifiques estiment qu’au cours des 20 dernières années ce processus a suffisamment refroidi le climat pour expliquer la moitié de la différence observée entre les températures globales de surface mesurées et celles modélisées.

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En réponse au rapport du MIT, voici des graphiques publiés par le Mauna Loa Observatory, centre de recherche de premier plan qui mesure et rassemble des données sur les modifications atmosphériques depuis les années 1950.

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Le premier graphique montre les effets des dernières éruptions sur l’absorption d’énergie solaire. La première chose qui saute aux yeux, c’est qu’il n’y a pas eu d’éruption majeure depuis l’an 2000. La dernière en date est celle du Pinatubo en 1991. Contrairement à ce que prétend la scientifique du MIT, je ne suis pas certain que les effets cumulés des dernières éruptions, mineures dans leur ensemble, aient eu un effet significatif sur le climat de la planète ! On connaît les capacités d’absorption de l’atmosphère et le graphique montre que les effets de l’éruption du Pinatubo n’ont été que de courte durée.

Les autres graphiques montrent l’évolution des températures au cours des dernières années sur le Mauna Loa d’une part et dans la basse troposphère d’autre part, à la fois au niveau du Mauna Loa et de l’ensemble de l’hémisphère nord (NH).

Si l’on regarde ces graphiques, en particulier ceux concernant la troposphère, on n’observe pas vraiment une tendance au refroidissement. De toute façon, s’il y avait eu refroidissement, la calotte glaciaire et les glaciers auraient inévitablement réagi, ce qui n’est pas le cas.

S’agissant de l’influence des alizés, je ne suis pas suffisamment compétent pour faire des commentaires. Toutefois, ce qui est écrit me rappelle la théorie de Sénèque qui pensait que les vents provenaient de cavités à l’intérieur de la Terre.

Je suis prêt à admettre que le réchauffement climatique connaît des fluctuations, mais les mots ‘pause’ ou ‘hiatus’ me semblent exagérés !

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drapeau anglaisThe piece of news was widely spread by the media around the world at the moment when I released my note entitled “Arctic digression”: After two decades of rapid increases in the earth’s temperatures, an unexpected pause (pompously called “hiatus”) is supposed to have occurred during the past 12 years. At least, this is the opinion of a team of scientists led by the Massachusetts Institue of Technology (MIT) which has always negated the idea of global warming. Its links with US industries clearly accounts for this attitude.

In a report published on February 9th via the online edition of Nature Climate Change, the researchers argue that the climate may not be as easily altered by rising CO2 levels as climate models suggest. However, they concede that one or two decades of relatively stable, or even cooling, surface temperatures don’t represent the long-term trends over which global warming is occurring.

According to the team, the first cause of the so-called “hiatus” lies with the volcanoes. Said one MIT climate scientist: “Looking at the past decade’s volcanic eruptions, I don’t think they can be left out as not being significant. »

Another cause could be the trade winds. According to the report, over the past 20 years, the westward-blowing trade winds have intensified to unprecedented levels and have carried warm surface waters west, where they converge and accumulate at ever-deeper depths. In the eastern Pacific, the warm surface waters are replaced with cold water welling up from the deep ocean and spreading west into the central Pacific as well as along the coasts of South and North America. The team estimates that over the past 20 years this process has cooled the climate sufficiently to account for about half of the difference between global surface temperatures as measured and as modelled.

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As an answer to the MIT report, there are graphs (see above) released by the Mauna Loa Observatory, a premier atmospheric research facility which has been continuously monitoring and collecting data related to atmospheric changes since the 1950s.

The first graph shows the effects of past eruptions on the solar energy absorption. The first thing to be noticed is that there have not been any major eruptions since 2000. The last major event was the eruption of Mount Pinatubo in 1991. Contrary to what the above-mentioned scientist said, I’m not sure that the cumulated effects of all the most recent minor eruptions had a significant effect on the world’s climate! We know the absorption capabilities of the atmosphere and the graph clear shows that a major eruption like Mount Pinatubo’s only had short-lived effects.

The other graphs show the evolution of temperatures at the Mauna Loa Observatory and in the lower troposphere, both on Mauna Loa and in the Northern Hemisphere (NH), in recent years.

Looking at the graphs, especially those related to the troposphere, there does not seem to be any significant cooling trend. Should there be any cooling, the icefield and the glaciers would have responded, but I’m afraid they didn’t.

