L’Observatoire du Mauna Loa, la Courbe de Keeling et les concentrations de CO2 // Mauna Loa Observatory, Keeling Curve and CO2 concentrations

Dans les notes expliquant l’évolution du réchauffement climatique, je fais très souvent référence à la Courbe de Keeling qui fait apparaître les concentrations de CO2 sur le Mauna Loa, un volcan qui culmine à 4169 mètres sur la Grande Ile d’Hawaii

Tout a commencé sur le Mauna Loa en 1956 quand a été construit un nouvel observatoire de haute altitude, le Mauna Loa Observatory (MLO), aujourd’hui géré par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).

L’observatoire n’a pas été édifié au sommet de ce volcan actif car les éruptions qui le secouent de temps en temps auraient probablement perturbé les mesures. Il a donc été implanté un peu plu bas, sur le flanc nord, à 3397 mètres d’altitude. Les mesures atmosphériques du CO2 ont permis de voir puis de comprendre le changement climatique en cours.

Dès leur début en 1958, les mesures du CO2 effectuées au MLO par Charles Keeling montrent une très forte teneur (ou concentration) de l’atmosphère en dioxyde de carbone ou gaz carbonique. Elle est exprimée en ppm, ou partie pour million.

La Courbe de Keeling nous montre les concentrations de CO2 bien avant la construction du MLO. Les données ont été tirées des analyses de carottes de glaces anciennes. On remarquera qu’en mai 2019 la  Courbe a dépassé 415 ppm de C02 dans l’atmosphère, ce qui fait remonter au Pliocène, il y a 3 millions d’années. Les températures étaient alors de 3 à 4 °C plus élevées que de nos jours ; les arbres poussaient en Antarctique et le niveau des océans était 15 mètres plus haut qu’aujourd’hui.

Le 29 novembre 2020, la concentration de CO2 dans l’atmosphère, moyennée sur la Terre grâce à un réseau d’observatoires, atteignait 415,50 ppm. Toujours à l’échelle terrestre, l’augmentation du CO2 de cette dernière année, entre les 29 novembre 2019 et 2020, a été de 4,83 ppm (soit 1,18 %). C’est considérable et inquiétant.

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous aurez accès à une petite vidéo dans laquelle le fils de Charles Keeling (décédé en 2005), Ralph, montre comment sont effectuées les mesures. La technique est la même que celle mise au point par son père. Quand les premiers prélèvements d’air ont été effectués en 1958, les concentrations de CO2 atteignaient 315 ppm  Elles étaient de 412,78 ppm le 3 décembre 2020 !

La vidéo est en anglais. En voici un résumé en quelques phrases pour les blogonautes qui ne comprennent pas la langue de Shakespeare :

Pour prélever l’air, Ralph utilise un récipient en verre dans lequel on a créé le vide. Quand il ouvre le robinet, l’air et son CO2 s’engouffrent dans le récipient qui est refermé et transporté jusqu’au laboratoire pour y être analysé. Grâce à mon permis de travail dans le Parc des Volcans d’Hawaii, j’ai eu la chance de pouvoir y pénétrer et de voir le « manomètre » utilisé par Charles Keeling dans les années 1960. Après évacuation de l’air et conservation du CO2, des analyses permettent de connaître la composition isotopique du gaz qui a été prélevé. Cela permet de connaître son origine (gaz d’échappement des voitures, usine, océan, etc.)

https://youtu.be/dXBzFNEwoj8

Source : CLIMAT’O : le blog d’Alain GIODA, historien du climat.

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In the posts explaining the evolution of global warming, I very often refer to the Keeling Curve which shows the concentrations of CO2 on Mauna Loa, a volcano which rises to 4,169 metres on Hawaii Big Island

It all started on Mauna Loa in 1956 when a new high altitude observatory was built, the Mauna Loa Observatory (MLO), now managed by the National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).

The observatory was not built at the top of this active volcano because the eruptions that shake it from time to time would probably have disrupted the measurements. It was therefore implanted a little lower, on the northern flank, at an altitude of 3,397 metres. Atmospheric CO2 measurements have made it possible to see and then understand the ongoing climate change.

