Eté 2018 : Encore très chaud…

L’été 2018 n’est pas terminé – il prend fin le 23 septembre – mais les journalistes de France Info, probablement motivés par la démission de Nicolas Hulot, commençaient déjà à faire des pronostics en ce matin du 29 août 2018. C’est parfaitement ridicule, car les organismes officiels mandatés pour effectuer un tel classement ne disposent pas des données nécessaires. Pour le moment, on ne connaît que de celles de juillet 2018. Selon la NASA, au niveau de la planète, ce mois a été le troisième plus chaud des annales. Les mois de juillet 2016 et 2017 occupent les deux premières places.

Même si juillet 2018 n’a pas atteint un niveau inédit à la surface de la Terre, des records locaux de chaleur sont tombés, en particulier dans l’hémisphère nord, au-delà des régions tropicales. Il est bon de rappeler que 90% de la population mondiale vit dans l’hémisphère nord.

Juillet 2018 a été le mois de juillet le plus chaud des archives entre le 25ème et le 70ème degré de latitude nord, devant 2012 et 2016. Les annales remontent à 1948 mais, depuis 2010, on ne trouve aucun mois de juillet en dehors du top 10.

En France, juillet 2018 s’est classé au 3ème rang des mois de juillet les plus chauds derrière juillet 2006 et juillet 1983, d’après Météo France dont les archives remontent à 1900. Lille a enregistré sa température la plus élevée depuis le début des mesures avec 37,6°C le 27 juillet dernier.

L’été 2018 est en passe d’être le 2ème plus chaud des annales au niveau national.

Pour terminer cette analyse, il faut noter que nous ne sommes pas sous l’influence d’El Niño qui devrait reprendre du poil de la bête en 2019 et donc provoquer de nouveaux records.

Sources : NASA, Météo France.

Les Alpes continuent à s’effondrer // The Alps keep collapsing

Il ne fait aucun doute que c’est bien le réchauffement climatique qui est à l’origine de l’effondrement observé sur l’Arête des Cosmiques, à 3500 mètres d’altitude, dans le massif du Mont Blanc le 22 août 2018. 300 à 400 m3 de roches ont lâché prise et d’autres éboulements ne sont pas exclus d’ici l’automne. C’est l’une des courses les plus fréquentées dans le massif.

Une petite partie de la paroi, située 25 mètres en contrebas de l’arête, s’est effondrée à 11h06 le 22 août. Par bonheur, on ne déplore aucune victime, alors que des cordées d’alpinistes se trouvaient en amont et en aval de l’arête.

Très belle et relativement facile d’accès par le téléphérique de l’Aiguille du Midi, l’Arête des Cosmiques est l’une des courses les plus populaires dans le massif du Mont Blanc. On peut y croiser certains jours près une centaine d’alpinistes. Le refuge des Cosmiques n’est pas menacé, ni l’itinéraire qui mène au Mont Blanc, mais un itinéraire d’évitement de la zone dangereuse va être mis en place, pour éviter tout problème.
Suite à des canicules répétées en 2003, 2006, 2015, 2017 et 2018 mais aussi plusieurs autres étés très chauds, le permafrost de roche qui assure la stabilité des parois est en train de fondre et de provoquer de tels effondrements. Le « ciment de glace » qui assure depuis toujours la cohésion des blocs se dégrade, d’où des éboulements plus fréquents. Même si l’hiver dernier a été très enneigé, cette période plus froide n’a pas suffi pour recharger en glace.

Le réchauffement climatique est à l’origine de fréquents éboulements dans les Alpes depuis quelques années. On se souvient qu’en Suisse, il y a tout juste un an, le Piz Cengalo, à la frontière avec l’Italie, a déversé quelque 4 millions de mètres cubes de matériaux sur le petit village de Bondo. 8 randonneurs sont morts ensevelis. La montagne était connue pour son instabilité. Elle avait bougé de 30 centimètres au cours des 3 dernières années. Autre exemple : Pendant la nuit du 28 au 29 septembre 2017, près de 100 000 mètres cubes de roche se sont écroulés au pied de l’éperon Tournier, en Haute-Savoie.
Tous les glaciologues sont d’accord pour dire que ces épisodes de chutes de pierres vont se reproduire.  Ils seront peut-être moins fréquents mais potentiellement avec plus de volume. Le phénomène peut durer jusqu’à l’automne car la chaleur continue à pénétrer même s’il gèle en surface.Une variation infime de température peut avoir un impact très significatif sur la stabilité de parois rocheuses entières. L’alpinisme va devenir très compliqué dans certains couloirs ou certaines voies qui vont devenir impraticables à cause du danger.

