Il faut qu’on m’explique… ! // Can somebody explain me… ?

L’éruption qui a redémarré le 19 février 2019 se poursuit mais, comme lors de chaque éruption, l’Enclos Fouqué est interdit d’accès et le spectacle n’est visible que depuis la route nationale, vers le Piton Cascades (là où est implantée la webcam qui permet d’observer l’événement) ou vers le Grand Brûlé. La route nationale est encore à plusieurs kilomètres de distance des fronts de coulée et il est peu probable que la lave ait la force d’arriver jusque là.

Touristes et locaux se pressent le long de la route pour tenter d’apercevoir l’éruption, avec le même sentiment d’amertume, voire de colère, et de frustration. Beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi les éruptions du Piton de la Fournaise sont interdites d’accès et pourquoi les autorités refusent obstinément d’organiser des visites guidées sur le site éruptif.

Dans un article paru en août  2017, l’excellent Journal de l’Ile avait consacré un long article à ce sujet. Je vous invite à lire attentivement le dernier paragraphe qui résume parfaitement la situation et pose les bonnes questions:

https://www.clicanoo.re/Une-eruption-pour-le-14-juillet/Societe/Article/2017/08/01/Volcan-ferme_482798

L’interdiction d’accès à un site éruptif n’est pas propre à la Réunion. Aujourd’hui, les autorités s’appuient sur le sacro-saint principe de précaution pour justifier leurs décisions.

A Hawaii, personne – hormis le personnel du HVO et de la Protection Civile – n’a pu s’approcher des coulées de lave pendant la dernière éruption du Kilauea. La plateforme d’observation promise par les autorités a joué l’arlésienne et n’a jamais vu le jour. Comme je l’ai écrit à l’époque, j’accuse fort les autorités hawaiiennes d’avoir traîné les pieds pour ne pas faire de tort aux compagnies d’hélicoptères qui organisaient les survols de l’éruption et engrangeaient beaucoup d’argent. Aux Etats-Unis, business is business !

Sur l’Etna (Sicile), les municipalités concernées mettent immédiatement en rouge, avec accès autorisé uniquement aux scientifiques, la zone sommitale du volcan. Il est loin le temps où l’on pouvait passer des nuits entières à se réchauffer le long des coulées ou à observer les colères de la Voragine et de la Bocca Nuova.

Même punition sur le Stromboli (Sicile) où l’on ne peut plus passer la nuit dans les nids de pierre édifiés le long de la Sciara del Fuoco. Seules les excursions encadrées par les guides locaux sont autorisées.

Par contre, dans le même  temps, on peut pratiquer librement le ski hors piste dans les Alpes. Certains skieurs se font emporter par des avalanches et perdent la vie. Ils mettent parfois en péril les sauveteurs, mais personne ne trouve à redire. Il faudra que l’on m’explique…

Détestant la fraude, je me suis toujours débrouillé pour obtenir des autorisations pour aller effectuer mes observations en toute légalité, que ce soit à Hawaii, sur l’Etna ou à Stromboli quand l’accès était limité. Aujourd’hui, devant cette pluie d’interdictions et parce que les volcans m’ont beaucoup gâté, j’ai quelque peu délaissé les zones chaudes pour arpenter les régions glaciaires. Personne ne vient me gronder ou me verbaliser dans je parcours des vallées où les éboulements sont de plus en plus nombreux suite à la fonte des glaciers. Personne ne m’interdit de longer les profondes crevasses au fond desquelles je ne pourrais pas être secouru en cas de chute. A mon avis, cet univers glaciaire est au moins aussi dangereux que la lèvre du Cratère Nord-Est de l’Etna. Là encore, il faudra que l’on m’explique… !

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The eruption that started again on February 19th, 2019 continues but, as during each eruption, the Enclos Fouqué is closed to the public and the show can only be seen from the national road, the Piton Cascades (where the webcam is located to observe the event) or the Grand Brûlé. The national road is still several kilometres away from the fronts of the flows and it is unlikely that lava will get there.
Tourists and locals gather along the road to try to discern the eruption, with the same feeling of bitterness, even anger, and frustration. Many people do not understand why access to the eruptions of Piton de la Fournaise is always forbidden and why the authorities stubbornly refuse to organize guided visits to the eruptive site.
In an article published in August 2017, the excellent Journal de l’Ile devoted a long article to this subject. I invite you to read carefully the last paragraph which perfectly summarizes the situation and asks the right questions:
https://www.clicanoo.re/Une-eruption-pour-le-14-juillet/Societe/Article/2017/08/01/Volcan-ferme_482798

