Le Nyiragongo (RDC) à nouveau une menace pour Goma? // Nyiragongo (DRC) again a threat to Goma?

Selon un article publié sur le site Science le 13 octobre 2020, le niveau du lac de lave au fond du cratère du volcan Nyiragongo (République Démocratique du Congo) s’élève dangereusement, avec une menace possible pour la ville de Goma.
En 2002, lors de la dernière éruption du Nyiragongo (3470 m), la lave a dévalé les flancs du volcan et est entrée dans la ville de Goma (599 000 habitants), à la frontière entre le Congo et le Rwanda. Environ 250 personnes sont mortes, 20% de la ville a été détruite et des centaines de milliers d’habitants ont fui. Le lac de lave dans le cratère s’est vidangé en quelques heures en donnant naissance à des rivières de lave fluide dont la vitesse atteignait parfois 60 kilomètres à l’heure. Les coulées de lave se sont empilées en couches jusqu’à 2 mètres d’épaisseur à Goma ; elles ont également édifié un nouveau delta de 800 mètres de large dans le lac Kivu.
Dario Tedesco, volcanologue à l’Université Luigi Vanvitelli de Campanie, explique que les conditions sont réunies pour que se produise une autre catastrophe. Il a commencé à observer le volcan au milieu des années 1990, au moment où les réfugiés qui fuyaient le génocide au Rwanda venaient gonfler la population de Goma. Les Nations Unies ont alors sollicité son avis sur les risques posés par le volcan.
Tedesco et ses collègues ont récemment observé le lac de lave et ont déclaré qu’il se remplissait à un rythme inquiétant. Le danger est que, comme en 2002, la lave éventre les parois du cratère et dévale les pentes du volcan. La dernière analyse des données indique que le risque maximal se situera dans 4 ans, même si l’on pense qu’un séisme est susceptible de déclencher une crise éruptive avant cette date.
Venant s’ajouter à ces inquiétudes, l’Observatoire Volcanologique de Goma (GVO), la seule station de surveillance de la région, vient de perdre son soutien financier de la Banque Mondiale. Depuis 2015, cette dernière a octroyé 2,3 millions de dollars à l’observatoire, dans le cadre d’un programme d’aide principalement destiné à reconstruire et protéger l’aéroport de la ville qui a été gravement endommagé lors de l’éruption de 2002. Mais cet apport financier est terminé.
Les volcanologues pensent que le système d’alimentation sous le Nyiragongo est peut-être en passe d’atteindre un point critique, comme il l’a fait avant l’éruption de 2002 et en 1977 auparavant. Dans les deux cas, le niveau du lac de lave s’est stabilisé plusieurs années avant l’éruption, avec la masse de la lave du lac qui  pesait sur le magma en dessous. Les éruptions ne se déclanchent pas tout de suite car le magma prend du temps pour forcer les fractures qui existent dans les parois du cratère. En supposant que le lac de lave cesse bientôt de monter, la période de danger maximal pour Goma pourrait être entre 2024 et 2027, sauf si un événement sismique majeur se produit d’ici là.
Le réseau de surveillance autour du volcan montre une activité sismique élevée et plusieurs essaims profonds. Cependant, on ne sait pas si ce type d’activité est normal ou inhabituel car on manque de données de comparaison avec l’activité antérieure du volcan. Il convient de noter qu’une période de tremor intense a été enregistrée des mois avant l’éruption de 2002, mais que rien de tel n’est détecté pour le moment.
Un problème avec la surveillance du Nyiragongo est le vandalisme, le vol et les dégâts causés par la foudre. Plusieurs sismomètres sont actuellement hors service. Les conflits qui agitent la région rendent les réparations de maintenance dangereuses. Au début de cette année, 13 gardes ont été tués dans une embuscade dans le Parc national des Virunga.
Source: Science.

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According to an article published on the website Science on October 13th, 2020, the lava lake within the crater of Nyiragongo volcano (Democratic Republic of Congo) is rising dangerously, with a possible threat to the city of Goma.

In 2002, the last time Nyiragongo (3470 m) erupted, lava rushed down its flanks and entered the city of Goma (pop. 599,000), on the border between Congo and Rwanda. About 250 people died, 20% of the city was destroyed, and hundreds of thousands fled. The lava lake within the crater drained in a matter of hours, releasing rivers of fluid lava that flowed as fast as 60 kilometres per hour. The lava piled up in layers up to 2 metres thick in Goma and created a new 800-metre-wide delta in nearby Lake Kivu.

Dario Tedesco, a volcanologist at the Luigi Vanvitelli University of Campania, explains that conditions are ripe for another disaster. He began to watch the volcano in the mid-1990s, when refugees, fleeing the genocide in nearby Rwanda, swelled Goma’s population. The United Nations sought his advice on the dangers of the volcano.

