Islande : Sortira ou sortira pas ? // Iceland : Will magma pierce the surface ?

6 heures (heure française) : Le magma va-t-il percer la surface quelque part sur la péninsule de Reykjanes ? C’est la question que se posent tous les volcanologues islandais, mais nos connaissances actuelles en volcanologie ne nous permettent pas d’y répondre.
Tous les instruments montrent que le magma se rapproche de la surface. L’activité sismique en cours montre probablement que le magma est en train de se frayer un chemin vers la surface et va déclencher une éruption volcanique. Les scientifiques locaux pensent que si une éruption se produit, elle aura lieu dans la zone située entre Litli-Hrútur et Keilir.
L’activité sismique a quelque peu diminué après minuit le 6 juillet 2023 avant de reprendre à nouveau et rester élevée. Il est toujours possible que cette activité cesse et qu’aucune éruption ne se produise. En d’autres termes, personne ne sait ce qui va se passer sur la péninsule de Reykjanes !

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11 heures (heure française) : Un séisme de magnitude M 4,5 a été enregistré à 3,2 km au nord-est d’Eldeon (environ 15 km au sud-ouest de la péninsule de Reykjanes) le 7 juillet au matin. Au total, 21 séismesont été signalés, avec des magnitudes supérieures à M 3.0 depuis 3 heures du matin aujourd’hui et la plupart d’entre eux se sont produits sur la dorsale de Reykjanes près d’Eldey.
Selon l’IMO, l’intrusion magmatique reste présente dans le secteur de Fagradalsfjall.

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14 heures (heure française) : Les dernières données montrent que le magma s’est accumulé à moins d’un kilomètre de profondeur dans la zone située entre les montagnes Keilir et Fagradalsfjall sur la péninsule de Reykjanes. Il semble que le flux de magma soit considérable. On a donc les signes d’une éruption qui semble imminente, mais le magma peut aussi rester sous terre sans qu’une éruption ne se produise.
Le Met Office islandais indique que l’activité sismique dans la zone située entre les montagnes Keilir et Fagradalsfjall continue de diminuer, mais qu’elle est « très similaire à l’éruption précédente de l’année dernière ». Les secousses continuent d’être de plus en plus superficielles, malgré la réduction de l’activité sismique. Selon l’IMO, i le magma atteint la surface, on peut s’attendre à ce que cela se produise dans les prochaines heures ou les prochains jours..
Environ 6 500 séismes ont été enregistrés depuis le début de l’essaim sismique sur la péninsule de Reykjanes le 4 juillet ; l’événement le plus important avait une magnitude de M 4,8. Le département de Protection civile a décrété un niveau d’Incertitude. La couleur de l’alerte aérienne au-dessus de Fagradalsfjall reste Orange. Il est déconseillé aux touristes de se rendre dans la région.
Personne ne sait si et quand une éruption peut se produire. Heureusement, si elle se produit, ce sera probablement dans une zone désertique semblable aux sites des deux dernières éruptions de 2021 et 2022.

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6:00 am (French time) : Will magma pierce the surface somewhere on the Reykjanes Peninsula ? This iis the question all Icelandic volcanologists are asking, but our current knowledge in volcanology does not allow us to answer it.

All instruments show that magma is getting close to the surface. As long as the seismic activity continues, it is likely that magma can break its way to the surface and initiate a volcanic eruption. Local scientists think that if an eruption begins, it will likely be in the area between Litli-Hrútur and Keilir.

Seismic activity somewhat descreased after midnight on July 6th, 2023, before starting again and it is still very high. There is always a chance that seismic activity will cease and that no eruption will occur. In other words, nobody knows what is going to happen on the Reykjanes peninsula !

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11 am (French time) : An M 4.5 magnitude earthquake was recorded 3.2 km northeast of Eldeon (about 15 km SW of the Reykjanes peninsula) on July 7th in the morning. In all, 21 quakes have been reported, with more than M 3.0 events since 3 am today and most of them occurred on the Reykjanes Ridge near Eldey.

According to IMO, there is no evidence of magma intrusion anywhere other than around Fagradalsfjall.

