Quand la mer monte…

En 1968, le chanteur Raoul De Godewarsvelde devenait célèbre avec une chanson intitulée « Quand la mer monte » dont le refrain commençait par ces mots « Quand la mer monte, j’ai honte, j’ai honte… » Ces paroles pourraient s’appliquer à la situation des littoraux dans le monde. Ils se réduisent comme peau de chagrin sous l’effet du réchauffement climatique provoqué par les activités humaines.

A plusieurs reprises, j’ai cité l’exemple de la station balnéaire girondine de Soulac-sur-Mer où l’immeuble Le Signal a été vidé de ses habitants car l’océan menaçait de le mettre à terre. Il avait pourtant plus de 200 mètres de recul sur l’océan lors de sa construction, en 1967.

En remontant plus au nord, c’est la côte bretonne qui rétrécit, touchée à 35% par l’érosion marine. Ces derniers jours, j’ai attiré l’attention sur l’île de Noirmoutier où la côte de La Guérinière a sévèrement été entamée par les dernières tempêtes. Des enrochements ont été installés en urgence, mais pour combien de temps ? Plusieurs habitations construites trop près de la mer devront être détruites dans les prochaines années.

La France ne fait pas figure d’exception. A travers toute l’Europe, la mer empiète sur près d’un cinquième du littoral. Les plages disparaissent progressivement et le dérèglement climatique accélère le processus.

D’après une étude publiée récemment dans la revue Nature Climate Change, c’est près de la moitié des plages de sable que le monde pourrait perdre d’ici la fin du siècle. Une augmentation des températures d’au moins 4°C d’ici l’an 2100 ferait monter le niveau de la mer et provoquerait une augmentation de l’érosion et des inondations côtières. Les 4°C mentionnés dans l’étude sont très probables car on sait que les 1,5-2°C souhaités par la COP 21 de Paris sont désormais irréalisables.

Le plus inquiétant, c’est que le phénomène est en train de s’accélérer. En Crète, près de 70% des plages sont en recul, avec un impact non négligeable sur le tourisme. Au Portugal, les autorités prévoient la démolition de plusieurs bâtiments sur 122 kilomètres de côte, entre Caminha et Espinho. Au Danemark, un phare centenaire pesant près de 1000 tonnes a été déplacé vers l’intérieur des terres pour prévenir son effondrement…

L’Europe avec ses milliers de kilomètres de côtes est particulièrement touchée par l’érosion côtière. Le littoral, qui a largement été aménagé au profit d’un tourisme balnéaire, voit ses activités menacées par la hausse du niveau de la mer. C’est la cas de la station balnéaire de Lacanau (Gironde) qui envisage une relocalisation de ses activités. Comme à Noirmoutier, des enrochements essayent de maintenir en place le trait de côte, mais la solution n’est probablement que temporaire.

En 2009, la Commission Européenne estimait la valeur des biens situés à moins de 500 mètres du littoral de l’Union Européenne à 1.000 milliards d’euros. D’après un second rapport, les dégâts causés par l’érosion et les inondations pourraient s’élever à un coût de 11 milliards d’euros par an au cours des trente prochaines années, et 25 milliards par an d’ici 2080.

Sur les 49 sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco situés au bord de la Méditerranée, déjà 42 sont menacés, comme Syracuse, la cité médiévale de Rhodes, ou Venise.

Pourtant, le fameux «Green Deal», ou «Pacte Vert», présenté par la Commission Européenne en décembre 2019, ne fait mention ni de l’érosion marine, ni de l’élévation du niveau de la mer…

Source : Slate.fr.

Immeuble « Le Signal » à Soulac -sur-Mer

Enrochements à Lacanau

Miami (Floride) se prépare à affronter la montée des eaux

(Photos: C. Grandpey)

Les bras m’en tombent !

Souvenez vous : Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, combinant vents violents et forts coefficients de marée, la tempête Xynthia a fait 47 morts en France, avec 29 victimes dans la seule ville côtière de La Faute-sur-Mer (Vendée). Dans cette commune, des lotissements avaient été construits sur des zones jusque-là réputées inondables, y compris une cuvette située sous le niveau de la mer, où sont mortes une grande partie des victimes. En décembre 2014, le maire a été condamné à 4 ans de prison ferme, son adjointe à 2 ans fermes et 75.000 euros d’amende. Le jugement leur reprochait d’avoir caché le risque d’inondation pour ne pas se priver de la manne financière liée à l’urbanisation. Le fils de l’adjointe, agent immobilier et président de la commission de surveillance de la digue, a été condamné à 18 mois de prison ferme.

Cet événement dramatique semble en passe d’être oublié et les mises en garde du GIEC sur la hausse du niveau des océans (un mètre d’ici 2100) ne sont visiblement pas prises au sérieux si l’on en juge par la situation sur l’île de Noirmoutier (Vendée). Pourtant un nouveau signal d’alerte a été émis en février 2020 par les tempêtes Ciara et Ines qui ont fait des dégâts sur les côtes. Des travaux d’urgence ont débuté le 17 février pour consolider des ouvrages de protection qui ont souffert sous les assauts répétés des vagues. Il va falloir faire vite car les grandes marées vont arriver début mars. Les habitants de Noirmoutier, impuissants, ne peuvent que constater les dégâts. À la Guérinière, certains endroits de la dune ont perdu plus de 10 mètres depuis novembre 2019.  Pour l’association Vivre l’île 12 sur 12, à long terme, la solution sera sûrement de relocaliser les maisons qui se trouvent en bord de mer. Elle déplore d’ailleurs que des permis de construire soient toujours délivrés pour des habitations en bord de mer, alors que « l’eau monte ».