Tedesco and his colleagues have recently observed the lava lake and declared it is filling at an alarming rate. The danger is that, like in 2020, lava might burst through the crater walls and travel down the slopes of the volcano. The last analysis suggests peak hazard will arrive in 4 years, although it is believed an earthquake could trigger a crisis earlier.

Adding to the worries, the Goma Volcano Observatory (GVO), the only monitoring station in the region, is losing its financial support from the World Bank. Since 2015, the World Bank has given the observatory $2.3 million, as part of an aid package primarily intended to rebuild and protect the city airport, which was seriously damaged in the 2002 eruption. But that project has ended.

Volcanologists believe the feeding system beneath Nyiragongo may be reaching a critical point, as it did before the 2002 eruption and an earlier one in 1977. In both cases lava lake levels stabilized several years before the eruption as the mass of boiling lava weighed down on the magma below. The eruptions lagged because magma takes time to force open existing fractures. Supposing the lava lake stops rising soon, the period of peak danger for Goma might be from 2024 to 2027, unless a major seismic event occurs before..

The seismic network around the volcano shows high earthquake activity and several deep swarms. However, one does not know how unusual the activity is because one lacks comparable, older data. It should be noted that sustained tremor activity was recorded months before the 2002 eruption, but nothing like that is detected for the moment..

A problem with the monitoring of Nyiragongo is vandalism, theft, and lightning damage. Several seismometers are currently out of action. The civil unrest in the region makes repairs dangerous. Earlier this year 13 park rangers were killed in an ambush in the surrounding Virunga National Volcano Park.

Source: Science.

Crédit photo : Wikipedia

Grímsvötn (Islande) : Une éruption à court terme? // An eruption in the short term?

Le Grímsvötn est un volcan sous-glaciaire islandais situé sous la partie nord-ouest de la calotte glaciaire du Vatnajökull. C’est un volcan basaltique avec une fréquence éruptive remarquable, la plus élevée de tous les volcans d’Islande. C’est la raison pour laquelle il est étroitement surveillé. Dans la mesure où la majeure partie du système volcanique se trouve sous le Vatnajökull, la plupart des éruptions sont sous-glaciaires. En conséquence, l’interaction du magma et de l’eau de fonte de la glace provoque une activité phréatomagmatique, donc explosive. Les éruptions provoquent régulièrement des crues glaciaires connues sous le nom islandais de jökulhlaup. Les éruptions font fondre suffisamment de glace pour remplir d’eau la caldeira du Grímsvötn. La pression exercée par cette eau peut être suffisante pour soulever brutalement la calotte glaciaire et permettre à d’énormes quantités de s’échapper rapidement.

Comme je l’ai écrit dans ma note du 2 octobre 2020 sur les «Volcans du monde», l’Icelandic Met Office (IMO) a fait passer la couleur de l’alerte aérienne du Grímsvötn du Vert au Jaune en raison d’une hausse d’activité révélée par plusieurs paramètres géophysiques et géochimiques qui se situent actuellement au-dessus de la normale.
Il est utile de rappeler au public que le code couleur de l’alerte aérienne fait partie d’un système international destiné à alerter les pilotes sur l’activité volcanique et le danger qu’elle peut créer, notamment en ce qui concerne les cendres en suspension dans l’air qui peuvent endommager les moteurs des aéronefs.. L’objectif est également de préparer les services aéronautiques à une éventuelle éruption. Bien que le code soit désormais Jaune, il n’est pas interdit aux avions de survoler le Grímsvötn.

Selon l’IMO, la hausse d’activité du Grímsvötn se manifeste de la façon suivante:
La sismicité au cours du mois dernier a été supérieure à la moyenne.
L’activité géothermale a augmenté au cours des derniers mois, avec des signes évidents d’approfondissement des chaudrons qui se sont creusés en plusieurs endroits de la caldeira.
La déformation de surface a dépassé son niveau d’avant l’éruption de 2011.
Des gaz magmatiques ont été détectés dans les émissions géothermales cet été.
Selon le Met Office, tous ces paramètres indiquent que le volcan a atteint un niveau d’activité comparable à celui observé avant les dernières éruptions. C’est pourquoi la couleur de l’alerte aérienne est passée au Jaune.

Cependant, cela ne signifie pas nécessairement qu’une éruption se produira et le volcan pourrait revenir à des conditions normales. En 2017, par exemple, la couleur de l’alerte aérienne était passée au  Jaune en raison d’une hausse d’activité observée sur le volcan Öræfajökull. Elle a ensuite été abaissée au Vert lorsque l’activité est redevenue normale.
Source: IMO
Nous sommes dans une situation similaire à celle du Piton de la Fournaise à La Réunion. Bien que le Grimsvötn soit bien surveillé et bien instrumenté, la prévision volcanique a atteint ses limites.

