Manchots et réchauffement climatique // Antarctica’s penguins and global warming

En mars 2018, faisant référence à une étude publiée dans la revue Nature Climate Change, j’écrivais que le réchauffement de la planète et la surpêche pourraient provoquer en Antarctique la quasi extinction des populations de manchots royaux d’ici la fin du siècle. L’étude expliquait que 70% des manchots royaux – soit 1,1 million de couples – pourraient disparaître ou être contraints de trouver de nouveaux sites de reproduction.

Un an plus tard, en avril 2019, on apprenait que la deuxième plus grande colonie de manchots empereurs avait presque disparu. La colonie de Halley, dans la mer de Weddell, était jusqu’à récemment la deuxième plus importante colonie de manchots empereurs au monde, avec jusqu’à 25 000 couples. Une étude publiée le 25 avril 2019 révélait que la quasi-totalité des poussins nés dans cette colonie étaient morts en raison de la fonte de leur habitat ces trois dernières années.

A côté de ces tristes nouvelles, d’autres font naître un certain optimisme. Un article mis en ligne sur le site Futura Sciences nous apprend que le réchauffement climatique pourrait avoir des retombées positives. Des chercheurs expliquent dans la revue Science Advances qu’en accélérant d’année en année la fonte des glaces en Antarctique, le réchauffement de la planète facilite la vie des manchots Adélie (Pygoscelis adeliae)  .

Les scientifiques ont marqué électroniquement 175 individus durant quatre saisons. Au moment de la disparition de la glace, les manchots se sont déplacés en nageant plutôt qu’en marchant, ce qui est moins énergivore pour eux et leur permet de raccourcir leurs durées de voyage. Il s’ensuit une chaîne de causes à effet : cette nouvelle situation leur permet aussi d’agrandir la zone dans laquelle ils s’alimentent et donc d’ingurgiter davantage de krill. Les adultes mieux nourris ont un plus grand succès de reproduction, et les oisillons ont une meilleure croissance…

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In March 2018, referring to a study published in the journal Nature Climate Change, I wrote that global warming and overfishing could push the region’s king penguin populations to the brink of extinction by the end of the century. The study explained that 70% of king penguins – or 1.1 million pairs – could disappear or be forced to find new breeding sites.

A year later, in April 2019, we learned that the second largest emperor penguin colony had almost disappeared. Halley’s colony in the Weddell Sea was, until recently, the second largest emperor penguin colony in the world, with up to 25,000 pairs. A study published on April 25th, 2019 revealed that almost all of the chicks born in this colony had died due to the melting of their habitat in the last three years.

Besides this sad news, others arouse a certain optimism. An article posted on the Futura Sciences website tells us that global warming could have positive repercussions. Researchers explain in the journal Science Advances that by accelerating from year to year the melting of the ice in Antarctica, global warming is making the life of Adelie penguins (Pygoscelis adeliae) easier.
Scientists electronically tagged 175 individuals over four seasons. When the ice disappeared, the penguins moved by swimming rather than walking, which is less energy-consuming for them and allows them to shorten their journey times. There is a chain of cause and effect: this new situation also allows them to enlarge the area in which they eat and therefore to ingest more krill. Better-nourished adults have greater reproductive success, and chicks have better growth …

Manchots d’Adélie (Crédit photo : Wikipedia)

L’Islande lutte contre le CO2 // Iceland is fighting against CO2

Alors que la France aura bien du mal à tenir ses engagements climatiques, l’Islande est en train de prendre la tête des pays qui font des efforts pour réduire leurs émissions de CO2, l’un des principaux gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement de notre planète.

Dans des articles publiés le 15 novembre 2017 et le 23 juin 2019, j’expliquais que l’Islande pourrait être le bon endroit pour stocker dans le sol l’excès de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. C’est actuellement l’objectif du projet CarbFix qui vise à capter ce gaz et à l’enfouir dans le substrat rocheux de nature basaltique.

Un article publié ces derniers jours sur le site Iceland Review nous apprend qu’une nouvelle technologie destinée à la production d’aluminium offre l’espoir d’éliminer les émissions de CO2 de la production. La société Arctus Metals, en coopération avec le Centre d’Innovation Islandais, a réussi à produire de l’aluminium avec ce nouveau procédé qui émet de l’oxygène au lieu du CO2.
L’élément clé de cette technologie est l’utilisation de plusieurs anodes verticales en alliage métallique inerte et de cathodes en céramique, au lieu d’électrodes en carbone. Cette innovation pourrait éliminer les émissions de CO2 des fonderies d’aluminium en Islande et dans d’autres pays.
Les trois fonderies d’aluminium islandaises produisent plus de 800 000 tonnes d’aluminium par an et émettent plus de 1,6 million de tonnes de CO2 dans le même temps. Si toutes les fonderies d’aluminium islandaises adoptaient cette nouvelle technologie, les émissions de CO2 seraient réduites de 30%, ce qui permettrait au pays de remplir les obligations internationales du pays en matière d’émissions de gaz à effet de serre.
En utilisant la nouvelle technologie mise au point par Arctus Metals, une fonderie d’aluminium de la taille de celle du groupe Rio Tinto à Straumsvík dans le sud-ouest de l’Islande produirait autant d’oxygène qu’une forêt de 500 kilomètres carrés.

