Les séquelles de l’éruption du Nyiragongo (RDC) // The aftermath of the Nyiragongo eruption (DRC)

Alors que certains habitants ont commencé à revenir dans Goma après l’éruption du Nyiragongo, le nombre de personnes déplacées a été estimé à 415 700 le 1er juin 2021 par l’Organisation Internationale pour les Migration (IOM)

Les personnes évacuées sont réparties dans plus de 10 zones à l’intérieur de la République Démocratique du Congo et au Rwanda voisin.

L’OMI est particulièrement préoccupée par les risques sanitaires liés à l’éruption elle-même, le manque d’accès à l’eau potable et la charge de plus en plus grande qui pèse sur les établissements de santé.

Bien qu’aucune nouvelle éruption n’ait été signalée, Goma a enregistré plus d’un millier de séismes dans le sillage de l’éruption, la plupart mineurs, mais certains suffisamment puissants pour détruire des bâtiments.

La sismicité est à présent moins intense, mais il reste des questions sur la présence de magma sous la ville, avec la crainte qu’il pénètre dans le lac Kivu avec son méthane et son dioxyde de carbone.

Source: Presse congolaise.

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While some residents are starting to return to the city of Goma after the eruption of Nyiragongo, the total number of displaced people was estimated at 415 700 as of June 1st, 2021 by the International Organization for Migration (IOM)

Evacuees are spread across more than 10 areas in the interior of the Democratic Republic of Congo and in neighbouring Rwanda.

IMO is particularly concerned by the health hazards linked to the eruption itself, the lack of access to clean water, and the increased burden placed on health facilities.

Although no new eruption has been reported, Goma has experienced more than a thousand earthquakes following the eruption, most of them small, but some strong enough to destroy buildings. Seismicity has become less intense, but there are still questions about magma beneath the city and the fear of it entering Lake Kivu with its methane ansd carbon dioxide.

Source : Congolese news media.

La coulée de lave du Nyiragongo dans Goma (Source : Virunga Alliance)

Nyiragongo : et maintenant ? // Nyiragongo : what now ?

Même si la sismicité reste présente dans la région de Goma, son intensité est en déclin. La situation actuelle ressemble fort à celle qui a fait suite à l’éruption du Nyiragongo en 2002. A cette époque, on redoutait déjà l’arrivée de la lave dans le lac Kivu et rien de tel ne s’est produit.

Il y a quelques jours, alors que beaucoup de personnes sur les réseaux sociaux envisageaient les pires catastrophes, je posais la question : « Et s’il ne se passait rien ? » L’Observatoire de Goma n’a pas les moyens de contrôler la situation et il faut bien reconnaître que les volcanologues sont démunis devant le comportement du volcan. Il semblerait – mais aucun survol du cratère n’a pu le confirmer – que le lac de lave ait disparu. Même si le volume de lave vomi par l’éruption semble inférieur à celui qui résidait dans le cratère avant l’éruption, rien ne dit que cette lave va déferler sur les basses pentes du volcan. Sa pression n’est probablement plus suffisante pour cela.

La situation actuelle demande la plus grande vigilance, mais plus le temps passe et moins persiste le risque d’une sortie de lave au niveau des fractures observées dans le sol de Goma

Cette éruption devrait toutefois inciter les autorités congolaises à adopter une nouvelle politique d’urbanisation autour du volcan. Il semble évident qu’il faudrait arrêter de permettre la construction de maisons dans les zones sous la menace de la lave, mais je crains fort que ce soit un vœu pieux !

Sur place, la vie reprend peu à peu le dessus. De l’argent a été envoyé par les Nations Unies et l’Union Européenne et une aide alimentaire est arrivée pour venir en aide aux personnes sinistrées.

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Although seismicity remains present in the Goma region, its intensity is declining. The current situation is very similar to that which followed the eruption of Nyiragongo in 2002. At that time, the arrival of lava in Lake Kivu was already feared but nothing happened.