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Grímsvötn is a subglacial Icelandic volcano located under the northwestern side of the Vatnajökull ice cap. It is a basaltic volcano with the highest eruption frequency of all the volcanoes in Iceland. This is the reason why it is carefully monitored. Because most of the volcanic system lies underneath Vatnajökull, most eruptions have been subglacial and the interaction of magma and meltwater from the ice causes phreatomagmatic explosive activity. Eruptions regularly cause glacial outbursts known as jökulhlaup. Eruptions melt enough ice to fill the Grímsvötn caldera with water, and the pressure may be enough to suddenly lift the ice cap, allowing huge quantities of water to escape rapidly.

As I put it in my post of October 2nd, 2020 about “Volcanoes of the world” , the Icelandic Met Office (IMO) has raised the aviation colour code for Grímsvötn volcano from green to Yellow due to a gradually increasing activity revealed by several geophysical and geochemical parameters that are now above background level.

It is useful to remind the public that the Aviation Color Code belongs to an international system intended to alert pilots about the status of volcanic activity and the danger it can create, especially with regard to airborne ash hazards. The goal, too, is for aviation services to be prepared for a potential eruption. Although the code is now Yellow, aircraft are not prohibited from flying over Grímsvötn. Aviation services have just been made aware of the situation.

According to IMO, the increasing activity in Grímsvötn is manifested by the following:

Seismicity during the past month has been above average.

Geothermal activity has increased over the past months with clear signs of deepening cauldrons in several places around the caldera.

The surface deformation has exceeded the level it was at prior to the 2011 eruption.

Magmatic gases were measured in the geothermal emissions this summer.

According to the Met Office, all these parameters indicate the volcano has reached a level of unrest comparable to that noted prior to previous eruptions. This is the reason why the aviation colour code has been raised to Yellow. However, this does not necessarily mean an eruption will occur and the volcano could turn back to normal conditions. In 2017, for example, a Yellow aviation colour code was activated due to activity in Öræfajökull volcano. It was later lowered to Green when activity returned to normal.

Source: IMO.

We are in a situation similar to that of Piton de la Fournaise on Reunion Island. Although Grimsvötn is well monitored, volcanic prediction has reached its limits.

Source : IMO

Piton de la Fournaise : Pétera, ou pétera pas? // An eruption, or no eruption?

Dans son bulletin du 3 octobre 2020, l’OVPF indique qu’une activité sismique est toujours enregistrée sous le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion), en particulier sous la zone sommitale et le flanc Est (voir les détails de cette sismicité sur le site web de l’Observatoire).

A côté de cette sismicité, des déformations sont toujours observées. Elles ont diminué sur le flanc Est du volcan mais ont repris sous la zone sommitale. S’agissant du flanc Est, la station GPS « GPNG » de l’OVPF localisée dans la partie haute des Grandes Pentes, à 1414 m d’altitude, a glissé d’environ environ 73 cm depuis le début de la crise et s’est soulevée d’environ 26 cm au cours de la même période.

Les concentrations en CO2 dans le sol sont en augmentation en champ lointain, paramètre souvent associé à une remontée de magma depuis le manteau.

La sismicité et les déformations sous le flanc Est montrent que l’intrusion magmatique est encore active et peut déboucher sur une éruption. Certains Réunionnais expliquent que la crise sismique exceptionnellement longue qui s’est produite lundi et mardi derniers rappelle celle de 2007 qui avait précédée « l’éruption du siècle ». En attendant, l’Enclos reste fermé au public.

Source : OVPF et presse locale.

La prévision éruptive montre ses limites, mais il faut reconnaître que le Piton de la Fournaise a un comportement particulièrement désarçonnant…

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In its update of October 3rd, 2020, OVPF indicates that seismic activity is still recorded under Piton de la Fournaise (Reunion Island), in particular under the summit area and the eastern flank (see the details of this seismicity on the Observatory’s website).

Alongside this seismicity, deformations are still observed. They have declined on the eastern flank of the volcano, but have started again in the summit area. As far as the eastern flank is concerned, the Observatory’s « GPNG » GPS station located in the upper part of the Grandes Pentes, at an altitude of 1,414 m, has slid by about 73 cm since the start of the crisis and risen by about 10 inches during the same period.

CO2 concentrations in the soil are increasing in the far field, a parameter often associated with  the ascent of magma from the mantle.

Seismicity and deformations beneath the eastern flank show that the magmatic intrusion is still active and may lead to an eruption. Some people on the island explain that the last seismic crisis reminds them of the 2007 crisis which preceded the “eruption of the century”. In the meantime, the Enclos remains closed to the public.