 Source : Presse écrite régionale, France 3 Rhône-Alpes, site Haroun Tazieff

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There is no doubt that global warming that is the cause of the collapse observed on the Arête des Cosmiques, at 3500 metres above sea level, in the Mont Blanc Massif on August 22nd, 2018. 300 400 cubic metres of rock have been released and more landslides are not excluded until autumn.

A small part of the rock wall, 25 metres below the ridge, collapsed at 11:06 am on August 22nd. Fortunately, there are no casualties, although groups of mountaineers were upslope and downslope of the ridge.
Very beautiful and relatively easy to access by the cable car of the Aiguille du Midi, the Arête des Cosmiques is very popular in the Mont Blanc. On some days, one can see nearly a hundred mountaineers. The refuge of Cosmiques is not threatened, nor the route that leads to Mont Blanc, but an avoidance route of the dangerous zone will be set up, to avoid any problem.
Following repeated heat waves in 2003, 2006, 2015, 2017 and 2018 but also several other very hot summers, the permafrost that ensures the stability of the rock is melting and causing such collapses. The « ice cement » which has always ensured the cohesion of the blocks is degraded, resulting in more frequent landslides. Although last winter was very snowy, this colder period was not enough to reload the ice.
Global warming has led to frequent landslides in the Alps in recent years. We remember that in Switzerland, just a year ago, Piz Cengalo, on the border with Italy, dumped some 4 million cubic meters of materials on the small village of Bondo. 8 hikers died buried. The mountain was known for its instability. She had moved 30 centimeters in the last 3 years. Another example: During the night of September 28 to 29, 2017, nearly 100,000 cubic meters of rock collapsed at the foot of the spur Tournier, in Haute-Savoie.
All glaciologists agree that these episodes of falling rocks will happen again. They may be less frequent but potentially with more volume. The phenomenon can last until autumn because the heat continues to penetrate even if it freezes on the surface. A small variation of temperature can have a very significant impact on the stability of whole rock walls. Mountaineering will become very complicated in some corridors or pathways that will become impassable due to danger.

Source: Local written press, France 3 Rhône-Alpes, Haroun Tazieff website.

Aiguille du Midi et Eperon des Cosmiques (Crédit photo: Wikipedia)

La théorie de Donald Trump sur les incendies en Californie // Donald Trump’s theory about wildfires in California