A few days ago, while many people on social media imagined the worst disasters, I asked the question, « What if nothing happens? » The Goma Observatory does not have the means to control the situation and volcanologists are unable to predict the behaviour of the volcano. It seems – but no overflight of the crater could confirm it – that the lava lake has disappeared. Even though the volume of lava vomited out by the eruption appears to be less than the volume inside the crater before the eruption, there is no indication that this lava will rush down the lower slopes of the volcano. Its pressure is probably not sufficient to do so.

The current situation calls for the greatest vigilance, but the more time passes, the less persists the risk of a lava emission from the fractures observed in the soil of Goma.

This eruption should, however, prompt the Congolese authorities to adopt a new policy about the urbanization around the volcano. It seems obvious that they should not allow the building of houses in areas under threat of lava, but I am afraid that is wishful thinking!

Life is gradually starting again in Goma. Money has been sent by the United Nations and the European Union and food aid has arrived to help those affected.

Crédit photo : Wikipedia

Nyiragongo : des évacuations en urgence à Goma // Emergency evacuations in Goma

Les données actuelles concernant la sismicité et la déformation du sol indiquent la présence de magma – probablement un dike – sous la sous zone urbaine de Goma avec une extension sur le lac Kivu. Une éruption à terre ou sous le lac ne saurait être exclue.

Un gran nombre de quartiers de Goma sont concernés par cette alerte: Majengo, Mabanga Nord, Mabanga Sud, Virunga, Bujovu, Kahembe, Murara, Mikeno, Mapendo et Le volcan.

Par précaution, les autorités ont décidé l’évacuation de ces quartiers. L’évacuation a un caractère obligatoire. Ceux qui n’obtempéreront pas s’exposeront des risques inutiles. Le retour aux domiciles ne pourra s’effectuer que sur recommandation des autorités provinciales.

En prévision d’une nouvelle éruption dans la ville et en accord avec les scientifiques, il a été décidé de délocaliser la population des quartiers pré-cités vers la cité de Sake.

Les mouvements des populations de Goma vers Bukavu se sont accrus ces trois derniers jours suite à l’éruption du Nyiragongo et aux secousses sismiques. Ces déplacements se font essentiellement par voie lacustre. Généralement, ces rotations concernent environ 2000 personnes par jour par le lac Kivu, mais ces chiffres ont presque doublé depuis la catastrophe qui touche Goma et ses environs. (Dernière minute : Par sécurité, les autorités provinciales du Nord-Kivu ont décidé de suspendre la traversée du lac Kivu de Goma vers Bukavu. La voie terrestre est privilégiée.)

Source : presse congolaise.

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Current seismicity and soil deformation data indicate the presence of magma – probably a dike – under the Goma suburban area with an extension to Lake Kivu. An eruption on land or under the lake cannot be excluded. A large number of neighborhoods in Goma are affected by this alert: Majengo, Mabanga Nord, Mabanga Sud, Virunga, Bujovu, Kahembe, Murara, Mikeno, Mapendo and Le volcan.

As a precaution, the authorities have decided to evacuate these neighborhoods. Evacuation is compulsory. Those who do not comply will expose themselves to unnecessary risk. Return to homes can only be done on the recommendation of the provincial authorities. In anticipation of a new eruption in the city and in agreement with the scientists, it was decided to relocate the population from the above-mentioned neighbourhoods to the city of Sake.

Population movements from Goma to Bukavu have increased over the past three days following the eruption of Nyiragongo and the earthquakes. These trips are mainly made by boat. Generally, these rotations concern around 2,000 people per day through Lake Kivu, but these figures have almost doubled since the disaster affecting Goma and its surroundings. (Last minute : For safety reasons, the provincial authorities of North Kivu have decided to suspend the crossing of Lake Kivu from Goma to Bukavu. The land route is preferred.)

Source: Congolese press.