Source : OVPF and local newspapers.

Eruptive prediction is showing its limits, but one should admit that the Piton de la Fournaise behaves particularly puzzling way…

Photo : C. Grandpey

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Toujours pas d’éruption ! // Still waiting for an eruption !

8 heures (heure métropole – Heure Réunion -2) : Même si on observe une certaine diminution, la crise sismique qui a débuté il y a près de 48 heures se poursuit sur le Piton de la Fournaise et l’éruption se fait désirer. Plus de 2300 séismes ont été enregistrés par l’OVPF. Cette sismicité reste concentrée sous le sommet et sous le flanc Est du volcan entre 1,6 et 5,2 km de profondeur, ce qui ne correspond pas aux événements observés habituellement qui se situent au niveau de la mer. Les scientifiques de l’Observatoire commencent à se demander si une éruption va avoir lieu. On connaît le tempérament fantasque du Piton.

Au cours de la journée du 29 septembre, les déformations se sont poursuivies sur le flanc Est du volcan. Ainsi la station GPS localisée dans la partie haute des Grandes Pentes, à 1414 m d’altitude, a glissé vers l’est de 50 cm, soit 60 cm au total depuis le début de la crise, et s’est soulevée d’environ 20 cm depuis le début de la crise.

Un risque non négligeable est une éruption hors enclos. Comme le fait remarquer Aline Peltier, la directrice de l’OVPF, les fissures éruptives, fragilisées par les activités précédentes pourraient se prolonger au-delà du rempart. Toutefois, les paramètres actuels ne montrent pas un tel risque, mais il faut être vigilant. Les 10 membres de l’équipe de l’OVPF se relaient toutes les deux heures afin d’effectuer le suivi sur les écrans de contrôle, en plus des alarmes automatiques.

Source : Le Journal de l’Ile.

18 heures (heure Paris – 20 heures heure Réunion) : Cela fait maintenant 56 heures que le crise sismique a commencé sur le Piton de la Fournaise. Le record de 51 heures détenu par l’éruption de 2007 est donc battu. Cela suppose, évidemment, qu’il s’agit bien d’une crise sismique pré-éruptive, ce qui ne semble pas gagné car la sismicité a marqué le pas avec 237 événements volcano-tectoniques pendant la journée du 29 septembre. L’OVPF signale que l’inflation de l’édifice volcanique continue, ce qui trahit les mouvements du magma. La grande question est maintenant de savoir s’il parviendra à percer la surface. C’est une question à laquelle les instruments ne savent pas réponde. Ils nous renseignent sur les données physiques, mais pas sur les humeurs du Piton de la Fournaise. Peut-être faudra-t-il mettre en place une cellule psychologique pour étudier le tempérament de ce volcan particulièrement fantasque !

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8 a.m. (Paris time – Reunion time -2) : Even if it has somewhat decreased, the seismic crisis which began almost 48 hours ago continues on Piton de la Fournaise and everybody is waiting for an eruption. More than 2,300 earthquakes have been recorded by OVPF. This seismicity remains concentrated beneath the summit and the eastern flank of the volcano between 1.6 and 5.2 km deep, which does not correspond to the events usually observed which are located at sea level. OVPF scientists now wonder if an eruption will take place. We know the whimsical mood of this volcano.

During the day of September 29th, the deformations continued on the eastern flank of the volcano. Thus the GPS station located in the upper part of the Grandes Pentes, at 1,414 m a.s.l., has slipped towards the east by 50 cm, or 60 cm in total since the start of the crisis, and has risen by about 20 cm from the start of the crisis.
A non-negligible risk is an eruption outside the Enclos. As Aline Peltier, head of OVPF, points out, the eruptive fissures, weakened by previous activities, could extend beyond the rampart. However, the current parameters do not show such a risk, but one must be vigilant. The 10 members of the OVPF team take turns every two hours in order to follow up on the control screens, in addition to the automatic alarms.
Source: Le Journal de l’Ile.

6:00 p.m. (Paris time – 8:00 p.m. Reunion time): It has been 56 hours since the seismic crisis started on the Piton de la Fournaise. The record of 51 hours held by the 2007 eruption is therefore broken. This assumes, of course, that it is indeed a pre-eruptive seismic crisis, which does not seem to be so clear because seismicity has declined with 237 volcano-tectonic events on September 29th. OVPF reports that the inflation of the volcanic edifice continues, which betrays magma movements. The big question now is whether it will be able to break through the surface. This is a question the instruments cannot answer. They tell us about the physical data, but not about the mood of Piton de la Fournaise. It might be be necessary to set up a psychological cell to study the temper of this whimsical volcano!

Photo : C. Grandpey