A cause du vent violent et de la chaleur excessive, l’incendie de Mendocino est devenu le plus important de l’histoire de la Californie. Il a détruit quelque 75 structures et contraint des milliers de personnes à quitter leurs maisons. Sept autres incendies majeurs sont en train de se développer simultanément dans l’État, depuis le comté de Shasta jusqu’à celui de San Bernardino.
Alors que tout le monde est d’accord pour dire que la canicule provoquée par le changement climatique est la cause de la catastrophe, le président Trump a une autre idée des choses. Dans l’un de ses tweets désormais célèbres, il a affirmé que les politiques environnementales de la Californie empêchent les pompiers d’accéder à suffisamment de points d’eau pour arrêter les incendies. Il a ajouté que « l’eau immédiatement disponible » est détournée vers l’Océan Pacifique pour des raisons environnementales et il a adressé des reproches au gouverneur de Californie dans une série de tweets.
Voici le contenu de l’un des tweets de Trump: «Les mauvaises lois sur l’environnement amplifient les incendies de forêt en Californie et ne permettent pas d’utiliser en quantité suffisante l’eau immédiatement disponible. Elle est envoyée dans l’Océan Pacifique. Il faudrait aussi supprimer les arbres pour empêcher le feu de se propager!  »
Le California Department of Forestry and Fire Protection (Cal Fire), service des eaux et forêts californien, rejette catégoriquement l’affirmation selon laquelle les pompiers n’ont pas assez d’eau pour faire face aux incendies. En effet, il y a des lacs près du Carr Fire, comme le lac Shasta, le lac Whiskeytown et d’autres, de sorte qu’il n’y a absolument aucun problème d’eau.
Selon Cal Fire, les incendies de forêt dans l’Ouest sont causés par des températures trop élevées, moins de neige et des sécheresses plus fréquentes et intenses, phénomènes provoqués par le changement climatique. Trump, en affirmant que l’eau est « détournée » vers le Pacifique, ne semble pas comprendre que les rivières descendent d’elles mêmes vers l’océan ! La triste réalité, c’est que la Californie détourne tellement d’eau de son cours naturel pour l’envoyer dans des chenaux artificiels destinés à l’irrigation des cultures que des kilomètres de rivières se sont complètement asséchés. Cela a provoqué une catastrophe écologique dans le San Francisco Bay-Delta Estuary, le plus grand estuaire de la côte ouest de l’Amérique. Selon un responsable de Cal Fire, « le Président semble vouloir aggraver ces problèmes en détournant encore plus d’eau du système naturel au profit de l’agriculture au détriment du reste de la population ».
Le nord de la Californie a dû faire face à des températures de 38°C pendant plus d’un mois. Avant même cette canicule, la végétation était déjà extrêmement sèche et extrêmement vulnérable au feu. Il y a eu des périodes de vent et l’humidité ne réapparaît pas pendant la nuit comme c’était le cas il y a des années, de sorte que le feu peut brûler aussi intensément la nuit que pendant la journée.
L’armée américaine se prépare à envoyer cette semaine 200 soldats pour aider les pompiers à combattre les incendies dans l’Ouest des Etats Unis.
Source: Médias d’information américains

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Windy conditions and high heat have made the Mendocino Complex Fire the largest wildfire in California’s history, destroying some 75 homes and forcing thousands to evacuate. Seven other major wildfires are burning in the State, from Shasta County to San Bernardino County, at the same time.

While everybody agrees to say that the heat triggered by climate change is the cause of the disaster, President Trump has another opinion. In one of his now famous tweets, he claimed that California’s environmental policies are preventing firefighters from accessing enough water to stop the state’s wildfires. He added that “readily available water” is being diverted into the Pacific Ocean for environmental reasons and blamed the California Governor in a series of tweets.

Here is one of Trumps’s tweets : “California wildfires are being magnified & made so much worse by the bad environmental laws which aren’t allowing massive amounts of readily available water to be properly utilized. It is being diverted into the Pacific Ocean. Must also tree clear to stop fire from spreading!”

The California Department of Forestry and Fire Protection (Cal Fire) outright rejects the assertion that firefighters do not have enough water to handle the current wildfires. There are lakes near the Carr Fire: the Shasta Lake, the Whiskeytown Lake and so on, so that there are absolutely no water issues.

According to Cal Fire, rhe wildfires in the West are caused by higher temperatures, less snowpack and more frequent and intense droughts. All of those problems are a result of climate change. Trump, in complaining about water “diverted” to the Pacific, seems to not understand that rivers flow downhill toward the ocean. On the contrary, California diverts so much water from its natural path and into artificial canals that many kilometres of rivers have dried up completely. This caused ecological collapse in the San Francisco Bay-Delta Estuary, the largest estuary on the west coast of the Americas. According to a Cal Fire official, “the president seems to want to worsen these problems by diverting even more water away from the natural system to benefit corporate agriculture at the expense of everyone else.”

Northern California has been dealing with 38°C weather for more than a month. Even before the heat wave, the vegetation was already extremely dry and highly vulnerable to fire. There have been erratic winds, and the humidity doesn’t rebound at night as it did years ago, so it can burn just as intensely at night as it does during the day.

The U.S. Army is preparing to send 200 soldiers to help fight fires in the West this week.

Source: U.S. news media.

Vue de la zone gigantesque affectée par le Carr Fire à la fin du mois de juillet 2018 (Source : Cal Fire)

Ça bouge dans les Alpes ! // Things are moving in the Alps !