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02:00 pm (French time) : The latest data shows that magma has accumulated at less than one kilometre below the surface in the area between the mountains Keilir and Fagradalsfjall on the Reykjanes peninsula. It looks as if the flow of magma is considerable. These are strong signs that an eruption may be imminent, but magma may also remain underground without an eruption occurring.

The Icelandic Met Office indicates that seismic activity in the area between the mountains Keilir and Fagradalsfjall continues to decrease, but is “very similar to the previous eruption last year. The tremors continue to grow more shallow, despite the reduction in seismic activity. If the magma reaches the surface, we can expect it to happen in the next hours or days.”

About 6,500 earthquakes have been recorded since the earthquake swarm began on the Reykjanes Peninsula on July 4th, with the largest earthquake measuring M 4.8 in magnitude. The Department of Civil Protection has declared an Uncertainty level. The aviation color code code over Fagradalsfjall remains Orange. Travellers are advised against visiting the area.

Nobody knows if and when an eruption may occur. Fortunately, if it does happen, it will probably be in a desert area similar to the sites of the last two eruptions of 2021 and 2022.

Source: IMO

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde.

Une anomalie thermique a été détectée dans le cratère de l’Ubinas (Pérou) le 26 juin 2023 et a continué à être détectée périodiquement jusqu’au 4 juillet. De nombreux séismes volcano-tectoniques (VT) indiquant des fracturations de roches et des événements longue période (LP) indiquant le mouvement de gaz et de magma ont été enregistrés entre le 26 et le 28 juin. L’activité sismique s’est considérablement accrue les 29 et 30 juin, avec des séquences harmoniques indiquant l’ascension du magma. Des émissions de cendres continues ont été observées sur les images satellite et les images des webcams. Des retombées de cendres ont été signalées dans les zones sous le vent. Le niveau d’alerte a été relevé à Orange (le troisième niveau sur une échelle de quatre couleurs) le 30 juin 2023.
L’activité s’est considérablement intensifiée le 4 juillet 2023. L’IGP a enregistré des signaux sismiques associés à une activité explosive. Une explosion a éjecté des matériaux et un panache de cendres qui s’est élevé à 5,5 km au-dessus du sommet. D’importantes retombées de cendres ont été signalées dans de nombreuses localités situées à moins de 5 km du volcan.

Le gouvernement péruvien a déclaré l’état d’urgence pour une durée de 60 jours. Il permet au gouvernement de prendre des « mesures et actions exceptionnelles » pour contrer les risques liés à l’activité du volcan.
Quelque 2 000 personnes vivent dans les zones touchées par l’éruption. Les autorités locales n’ont pas ordonné d’évacuation, mais elles préparent des abris. Des centaines de personnes avaient été évacuées lors de l’éruption du volcan en 2019.
Source : IGP.

Image satellite de l’Ubinas transmise le 23 juin 2023 par de satellite Copernicus-Sentinal 2.

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Une nouvelle éruption va-t-elle se déclencher sur la péninsule de Reykjanes (Islande), dans le sillage de celles de 2021 et 2022 ? Au vu de l’activité sismique, le magma se situe à une profondeur d’environ deux kilomètres et une éruption pourrait donc se produire à très court terme. Le scénario ressemble à celui qui a précédé l’éruption dans la Meradalur en 2022
Un soulèvement régulier du sol est observé sur la péninsule de Reykjanes. La terre s’est soulevée de 2 à 2,5 centimètres depuis le début du mois d’avril 2023, signe que le magma s’accumule sous la surface. En particulier, on observe un soulèvement régulier dans le secteur de Fagradalsfjall, site des éruptions de 2021 et 2022. Cependant, le Met Office islandais (IMO) indique qu’il n’y a aucune indication qu’une éruption est imminente.
Il est utile de rappeler qu’une éruption a débuté sur la péninsule de Reykjanes le 19 mars 2021, la première dans la région depuis près de 800 ans. Elle a duré environ six mois, jusqu’en septembre 2021. Elle a été suivie d’une autre éruption, plus courte, au même endroit en 2022, qui a duré un peu plus de deux semaines. Selon les volcanologues, ces éruptions marquent probablement le début d’une période volcanique plus active sur la péninsule.
L’éruption de 2021 et celle de 2022 ont été précédées d’un soulèvement du sol et d’une forte sismicité ressentie dans le sud-ouest de l’Islande, ainsi que dans la région de la capitale. Un séisme de magnitude M 3,2 s’est produit sur la péninsule de Reykjanes, près du lac Kleifarvatn, le 28 juin 2023. Cependant, l’activité sismique a été relativement stable à Reykjanes ces derniers temps et il est difficile de dire s’il y aura une autre éruption sur la péninsule,
Source : IMO, Iceland Review.