The prohibition of access to an eruptive site is not specific to Reunion Island. Today, authorities rely on the sacrosanct precautionary principle to justify their decisions.
In Hawaii, no one – except HVO and Civil Protection staff – was allowed to get close to the lava flows during the last Kilauea eruption. The viewing platform promised by the authorities was never seen. As I wrote at the time, I strongly accuse the Hawaiian authorities of dragging their feet so as not to harm the helicopter companies that organized the overflights of the eruption and raked in a lot of money. In the United States, business is business!
On Mt Etna (Sicily), the municipalities immediately set up a red zone over the summit area of the volcano, with access authorized only to scientists. I can remember the time when one could spend whole nights warming up along the lava flows or watching eruptive activity of the Voragine and the Bocca Nuova.
Tourists have to face the same punishment on Stromboli (Sicily) where you can no longer spend the night in the stone nests built along the Sciara del Fuoco. Only excursions supervised by local guides are allowed.
On the other hand, at the same time, you can practice off-piste skiing in the Alps. Some skiers are carried away by avalanches and lose their lives. They sometimes endanger the rescuers, but no one complains. Somebody will have to explain me …
Because of all these interdictions and because the volcanoes allowed me to observe incredible shows, I have left hot areas to visit glacial regions. Nobody comes to scold me or give me a fine in valleys where rockfalls are more and more numerous due to the melting of glaciers. No one forbids me to walk along deep crevasses at the bottom of which I could not be rescued if I happened to fall. In my opinion, this glacial universe is at least as dangerous as the rim of Mount Etna’s Northeast Crater. Again, someone will have to explain me …!

Photos: C. Grandpey

Stromboli (Sicile) & Sabancaya (Pérou)

Selon la dernière mise à jour du Laboratorio Geofisica Sperimentale (LGS), l’activité du Stromboli se caractérise en ce moment par de faibles explosions localisées dans des bouches situées au NE et au SW. Les émissions de gaz sont faibles, principalement au niveau du cratère central. Le tremor reste à des valeurs moyennes. La caméra thermique montre un nombre moyen d’événements de faible amplitude.
L’activité éruptive a globalement diminué par rapport aux derniers jours. Le débordement de lave prédit par certains visiteurs ne s’est pas produit. De même, un effondrement des matériaux qui se sont accumulés dans la partie supérieure de la Sciara del Fuoco ne devrait pas déclencher de tsunami. À Stromboli, des tsunamis peuvent survenir lorsque des effondrements ou des glissements de terrain sur la Sciara del Fuoco se produisent sous le niveau de la mer. Il ne faudrait pas oublier que la mer est profonde autour de l’édifice volcanique. Le cône s’élève à 924 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais sa base se trouve à une profondeur d’environ 2 000 mètres.
Deux tsunamis se sont déclenchés à 7 minutes d’intervalle le 30 décembre 2002. Le premier a été provoqué par le glissement d’une masse de matériaux estimée à 20 × 106 mètres cubes sous le niveau de la mer très près du littoral. Le deuxième tsunami a été provoqué par le détachement d’une masse de matériaux de 4 à 9 × 106 mètres cubes à environ 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce dernier glissement de terrain peut être considéré comme la suite logique, par gravité, du premier événement.
Source: LGS, Bulletin of Volcanology.

L’activité du Sabancaya a été assez stable au cours des derniers jours. Le dernier rapport de l’IGP se termine en ces termes: «En général, l’activité éruptive maintient des niveaux modérés. Il ne devrait pas y avoir de changements significatifs au cours des prochains jours.». Voir le bulletin complet ci-dessous.
Source: INGEMMET, IGP.

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According to the latest update of the Laboratorio Geofisica Sperimentale, activity at Stromboli is characterized by weak explosions localized at the NE and SW vents. Gas emissions are low, mainly at the central crater. The tremor level is medium. Thermal activity shows a medium number of events with low amplitude.

Volcanic activity is globally at a medium level and has decreased compared with the past days. The lava overflow predicted by some visitors did not occur. In the same way, a collapse of the material that has accumulated in the upper part of Sciara del Fuoco is unlikely to trigger a tsunami. At Stromboli, tsunamis may occur when collapses or landslides at the Sciara del Fuoco occur underwater. We need to remember that the sea is quite deep around the volcanic edifice. The cone rises 924 meters above the sea level, but its base is located at a depth of about 2000 metres.

Two tidal waves were generated 7 minutes apart on December 30th, 2002. The first tsunami was due to a submarine mass movement that started very close to the coastline and that involved about 20×106 cubic metres of material. The second tsunami was caused by a mass of material that detached at about 500 metres above sea level and that involved a volume estimated at 4–9×106 cubic metres. The latter landslide can be seen as the retrogressive continuation of the first event.

Source: LGS, Bulletin of Volcanology.

 

Activity at Sabancaya volcano has been quite stable in the past days. IGP’s latest report about the volcano concludes with these words: “In general, eruptive activity maintains moderate levels. There should not be any significant changes in the next days. See complete bulletin below.

Source: INGEMMET, IGP.

Source: IGP

Nouvelles du Stromboli et de l’Etna (Sicile / Italie)

La webcam ‘live’ du Stromboli montre que l’activité est relativement soutenue en ce moment, avec de belles gerbes incandescentes relativement fréquentes Ces observations sont confirmées par le Laboratoire de géophysique Expérimentale (LGS) qui précise que cette activité se caractérise par de puissantes émissions de gaz au niveau du cratère NE et par des explosions au niveau de ce même cratère NE et du cratère central C. S’agissant de la sismicité, les événements VLP ont une amplitude moyenne. Le tremor montre des valeurs moyennes. Les émissions de SO2 dans la partie NE de la terrasse cratérique continuent à montrer des valeurs moyennes.