Les coulées de lave du Nyiragongo (Source : Copernicus)

Autres nouvelles de Goma (RDC) // More news from Goma (DRC)

Comme je l’ai écrit précédemment, la sismicité reste présente autour du Nyiragongo, en particulier à Goma, ce qui angoisse la population. Un survol du volcan a été effectué le 24 mai, mais le brouillard a empêché de voir l’intérieur du cratère. Le directeur de l’OVG explique que « s’il y a de la lave dans le cratère, les fracturations causées par séismes seraient le signe d’une nouvelle activité. Dans le cas contraire, s’il n’y a pas de lave dans le cratère, ces tremblements de terre se produisent puisque la terre est en train de reconstituer son équilibre. »

Lors d’une réunion de crise suite à l’éruption du Nyiragongo, le gouvernement de la RDC a décidé d’appuyer l’OVG afin de lui permettre de jouer pleinement son rôle dans la surveillance des volcans. Le plus urgent est de donner les moyens à l’Observatoire Volcanologique de Goma (OVG) de surveiller les volcans de la région.

Le directeur scientifique de l’Observatoire a expliqué pourquoi l’alerte n’a pas été donnée plus tôt concernant le risque d’éruption volcanique. « Avec le Covid-19, il y a un projet soutenu par la Banque Mondiale qui finançait le fonctionnement de l’OVG. Le projet s’est arrêté le 30 juin 2020 [voir les raisons dans mes notes précédentes]. D’octobre 2020 à avril 2021, il n’y avait plus d’Internet à l’Observatoire.  C’est grâce à un partenaire américain que nous avons pu rétablir Internet. Pendant tout ce temps, nous n’avions plus de données en temps réel. Il n’y avait pas de frais de fonctionnement. Nos stations sont éloignées, certaines à 150 kilomètres. Nous avons passé ce temps sans avoir des données. »

Source : Presse congolaise.

Selon certains organes de presse français, au moins cinq personnes ont été retrouvées mortes le 24 mai, asphyxiées par « les émanations toxiques de la lave ». Elles auraient été  asphyxiées par le gaz émis par la lave  en train de se refroidir et qu’ils tentaient de traverser à environ 13 km au nord de Goma, là où la coulée a coupé un important axe routier reliant Goma au nord de la province. Le 24 mai au soir, le bilan provisoire faisait état de 32 morts.

Source : Presse française.

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As I put it previously, seismicity can still be felt around Nyiragongo, in particular in Goma, which worries the population. An overflight of the volcano was carried out on May 24th, but the clouds made it impossible to see the interior of the crater. The director of the OVG explains that « if there is lava in the crater, the fracturing caused by earthquakes would be a sign of new activity. Otherwise, if there is no lava in the crater, these earthquakes occur as the earth is recovering its balance. « 

During a crisis meeting following the eruption of Nyiragongo, the government of the DRC decided to support the OVG in order to allow it to fully play its role in monitoring volcanoes. What matters right now is to provide the Observatory with the means to monitor the volcanoes in the region.

The scientific director of the Observatory explained why the alert was not given earlier about the risk of a volcanic eruption. “With Covid-19, there was a project supported by the World Bank which financed the operation of the OVG. The project ended on June 30th, 2020 [see the reasons in my previous posts]. From October 2020 to April 2021, there was no Internet at the Observatory. It was thanks to an American partner that we were able to restore the Internet. During that time, we had no real-time data. There were no running costs. Our stations are far away, some 150 kilometres away. We spent this time without having any data.”

 Source: Congolese press.

According to some French media outlets, at least five people were found dead on May 24th, suffocated by “toxic fumes from lava”. They were reportedly suffocated by gas emitted by the cooling lava that they attempted to cross about 13 km north of Goma, where the flow cut a major road connecting Goma to the north of the province. On May 24th in the evening, the death toll had risen to 32.

Source: French news media.

Pas sûr que le lac de lave existe encore au fond du cratère du Nyiragongo. Un groupe de touristes aura eu la chance de le voir une dernière fois le 22 mai au matin avant que la lave perce les flancs du volcan  (Crédit photo : Wikipedia)