Source : Icelandic Met Office.

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Le nombre de séismes d’origine volcanique peu profonds a progressivement augmenté à Kuchinoerabujima (Îles Ryukyu / Japon) entre le 17 et le 26 juin 2023, ce qui a incité la JMA à élever le niveau d’alerte à 2 (sur une échelle de 1 à 5). Entre le 26 et le 27 juin, 50 autres séismes volcaniques peu profonds ont été enregistrés. La JMA a alors relevé le niveau d’alerte à 3. Des séismes ont continué à être enregistrés pendant le reste de la semaine. La plupart des épicentres ont été localisés près du cratère Furudake, et certains près du cratère Shindake. Les données radar du 30 juin ont révélé une inflation dans une zone s’étendant sur plusieurs centaines de mètres autour du cratère Furudake. Il est demandé au public d’éviter les zones situées à moins de 2 km du cratère Shindake.
Source : JMA.

Image satellite de la zone volcanique transmise le 5 juin 2023 par le satellite Copernicus-Sentinel 2.

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Le San Cristobal (Nicaragua) est entré en éruption le 5 juillet 2023, avec des coulées pyroclastiques et d’énormes panaches de cendres (voir photo ci-dessous). L’INETER a intensifié la surveillance du volcan afin d’évaluer son comportement et de garantir la sécurité de la population proche de l’édifice volcanique.
La dernière éruption du San Cristobal a eu lieu le 26 juin 2022, avec des panaches de gaz et de cendres qui sont montés jusqu’à 1,5 km au-dessus du sommet.
Source : INETER.

Crédit photo : SINAPRED

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L’activité éruptive se poursuit sur le Mayon (Philippines). Les émissions de vapeur et de gaz s’élèvent jusqu’à 2,5 km au-dessus du cratère. Une lenteémission de lave continue d’alimenter le dôme qui continue de croître et les coulées qui progressent dans les ravines Mi-Isi (S) et du Bonga (SE) entre 1,6 km et 2,7 km. Le dôme reste instable et produit des éboulements incandescents et des coulées pyroclastiques qui peuvent atteindre 4 km depuis le cratère.
Le 3 juillet 2023, 18 717 personnes avaient été évacuées et 37 944 étaient affectées par l’éruption. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 0 à 5). Il est rappelé aux habitants de rester à l’écart de la zone de danger permanent (PDZ) de 6 km de rayon, et le PHIVOLCS conseille aux pilotes d’aéronefs d’éviter de voler à proximité du sommet du Mayon.
Source : PHIVOLCS.

Source: Phivolcs

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L’éruption du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) continue. Le front de la coulée de lave stagne au niveau des Grandes Pentes à environ 2 – 2,5 km de la RN2, Voir mes notes décrivant cet événement.

Dans son bulletin du 7 juillet 2023, l’OVPF indique que l’activité éruptive se concentre désormais sur un unique point d’émission localisé au sud-est de l’Enclos, vers 1700 m d’altitude, autour duquel un cône volcanique poursuit son édification. Seuls les bras de coulées situés en partie haute

des Grandes Pentes restent actifs L’amplitude du tremor est entrée dans une phase d’oscillations liée à la remontée périodique de paquets gazeux dans l’édifice volcanique. Il ne serait pas surprenant que l’éruption touche à sa fin.