En résumé, l’activité du Stromboli est intéressante mais n’a rien d’exceptionnel. Comparent mes observations personnelles sur le terrain il y a quelques années et l’activité actuelle, j’ai eu l’occasion de passer des nuits beaucoup plus intenses et bruyantes sur la Cima….dont l’accès était autorisé !

 

Dans son bulletin hebdomadaire couvrant la période du 11 au 17 janviers 2019, le Laboratoire de Géophysique expérimentale (LGS) indique que l’on observe actuellement sur l’Etna une activité explosive périodique qui génère un signal d’amplitude moyenne. Cela correspond à des événements essentiellement situés dans la Bocca Nuova et la Voragine. A noter qu’une nouvelle bouche s’est ouverte sur la paroi interne de ce dernier cratère, à une quarantaine de mètres au NO de la petite bouche qui était apparue en août 2016. Selon Carmelo Ferlito, cette nouvelle bouche émet des gaz, fait entendre des explosions et montre probablement de l’incandescence de nuit.  Les anomalies thermiques de basse intensité détectées par les satellites confirment cette activité. Le tremor se maintient à un niveau bas.

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The ‘live’ webcam of Stromboli shows that activity is relatively sustained at the moment, with nice ejections of incandescent materials. These observations are confirmed by the Laboratory of Experimental Geophysics (LGS) which specifies that this activity is characterized by powerful gas emissions at the NE crater and explosions at the NE crater and central crater C. Regarding seismicity, VLP events have a medium amplitude. The tremor shows medium values. SO2 emissions in the NE portion of the crater terrace continue to show medium values.
In short, the current activity of Stromboli is interesting but not exceptional. Comparing my personal observations on the ground a few years ago and the current activity, I must say I had the opportunity to observe much more intense and noisy nights at the Cima … .whose access was not prohibited!

In its weekly bulletin for the period from 11 to 17 January, 2019, the Laboratory of Experimental Geophysics (LGS) indicates that there is currently on Mt Etna a periodic explosive activity that generates a signal of medium amplitude. This corresponds to events mainly located in the Bocca Nuova and Voragine. A new vent has opened on the inner wall of this crater, about 40 metres from the vent that appeared in August 2016. According to Carmelo Ferlito, the new vent emits gases accompanied by explosions and probably shows incandescence at night. , The low intensity thermal anomalies detected by the satellites confirm this activity. The tremor stays at a low level.

Photos: C. Grandpey

Inquiétude à Ginostra (Ile de Stromboli / Sicile) // Worries at Ginostra (Stromboli Island / Sicily)

Ginostra n’est pas seulement le titre du film de Manuel Pradal, sorti sur les écrans en 2003. C’est avant tout une petite localité située au pied du versant sud-ouest du Stromboli où vivent une quarantaine d’habitants et une dizaine de mulets.

Depuis 2004, les bateaux et les aliscaphes accostent le long d’une nouvelle jetée, mais j’ai souvenir de l’époque où les ferries devaient faire une halte à une cinquantaine de mètres de l’île et une barque venait récupérer les quelques passagers et leurs bagages.

L’intensification de l’activité éruptive du Stromboli ces derniers temps inquiète cette petite population car le petit port de Ginostra est en mauvais état, ce qui rendrait une évacuation d’urgence rapidement problématique. Les récentes tempêtes ont  endommagé encore davantage la structure du port. De plus, les feux de signalisation sur la jetée ne fonctionnent plus et doivent être rétablis du côté où accostent les aliscaphes.

Les deux conseillers municipaux de Ginostra ont alerté le préfet de Messine sur l’urgence qu’il y a à effectuer des réparations.

Source : La Sicilia.

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Ginostra is not only the title of Manuel Pradal’s film, released in 2003. It is above all a small village located at the foot of the south-west slope of Stromboli, with about forty inhabitants and a dozen mules.
Since 2004, boats and aliscaphs have docked along a new pier, but I remember the time when the ferries had to stop at about fifty metres from the island and a boat came to pick up the few passengers and their luggage.
The intensification of Stromboli’s eruptive activity in the past days worries this small population because the small port of Ginostra is in bad condition, which would make an emergency evacuation quickly problematic. Recent storms have further damaged the harbour structure. In addition, the lights on the jetty no longer work and should be changed on the side where the aliscaphs dock.
The two city councillors of Ginostra have alerted the prefect of Messina about the urgency of making repairs.
Source: La Sicilia.

Vue de Ginostra

Débarquement « à l’ancienne » en 1993

Il y a quelques années, les guides touristiques affirmaient que Ginostra était « le plus petit port au monde ». A vérifier!

(Photos: C. Grandpey)