From their start in 1958, CO2 measurements carried out at MLO by Charles Keeling showed a very high content (or concentration) of carbon dioxide or CO2 in the atmosphere. It is expressed in ppm, or parts per million. The Keeling Curve shows us the CO2 concentrations long before the construction of the MLO. The data was obtained from analyzes of old ice cores. Note that in May 2019 the Curve exceeded 415 ppm of CO2 in the atmosphere, which dates back to the Pliocene, 3 million years ago. The temperatures were then 3 to 4 degrees Celsius higher than nowadays; trees were growing in Antarctica and the sea level was 15 metres higher than today.

On November 29th, 2020, the CO2 concentration in the atmosphere, averaged over the Earth by a network of observatories, reached 415.50 ppm. Also on a terrestrial scale, the increase in CO2 over the past year, between November 29th, 2019 and 2020, was 4.83 ppm (or 1.18%). It is huge and disturbing.

By clicking on the link below, you will have access to a small video in which Ralph, the son of Charles Keeling (deceased in 2005), shows how the measurements are made. The technique is the same as that developed by his father. When the first air samples were collected in 1958, CO2 concentrations reached 315 ppm They were 412.78 ppm on December 3, 2020!

The video is in English. Here is a short summary : To take a sample of the the air, Ralph uses a glass container with vacuum in it. When he opens the tap, the air and its CO2 flow into the container, which is closed and transported to the laboratory for analysis. Thanks to my permit to work in the Hawaii Volcanoes Park, I was lucky enough to be able to enter the lab and see the « manometer » used by Charles Keeling in the 1960s. After evacuation of the air and conservation of the CO2, analyzes make it possible to know the isotopic composition of the gas which has been sampled. This allows to know its origin (car exhaust, factory, ocean, etc.) https://youtu.be/dXBzFNEwoj8

Source : CLIMAT’O : le blog d’Alain GIODA, historien du climat.

Mauna Loa Observatory (Photo : C. Grandpey)

La Courbe de Keeling depuis ses origines

(Source : Scripps Institution of Oceanography / NOAA)

L’Observatoire Volcanologique de Yellowstone // Yellowstone Volcano Observatory

drapeau-francaisAu cours de son mois de sensibilisation à l’activité volcanique, l’USGS a consacré plusieurs articles aux observatoires gérés par cette institution. Le dernier en date est celui de Yellowstone. Contrairement à ses homologues, le Yellowstone Volcano Observatory (YVO) est un observatoire « virtuel », ce qui signifie qu’il n’y a pas de bâtiment à l’intérieur du Parc. [NDLR :Il y a quelques années, un bureau existait encore sur le site des Mammoth Hot Springs, mais il est vide actuellement.]
L’Observatoire de Yellowstone a été fondée en 2001 pour une meilleure surveillance de l’activité volcanique et sismique dans le Parc National. Il s’est agrandi en 2013, année où il a regroupé huit institutions: les trois premiers partenaires (l’USGS, le National Park Service et l’Université de l’Utah), des universités et des laboratoires géologiques du Montana, du Wyoming et de l’Idaho, ainsi que l’UNAVCO dont la spécialité est l’étude de la déformation des sols. Cette approche collaborative permet de mieux contrôler les processus et les risques géologiques sur les volcans actifs.
Ces différents partenaires se partagent les tâches d’installation et de maintenance des équipements dans la région de Yellowstone. Ainsi, l’Université de l’Utah s’occupe du réseau sismique, l’UNAVCO gère le réseau GPS et d’autres données de déformation, tandis que l’USGS contrôle les températures et les fluides hydrothermaux dans le parc national [NDLR : C’est dans ce cadre que j’ai collaboré aux contrôle des températures dans le Parc il y a quelques années]. Les données  satellitaires et GPS renseignent sur les déformations de la caldeira de Yellowstone tandis que les stations sismiques contrôlent les milliers de séismes enregistrés chaque année dans le Parc. Au cours des dernières décennies, on a pu observer que la caldeira se soulevait et s’abaissait de plusieurs centimètres par an, souvent avec l’apparition d’une sismicité intense.
Une période de déformation spectaculaire s’est produite en 2013-2014, lorsque le Norris Geyser Basin a commencé à se soulever de plusieurs centimètres par an. Le phénomène a duré jusqu’au 30 mars 2014, jour où un séisme de M 4.8 a été enregistré ; c’était l’événement le plus significatif dans la région depuis 1980!
Immédiatement après ce séisme, l’inflation a cessé et le sol s’est abaissé. Les scientifiques pensent que l’inflation a été causée par l’accumulation de fluides sous le Norris Geyser Basin. Le séisme a marqué l’évacuation d’un bouchon dans le système hydrothermal, ce qui a permis aux fluides accumulés de s’évacuer et au sol de s’abaisser.
Il convient de noter que cette même zone a recommencé à se soulever au début de l’année 2016, mais de façon moins spectaculaire qu’en 2014. Au cours des derniers mois, l’inflation a considérablement ralenti et aucun séisme significatif n’a été observé en 2016.