La presse réunionnaise indique que, même si les coulées sont maintenant moins visibles depuis la RN2, cette Route des Laves est le cadre d’embouteillages et d’incivilités une fois que la nuit est tombée…

Photo: C. Holveck

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Il n’y a toujours pas d’éruption sur le Kilauea (Hawaï). Les images nocturnes des webcams montrent des points d’incandescence qui sont des restes de la dernière activité éruptive, mais la lave continue à se refroidir sur le plancher du cratère. L’activité sismique est faible. Les tiltmètres du sommet montrent une lente inflation depuis l’arrêt de l’activité éruptive. Aucune activité particulière n’a été observée le long de la zone de rift Est ou de la zone de rift Sud-Ouest.
Source : HVO.

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans.

Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous en trouverez d’autres (en anglais) en lisant le bulletin hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world.

A thermal anomaly was detected in the crater of Ubinas (Peru) on 26 June 2023 and continued to be periodically detected through 4 July.Numerous Volcano-tectonic (VT) earthquakes indicating rock fracturing and long-period (LP) earthquakes signifying the movement of gas and magma were recorded during 26-28 June. Seismic activity significantly increased during 29-30 June with harmonic tremor indicating rising magma. Ash emissions were continuously observed in satellite and webcam images. Ashfall was reported in downwind areas. The Alert Level was raised to Orange (the third level on a four-color scale) on 30 June 2023.
Activity significantly increased on 4 July. IGP recorded seismic signals associated with explosive activity. An explosion ejected material and an ash plume that rose 5.5 km above the summit. Significant ashfall was reported in numerous municipalities within 5 km from the volcano..

The Peruvian government declared a state of emergency that lasts 60 days. It allows the government to take « exceptional measures and actions » to counter risks from activity at the volcano.

Some 2,000 people live in the areas affected by the eruption. Local authorities have not ordered an evacuation for residents, but they are readying shelters. Hundreds of people were evacuated when the volcano erupted in 2019.

Source : IGP.

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Is another eruption going to start on the Reykjanes Peninsula (Iceland), in the wake of those of 2021 and 2022 ? In terms of seismic activity, the magma is located on the peninsula at a depth of about two kilometres and an eruption could occur in the very short term. The scenario looks similar to the one that preceded last year’s eruption.in Meradalur.

Increasing uplift has been measured on the Reykjanes peninsula. Land has risen between 2 and 2.5 centimetres since the beginning of April 2023, a sign that magma is collecting below the surface. In particular, there is steady uplift by Fagradalsfjall, the site of the 2021 and 2022 eruptions. However, the Icelandic Met Office (IMO) says there are no indications that an eruption is imminent.

It is useful to remember that an eruption began on the Reykjanes peninsula on March 19, 2021, the first in the area for nearly 800 years. It lasted around six months, until September 2021. It was followed by another, though shorter, eruption at the same location in 2022, lasting just over two weeks. Experts have stated that these eruptions likely mark the beginning of a more active volcanic period on the peninsula.

Both the 2021 eruption and 2022 eruption were preceded by uplift as well as strong seismicity felt across Southwest Iceland and the capital region. An M 3.2 earthquake occurred on the Reykjanes peninsula, by Kleifarvatn lake, on June 28th. . However, that ctivity has been fairly stable on Reykjanes recently and it is difficult to say whether there will be another eruption on the peninsula,

Source : IMO, Iceland Review.

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The number of shallow volcanic earthquakes gradually increased at Kuchinoerabujima (Ryukyu Islands / Japan) during 17-26 June 2023, prompting JMA to raise the Alert Level to 2 (on a scale of 1-5). Between 26 and 27 June, a total of 50 shallow volcanic earthquakes were recorded. JMA raised the Alert Level to 3. Earthquakes continued to be recorded during the rest of the week. Most epicenters were located near Furudake Crater, and some near Shindake Crater. Radar data from 30 June revealed inflation within an area extending several hundred meters around the Furudake crater. The public is asked to avoid areas within 2 km of Shindake.

Source : JMA.

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San Cristobal (Nicaragua) erupted on July 5th, 2023, producing pyroclastic flows and huge amounts of ash (see photo below). The Nicaraguan Institute of Territorial Studies (INETER) has intensified monitoring of the volcano to assess its behaviour and guarantee the safety of nearby population.

The last eruption of this volcano took place on June 26th, 2022, with gas-and-ash plumes that rose up to 1.5 km above the crater.

Source : INETER.