Le réchauffement climatique fait fondre les glaciers des Alpes avec des conséquences parfois surprenantes. Ainsi, suite à la fonte du glacier sur lequel il a été édifié à 3480 mètres d’altitude, le refuge des Guides du Cervin situé sur la frontière italo-suisse et jusqu’alors du côté italien, a désormais changé de pays !

Avec le réchauffement climatique, le glacier s’est abaissé, entraînant avec lui la ligne de partage des eaux ayant servi de point de repère aux traceurs de frontières des siècles passés.
On ne sait pas encore si le refuge restera italien ou s’il va devenir suisse. Les guides espèrent que la décision sera prise rapidement car il faut dépose des permis de construire pour rénover le refuge. L’administration italienne ne peut pas les délivrer tant qu’aucun accord n’a été signé entre les 2 pays.
Source : France 3 Rhône-Alpes.

Ce n’est pas la première fois que le réchauffement climatique cause des problèmes dans l’univers des glaciers alpins. Situé dans le sud de la Suisse dans le canton du Valais, le Glacier d’Aletsch a reculé de 2 600 mètres depuis 1880. Comme pour ses homologues alpins, le recul s’est accéléré depuis 1980 et l’Aletsch a reculé de 800 mètres en 30 ans soit 30 % du recul total. Il aura perdu au moins quatre kilomètres et un tiers de sa masse d’ici un siècle.

Dans une note rédigée le 15 octobre 2016, j’évoquais un problème causé par la fonte du Glacier d’Aletsch. La glace d’amenuisant, les pans de montagne qui entourent le glacier sont fragilisés et des effondrements se produisent. En conséquence, il est demandé à tous les randonneurs de respecter l’interdiction d’accès aux sentiers pédestres dans une zone de 2 km2 dans la partie aval du glacier.

Une remontée mécanique permettant d’accéder aux abords du glacier d’Aletsch subit elle aussi les effets du mouvement du pan de montagne. Les pylônes d’arrivée de la télécabine d’Aletsch Arena, qui relie Riederalp à Moosfluh, bougent de 1 centimètre par jour. Toutefois, l’exploitant des remontées avait prévu le problème puisque  il a investi 23 millions de francs suisses dans un système qui permet de glisser les pylônes sur un rail pour les maintenir parfaitement droits et ainsi laisser l’installation ouverte. La surveillance est permanente, avec un système d’alarme en cas de gros déplacement.

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Global warming is melting the glaciers in the Alps with sometimes surprising consequences. Thus, due to the melting of the glacier on which it was built at 3480 metres above sea level, the Matterhorn Refuge on the Italian-Swiss border, until now on the Italian side, has now changed countries!
With global warming, the glacier has been lowered, bringing with it the watershed that served as a landmark for border tracers of past centuries.
It is not known yet whether the refuge will remain Italian or whether it will become Swiss. The guides hope that the decision will be taken quickly because it is necessary to file building permits to renovate the refuge. The Italian administration can not issue them until an agreement has been signed between the two countries.
Source: France 3 Rhône-Alpes.

This is not the first time global warming has caused problems in the world of alpine glaciers. Located in southern Switzerland in the canton of Valais, the Aletsch Glacier has retreated 2,600 metres since 1880. Just like for its Alpine counterparts, the retreat has accelerated since 1980 and Aletsch receded by 800 metres in 30 years, 30% of the total retreat. It will have lost at least four kilometres and a third of its mass in a century.
In a note written on October 15th, 2016, I mentioned a problem caused by the melting of Aletsch Glacier. With the meling of the ice and the thinning of the glacier, the mountain slopes surrounding the glacier are more fragile and collapses occur. As a result, all hikers are required to respect the restricted access to hiking trails in an area of ​​2 quare kilometres in the downslope part of the glacier.
A gondola to access the Aletsch glacier is also affected by the movement of the mountain. The arrival towers of the Aletsch Arena gondola, which connects Riederalp to Moosfluh, moves 1 centimetre per day. However, the gondola operator anticipated the problem and invested 23 million Swiss francs in a system that allows the towers to slide on a rail to keep them perfectly straight and thus leave the installation open. The surveillance is permanent, with an alarm system in case of a major displacement.

Glacier d’Aletsch (Photo: C. Grandpey)