Un accord de coopération a été signé avec la société allemande Trimet Aluminium, l’un des plus grands producteurs mondiaux d’aluminium, qui poursuivra le processus de développement et prévoit d’adapter la production de ses quatre fonderies à cette nouvelle technologie.
Source : Iceland Review.

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While France will find it difficult to meet its climate commintents, Iceland is currently leading the world in its efforts to reduce the emissions of CO2, one of the main greenhouse gases that contribute to global warming.

In posts released on 15 November 2017 and 23 June 2019, I explained that this country could be the right place to store in the ground the excess of carbon dioxide (CO2) in the atmosphere. It is the goal of the CarbFix project which intends to capture that gas and stick it back into basalt bedrock.

A recent article on the website Iceland Review explains that a new Icelandic technology intended for aluminum production offers hopes of eliminating CO2 emissions from the production. The company Arctus Metals, in cooperation with Innovation Center Iceland, has successfully produced aluminum with this new process which emits oxygen instead of creating CO2.

The main part of the innovation consists of using multiple, vertical inert metal-alloy anodes and ceramic cathodes, instead of using electrodes made of carbon. This innovation could potentially eliminate CO2 emissions from aluminum smelters in Iceland and elsewhere.

Iceland’s three aluminum smelters produce more than 800,000 tons of aluminum a year and emit more than 1.6 million tons of CO2 a year. Their emissions make up 30 percent of Iceland’s total CO2 emissions.

If all our aluminum smelters adopted this new technology, Iceland’s CO2 emissions would be reduced by 30 percent, enabling us to fulfill the country’s international obligations and more.

Using the new Arctus Metals method, an aluminum smelter the size of Rio Tinto’s in Straumsvík in Southwest Iceland would produce as much oxygen as a forest covering 500 square kilometers.

A cooperation agreement has been signed with the German company Trimet Aluminum, one of the world’s largest producers of aluminum, which will continue the development process and is planning to eventually convert production in their four smelters to this method.

Source: Iceland Review.

Fonderie du groupe Rio Tinto de Straumsvík, dans le sud-ouest de l’Islande (Crédit photo: Iceland Review).

La côte atlantique française sous la menace de l’océan (suite, mais pas fin)

Au mois de février 2020, la tempête Ciara a balayé les côtes françaises et rappelé à certaines communes leur vulnérabilité face aux assauts des vagues de l’Océan Atlantique. Ainsi, sur l’île de Noirmoutier, les dunes ont souffert et se sont effondrées par endroits. Avec des rafales de vent jusqu’à 80-90 km/h et des pointes à 100 km/h pour les îles, certains dégâts étaient à prévoir. (Voir mes notes de février et mars 2020 à ce sujet)

Lors d’une visite sur l’île de Noirmoutier ces derniers jours, j’ai pu observer les traces des dégâts causés par la mer. Le village de La Guérinière en est un parfait exemple. Il suffit de se rendre sur le Boulevard de l’Océan où les anciens ouvrages, auparavant sous la dune, ont été mis à découvert par les vagues de la tempête Ciara. Sur la plage de la Cantine, le perré a été abîmé ; il s’agit d’un revêtement en pierres sèches ou en maçonnerie, destiné à renforcer un remblai, les rives d’un fleuve, les parois d’un canal, ou dans ce cas-ci une dune. A La Guérinière, des sacs de sable ont été déposés au niveau des brèches dans le rempart.

Des travaux ont été entrepris, avec installation d’enrochements, afin de contenir l’érosion littorale, mais il ne faut pas se faire l’illusion : le problème réapparaîtra à chaque tempête. Les rochers déversés à la hâte ne seront qu’un pansement provisoire et la mer aura tôt fait de les déstabiliser. Elle a envoyé sur certaines plages de la côte atlantique les solides blockhaus construits par les Allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les rochers de Noirmoutier ne pèseront pas lourd face aux assauts des vagues ! Arrivera le jour – dans un avenir très proche au train où vont les choses – où les vagues atteindront les habitations. En observant les photos ci-dessous, je me dis que celles construites à quelques dizaines de mètres du littoral ne vont pas tarder à être menacées.