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Eruptive activity continues at Mayon (Philippines). Steam-and-gas emissions rise as high as 2.5 km above the crater. Slow lava effusion is still feeding the growing dome and flows that advance down the Mi-Isi (S) and Bonga (SE) drainages between 1.6 km and 2.7 km. The dome remains unstable and produces incandescent rockfalls and pyroclastic flows that sent material up to 4 km away from the crater.

As of 3 July 2023, 18,717 people were displaced from 26 barangays within the province of Albay, and overall 37,944 were affected. The Alert Level remains at 3 (on a 0-5 scale). Residents are reminded to stay away from the 6-km-radius Permanent Danger Zone (PDZ), and PHIVOLCS advises pilots to avoid flying close to the summit of Mayon.

Source : PHIVOLCS.

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The eruption of Piton de la Fournaise (Reunion Island) continues. The flow front is stagnating in the Grandes Pentes, around 2 – 2.5 km from RN2, See my posts describing this event.

In its bulletin of 7 July 2023, OVPF indicates that the eruptive activity is now concentrated on a single emission point located to the south-east of the Enclos, at around 1700 m above sea level. A volcanic cone is building up. Only the flow branches in the upper part of the Grandes Pentes
remain active. The amplitude of the tremor has entered a phase of oscillation linked to the periodic upwelling of gases into the volcanic edifice. The eruption may be coming to an end.

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There is currently no eruption at Kilauea (Hawaii). Overnight webcam views show some incandescence from previously erupted lava as it continues to cool on the crater floor. Seismic activitt is low. Summit tiltmeters have revealed gradual inflation since the pause in eruptive activity. No unusual activity has been observed along the East Rift Zone or Southwest Rift Zone.

Source : HVO.

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Activity remains globally stable on other volcanoes.

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

Un peu d’agitation en Islande // Some unrest in Iceland

Dans une note publiée le 22 octobre 2021, j’indiquais que l’Askja était étroitement surveillé et que la possibilité d’une éruption ne pouvait être écartée. Depuis le début du mois d’août 2021, l’inflation avait atteint 15 cm, soit une augmentation de 7 cm depuis le mois précédent. Elle était relativement stable, mais semblait ralentir. Selon le Met Office, cette inflation signifiait que le magma était en train de s’accumuler, très probablement à une profondeur de deux ou trois kilomètres.

Le 9 février 2023, le département de volcanologie et de risques naturels de l’Université d’Islande a publié une série d’images satellites de l’Askja sur sa page Facebook. On y voit des trous de fonte, plus grands que les années précédentes, dans la glace du lac. Les scientifiques disent que la grandeur des trous ne peut s’expliquer que par la chaleur produite par l’activité hydrothermale. En plus des trous dans la glace, les mesures GPS montrent que le sol autour d’Askja s’est soulevé d’environ 50 centimètres depuis août 2021, lorsque la surveillance du volcan a commencé. Cette inflation a évolué de manière relativement stable, avec peu d’activité sismique. En septembre 2021, une « phase d’incertitude » a été mise en place sur Askja en raison du soulèvement du sol.
La dernière éruption de l’Askja a eu lieu en 1961. Elle a duré 5 à 6 semaines et a produit environ 0,1 km3 de lave basaltique. Ce fut une éruption qualifiée de ‘modérée’. L’Askja entre en éruption en moyenne 2 à 3 fois par siècle.

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Il convient également de noter qu’un essaim sismique avec environ 70 événements a été enregistré dans la soirée du 10 février 2023 le long de la dorsale de Reykjanes. Huit secousses avaient une magnitude supérieure à M 3,0. L’événement le plus significatif mesurait M 3,8. La plupart des séismes avaient leurs épicentres à 4-5 km de la pointe sud de la péninsule, à des profondeurs de 4-7 km.
Selon le Met Office islandais, l’intensité et la fréquence des séismes ont considérablement diminué à mesure que la soirée avançait. Les secousses sismiques sont très fréquentes le long de la dorsale de Reykjanes et il n’y a aucun signe d’activité volcanique dans la région.

Source : Iceland Monitor, Iceland Review.