Outre le travail d’observation dans le Parc, l’Observatoire de Yellowstone est également responsable du suivi de l’activité volcanique dans le Montana, le Wyoming, l’Utah, le Colorado, le Nouveau Mexique et l’Arizona. Tous ces Etats possèdent des volcans qui sont entrés en éruption au cours des derniers millénaires, comme le Sunset Crater en Arizona, qui s’est manifesté en 1085 de notre ère.
Des informations erronées sont parfois diffusées par les médias. En avril 2014, des touristes ont vu courir un troupeau de bisons [scène fréquente dans le Parc !] qui semblaient en proie à la panique. La nouvelle s’est répandue qu’ils sentaient venir une éruption, ce qui, bien sûr, était complètement faux!

http://www.ajc.com/news/national/buffalo-running-from-yellowstone-feared-sign-pending-eruption/g5459ZGAVaHng9Tdyy9aTO/

En juillet de la même année, on a vu fondre le goudron d’une route dans le Parc, événement qui a donné naissance à une foule d’articles dans la presse, certains d’entre eux affirmant qu’une éruption était sur le point de se produire!
https://youtu.be/GHTpQ8xsOSI

Vous obtiendrez des informations fiables sur l’activité volcanique dans le Parc National de Yellowstone en cliquant sur ce lien:
Https://volcanoes.usgs.gov/volcanoes/yellowstone/

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drapeau-anglaisDuring its Volcano Awareness Month, USGS dedicated several articles to the observatories it manages. The last one was about Yellowstone. Unlike the other USGS volcano observatories, the Yellowstone Volcano Observatory (YVO) is a “virtual” observatory, meaning that there is no physical building.

YVO was founded in 2001 to strengthen the monitoring of volcanic and earthquake activity in the Yellowstone National Park region. It was expanded in 2013 into a consortium of eight organizations: the original three partners (USGS, National Park Service, and University of Utah), plus universities and state geological surveys in Montana, Wyoming, and Idaho, and UNAVCO (a consortium specializing in the study of ground deformation). This collaborative approach to volcano observation ensures better study and monitoring of active geologic processes and hazards.

The YVO consortium shares the task of establishing and maintaining equipment in the Yellowstone region. For example, the University of Utah operates the Yellowstone seismic network, UNAVCO works with GPS and other deformation data, and the USGS uses temperature and stream gages to track changes in hydrothermal activity throughout the National Park. GPS and satellite radar data indicate deformation of the Yellowstone caldera, and ground-based seismic stations monitor the occurrence of thousands of earthquakes in any given year. Over the past several decades, the caldera has been observed to rise and fall by several centimetres per year, often accompanied by intense seismicity.

A recent spectacular period of deformation occurred in 2013–2014, when the Norris Geyser Basin began to uplift suddenly by several centimetres per year. The uplift lasted until March 30th, 2014, when an M 4.8 earthquake occurred, the largest earthquake in the region since 1980!

Immediately thereafter, the region began subsiding. Scientists believe that the uplift was caused by fluid accumulation beneath the Norris area. The earthquake represented the breaking of a seal in the hydrothermal system, which allowed the accumulated fluid to drain away and the ground to subside.

It’s worth noting that the same region began uplifting again in early 2016, although the rate was slightly less than that in 2014. In the last few months, the rate of uplift has slowed considerably. No strong earthquakes have occurred in the region thus far.