Dans une rubrique sur l’Environnement, France Info explique que les deux tiers de  l’île de Noirmoutier (49 km²) se situent en dessous du niveau de la mer. Les risques de submersion sont donc présents et pourtant le plan de prévention des risques adopté en 2015 est moins contraint que sur le reste du littoral. Certaines zones rouges considérées comme non constructibles en 2012 sont devenues bleues donc constructibles en 2015 ! Comme le fait remarquer fort justement la chaîne de radio, c’est une erreur qui pourrait se payer cher à l’avenir.

Je n’ose pas en croire mes yeux quand je lis les explications fournies par la secrétaire générale de Vendée Environnement : « Ce qui s’est passé entre 2012 et 2015, c’est qu’il y a eu une grande résistance de la population, une grande difficulté à accepter le principe même du Plan de prévention des risques dans la mesure où ça a entraîné notamment plus qu’une gêne. Dans certains cas, ça pouvait même faire diminuer la valeur des biens. Cette préoccupation là a primé sur ce que cela recouvre en réalité, c’est à dire un risque« . Autrement dit le fric d’abord, les vies humaines après !

Aujourd’hui, avec la hausse du niveau des océans et les événements extrêmes qui se multiplient (voir les dernières tempêtes), les digues construites tout autour du littoral de Noirmoutier risquent de céder et inonder les constructions anciennes et nouvelles. Des travaux de restauration de ces digues sont réguliers, mais quand on connaît la force des éléments, on se demande jusqu’à quel point elles pourront résister aux assauts de l’océan. Près de 60 millions d’euros ont été investis dans le renforcement des ouvrages de défense contre la mer entre 1978 et 2015.

A Noirmoutier, avec le nouveau Plan de prévention des risques, on continue de construire. Les propriétaires peuvent diviser leurs parcelles et bâtir sur des surfaces anciennement non constructibles ! Le plan local d’urbanisme favorise la construction de logements principaux accessibles aux travailleurs locaux.
Le Plan de prévention des risques de l’île doit prochainement être révisé pour tenir compte de la hausse des océans prévue par le GIEC. Le responsable scientifique de l’Observatoire régional des risques côtiers tempère les mises en garde du GIEC « qu’il faut prendre à très long terme ». Il ajoute que l’ »on constate actuellement une petite accélération de cette remontée » [du niveau de la mer]. Selon lui, la Vendée présente des « zones basses », sensibles à la montée des eaux : Le Pouliguen, plus au nord, La Faute-sur-Mer, plus au sud. Mais le scénario à un mètre [du GIEC] « n’est pas une fatalité. En minimisant, par exemple, les gaz à effet de serre au niveau mondial, on pourrait minimiser cette remontée inéluctable du niveau de la mer. »

Que ne dirait-on pas pour protéger les intérêts locaux ? Rendez-vous dans quelques années pour une répétition à Noirmoutier de la catastrophe de La Faute-sur-Mer…

Croisons les doigts pour que les cabines de la Plage des Dames à Noirmoutier ne connaissent pas un jour le même sort que leurs homologues britanniques de St Leonards il y a quelques semaines. (Photos : C. Grandpey et BBC)

Tempête Ciara : Recul du trait de côte à Noirmoutier (France)

Avec le réchauffement climatique, les glaciers et la banquise fondent, faisant s’élever le niveau des océans. Les dernières prévisions diffusées par les différentes agences climatiques ne sont pas bonnes. Toutes prévoient une hausse significative du niveau de la mer d’ici 2100, voire 2050 si rien n’est fait pour ralentir les émissions de gaz à effet de serre. A mon avis, rien de vraiment sérieux ne sera entrepris à l’échelle planétaire d’ici ces deux dates. Il semblerait que la France ait décidé de faire des efforts, mais l’effet obtenu par un seul pays est une goutte d’eau…dans l’océan. Et puis, comme me le faisait remarquer Jean-Louis Etienne il y a quelques mois, à supposer que l’on arrête par un coup de baguette magique ces émissions nocives aujourd’hui, il y aura une période de latence de plusieurs décennies avant que l’atmosphère terrestre retrouve un semblant d’équilibre.

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, ce n’est pas lorsque la mer est calme, voire étale, que l’on se rend compte des effets dangereux de la hausse des océans. Le problème apparaît au moment des tempêtes, en particulier quand les coefficients des marées sont élevés.

C’est ce qui s’est passé au moment où la tempête Ciara a balayé les côtes françaises. Ainsi, sur l’île de Noirmoutier, les dunes ont souffert et s’effondrent par endroits. Avec des rafales de vent jusqu’à 80-90 km/h et des pointes à 100 km/h pour les îles, certains dégâts étaient à prévoir.

Rongés par les assauts des vagues sur le Boulevard de l’Océan à La Guérinière, les anciens ouvrages, auparavant sous la dune, sont à découvert. Sur la plage de la Cantine, le perré a été abîmé ; il s’agit d’un revêtement en pierres sèches ou en maçonnerie, destiné à renforcer un remblai, les rives d’un fleuve, les parois d’un canal, ou dans ce cas-ci une dune.

Les photos montrent un recul du trait de côte. Des relevés topographiques sont en cours de réalisation pour évaluer l’ampleur du recul de ce trait de côte sur l’île. En observant ces clichés, je me dis que les maisons construites à quelques dizaines de mètres du littoral ne vont pas tarder à être menacées. Des travaux vont être entrepris afin de contenir cette érosion, mais il y a de fortes chances pour qu’ils se répètent à chaque tempête et arrivera le jour où les vagues atteindront les habitations. .

Source : Presse locale.

Photos: C. Grandpey