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In a post published on October 22nd, 2021, I indicated that Askja volcano was closely monitored ansd the possibility of an eruption could not be ruled out. Since the beginning of August 2021, inflation had amounted to 15 cm, an increase of 7 cm since a month before. The inflation was relatively steady, but probably slowing down. According to the Met Office, the inflation meant that magma was accumulating, most likely at a depth of two to three kilometers.

On February 9th, 2023, the Volcanology and Natural Hazard Group at the University of Iceland published a series of satellite images of Askja on their Facebook page, showing large thaw holes in the ice on the lake as compared to previous years. Scientists say that the holes are big and can only be explained by increased geothermal heat in the water.

Together with the thaw holes, GPS measurements show that the land around Askja has risen about 50 centimeters since August 2021, when monitoring began. The development has been relatively steady, with little seismic activity. In September 2021, an “uncertainty phase” hzad been declared on Askja due to the uplift that remains in effect.

The last eruption at Askja occurred in 1961. It lasted 5-6 weeks and produced about 0.1km3 of basaltic lava. It was considered a moderate eruption. Askja erupts on average 2-3 times every century.

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It should also be noted that a seismic swarm vith about 70 events was recorded in the evening of February 10th, 2023 along the Reykjanes Ridge. Eight of the quakes were over M 3.0 in magnitude. The largest event measured M 3.8. Most of the earthquakes are centered 4-5 km from the southernmost tip of the peninsula, at depths of 4-7 km.

According to the Icelandic Met Office, the intensity and frequency of the earthquakes significantly decreased as the evening progressed. Seismicity is very common along the Reykjanes Ridge and there were no indications of volcanic unrest in the area.

Source : Iceland Monitor, Iceland Review.

Image satellite de l’Oskjuvatn le 8 février 2023

Vue de la caldeira de l’Askja avec l’Oskjuvatn et le Viti (Photo : C. Grandpey)

Approche scientifique de l’éruption islandaise de 2021 // Scientific approach of the 2021 Icelandic eruption

Nous ne savons pas prévoir les éruptions, mais nous savons décrire le déroulement des événements éruptifs.
Des scientifiques de l’Université d’Islande et du Met Office islandais (IMO) ont publié deux articles dans la revue Nature, dans lesquels ils présentent le fruit de leurs observations lors de l’éruption de Fagradalsfjall en 2021. C’était la première éruption sur la péninsule de Reykjanes après 800 ans de calme volcanique.
Les études montrent que les précurseurs de l’éruption islandaise étaient différents de ceux qui ont précédé de nombreuses autres éruptions à travers le monde, et que la composition de la lave a évolué au fur et à mesure que l’éruption progressait.
Les chercheurs ont analysé l’activité sismique sur la péninsule de Reykjanes. Elle a commencé en décembre 2019, a culminé avec l’éruption du 19 mars 2021 et s’est poursuivie pendant environ six mois.

L’un des articles – intitulé « La déformation et le déclin de la sismicité avant l’éruption de Fagradalsfjall de 2021 » – s’attarde sur les précurseurs de l’éruption et montre dans quelle mesure ils diffèrent des précurseurs de nombreuses autres éruptions dans le monde.
Il y a eu une activité sismique intense sur la péninsule de Reykjanes dans les semaines qui ont précédé l’éruption de 2021, avec une libération de contraintes tectoniques dans la croûte terrestre. Cependant, pendant plusieurs jours avant l’éruption, la déformation du sol et l’activité sismique ont diminué dans la zone autour du site de l’éruption. Ce schéma précurseur est donc différent de ceux qui précèdent de nombreuses autres éruptions dans le monde, qui montrent souvent une augmentation de la déformation du sol et de la sismicité peu de temps avant le début de l’éruption, signe que le magma se fraye un chemin vers la surface.
Les auteurs de l’article expliquent que la situation observée sur le Fagradalsfjall a été provoquée par l’interaction entre le flux magmatique et les contraintes au niveau des plaques tectoniques. Lorsque le magma se fraye un chemin à travers la croûte avant une éruption, une contrainte tectonique est parfois libérée, ce qui provoque des séismes et une déformation du sol. Un déclin de la sismicité et de la déformation peut indiquer que ce processus touche à sa fin et que le magma est prêt à percer la surface.
Au cours de la période de trois semaines qui a précédé l’éruption de Fagradalsfjall, il y a eu à la fois une déformation de surface considérable et une forte sismicité. La cause était la mise en place d’un dyke magmatique vertical entre la surface et 8 km de profondeur. Dans le même temps, des contraintes tectoniques dans la croûte ont été libérées. Des séismes d’une magnitude pouvant atteindre M 5,6 ont été enregistrés dans les zones voisines.
Les scientifiques pensent que la baisse de la sismicité dans les jours qui ont précédé l’éruption peut s’expliquer par le fait que le magma avait alors presque atteint la surface, là où la croûte est la plus faible et où il y a donc moins de résistance.
Cette situation montre qu’il faut tenir compte de la relation entre les volcans et les contraintes tectoniques dans la prévision des éruptions. Une libération des contraintes tectoniques, suivie d’une diminution de la déformation et de la sismicité, peut précéder un certain type d’éruption.