Although Yellowstone is clearly the focus of YVO’s monitoring and research efforts, the observatory is also responsible for tracking volcanic activity in Montana, Wyoming, Utah, Colorado, New Mexico, and Arizona. Each of these states is home to volcanoes that have erupted within the past few thousand years, like Sunset Crater in Arizona, which erupted in 1085 A.D.

 Incorrect news is sometimes spread by the media. In April 2014, tourists could see a herd of buffaloes that seemed to be running in a panic. News spread that they were sensing an eruption, which, of course, was completely wrong! http://www.ajc.com/news/national/buffalo-running-from-yellowstone-feared-sign-pending-eruption/g5459ZGAVaHng9Tdyy9aTO/

In July of the same year, a road was seen melting in the Park, which triggered a stream of articles in the press, some of them asserting that an eruption was about to occur!

https://youtu.be/GHTpQ8xsOSI

You will get reliable news about volcanic activity in Yellowstone National Park by clicking on this link:

https://volcanoes.usgs.gov/volcanoes/yellowstone/

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Norris Geyser Basin, l’une des zones les plus chaudes de Yellowstone.

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Scène de la vie quotidienne à Yellowstone…

(Photos: C. Grandpey)

 

Hawaiian Volcano Observatory (HVO): Bye bye Jim !

drapeau francaisVous n’avez probablement jamais entendu parler de Jim Kauahikaua. Cependant, cet homme discret a joué un rôle important dans la volcanologie en tant que scientifique responsable de l’Observatoire des Volcans d’Hawaii.
Jim, avec sa légendaire barbe et queue de cheval, a rejoint le personnel du HVO comme géophysicien en 1988. Ses recherches ont porté sur le magnétisme, la gravité et la résistivité électrique sur les volcans, ainsi que sur des techniques pour évaluer les risques des coulées de lave et leur quantification. Le 3 octobre 2004, Jim est devenu le 19ème  scientifique à la tête du HVO, le premier d’ascendance hawaïenne. Quand il se retirera le 8 mars, il aura passé plus de 10 ans à la tête du HVO, l’une des durées de responsabilité les plus longues de l’histoire de l’Observatoire. Le nom de son successeur sera cette semaine. Toutefois, Jim ne quittera pas complètement le HVO; il fera toujours partie du personnel en tant que un géophysicien-chercheur.
Depuis 2004, Jim a assisté à des changements majeurs dans les technologies de surveillance de l’activité sismique et volcanique. Les réseaux de surveillance ont été élargis et entièrement numérisés. Des réseaux de télémétrie ont été ajoutés pour assurer une connectivité en temps quasi-réel entre le HVO et les instruments de contrôle (plus d’une centaine) sur les volcans actifs de l’archipel hawaiien.
Un événement important dans le mandat de Jim Kauahikaua a été le centenaire du HVO en 2012. Il a mis en place une journée portes ouvertes qui a accueilli plus de 1400 habitants d’Hawaï et d’autres visiteurs. Il a aussi encouragé l’organisation d’un colloque international de volcanologues axé sur l’étude des volcans et des séismes à Hawaii.
J’ai rencontré Jim Kauahikaua au HVO en 2007 quand j’ai commencé mon travail de recherche sur le processus de refroidissement de la lave (voir résumé dans la colonne de gauche de ce blog). Je me souviens d’un homme très discret mais réceptif qui m’a montré des centaines de diapositives de coulées de lave sur le Kilauea. Il m’a aussi donné des conseils qui m’ont beaucoup aidé dans mon travail sur le terrain.

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drapeau anglaisYou probably never heard about Jim Kauahikaua. However, this discreet man played an important part in volcanology as the scientist in charge of the Hawaiian Volcano Observatory in Hawaii.

Jim, known for his beard and ponytail, joined HVO’s staff as a geophysicist in 1988.  His research focused on magnetic, gravity, and electrical resistivity studies of Hawaiian volcanoes and techniques for assessing lava flow hazards and quantifying lava flow emplacement. On October 3rd, 2004, Jim was named HVO’s 19th Scientist-in-Charge, the first of Hawaiian ancestry. When he steps aside on March 8th, he will have served as lead scientist for more than 10 years, one of the longest terms in HVO’s history. The name of his successor will be revealed this week. Jim will not fully leave HVO; he will remain on the staff as a research geophysicist.