Photos : C. Grandpey

Catastrophe écologique en Australie // Environmental disaster in Australia

La sécheresse et les incendies de forêt causés en 2019-2020 par le réchauffement climatique dans la Nouvelle-Galles du Sud (Australie) ont eu des conséquences désastreuses pour l’environnement. Les écosystèmes marins le long d’une large portion de littoral dans la région de Sydney ont été dévastés par les cendres et autres matériaux brûlées en provenance des incendies de végétation, par la sécheresse et par les violentes tempêtes qui se sont abattues par la suite. Selon les chercheurs du projet Abyss, un groupe scientifique de plongeurs, il s’agit du pire «événement de mortalité à grande échelle» observé depuis des décennies.
De la Hawkesbury River à Botany Bay, les espèces qui ont subi le plus de dégâts vont des crabes soldats (Mictyris longicarpus) aux oursins, aux éponges et aux invertébrés bryozoaires coralliens. Jusqu’à 8 mètres de profondeur, les espèces d’invertébrés semblent avoir été fortement affectées par des changements intervenus dans la qualité de l’eau. Dans le même temps, la vie ne semble pas avoir été affectée dans les zones en dessous de 8 mètres ou dans les zones où les eaux se mélangent facilement, comme dans une grande partie du port de Sydney.
La salinité a augmenté dans les estuaires peu profonds avec le déclin des apports d’eau douce durant la période sèche, puis les incendies de végétation ont ajouté du phosphore et de l’azote, sans parler des retardants répandus sur les incendies, qui ont favorisé le développement des cyanobactéries. Les violentes tempêtes ont donné le coup de grâce à une grande partie de la vie aquatique.
Les biologistes marins craignent que la disparition d’espèces essentielles provoque des «boucles de rétroaction dans l’ensemble de l’écosystème». Sur des sites tels que Monterey, des espèces très diverses qui s’attachaient autrefois aux filets et à d’autres objets submergés commencent à être remplacées par une espèce d’algue inconnue à ce jour. La mauvaise qualité de l’eau ainsi que les restrictions induites par la pandémie de coronavirus n’ont pas permis aux scientifiques d’étudier les conséquences de tous ces événements. Les impacts sur les poissons peuvent n’apparaître qu’au bout d’un certain temps. Certaines espèces herbivores, par exemple, pourront s’en tirer mieux que d’autres, en fonction des végétaux qui feront leur retour.
Le rapport du projet Abyss indique que «le changement climatique va entraîner une augmentation de l’intensité et de la fréquence des événements météorologiques extrêmes», tout en exacerbant également les sécheresses et les incendies de végétation. Les contraintes climatiques de plus en plus fréquentes dans le futur risquent de « décupler » tout ce qui se passe dans les écosystèmes marins autour de Sydney et au-delà.

Les plongeurs conseillent au gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud de réexaminer les plans d’une marina à Sydney au vu de la destruction des écosystèmes marins mentionnés dans le rapport. Le gouvernement a abandonné le projet en septembre 2018 suite à des plaintes, avant même la fin de la période d’enquête publique. A l’origine, le parc marin comprenait 17 zones protégées couvrant 2,4% des eaux autour de la ville.
Source: The Watchers.

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The drought and wildfires caused in 2019-2020 by global warming in Australia’s New South Wales had disastrous consequences for the environment. Marine ecosystems along a wide stretch of coastline in Sydney have been devastated by the bushfire debris, drought, and severe storms. According to researchers for The Abyss Project, a scientific group of divers, it is the worst « mass mortality event » in decades.

From the Hawkesbury River to Botany Bay, the worst affected species range from soldier crabs to urchins, soft sponges, and coral-like bryozoa invertebrates. Invertebrate species down to as deep as 8 metres appear to have been greatly affected by a series of changes in water quality and conditions. Meanwhile, sea life continues unaffected in areas deeper than 8 metres or areas where waters easily mix, like much of Sydney Harbor.

Salinity has increased in shallow estuaries as freshwater inflows dropped with the dry period, then the bushfires brought additional phosphorous and nitrogen, including from fire retardants, which stimulated cyanobacteria growth. The severe storms gave the final blow for much of the aquatic life.

Marine biologists fear that the loss of foundational species may cause « feedback loops occurring throughout the entire ecosystem. » At sites such as Monterey, highly-varied species previously found attached to nets and other objects submerged have started to be replaced by an unidentified algal species. Poor water quality, as well as the coronavirus pandemic restrictions, limited scientists’ ability to study the impact of this event. Impacts on fish may take time to be evident. Some grazing species, for instance, may fare better than others, depending on the mix of plant species that return.

The Abyss Project’s report noted that « climate change will see an increase in the intensity and frequency of extreme weather events, » but also exacerbate droughts and bushfires. The increasing climate stresses in the future could « just decouple everything » in the marine ecosystems around Sydney and beyond.

The divers suggested that the New South Wales government should revisit plans for a Sydney Marine Park, in wake of the previous marine destruction. The government ditched the plan in September 2018, even before the public consultation period had closed, following complaints. The originally proposed marine park consisted of 17 sanctuary zones, covering 2.4 percent of waters around the city.

Source : The Watchers.

Les incendies de 2019-2020  en Nouvelle-Galles-du-Sud (Source: NASA)