Le deuxième article – intitulé « Déplacement rapide d’une source magmatique profonde sur le volcan Fagradalsfjall » – traite des changements dans la composition de la lave dans la Geldingadalir au cours de l’éruption.
Les scientifiques ont fréquemment échantillonné la lave au cours des 50 premiers jours de l’éruption et ils ont mesuré les gaz volcaniques autour du site éruptif. Ces mesures ont révélé que la lave du Fagradalsfjall provenait directement d’un réservoir magmatique à grande profondeur, à la frontière entre la croûte et le manteau, autrement dit la zone proche du Moho.
Une éruption avec du magma provenant directement de la zone proche du Moho n’a pas été observée dans d’autres éruptions en temps réel. Dans ces cas précédents, le magma provenait de profondeurs moindres de la croûte terrestre. On manque d’informations sur les parties les plus profondes des systèmes magmatiques. L’éruption du Fagradalsfjall a fourni à la communauté scientifique de nouvelles connaissances sur les processus impliqués.
Au début de l’éruption de 2021, la lave était relativement riche en magnésium, comparée à la lave d’autres éruptions historiques en Islande, ce qui révèle un apport de magma particulièrement chaud. Il y avait aussi beaucoup de dioxyde de carbone (CO2) dans les gaz volcaniques émis par la bouche éruptive, ce qui confirme un apport de magma très profond. Selon les scientifiques, cela montre que le magma a subi peu de refroidissement en remontant à travers la croûte jusqu’à la surface. On pense que le réservoir magmatique se trouvait à une quinzaine de kilomètres sous la surface.

L’étude de l’éruption révèle également que la composition de la lave du Fagradalsfjall a radicalement changé au fur et à mesure que l’éruption progressait. Cela laisse supposer que pendant l’éruption un nouveau magma est arrivé en provenance de profondeurs plus importantes que le magma déjà présent dans le réservoir.
Les scientifiques expliquent que l’on sait depuis longtemps que différents types de magma peuvent se mélanger en profondeur, dans les systèmes magmatiques, avant une éruption. Cette éruption présente des preuves en temps réel que ces processus se produisent.
De plus, les modifications de la composition des produits volcaniques montrent que du nouveau magma peut s’introduire rapidement dans un réservoir profond, dans un délai d’environ 20 jours, et se mélanger au magma déjà présent dans le réservoir, en déclenchant potentiellement l’éruption.
Ces découvertes peuvent aider à mieux comprendre les volcans et la géochimie du manteau et pourraient contribuer à l’élaboration de modèles de systèmes magmatiques partout dans le monde.

Source: Met Office islandais, Université d’Islande, The Watchers.

Il sera maintenant intéressant de comparer les conclusions de l’éruption de 2021 avec celles de l’éruption de 2022. Il faudra voir si la dernière éruption se situe dans le prolongement de celle de 2021 ou s’il s’agit de deux événements indépendants l’un de l’autre.

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We are not good at predicting eruptions, but we are dood at describing what happened.

Scientists from the University of Iceland, the Icelandic Met Office (IMO) have published two papers in the journal Nature, presenting new findings from the 2021 eruption at Fagradalsfjall. It was the first eruption on the Reykjanes Peninsula after 800 years of dormancy.