Since 2004, Jim has overseen substantial changes in HVO’s volcano and earthquake monitoring technologies and capabilities. Monitoring networks were expanded and made completely digital. Redundant telemetry paths were also added to ensure near-real-time connectivity between HVO and the more than 100 field-based monitoring instruments on Hawai’i’s active volcanoes.

A notable event in Jim Kauahikaua’s tenure as Scientist-in-Charge was HVO’s centennial celebration in 2012.  He guided plans for an open house, attended by more than 1,400 Hawai’i residents and visitors, and supported the organisation of an international gathering of volcanologists focused on the study of Hawaiian volcanoes and earthquakes.

I met Jim at HVO in 2007 when I started my research work on the cooling process of lava (see abstract in the left-hand column of this blog). I can remember a very discreet but receptive man who showed me hundreds of slides of Kilauea lava flows. He also gave me some tips to help me in my on-the-field work.

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Jim Kauahikaua  (Crédit photo:  USGS)

Alaska: L’Observatoire Volcanologique ne peut pas fonctionner correctement // AVO cannot work properly

drapeau francaisQuand je donne des nouvelles des volcans de l’Alaska, je me réfère toujours à l’Alaska Volcano Observatory (AVO) qui s’appuie sur un réseau d’instruments pour surveiller 32 volcans à travers le 49ème Etat de l’Union. Ces jours-ci, on peut lire sur le site de l’Observatoire : «Perte d’informations de surveillance essentielles des volcans en Alaska.»
En effet, des années de réductions budgétaires de la part du gouvernement fédéral ont entraîné l’arrêt complet des instruments de mesure sur cinq volcans. Sur les 200 appareils installés sur les volcans alaskiens, à peine la moitié fonctionnent normalement, même si la situation devrait s’améliorer sur certains d’entre eux une fois que la neige aura fondu sur les panneaux solaires qui les alimentent.
L’Aniakchak est l’un des cinq volcans sans surveillance sismique. Sa dernière colère en 1931 est considérée comme la deuxième plus grande éruption dans l’histoire de l’Alaska moderne. Le suivi de son activité n’est plus possible depuis la fin du mois de Janvier.
Fourpeaked, dans le Parc National du Katmai, à 320 km au sud-ouest d’Anchorage, est tombé en panne ce mois-ci.
L’équipement de surveillance installé sur trois autres volcans – Wrangell, Little Sitkin, Semisopochnoi – a cessé de fonctionner il y a plusieurs années.
D’autres volcans connaissent des pannes partielles de leur équipement.
Victime du manque de financement, l’AVO a privilégié le suivi des cinq volcans les plus dangereux de l’État, près d’Anchorage ou dans les îles Aléoutiennes : Spurr, Redoubt, Augustine, Akutan et Makushin.
L’industrie aéronautique en Alaska est très consciente des problèmes potentiels que peuvent poser les volcans. Comme je l’ai écrit dans une note précédente, l’éruption du Redoubt en 1989 a failli provoquer une catastrophe aérienne. Le volcan est également entré en éruption en 2009, entraînant des perturbations dans le trafic aérien pendant des semaines. Il n’est pas surprenant que toutes les compagnies aériennes surveillent de près les problèmes financiers de l’Observatoire.
On estime qu’une remise en état rapide du réseau de surveillance coûterait entre 2 et 2,5 millions de dollars supplémentaires par an. Avec 400 000 dollars supplémentaires, il faudrait plusieurs années avant que le système de surveillance soit remis à niveau.
Toutefois, le site web de l’AVO laisse à ses visiteurs un message rassurant :
« Nous continuons de surveiller tous les volcans de l’Alaska à l’aide des satellites et des données infrasoniques locales, et certains volcans en temps réel avec le GPS et les webcams. Bien que nous ne puissions pas prévoir les éruptions avec ces seules données, nous pouvons les détecter dans un délai de plusieurs dizaines de minutes à quelques heures dans certains cas. Cependant, la mauvaise météo, fréquente dans le Pacifique Nord, peut être un obstacle à la détection des éruptions importantes en utilisant ces sources de données alternatives ».