Concerning the influence of the trade winds, I am not qualified enough to comment it. However, it reminds me of Sénèque’s theory about the winds which were supposed to come from cavities within the Earth’s interior…

I agree that there may be some fluctuation in the global warming tendency but speaking of a pause or hiatus is certainly exaggerated.

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L’observatoire du Mauna Loa  (Photo:  C. Grandpey)

L’Alaska a chaud, trop chaud ! // Alaska is hot, too hot !

drapeau francaisCe n’est pas un secret : N’en déplaise aux négationnistes, le réchauffement climatique me préoccupe au plus haut point. Les volcans en sont presque arrivés à passer au second plan ! Mes voyages en Alaska, dans le Yukon et dans d’autres pays – y compris le nôtre – où les glaciers ornent les montagnes n’ont fait qu’exacerber le sentiment qu’une catastrophe planétaire se profile à l’horizon.

Les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient. Sans aller plus loin, des inondations affectent cruellement la Bretagne, le sud-est et le sud-ouest de la France, rappelant aux populations qu’il n’est pas toujours judicieux de construire des habitations à proximité des cours d’eau ou du littoral.

En Indonésie, Jakarta connaît des problèmes identiques, avec une trentaine de morts à la clé, sans parler des glissements de terrain qui sont régulièrement provoqués par les fortes pluies.

L’Alaska connaît le mois de janvier le plus chaud de son histoire. La neige fond à la vitesse V et provoque des avalanches. L’une d’elles, d’une ampleur encore jamais vue, obstrue, pour une durée indéterminée, la seule route d’accès au port de Valdez.

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=-WjQ9GCUSH4

La station de ski d’Aleskya, pas très loin d’Anchorage, a dû fermer, faute de neige. Plusieurs courses de traîneaux, qualificatives pour la célèbre Iditarod ont été annulées. La course elle-même, qui relie Anchorage à Nome sur 1600 km, pourrait bien être perturbée si le froid et la neige ne reviennent pas. L’hibernation des ours pourrait être raccourcie par ces températures anormalement hautes. Il ne gèle que très peu la nuit et le thermomètre prend parfois des allures de mois de juin pendant la journée !

Je ne reviendrai pas sur la fonte des glaciers qui reculent à vue d’œil.

Certains me feront remarquer que le nord-est de l’Amérique a connu une période de froid polaire avec de la neige en abondance. C’est vrai, mais le phénomène a été ponctuel et on ne se base pas que sur une région de la planète pour définir l’évolution globale de la température.

Bien sûr, rien n’est fait par nos gouvernants et il semblerait que l’expression « réchauffement climatique » soit devenue taboue. Il est vrai que le phénomène est facile à dissimuler derrière tous les problèmes qui assaillent actuellement notre société. L’expression à la mode est « On remettra ça à plus tard », mais il est fort à craindre que ce « plus tard » devienne rapidement « trop tard » !

drapeau anglaisIt is not a secret: Even though it may not please those who deny it, global warming greatly worries me and has nearly pushed volcanoes into the background ! My travels to Alaska, the Yukon and other countries – including ours – where glaciers adorn the mountains have only exacerbated the feeling that a global catastrophe is looming on the horizon.
Extreme weather events are getting more and more frequent. Without going any further , floods severely affecting Britain, the southeast and the southwest of France, reminding people that it is not always sensible to build houses close to rivers or the coastline.
Indonesia, Jakarta is experiencing similar problems, with thirty deaths at that, not to mention landslides are regularly caused by heavy rains.
Alaska is going through the hottest January in history. Snow is melting at great speed and triggers avalanches. One of them, with a size never seen before, has led to the closure of the only access road to the port of Valdez.

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=-WjQ9GCUSH4

Aleskya, the Anchorage ski resort, had to close due to the lack of snow. Several sled races , qualifying for the famous Iditarod had to be canceled. The race itself , which connects Anchorage to Nome over 1600 km, could be disrupted if the cold and the snow do not return. The hibernation of bears could be shortened by the unusually high temperatures. It freezes very little at night and the temperature sometimes looks like in June during the day!
I will not harp on the melting glaciers which are receding rapidly .
Some people will undoubtedly telle me that north-eastern America has experienced a period of arctic cold with snow in abundance. This is true, but the phenomenon was punctual and one should not refer to one single region of the world to define global temperature changes.
Of course, no significant measures have ever been taken by our leaders and it seems that the term  » global warming  » has become taboo. It is true that the phenomenon is easy to hide behind all the problems currently facing our society. We’ll see later, they say, but it is greatly to be feared that « later » will quickly become « too late ». Too late too bad !

Glacier-melting

(Photo:  C. Grandpey)