The studies show that the precursors to the eruption were unusual compared to many other eruptions across the world and that the composition of the lava changed as the eruption continued.

Researchers closely observed the seismic activity on Reykjanes Peninsula, which began in December 2019, culminated with the eruption on March 19th, 2021 and continued for around half a year.

One of the papers – titled “Deformation and seismicity decline before the 2021 Fagradalsfjall eruption” -discusses the precursors to the eruption and how they differ from the precursors of many other eruptions around the world.

There was a significant seismic activity on the Reykjanes Peninsula in the weeks leading up to the 2021 eruption, marked by tectonic stress release in the crust. However, for several days before the eruption, deformation and seismic activity declined in the area around the eruption site. This precursory pattern is different from those preceding many other eruptions around the world, which often show escalating rates of ground displacement and seismicity shortly before the eruption onset, as the magma forces its way to the surface.

The scientists behind the paper explain that the behaviour at Fagradalsfjall was caused by the interplay between magma flow and plate tectonic stress. As magma forces its way through the crust before an eruption, tectonic stress may be released, causing earthquakes and ground deformation in the early stages. A decline in seismicity and deformation may indicate that this process is coming to an end and that the magma may erupt.

During the three-week period preceding the eruption at Fagradalsfjall, there was both considerable surface deformation and a large number of earthquakes. This was caused by the emplacement of a vertical magma-filled dyke between the surface and a depth of 8 km. At the same time, tectonic stress in the crust was released. Earthquakes occurred in nearby areas, up to magnitude M 5.6.

The scientists also suggest that the decline in seismicity in the days before the eruption could be explained by the fact that the magma had then almost reached the surface, where the crust is weakest and there is therefore less resistance.

This situation shows that consideration must be given to the relationship between volcanoes and tectonic stress in eruption forecasting. A release of tectonic stress followed by a decline in deformation and seismicity rate may be a precursory activity for a certain type of eruption.

The second paper – titled “Rapid shifting of a deep magmatic source at Fagradalsfjall volcano, Iceland” – discusses the changes to the composition of the lava that flowed through Geldingadalir and the surrounding area as the eruption continued.

Scientists sampled the lava frequently during the first 50 days of the eruption and measured the volcanic gases around the eruption site. This revealed that the lava at Fagradalsfjall was directly sourced from a magma reservoir at great depth, at the boundary between the crust and the mantle – the near-Moho zone.

Eruption directly from the near-Moho zone has not been observed in other eruptions with real-time investigation. In these previous cases, the magma came from shallower levels in the crust. Until now, there has therefore been a lack of information about the deepest parts of magmatic systems. The eruption at Fagradalsfjall has provided the scientific community with new knowledge of the processes involved.

At the start of the eruption, the lava was relatively rich in magnesium in comparison with lava from other historical eruptions in Iceland, indicating an unusually hot magma supply. There was also a lot of carbon dioxide in the volcanic gases emitted from the eruption vent, indicating an unusually deep magma supply. The scientists explain that this suggests that the magma underwent little cooling on its way up through the crust to the surface. It is believed that the magma reservoir was located about 15 km from the surface.

The research also revealed that the composition of the lava at Fagradalsfjall radically changed as the eruption progressed. This suggests that during the eruption, a new magma was generated at greater depths than the magma already present in the reservoir.

The scientists point out that it has long been argued that different kinds of magma can mix deep in magmatic systems before an eruption. This study presents real-time evidence that these processes do occur.

Furthermore, changes to the composition of volcanic products show that new magma can flow into a deep reservoir rapidly, in a timescale of around 20 days, mixing with the magma already in the reservoir and potentially triggering the eruption.

These findings may aid our understanding of volcanoes and the geochemistry of the mantle and could support the development of models of magmatic systems all over the world.

Source: Icelandic Met Office, University of Iceland, The Watchers.

It will now be interesting to compare the conclusions of the 2021 eruption with those of the 2022 eruption. It will be particularly interesting to see if the last eruption is a continuation of that of 2021 or if they are two distinct events.

Captures d’écran de l’éruption de 2021