Sources : AVO & Anchorage Daily News.

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drapeau anglaisWhen giving news about Alaskan volcanoes, I always refer to the Alaska Volcano Observatory (AVO) which relies on a network of instruments to monitor 32 volcanoes around the state. These days, one can read on the Observatory’s website: « Loss of critical volcano monitoring information in Alaska. »

Years of federal funding cuts have caused ground instruments at five different volcanoes to fail completely. Of the 200 pieces of monitoring equipment stationed on Alaskan volcanoes, about half are working on any given day, though some are expected to return to functioning once snow melts off the solar panels that power them.

One of the five volcanoes without seismic monitoring is Aniakchak, which last erupted in 1931 in what’s considered the second largest eruption in modern Alaska history. It lost monitoring capacity at the end of January.

Fourpeaked volcano, in the Katmai National Preserve about 320 km southwest of Anchorage, dropped offline this month.

Monitoring equipment on three volcanoes – Wrangell, Little Sitkin, Semisopochnoi – failed in prior years.

Other volcanoes are experiencing partial failures of equipment.

Given funding shortfalls, AVO has prioritized monitoring for the state’s five most dangerous volcanoes near Anchorage or in the Aleutian Islands: Spurr, Redoubt, Augustine, Akutan and Makushin.

Alaska’s aviation industry is all too aware of the potential problems volcanoes can pose. As I put it in a previous note, the eruption at Mount Redoubt in 1989 nearly caused a major air disaster. The volcano erupted again in 2009, disrupting air travel for weeks. It is not surprising all air companies should be watching the Observatory’s funding situation closely.

It is estimated that bringing Alaska’s volcano monitoring network back on line quickly would take from 2 to 2.5 million dollars extra funding a year. With 400,000 dollars additional spending a year, it would take several years before monitoring comes back.

However, the Alaska Volcano Observatory’s website leaves users with a reassuring message:

« We continue to monitor all Alaskan volcanoes with satellite and regional infrasound data and some with real-time GPS and webcams. Although we cannot forecast eruptions with these data, we may detect eruptions with a delay of tens of minutes to hours in some cases. However poor weather, common in the North Pacific, can also prohibit detection of significant eruptions using these alternate data sources. »

Sources: AVO & Anchorage Daily News.

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Le Wrangell:  Un volcan sans surveillance  (Photo:  C.  Grandpey)

 

 

Conférence sur Yellowstone

drapeau francaisAu cours d’une conférence qui aura lieu jeudi soir à 18 heures (3 heures du matin le vendredi, heure française) en Californie, Jake Lowenstern, responsable de l’Observatoire de Yellowstone, fera part à son auditoire des dernières informations sur l’activité sismique, les déformations du sol et les sources hydrothermales dans le Parc.

Il parlera également de l’histoire géologique du Parc National de Yellowstone et expliquera comment les scientifiques contrôlent la région et les autres volcans afin de prévoir les éruptions.

Vous pourrez assister en direct à cette conférence en cliquant sur ce lien.

http://online.wr.usgs.gov/calendar/live.html

Au cas où vous dormiriez, une rediffusion est prévue avec ce lien:

http://online.wr.usgs.gov/calendar/current.html

J’essaierai de trouver un moment pour me connecter et mettre en ligne un résumé des propos de Jake Lowenstern.

En attendant cette conférence, vous pouvez vous connecter sur le site de l’Observatoire de Yellowstone qui fournit une foule d’informations intéressantes :

http://volcanoes.usgs.gov/observatories/yvo/index.html

drapeau anglaisDuring a talk due to take place at 6 p.m. (3 a.m. French time on Friday) on Thursday night in California, Jake Lowenstern, scientist-in-charge of the Yellowstone Volcano Observatory, will inform the audience about what is happening now with earthquakes, ground uplift and hydrothermal activity in the Park.

He will also talk about the geological history of Yellowstone National Park and how scientists are monitoring the area and other volcanoes in order to forecast future eruptions.

You can live-stream the event by clicking on this link: http://online.wr.usgs.gov/calendar/live.html

If you are sleeping, you will be able to see the talk later on with this link:

 http://online.wr.usgs.gov/calendar/current.html

I’ll try to find a moment to log on and then write a summary of Jake Lowenstern’s talk.

Waiting for the talk, you can log on to the Observatory’s website. You will find a lot of interesting information about the Park.

http://volcanoes.usgs.gov/observatories/yvo/index.html

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Imperial Geyser  (Photo:  C.  Grandpey)

Alaska Volcano Observatory

drapeau francaisTrès souvent, quand je donne des nouvelles des volcans de l’Alaska, je me réfère à l’Alaska Volcano Observatory (AVO) qui les supervise, en particulier ceux des îles Aléoutiennes. Il y a quelques jours, le Hawaiian Volcano Observatory (HVO) a consacré un article à l’AVO qui a célébré son 25ème anniversaire en Avril 2013.
L’AVO a eu beaucoup de travail au cours de ce quart de siècle car plus de 70 épisodes d’éruption ou de simple activité ont agité près de 30 volcans de l’Alaska.
L’événement le plus spectaculaire fut sans aucun doute l’éruption du Mont Redoubt en 1989-1990. En effet, un nuage de cendre a presque fait s’écraser un Boeing 747 transportant 244 personnes qui se dirigeait vers Anchorage. Les quatre moteurs ont vu leur puissance diminuer rapidement. Après une descente vertigineuse jusqu’à 1.200 mètres seulement du sol, les pilotes ont réussi à redémarrer les moteurs et atterrir sans encombre.
Cet événement a eu pour conséquence l’intensification de la surveillance des volcans historiquement et potentiellement actifs de l’Alaska avec l’augmentation du nombre d’instruments au sol et l’utilisation des ressources satellitaires. Ainsi, le nombre de sismographes est passé de 4 en 1995 à 29 en début de 2013, un exploit remarquable compte tenu de la grande longueur de la chaîne volcanique qui s’étend de Cook Inlet jusqu’aux îles Aléoutiennes sur plus de 2.500 km.
L’utilisation des ressources satellitaires a été intensifiée dans un triple but : (1) détecter les signes de réveil des volcans, (2) identifier et suivre le déplacement des nuages ​​de cendre d’un volcan en éruption et ( 3 ) développer des modèles informatiques pour prévoir la trajectoire de la cendre.
Au cours de l’éruption du Redoubt en 1989-90, l’AVO a mis en place un nouveau schéma de couleurs avec 4 niveaux (vert, jaune, orange, rouge) pour communiquer la situation immédiate ou le niveau de risque d’un volcan de manière simple et cohérente. Cet ensemble de couleurs a finalement été approuvé par l’Organisation Internationale de l’Aviation Civile et est désormais utilisé par les observatoires volcanologiques du monde entier.
Le système d’alerte standardisé a permis la création du Service de Notification Volcanique (VNS) qui envoie des e-mails aux abonnés sur l’activité des volcans américains. Pour vous abonner, il suffit d’aller sur le site volcanoes.usgs.gov/vns/. Il y a maintenant près de 4500 abonnés depuis qu’il a été mis en place pour le public en 2012. Je suis l’un d’entre eux !
Cette année, l’AVO a lancé un nouvel outil informatique afin d’améliorer la collecte en temps réel d’informations concernant les retombées de cendre. Le service permet aux gens d’envoyer des rapports sur la date et le lieu des chutes de cendre, ainsi que l’épaisseur du dépôt. Ces témoignages aident les scientifiques à mieux identifier la trajectoire et l’évolution des nuages ​​de cendre, quantifier les dépôts de cendre, et améliorer les messages d’alerte. Ils viennent en complément de l’imagerie satellite et des modèles informatiques utilisés pour prévoir quand et où la cendre ira et donc quelle région sera concernée par les retombées.

 

drapeau anglaisVery often, when giving news about Alaskan volcanoes, I refer to the Alaska Volcano Observatory (AVO) that supervises the volcanoes of the region, especially the Aleutians. A few days ago, the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) dedicated an article to AVO that celebrated its 25th anniversary in April 2013.

These years kept AVO quite busy as more than 70 episodes of eruption of unrest from nearly 30 different Alaskan volcanoes were recorded during that quarter century.

The most dramatic event was undoubtedly the 1989-90 eruption of Mount Redoubt. Indeed, an ash cloud nearly brought down a Boeing-747 jetliner carrying 244 people as it descended into Anchorage. The plane quickly lost power to all four engines. After a steep and terrifying descent to within 1,200 metres of the ground, the pilots were able to restart the engines and land safely at Anchorage airport.

This event led to an aggressive effort to scale-up the monitoring of Alaska’s historically active and potentially active volcanoes by increasing the number of ground-based instruments and the use of satellite resources. Thus, the number of seismic instruments increased from 4 in 1995 to 29 in early 2013, a remarkable feat, given the great length of the volcanic chain that stretches from Cook Inlet to the Aleutian Islands over more than 2,500 km.

The use of satellite resources was intensified as well in order to (1) detect signs of unrest; (2) identify and track ash clouds from an erupting volcano and (3) advance computer models used to forecast the path of ash.

During the 1989-90 Redoubt eruption, AVO implemented an innovative 4-level colour scheme (Green, Yellow, Orange, Red) for communicating the immediate status or hazard level of the volcano in a simple, consistent manner. This colour scheme was eventually endorsed by the International Civil Aviation Organization for use by volcano observatories worldwide.

The standardized alert system enabled the creation of the Volcano Notification Service (VNS) that sends emails to subscribers about volcanic activity at monitored U.S. volcanoes. To subscribe, visit volcanoes.usgs.gov/vns/. There are now nearly 4,500 subscribers since it was launched for the public in 2012. I am one of them!

This year, AVO launched a new Web tool called “Is Ash Falling?”to help improve the collection of ashfall information in near real-time. The service allows people to report on the timing and location of ashfall and the thickness of the deposit. These firsthand accounts of ashfall information help scientists better identify the path of developing ash clouds, quantify ash deposition, and improve warning messages about ash. They come as a complement to satellite imagery and computer models used to forecast when and where ash will go and what areas it will affect.

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L’Iliamna, le Redoubt et l’Augustine figurent parmi les principaux volcans surveillés par l’AVO.

(Photos:  C.  Grandpey)

Hawaiian Volcano Observatory

L’ Hawaiian Volcano Observatory (HVO) est l’un des plus actifs au monde et sûrement celui qui a établi les meilleurs liens avec le public. 2012 marquait le centième anniversaire de sa création sous la houlette de Thomas A. Jaggar. L’événement a été marqué par des expositions, des conférences et des journées « portes ouvertes » qui ont permis à plus de 1400 personnes d’observer les équipements utilisés par les scientifiques pour contrôler l’activité volcanique. A l’occasion de cet anniversaire, le HVO a réalisé une plaquette intitulée “The Story of the Hawaiian Volcano Observatory—A Remarkable First 100 Years of Tracking Eruptions and Earthquakes” que l’on pourra consulter à cette adresse: pubs.usgs.gov/gip/135/

L’année 2013 sera tout aussi active au HVO. Elle marquera le 30ème anniversaire du début de l’éruption du Kilauea le 3 janvier 1983. Ce sera aussi le 5ème anniversaire de l’éruption  sommitale actuelle qui a commencé le 19 mars 1998.

Comme je le disais à Jim Kauahikaua, responsable du HVO, lors de ma dernière visite à Hawaii, les scientifiques présents sur la Grande Ile ont vraiment beaucoup de chance ! Contrairement à d’autres observatoires comme celui de la Réunion où l’activité volcanique est ponctuelle, il se passe toujours quelque chose sur le Kilauea, que ce soit dans le cratère de l’Halema’uma’u, celui du Pu’uO’o, ou sur la plaine côtière.

Un concours de dessins a été organisé auprès des établissements scolaires hawaiiens au moment du Centenaire de l’Observatoire. La réalisation qui a remporté le 1er prix est très révélatrice (voir ci-dessous). On y voit les hélicoptères qui tournent autour du volcan en éruption, tandis que des guerriers hawaiiens essayent de défier le feu de la Terre, nous rappelant à quel point les traditions sont ancrées sur la Grande Ile. Pele n’est pas une déesse pour touristes !

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(Avec l’aimable autorisation du HVO)